Docteur Patrick Henry, le Clodologue.

Henri, je ne t’ai jamais rencontré. Je te connais pourtant par milliers. Comme si je t’avais tricoté. Comme si j’avais fait de la dentelle de tes moindres clins d’œil, de tes faux-pas, à chaque instant. Et je ne sais rien de toi. Je confonds tes réactions et ton fonctionnement intime. Je devine ce que tu me demandes quand tu ne formes pas de mots. Mais je ne sais rien de ce que tu veux pour toi, ni si tu veux quelque chose de ce que l’on a fait de toi. Ce visage : perdu, tourné vers un extérieur lui-même enfoui dans un sordide souterrain. Vue du trou dans le trou. Que cherches-tu ? Faut-il tout accorder au regard pour oublier le reste ? Ne cherches-tu pas à rafraîchir ta peau au courant d’air vicié qui circule ? Ton nez ne cherche-t-il pas à échapper quelques secondes à l’odeur de ta propre merde qui t’entoure pour lui préférer celle des moteurs. Ou tout simplement rêves-tu ? D’un rêve qui ne cesse jamais. Qui refuse instinctivement et à jamais le cauchemar de ta réalité.
Personne ne saura ce que tu as vécu, ce que tu as refusé et à partir de quel moment tu as décidé d’arrêter tout ça. Va savoir… Tu vois des fleurs ? Des femmes ? Des culs ? Des fleuves ? Des vallées ? Submergées ? Tes digues ont rompu un jour et tu passes à travers la muraille de ce tunnel comme au travers d’une vie qui ne te concerne plus.
Que vois-tu Henri ? Dieu ? Mais Dieu t’a lâché Henri ! Je ne te connaîtrais pas si bien je te dirais “Mais regarde-toi donc ! il est où ce dieu ?” Mais surtout pas. Ce qui pourrait t’arriver de pire serait que tu te regardes avec lucidité et surtout, que tu te compares, que tu t’évalues en fonction des autres. Tu n’es plus rien pour les hommes et tu n’as jamais rien été pour Dieu. Ne fais surtout pas ça. Reste où te mène ton regard. Ne passe pas la muraille. Sinon …
Patrick Henry
Médecin, fondateur de la première consultation pour SDF (1984) à Nanterre et du Recueil Social de la RATP (1992/4).
Le passe-muraille. Un texte offert par feu le Dr Patrick Henry pour l’exposition “ Voyage sans abri”, (Les autres), à l’Eglise Saint-Leu Saint-Gilles de Paris où a eu lieu la première du film « Au Bord Du Monde » en janvier 2014. Patrick Henry et le docteur Jacques Hassin nous ont fait l’honneur de parrainer moralement ce film, qui décrit avec justesse une certaine réalité des clochards. Jacques H du Cash de Nanterre oeuvre toujours avec force pour le bien de ces personnes, nous avons présenté le film ensemble très souvent. Je voyais moins Patrick Henry mais nous avions échangé quelques emails; il me conseillait. Ses paroles fortes et précieuses raisonnent en moi à tout jamais. Jusqu’à la fin des temps.
(ébauche d’article, texte en construction)


Revue de presse
Toubib des « clodos », spécialité métro
Patrick Henry, médecin alcoologue, peut se vanter d’être un pionnier. À Nanterre, il ouvre dans les années 1980 la première consultation en Europe réservée aux SDF. Il y recevra 51336 patients, jusqu’à un burn out qui le pousse à modifier sa trajectoire professionnelle. Depuis 1992, il est chargé de la mission de lutte contre la grande exclusion à la Ratp, où il fonde le Recueil social. Il tente désormais de faire revoir le jour aux SDF réfugiés dans le métro. Quelle est la différence entre votre travail aujourd’hui et celui d’hier à Nanterre?Dr Patrick Henry: Aujourd’hui, je croise les SDF, mais je ne les soigne plus, je cherche des solutions pour les accueillir. C’est un burn out que j’ai vécu. J’étais le premier à avoir mis en place une telle consultation, le terrain était en friche, je n’avais aucune idée des dégâts que cela peut causer. J’ai effectué 51336 consultations. Plus des gens que j’allais voir à l’extérieur, dans la rue, dans le métro. Au total, ça doit faire de 70000 à 80000 consultations, uniquement avec des SDF . 👉 La suite par Charlie Vandekerkhove le 29-05-2013: ((l’article complet dans les commentaires)) – https://www.egora.fr/actus-pro/societe/20859-toubib-des-clodos-specialite-metro

Le briefing du Samusocial https://www.ongconseil.com/…/2017/10/LE-BRIEFING_18_.pdf
- À lire: Il a le nom d’un tueur, rêvait d’être flic et s’est retrouvé «clodologue». https://www.liberation.fr/portrait/2008/07/14/leur-voie-sociale_76314?fbclid=IwAR3GO1La-LGuN9mMUF-RO8PaqeIErfol8HqG-1ifzfkMtaugKpaJOKBz_lo
- l’homme qui sortait les SDF du métro https://www.huffingtonpost.fr/2013/03/30/paris-homme-qui-sortait-sdf-metro_n_2984743.html
- Responsable de la lutte contre la grande exclusion à la RATP, le Dr Patrick Henry a créé la première consultation pour les SDF au centre d’hébergement de Nanterre. https://www.humanite.fr/node/220201 Fondateur du Recueil social, il est aussi l’auteur d’un roman dérangeant, Bouche de chaleur, fondé sur son expérience de médecin des sans-abri pendant plus de quinze ans. Bouche de chaleur,
- Dr Patrick Henry, Editions Anne Carrière, 1998, 110 francs. http://www.brot.fr/pdf/decitre-30-3995-bouche_de_chaleur.html
Clodos, vagabonds ou hommes à la rue, où qu’ils soient ils dérangent. On les dit plus nombreux, plus alcoolisés, plus jeunes, plus dangereux… Mais eux, qui ne peuvent plus vouloir et n’ont plus de mots pour s’exprimer, que » disent-ils » ? Patrick Henry, qui fut leur premier médecin, et Marie-Pierre Borde, devenue infirmière pour aller vers ces exclus, racontent. En 1984, au centre d’hébergement de la Maison de Nanterre, Patrick Henry crée une consultation médicale unique en Europe où dix mille hommes et femmes de Paris en rupture sociale, et pour qui le mot réinsertion ne signifie rien, trouvent un accueil médical et une écoute. Ni Patrick ni Marie-Pierre ne pensaient devenir des » professionnels » mais peu à peu, d’abord à Nanterre, aujourd’hui au sein de la RATP, ils ont cherché à comprendre. Ensemble, portés par leur amour, animés par leur passion commune pour cet » autre « , hier encore un des nôtres, ils l’aident à ressentir, même au cœur d’une extrême solitude, la santé et le contact humain comme des nécessités vitales. Ce livre d’une exceptionnelle intelligence humaine devrait nous délivrer de nos idées reçues, de nos indifférences, de nos peurs, et surtout nous donner la possibilité de savoir tendre la main à ceux qui sont les plus exclus: les clochards. :https://www.babelio.com/livres/Henry-II-La-vie-pour-rien/568913
- 👉 Offrons-leur l’asile ! Critique d’une représentation des clochards en « naufragés » https://www.cairn.info/revue-actes-de-la-recherche-en-sciences-sociales-2005-4-page-88.htm
- 🦖 La bande au complet avec Patrick Declerck https://www.youtube.com/watch?v=NtN4jNVvVnw Et maitre Jacques H du Cash https://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/vivre_dans_la_rue_jacques_hassin.1514?fbclid=IwAR35NpZCScnJ1i6oiM9-E8YRXnGnDUYMdBYOUANDADxDUY8d_3OnEfVtd9E Le seul à qui je n’ai pas été présenté c’est Xavier Emmanuelli qui fondait le Samusocial alors que Patrick Henry fondait le Recueil Social , ils étaient amis et tout ça c’est fabriqué avec énormément de discussions entre les deux Dinosaures pionniers Patrick H et Xavier E , depuis la maison de Nanterre le CHAPSA, Patrick H* m’a écrit à ce sujet là. Le tout étant parti du “célèbre” CASH ou Jacques Hassin arrivait, et je pense plus tard, Patrick Declerck..

- Plus de 50 000 consultations plus tard http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-75005/sous-terre-on-perd-tous-ses-reperes-11-03-2013-2631973.php
- 👉 https://www.pressreader.com/france/le-parisien-paris/20130311/281767036654487
- « le métro est un lieu destructeur, l’enfouissement fait très rapidement perdre tout repère de temps, d’espace, et tout contact » https://www.lemonde.fr/societe/article/2015/03/31/la-ratp-experimente-un-centre-d-accueil-de-jour-pour-les-sdf_4606397_3224.html
- Fondé par le Dr Patrick Henry, le Recueil social vient en aide aux SDF échoués sur les quais du métro parisien. Depuis 1994, des agents volontaires de la RATP vont au contact des populations les plus démunies https://www.lexpress.fr/actualite/societe/video-recueil-social-quand-la-ratp-va-au-contact-des-sdf_1316789.html
- « Descente aux enfers… » https://www.lemonde.fr/societe/article/2015/03/31/la-ratp-experimente-un-centre-d-accueil-de-jour-pour-les-sdf_4606397_3224.html

Lors d’une autre expo en 2016 – J’avais déjà publié le carton de l’expo et j’ai reçu la suite de la légende réflexe de la part de Patrick: Une cigarette après l’amour. Comme tout le monde. Post coïtum animal triste et détendu. D’ailleurs j’en ai préparé plusieurs. Au cas où. Au cas où la femme que j’aimerais passerait par là. Sur un malentendu, elle se promènera peut-être dans cette douce lumière qui ne laissera pas discerner les veines sinuant sous sa peau. Elle partagera mon couloir. Se blottira contre mes tuyaux. Nous nous regarderons sans rien dire. Nos désirs se rejoindront dans le bruit blanc de la circulation et nous ferons la mort. Intensément. Une cigarette avant la mort.
Quelques phrases qu’il m’a partagé: » Les pauvres, les précaires, les clodos, n’ont pas besoin pour les aider d’aussi faibles qu’eux ou de demi-fous ; ils ont besoin de gens forts et résistants, clairs, équilibrés, et aussi bien que possible dans leurs têtes et dans leurs corps.
Je lui avais demandé conseil concernant: « Pour le 115 du particulier, lorsque ce truc a commencé, tous les pros ont compris qu’il s’agissait encore d’un montage bizarre, issu sans doute de l’esprit tordu de je ne sais quel frustré manipulateur ; sans pouvoir l’affirmer, d’ailleurs. C’est le principe des bons manipulateurs paranoïaques de se méfier et de se protéger suffisamment pour ne pas prendre de risques. Il y a eu comme exemple du même style le «village de l’espoir » en 2007 ; belle initiative, vite détournée par un pervers manipulateur. Le secteur de la pauvreté, de la précarité a toujours attiré des faux prophètes comme les colonies de vacances attirent les pédophiles. La plupart du temps, ces minables sont peu habiles et se font ramasser en peu de temps ce qui ne leur donne pas le temps de nuire. Dans d’autres cas, ça dure et l’isolement qu’ils créent fait le lit de leur pouvoir. Le principe est d’obtenir une légitimité à grands coups de démago et de discours gluants de fausse commisération, quitte par ce biais à attirer de vraies associations prêtes à tout pour conserver ou majorer leur ego. p.athen
À suivre … Samusocial* – Le concept est né d’une très très longue et répétée discussion entre X.E. et moi au moment de mon départ et de son arrivée à Nanterre. p.athen »

⚠️ Vulnérabilité, altérité, reconnaissabilité
Les trois piliers de l’accompagnement soignant des grands exclus https://www.espace-ethique.org/sites/default/files/diaporama_c_leveque.pdf
👉 EXPOSITION LES AUTRES – Saint-Leu – Saint-Gilles http://www.sylvainleser.com/fr/portfolio-29733-0-40-exposition-les-autres-saint-leu-saint-gilles.html Saint-Leu – Saint-Gilles https://www.francetvinfo.fr/culture/arts-expos/photographie/sylvain-leser-photographe-du-paris-des-sans-abri-a-l-eglise-saint-leu_3341809.html?fbclid=IwAR1Valb9SR291VV__wK1WV_NefUlgvUMELJLAEXpZNLNT-S-LEPFktHdNNE
Quelques images du métro avec une des équipes du recueil social de la RATP http://www.sylvainleser.com/fr/portfolio-19512-0-200-blog-vi-oscar-xiv.html

“Intimité”Avril 2017 – Je souhaitais qu’il écrive sous certaines de mes images et pour cela je lui avais envoyé cet article sorti du fond de mon crâne, comme un CV, avec quelques images fraiches de mon ami Henri. Et d’autres, histoire de faire pâte blanche. Une petite ébauche de ma folie d’être humain poète et curieux. J’avais surtout besoin que lui me lise et me cautionne dans ma démarche assidu auprès des morts vivants. (Je ne peux par respect pour les morts et les vivants retranscrire tout cet échange, juste des petits morceaux…)
- – “ Merci. Il est vrai qu’au premier abord, tout de discours à propos de la mort m’a provoqué une petite sensation de fluide glacial intérieur. Puis, au fil de la lecture et surtout au fil des photos, superbes, la mort et la misère prennent une telle réalité que, finalement, elles m’ont confronté à une forme de vérité. Donc, pas de problème. Juste un détail dont tu comprendras l’importance pour moi … …………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….. Tu es le seul à savoir vraiment jusqu’où cela relève de l’exploit, même pour ceux qui te connaissent un peu et je vois et je digère ce que je viens de lire comme un exploit de sensibilité, quel que soit l’auteur.
A bientôt, Patrick ” « p. athen« .



Discours de Victor Hugo à l’Assemblée
http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-discours-parlementaires/victor-hugo-9-juillet-1849 – Le discours de Victor Hugo appuie la proposition d’Armand de Melun visant à constituer un comité destiné à « préparer les lois relatives à la prévoyance et à l’assistance publique ».
Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère.Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli. La misère, messieurs, j’aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir jusqu’où elle est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu’où elle peut aller, jusqu’où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au Moyen Âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ? Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l’émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures, j’ai presque dit pour vêtement, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures s’enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l’hiver. Voilà un fait. En voulez-vous d’autres ? Ces jours-ci, un homme, mon Dieu, un malheureux homme de lettres, car la misère n’épargne pas plus les professions libérales que les professions manuelles, un malheureux homme est mort de faim, mort de faim à la lettre, et l’on a constaté, après sa mort, qu’il n’avait pas mangé depuis six jours. Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? Le mois passé, pendant la recrudescence du choléra, on a trouvé une mère et ses quatre enfants qui cherchaient leur nourriture dans les débris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon ! Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société tout entière ; que je m’en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l’homme, que ce sont des crimes envers Dieu ! Vous n’avez rien fait, j’insiste sur ce point, tant que l’ordre matériel raffermi n’a point pour base l’ordre moral consolidé !



Pâques 2017 – Renaissance
« Ce jour là, après mes nombreuses péripéties: arrêt cardiaque de 2017, soins quasi palliatifs de 2015/16 et burnout de 2013, j’ai enfin pu montrer le film ABDM à Henri qui était le seul à ne pas l’avoir vu et l’interview de toi, que je trouve chouette mais que mon producteur a sans doute un peu trop coupé. Pourtant tu en disais des choses utiles, Patrick. Tu as suivi ce voyage de loin que tu as nommé sauvetage. Notre ami Henri, qui sans doute nous enterrera tous, après 40 ans de tunnels, sans quasiment plus parler, m’a dit te voyant à l’écran: « c’est Patrick , je veux le revoir ! » Oui, on se souvient de son médecin… Et tu lui étais fort sympathique! Toi après avoir vu le film, tu m’as dit: « bravo les gars, vous vous êtes pas foutus de leur gueule. » À bientôt. Amitiés éternelles… Sylvain »
ABDM https://www.daisyday.fr/auborddumonde.fr/ftp/www/index.php?chemin=null&langue=en

TELERAMA
Pierre Murat
On n’avait plus vu Paris aussi étincelant depuis Stanley Donen et ses films avec Audrey Hepburn. Eclairés par un chef opérateur magique, Sylvain Leser, les monuments semblent émerger, la nuit, tels des mirages. Dans cette ville fantôme, les voitures, rares, semblent glisser pour fuir ailleurs. Et laisser la place à ceux qui n’ont pas ù aller… Un homme pousse son Caddie dans les rues désertes pour gagner le lieu ù il dort, depuis des années : c’est Wenceslas… Recroquevillée contre sa grille, Christine raconte sa vie d’avant : sa maison, détruite, son mari et ses trois garçons, eux aussi à la rue, qu’elle espère retrouver un jour. On ne sait pas si elle dit vrai ou si elle invente, tant elle semble échappée d’une pièce de Jean Giraudoux : elle ressemble, d’ailleurs, à l’actrice Marguerite Moreno, célèbre pour avoir créé La Folle de Chaillot… En compagnie d’un ami étrangement muet, Pascal évoque sa cabane du 7e arrondissement, faite de bric et de broc, qu’il a mis des mois à aménager, à embellir. “ S’il y avait le courant, ce serait royal ! dit-il en riant. Déjà que je ne sors pas beaucoup de chez moi, là, je ne sortirais plus du tout ! “ Son angoisse, c’est que certains riverains, pas contents de voir un clodo gâcher leur belle rue, le forcent à déguerpir, un jour. Pour l’instant, ils sont gentils. “ Y a même un flic qui m’a apporté un plat de charcuterie pour Noël “… Alexandre, lui, installé de l’autre côté de la Seine, philosophe, tel un disciple de Cioran : “ On recule au lieu d’avancer. Bientôt la société deviendra moderne, mais l’homme redeviendra préhistorique. La seule chose qu’il n’y aura pas, ce sont les dinosaures. Mais la police continuera à exploiter cet homme des “cavernes moderne “…
Ils sont tous magnifiques, ces résistants éphémères. Dignes. Aussi beaux que cette ville, magnifique et froide, autour d’eux. Que le regard, chaleureux, du réalisateur. Claus Drexel ne les humilie pas. Il ne les filme pas, comme beaucoup avant lui, avec une pitié maladroite. Il en fait, au contraire, de purs héros tragiques, victimes de forces qui les dépassent et qui les broient. Démarche passionnante. Réussite totale.
👉 Quelques images du métro avec une des équipes du recueil social de la RATP http://www.sylvainleser.com/…/portfolio-19512-0-200…
https://twitter.com/sylvangui/status/1197229842451877888
👉 EXPOSITION LES AUTRES – Saint-Leu – Saint-Gilles http://www.sylvainleser.com/…/portfolio-29733-0-40…
👉 https://www.francetvinfo.fr/…/sylvain-leser-photographe…
N°1 Toubib des « clodos », spécialité métro par Charlie Vandekerkhove le 29-05-2013 : Patrick Henry, médecin alcoologue, peut se vanter d’être un pionnier. À Nanterre, il ouvre dans les années 1980 la première consultation en Europe réservée aux SDF. Il y recevra 51336 patients, jusqu’à un burn out qui le pousse à modifier sa trajectoire professionnelle. Depuis 1992, il est chargé de la mission de lutte contre la grande exclusion à la Ratp, où il fonde le Recueil social. Il tente désormais de faire revoir le jour aux SDF réfugiés dans le métro.
Egora.fr: Quelle est la différence entre votre travail aujourd’hui et celui d’hier à Nanterre?
Dr Patrick Henry: Aujourd’hui, je croise les SDF, mais je ne les soigne plus, je cherche des solutions pour les accueillir. C’est un burn out que j’ai vécu. J’étais le premier à avoir mis en place une telle consultation, le terrain était en friche, je n’avais aucune idée des dégâts que cela peut causer. J’ai effectué 51336 consultations. Plus des gens que j’allais voir à l’extérieur, dans la rue, dans le métro. Au total, ça doit faire de 70000 à 80000 consultations, uniquement avec des SDF. À chaque fois, les types vous racontent de telles choses, présentent de telles pathologies que même si on a le recul professionnel, qu’on essaye de se préserver, il reste une petite couche qui nous colle à la peau. Cette petite couche se sédimente, ensuite il suffit d’un léger déséquilibre personnel, pour moi c’était un divorce. Et à ce moment-là, soit on arrête, soit on se casse la gueule. Moi j’ai préféré arrêter avant de me casser la gueule. J’ai alors rencontré la Ratp, qui réalisait une enquête auprès des voyageurs. Il en ressortait que leur première préoccupation était la présence des SDF dans le métro. La Ratp essaie de répondre à des attentes, ça ne m’a pas choqué, d’autant que de mon côté j’avais constaté, de façon très clinique, que les gens de loin les plus malades, les plus abîmés venaient tous du sous-sol.
Qu’est-ce que c’est, de travailler tous les jours avec des SDF?
Il ne faut pas tricher. Les SDF n’ont pas de filtre. S’ils ont envie de vous dire que vous avez une sale gueule, ils vous le disent. Il faut aussi être le meilleur clinicien possible, car on n’a pas le temps de proposer des examens supplémentaires. On se fie à tout: le toucher, l’odeur, l’ouïe. Si vous ne faites pas le diagnostic dans la première minute, vous ne le ferez pas. À Nanterre, je les observais dès leur arrivée, quand ils descendaient du bus. C’est une médecine très particulière, du fait des patients auxquels elle s’adresse. Il faut être très naïf pour penser qu’il suffit de bien aimer les gens, comme on dit, pour bien faire ce boulot-là. Aujourd’hui, je me considère beaucoup plus comme un travailleur social option médecine.
Comment en êtes-vous arrivé à cette médecine si spéciale?
Complètement par hasard. À Nanterre, dans le cadre de mes études, j’avais repéré des agents dans les couloirs du métro en uniforme blanc, bleu, marron… Je les ai suivis, je me suis retrouvé dans une sorte de cour des miracles. Quelque temps après, j’ai reçu aux urgences un type qui venait de cet endroit, où on amenait les clochards à l’époque. Il est arrivé avec un plâtre au bras, ça le grattait, et quand j’ai retiré le plâtre…[pagebreak]
il n’y avait plus rien en-dessous. Tout était putréfié. Il ne restait qu’un vague réseau vasculaire qui alimentait la main. Je me suis dit, si un seul mec, que je rencontre par hasard, est dans cet état alors qu’ils sont des centaines là-bas, il doit y avoir d’autres gens dans son cas.
Est-ce que vous étiez frustré dans votre travail de médecin?
Il faut avoir un peu d’humilité. Dans le traitement des SDF, il s’agit de social et d’humanité avant tout. La médecine ne répond pas à tous leurs problèmes. Mais elle reste le meilleur moyen de les approcher : on peut aller voir un toubib et lui dire qu’on a mal au crâne, et trois minutes plus tard lui raconter qu’on se faisait violer par son père à l’âge de 4 ans. Avec un médecin, on invente un prétexte, ensuite on peut parler de choses beaucoup plus importantes.
De quelles pathologies souffrent les SDF?
La seule qui leur soit spécifique, c’est la brûlure causée par les grilles de ventilation du métro. Ils s’y allongent pour dormir, généralement ivres, donc les mouvements physiologiques du sommeil disparaissent. C’est de l’air sec à environ 23 °C qui émane des grilles. Associé à la compression du corps contre la grille et à sa durée, cela aboutit à des escarres dramatiques. Le problème des SDF c’est qu’ils souffrent des mêmes pathologies que tout le monde, mais que cela prend des proportions dramatiques, car ils ne sont pas soignés à temps.
L’alcoolisme et les troubles psychiatriques sont-ils fréquents?
D’après mes calculs, entre 20 et 30 % des personnes qui sont à la rue présentent des pathologies psychiatriques. Une personne sur trois, c’est énorme! Le problème, c’est que l’institution n’est pas du tout adaptée à eux. L’alcoolisme est assez répandu, mais il faut savoir de quoi on parle. Si j’ai besoin d’une bière chaque soir, c’est une forme d’alcoolisme. Mais si pour satisfaire ce besoin, je dois boire 7 ou 8 l de vin par jour, ce n’est plus la même affaire… Il y a parfois chez les SDF des phases terminales, des suicides symboliques où les types boivent 20 à 23 l de vin par jour. Ça dure trois jours et ils meurent. Pour autant, interdire la consommation d’alcool dans les centres d’hébergement, c’est cruel, parce qu’on fait du chantage aux SDF: c’est soit tu dors dans le froid et tu réponds à ta dépendance, soit tu veux dormir au chaud et tu souffres. C’est un manque de respect…[pagebreak]
de ne pas tenir compte de cette pathologie. On considère que c’est mal, mais de quel droit ? Qu’est-ce qu’on leur propose d’autre ? Alors oui, l’alcool, c’est difficile à gérer dans un centre mais on ne fait pas non plus un
métier facile.
Quelle est la particularité de la vie dans le métro?
Le danger, c’est que les gens y restent et qu’ils perdent rapidement tout repère. Même bruit, même lumière, même température… ils se désocialisent. J’ai vu des types arriver en pleine forme dans le métro, après un accident de vie. Je les retrouvais trois semaines après, devenus clodos. C’était fini, il n’y avait plus rien à faire.⬇️
https://www.egora.fr/…/20859-toubib-des-clodos…
👉 Vous arrivez à les en faire sortir?
Oui, mais il faut ruser et les connaître. En 1991, on avait recensé 1125 personnes dans le métro. Depuis, le nombre a été divisé par 3,5. Pourtant, rien ne les empêchait d’y revenir. On ne les a pas jetés dehors, ce sont des gens qu’on a réussi à réintégrer dans un circuit d’aide sociale, et j’en suis très content. Pour ça, il a fallu inventer des choses. Par exemple, l’opération Atlas: tous les soirs depuis vingt ans, on transporte quatre cents personnes vers un lieu d’hébergement. On a également des lieux d’accueil de jour, les « espaces solidarité insertion ». Il y en a quinze comme ceux-là à Paris, où on peut prendre une douche, laver ses vêtements, rencontrer un médecin, etc. C’est en proposant aux gens une alternative qu’on les fait sortir du métro. Mais les rechutes sont fréquentes. Personne n’est capable d’estimer les limites de sa propre fragilité et de sa propre solidité, de savoir s’il y aura rechute ou pas. C’est ça qui est terrible.
Vous parlez beaucoup des SDF au masculin, mais il y a aussi des femmes. Est-ce que l’impact de la vie dans la rue est différent pour elles?
C’est bien plus dramatique pour les femmes. Déjà en termes d’image de soi. Dans la rue, la notion de féminité disparaît complètement. Mais parfois ça peut faire partie d’une stratégie, d’essayer de ressembler le moins possible à une femme telle qu’on se la représente, pour subir moins de violences. Parce que physiquement les femmes de la rue sont victimes d’agressions de façon quasi permanente. Ce sont des viols à répétition. Et même quand certaines pensent trouver un «protecteur», elles ne sont pas à l’abri. Pour les hommes, la rue ce n’est déjà pas drôle, mais pour les femmes c’est un enfer. Elles représentent 10 à 12% des SDF, et ça s’explique: en fait,…[pagebreak]
la protection sociale se met bien plus facilement en place pour elles à partir du moment où elles ont des enfants. La présence des enfants les maintient au foyer, et ce n’est que lorsque ceuxci quittent le domicile parental qu’elles peuvent se retrouver dehors. Donc on trouve de très jeunes femmes dans la rue, mais elles peuvent encore la quitter, et des femmes plus âgées, à partir de 45-50 ans.
Comment décrire le rapport que les sans-abri entretiennent avec leur corps, et en particulier leur corps malade?
Les gens ne sont plus capables de faire un travail de distanciation par rapport à eux-mêmes, et pour quelqu’un qui n’a plus l’impression que ses membres lui appartiennent, il n’y a aucune raison de se faire soigner. Il y a une fragmentation de l’individu. Et c’est manifeste: par exemple, pour les droitiers, les lésions les plus importantes commencent au pied gauche, puis au pied droit, puis à la main gauche et enfin à la main droite. Ce sont les organes avec lesquels on a le plus de relations qui sont touchés en dernier.
Comment, en tant que médecin, répondez-vous à ça?
Il faut y aller sur des oeufs, il faut banaliser. Moi par exemple, j’ai beaucoup plaisanté sur les asticots. D’ailleurs, j’en ai gardé, regardez, sur le bureau, là, dans la résine. Je les ai récupérés sur la jambe de quelqu’un, ils sont devenus des mouches, et ensuite le patient revenait et me disait en rigolant: « Fais-moi voir mes gosses ». S’il avait fait le lien entre ces asticots et l’image de la mort, de la pourriture, il n’avait plus qu’à mourir effectivement. À la place de ça, on a plaisanté, tout en soignant cet ulcère de jambe gigantesque.
De médecins alcoologue à « clodologue »
«Clodologie», c’est ainsi que Patrick Henry désigne, bravache et provocateur, cette médecine si spéciale à ses yeux, qui consiste à soigner des SDF. Car il sait de quoi il parle, lui qui travaille auprès d’eux depuis les années 1980, d’abord en tant que médecin, désormais en tant que salarié de la Ratp. C’est sans doute de cette longue expérience que lui viennent son franc-parler et son humilité. Il dit être arrivé à ce métier par hasard: en 1979, en quête d’un stage au cours de ses études de médecine, il pousse les portes de l’hôpital de Nanterre. Une fois aux urgences, il reçoit pour la première fois un SDF, incommodé par son bras plâtré. Le plâtre retiré, le jeune médecin découvre un bras putréfié, qu’il faudra amputer.
Cette rencontre lui donne l’idée d’ouvrir une consultation médicale réservée aux SDF. Il la réalise en 1984, et reçoit chaque jour des sans-abri, hommes et femmes, qu’il tente de soigner de son mieux. De Nanterre, avec la puanteur, les plaies catastrophiques et les poux qui le poussent à se raser le crâne, à son bureau propre du siège de la Ratp, l’homme ne semble pourtant pas avoir changé. Aujourd’hui, il dit réfléchir toujours comme un médecin, mais répondre en même temps aux attentes de son entreprise: c’est à la Ratp qu’il fonde le Recueil social, qui part chaque soir à la rencontre des SDF du métro parisien et tente de leur faire rejoindre les centres d’hébergement prévus pour eux. Parce que la Ratp veut assurer à ses voyageurs les meilleures conditions de transport, il le reconnaît et l’assume. Mais surtout car le métro, lieu intemporel où il ne se passe pas grand-chose, « clochardifie» n’importe qui en un temps record, selon son expression, et favorise la désocialisation des SDF qui s’y réfugient. Aujourd’hui, il a cessé d’exercer et se concentre sur les nouvelles solutions à proposer aux sans-abri, en particulier les centres d’hébergement de jour. https://www.egora.fr/…/20859-toubib-des-clodos…
N°2 Le briefing du Samusocial https://www.ongconseil.com/…/10/LE-BRIEFING_18_.pdf…
Il a le nom d’un tueur, rêvait d’être flic et s’est retrouvé «clodologue» https://www.liberation.fr/…/14/leur-voie-sociale_76314…
l’homme qui sortait les SDF du métro https://www.huffingtonpost.fr/…/paris-homme-qui-sortait…
Plus de 50 000 consultations plus tard http://www.leparisien.fr/…/sous-terre-on-perd-tous-ses…
https://www.pressreader.com/…/20130311/281767036654487
Dr Patrick Henry, Editions Anne Carrière, 1998, (110 francs) http://www.brot.fr/…/decitre-30-3995-bouche_de_chaleur
Offrons-leur l’asile ! Critique d’une représentation des clochards en « naufragés » https://www.cairn.info/revue-actes-de-la-recherche-en…
Maitre jacques H https://www.canal-u.tv/…/vivre_dans_la_rue_jacques…
La bande au complet https://www.youtube.com/watch?v=NtN4jNVvVnw
À suivre, des questions ?

/EN COURS D’ÉCRITURE/
Intro 2017 – Relisant mon texte d’intro concernant la série » Les Autres « , je m’aperçois qu’à l‘époque où je photographiais et filmais « nos » clodos, je n’avais pas encore pris le recul nécessaire pour en parler avec des mots justes. Je donnais plus à voir qu’à entendre. À vrai dire je ne sais par quoi commencer, tellement la colère et la honte me submergent face à ce qui est réellement la responsabilité de chacun au regard de ces personnes devenues par la force de l’égoïsme ambiant des rebuts pestiférés, méprisés. L’Etat nous l’avait dit: en 2012, recrudescence ! Alors une myriade d’associations a saisi le marché de la pauvreté. Et mon constat est (et je cite le fondateur de quasiment tout ce qui s’est fait pour les cloches: le Dr Patrick Henry) que « la pauvreté attire les faux prophètes comme les colonies de vacances attirent les pédophiles ».
Des clubs d’entre soi divers et variés sont nés et tous se branlent sur leurs bonnes actions. Mais sur place: personne, ou pas assez! Pourtant des bénévoles et autres volontaires y font des choses avec une bonté incroyable et y consacrent leur vie entière. Des noms !?! Plus qu’il n’en faut. Mais pour certains, je les attends encore, car je ne les vois toujours pas sur le terrain. Sur les réseaux sociaux, ça oui! La soupe du samedi soir a fait flores, et il y en a a qui ont meilleurs gouts que d’autres. Mais va survivre avec une soupe par semaine, quand tu vis dans et des poubelles, froides et humides ! Toutes les portes sont fermées et c’en est effrayant dès lors que tu n’as pas d’argent en poche. La société devient une vitrine, personne ne te laissera l’accès aux toilettes, ni au verre d’eau… Alors oui je préfère celui qui harangue et crie cette douleur qui se déverse sur celui qui n’y peut pas grand chose, lui même en train de lutter pour son début de mois. Le plus laid est la cohorte de phrases toutes faites, usitées pour se planquer. Je ne comprenais pas bien ce que les grands spécialistes, qu’heureusement on peut entendre encore si on les cherche bien, disaient sur les devoirs de notre humanité, mais il faut chercher tout de même…
L’Abbé Pierre et Coluche n’ont pas été remplacés et manquent cruellement. Il suffit de 5 jours dehors pour casser et peut-être ne jamais en revenir… On m’avait parlé de ça, mais c’était quoi au juste cette histoire de 5 jours incompréhensible. Cela fait 8 ans que je passe quasiment tout mon temps à leur contact au quotidien. Et je me suis tout particulièrement intéressé aux plus vulnérables d’entre eux, ceux qui ne demanderont jamais rien à personne, car vous leur diriez, non?. Y a t’il un tronc commun à cette frange de notre société ? Oui: le manque, le plus sévère et total qui soit. En 5 jours la rupture est prononcée. Le « qui suis-je ? » sans masque me sera révélé. Comment je vais faire là, maintenant tout de suite pour boire de l’eau, chier et manger et dormir? Tout est verrouillé, sauf la bouffe qui traine par terre. Vous n’avez plus votre place, vous n’appartenez plus tout simplement à la masse dite active qui fait ses courses, mange en terrasse. Allez-vous continuer de leur demander sans espoir, vous prostituer, voler, tuer ? Pour survivre tout simplement. Cela devient indicible en fait, personne ne répond plus. Il est donc plus prudent à présent de rompre définitivement cette communication impossible et de ne plus rien attendre. Lorsque les besoins vitaux sont ignorés et que la société vous le renvoie avec un : « c’est de votre faute »!, le genre humain ne vaut plus grand chose que ce qu’il vous renvoie. Tant que ces personnes n’auront pas retrouvé l’assiette du pauvre et l’étable pour dormir, la vie tranquille consumériste n’aura aucun intérêt pour moi. (Allez donc vous faire enculer avec vos problèmes de luxe, je vous méprise. Lazarman) 🕳️ ! À suivre…
« De toutes les idées préconçues véhiculées par l’humanité, aucune ne surpasse en ridicule les critiques émises sur les habitudes des pauvres par les biens logés, les biens chauffés et les biens nourris. »Hermann Melville Redburn, son premier voyage 1849


(Extrait d’une interview du père Bernard-Marie Geffroy)
Si quelqu’un sait où il est !?!
« Il est plus facile de construire des enfants solides que de réparer des adultes brisés. » Frederick Douglass (1818-1895) Homme politique et écrivain américain né esclave.
Cliché de l’été 2017
Cela dit, toujours en recherche d’un/e marcheur/se, pour aller rôder de nuit, hors le trop plein de circulation et les embouteillages, véhicule et grain de folie welcome. Faut que j’en finisse avec ce putain de béton et décors apocalyptiques parisiens. Un jour à la fois! Toujours entre porte de St Cloud et porte d’Asnières… Quelques plans à immortaliser, grosse balade. Zéro salaire. Si l’aventure dure plusieurs heures il est de rigueur de se poser, à la suite, dans un minimum de confort salutaire de quelques heures. Une sorte de sas, d’aire de repos, une baignoire, un petit déjeuner, un chacun chez soi, une assiette de harengs pommes à l’huile, une boite de sardines. Alors je m’organise pour cela avec parfois des hôtels à 50% (les hors saison de la semaine). Je dis cela car l’année passée, il était souvent impossible de trouver un transport la nuit, hors des petites courses Uber, lorsqu’ils étaient abordables. Et marcher 20 bornes après déjà 20 bornes, je ne l’ai pas fait tous les jours. Puis parfois, je sentais tellement la merde et la crasse incrustées, surtout ces derniers mois…
J’ai fait le magicien, une fois mais pas deux, je ne suis pas Batman. Ils m’ont même collé quelques PV, à force de pas payer les transports, eux ressemblent à des Rambo et purgent les migrants des bus de la RATP. Paris by night quoi ! Alors ces histoires d’hôtels qui m’ont été reprochés, je vous déteste ! ils se reconnaîtront… Je préfère clarifier et bien régler mes comptes. D’ailleurs les deux derniers ont été réglés par ma boîte, juste pour me permettre d’arriver propre à l’exposition de la Croix Rouge et à la projection du film pour la journée du refus de la misère 2017. Va tenir 24/48/72/96 heures de suite à Panam, nourrir et s’occuper d’un homme dans des endroits qui ressemblent à des tranchées, avec des rats, à un kilomètre du premier point d’eau, puis essaye de retraverser Paris sans tune, pour aller faire la queue et trouver un repas chaud, car aucune association n’a aidé à le nourrir. Cela n’a été que de la bidouille de notre part: Merci Facebook ! Puis passer des 6/7 heures d’affilées à retaper Henri tous les jours. Il était sous le pilier, ne pouvait plus se déplacer par lui même, jusqu’au 2 août, où je l’ai porté à l’hosto car il allait être bouffé tout cru par les rongeurs et vivant… si je le lâchais une journée en dehors des hospitalisations ! Personne d’autre que des internautes et amis bénévoles de cœur n’ont bougé, aidé et parfois sont venus donner et faire tout ce qu’ils pouvaient. Donc ne regrettez pas vos dons: j’ai tout mis à sauver la vie de cet homme, juste afin qu’il ne crève pas là, comme ça, bouffé vivant par des rongeurs.
Que Dieu m’entende, qu’il n’y retourne jamais ! Je me suis pris au moins 70 jours sur le périphérique en 4 mois, c’est ultra violent, ça démonte le crâne. Le mien est établi rustique et bousillé. Je ne pouvais que gueuler. Je ne suis pas lui. C’est un homme bon et souriant et plus qu’aimable, encore capable d’arborer un sourire et des yeux lumineux pleins de vie. Moi, de là où il a vécu toute une vie et conservé une sorte de «calme» et d’unique refuge en tous cas, je m’y sens très étranger, le demi fou que je suis n’étant pas lui et vivant ailleurs.
L’endroit y est tout bonnement impossible pour 24h, je n’y trouverais pas le sommeil une nuit. Comme lui, j’ai bouffé de la pizza froide trouvée par terre. Mais dans mon cas, juste une ou deux fois, pas pour l’expérience, juste les crocs, l’urgence, et lorsqu’il m’a vu quelquefois ramené juste une dizaine de mégots de bonne taille, il savait que j’avais arpenté et que ce que j’avais trouvé venait du chemin des victuailles des très pauvres. Pour autant nous avons dégusté des plats de son pays d’origine et de nos spécialités locales qu’il aime à donf et sait déguster. Mais le manque est tellement prenant et l’énergie de survie tellement sollicitée là-dessous, qu’on a dévoré comme des bêtes la plupart du temps. Comme si le manque déclenché, il fallait d’abord l’étancher avant de retrouver son propre rythme.
J’ai retrouvé Henri ce début d’année, il allait pas vraiment bien…
Et ensemble, à nouveau grâce à tous les amis du réseau, on a vécu des aventures fortes: on est partis, hors saison, plusieurs fois à la mer, en forêt, à l’hôtel… On s’est appris plein de choses sur l’un/l’autre et on a partagé tout ce qui était possible, comme deux frangins. C’était de la magie partagée, pour lui et moi et pour ceux qui ont participé à ce miracle. Lui et moi au premier retour du bord de la mer, on a décidé ensemble de faire un film sur notre aventure et on a commencé début mai. Il faudra le monter, je n’ai pas encore regardé les images. À suivre.
C’était possible pour lui de vivre cela; aller où les millions de voitures vont au gré des tunnels, sans plus savoir pour lui ou elles allaient depuis fort longtemps. C’était possible pour moi de vivre et de l’emmener vers cela, y foutant toutes mes tripes. Des voyageurs différents, vivant dans deux ataraxies parallèles, chargées de leurs propres paradoxes. Et pouvant aussi se rejoindre à travers le rêve: de prendre la route, aller voir ou elle mène, là où vont sans doute les autos. Sa réinsertion socio-administrative n’était pas ma priorité, je voulais juste qu’il passe un printemps humain. J’avais prévu de faire les démarches préfecture en août, plus calme. Le mois de juillet était désert, je le voyais régulièrement, mais plus rapidement. On se baladait dans le quartier, un grec, une brasserie, un burger, des clopes… Parfois, je lui laissais des victuailles et quelques biftons que je déposais en passant brièvement dans les cachettes du moment.
/ EN COURS D ECRITURE /
35 ans de brouhahas démoniaques dans les tunnels morbides et dantesques des voies rapides ! Alors, je l’ai emmené plus d’une fois vers des horizons différents et il est monté avec moi dans la bagnole. La première fois en 2014: on allait se balader dans les bois le matin puis direction Nanterre le CASH ou il a pu découvrir les affiches du Film et revoir ses soignants de cœur comme David et Jacques Hassin son docteur. La fierté d’Henri est de s’être démerdé seul et de n’avoir dormi qu’une nuit à Nanterre, à une autre époque, celle du dortoir commun. Il y allait en revanche une fois l’an, parfois deux, juste pour se faire tailler la barbe, déjeuner, sourire, accueillir et partager avec les contacts du staff par son humilité naturelle. Puis s’esquiver à l’Anglaise, à la Henri… Et retourner sous le tunnel des Champs Elysées, celui qui passait sous l’Arc de Triomphe. Il y a vécu 30 ans, sans jamais rien demander à personne, se nourrissant principalement des poubelles et allant boire de l’eau à la fontaine du Drugstore. Je l’avais rencontré quelques années auparavant, en 2011, Av Marceau, pas loin du coin de la diaspora libanaise. Mais pour Henri, la plupart d’entre eux n’ont rien fait non plus. Un jour il m’a dit en arabe: c’est juste des marchands de chameaux. Pourtant certains le connaissent. Et il en a apprécié certains/es: le consul qu’il avait rencontré, et une des serveuses de Noura. Puis la nuit, les poubelles des champs sont grasses, et les chauffeurs de taxi sont connus pour partager leurs sandwiches, à l’époque où seuls une dizaine de grands marginaux déambulaient comme des fantômes visibles en quête de mégots et de miettes de Mc Do. Tous l’ont déjà rencontré. En 2017, je ne sais pas trop comment cela ce passe, ce que je sais c’est que des centaines de familles complètes vivent dans le coin.
/ EN COURS D ECRITURE /
Ce ne sont pas des « Clochards » comme la médecine appelle cette population précise de grands exclus, mais les trottoirs humides les emmènent à coup sûr vers la clochardisation. Alors ce mois d’aout a été infernal là-dessous, puis est venu septembre et octobre, je reviendrai dessus. La belle histoire du printemps a viré aux soins palliatifs sur le périphérique, le début de la grosse merde. Des jours, des nuits aux limites de la mort, de la déjante complète: je me suis transformé en homme à tout faire ! Alors j’ai gueulé ma race et beaucoup m’ont entendu et aidé, d’autres n’ont rien fait et ont fait chier en plus. Expliquer et agir me dépassait, j’ai fait ce que j’ai pu. À la fin c’est toujours comme ça: il n’a fait que ce qu’il a pu, rien de plus.
Bon je relirai plus tard voir si cela a du sens.. Henri lui est toujours à l’hosto. On peut lui laisser des trucs de Noël et des clopes à l’accueil. Avec Brigitte F on s’en occupe à fond. Les amis de la Croix-Rouge nous donnent de bonnes nouvelles. Pour l’instant il est au chaud. Pas de visite… 2017… je l’ai vu la dernière fois en personne en Février 2018, même pilier à moitié nu dans la neige… Marie-France a demandé à C. Rocca des news été 2019, rien et vérifié aussi porte Maillot, mais il est remplacé par un autre personnage, différent.

Exposition de photographies de la Croix Rouge de Bourg-la-Reine (Octobre 2017) https://sylvainleser.fr/2024/02/16/expo-croix-rouge/
Cette exposition est offerte à la Croix Rouge et devient itinérante en interne et en externe, grâce au service de communication de la Croix Rouge & la Ville de Bourg-la-Reine. En partenariat avec l’Agence Le Pictorium – (Texte de 2017 en cours d’écriture) – texte de présentation de la série en 2013 – :
– « LES AUTRES » – Depuis l’année 2009, je vais à la rencontre de ceux que l‘on appelle les sans-toit-stable, tentant ainsi de mettre un peu de lumière sur la misère urbaine parisienne. La première image de ce sujet est le portrait d’une femme africaine qui a vécu quelques semaines sur un banc de l‘avenue Foch. Je me suis dit, la voyant là, dans sa nudité et comme perdue, que quelque chose d’anormal se passait et que « le Boudu », ce vieux clochard que je croisais régulièrement deci delà, avait bien changé. En 2010, au cours d’un voyage en Hongrie, je rencontre le célèbre pasteur Gàbor Ivànyi qui oeuvre sur tous les fronts de la précarité. Il me posa cette question: “Et chez vous, comment ça va ?”. Je lui répondis trop vite: “Tout va bien !” De retour à Paris, je me décide à lui envoyer une vaste carte postale moderne et réelle, tel un état des lieux des rues de Paris, où des hommes et des femmes de tous bords ont pris refuge, le plus souvent auprès des monuments parisiens dont les lumières apportent un sentiment de sécurité dans l’isolement redouté de la nuit. Je donne alors un angle d’approche à cette vaste série d’images de laissés-pour-compte en la nommant : « Les cloches des monuments ».
La même année, quelques voyages à Calcutta et Bombay me rappellent qu’à toutes les époques et en tous lieux, il y a eu et il y aura des indigents et des intouchables. En revenant, je constate que dans le pays où j’ai grandi, la situation est en train de changer. Des centaines d’hommes et de femmes dorment également à même le pavé, errant comme des fantômes sur les talus, les quais, les trottoirs, les grilles de chauffage urbain, dans les stations de métro, les tunnels, les bois et autres trous où l’on peut se cacher pour survivre. Alors je me permets de renommer ce sujet: « Merde in France », expression que je prononce avec exclamation et interrogation. Sur le terrain, les proportions sont telles que probablement aucun observateur des causes sociales ne pourrait aujourd’hui analyser la situation avec justesse. Après trois années de vadrouille nocturne, je livre une série non exhaustive de portraits saisis dans leur contexte, constituant ainsi un reportage que j’appelle à présent: « Les Autres ».
Là, dehors, il y a environ X individus, dont X % de femmes qui vivent dans l’espace public de Paris, rapporte le pôle Epidémiologie de l’observatoire du SAMU social. Quel est le point de rupture ? Y a-t-il plus d’addictions et de troubles psychiatriques que dans la population moyenne? Ou bien ces personnes que je suis allé voir chez elles, dans la rue, sont-elles M. et Mme tout le monde, eux, vous et moi, que la pauvreté aurait amenés là ? En réalité, je pense qu’il n’y a aucune réponse toute faite qui ne tienne la route les concernant et que c’est leur propre histoire, blessures et démons qui les ont conduits là. Certains, qui étaient sans doute timbrés sont devenus fous, prenant ainsi refuge dans une vie coupée de liens affectifs et familiaux, assis des journées entières sur le bord de la route à regarder la bande humaine passante et affairée qui ne les voit plus. Quelques uns boivent, mais ce n’est vraiment pas ce qui les réunit sur le trottoir. J’ai rencontré des hommes et des femmes pour qui une paire de chaussures mouillées était une catastrophe. Leur état de survie favorise des formes évidentes de régression, mais tous ne se laissent pas aller à la clochardisation qui s’avère être l’étape finale. J’ai remarqué chez la plupart, de la douceur mélangée à de la peur, des voix très douces, presque effacées, de la gentillesse et de l’humilité lorsque de l’attention leur est proposée. Je les ai pris en photo pour ne pas les oublier et je les montre afin que l’on ne s’habitue pas. Après ces trois années de maraudes, il m’est encore difficile d’imaginer et d’intégrer ce que c’est réellement que de vivre sans jamais rentrer dans un chez soi, au chaud, se laver, manger à sa faim et être en sécurité. Toutes ces nuits passées à leurs côtés m’ont apporté davantage de questions que de réponses. À suivre 2017

Cadavre d’un sans abri
http://www.agence-lepictorium.com/Pictorium/categories/1090522586?fbclid=IwAR1pByucXodgvtkd6v-iUE-wPRB61ShoisYt_Dxvoql7KrRCdxZV0pgIh0g

Henri, je le connais depuis longtemps. De temps en temps, il accepte d’être conduit au Centre d’Hébergement et d’Accueil Pour les Personnes Sans-Abri de Nanterre. Il accepte qu’on l’aide à se doucher et qu’on l’habille avec des vêtements propres. Mais nous savons qu’il ne les portera pas et qu’il arpentera les Champs-Élysées nu, simplement emmitouflé dans son éternelle couverture noire de crasse et les pieds nus. Aucune contingence humaine ne le préoccupe. Cet homme vit dans un autre espace temps. Il vit dans l’instant présent semblant sans passé ni avenir. Mais que voit-il ? Et avec qui parle-t-il ?En voyant ces photos d’Henri me reviennent en mémoire les écrits d’Alexis Carrel, prix Nobel de médecine qui en 1930 propose l’élimination des anormaux par un eugénisme volontaire. Cette proposition était ainsi fondée : « Ce qui fait l’homme, c’est l’intelligence. Une masse de chair humaine sans intelligence, ce n’est rien. Il y a de mauvaise nature vivante qui n’est d’aucun respect ni d’aucune compassion. Les supprimer résolument, ce serait leur rendre service, car ils ne pourront jamais que traîner une misérable existence ». Alors, aurait-il fallu euthanasier dignement Henri ?Cette photo nous interroge. Henri est-il une personne humaine ? Mérite-t-il le respect et la dignité, l’un des droits inaliénables de l’être humain ? La réponse est oui bien sûr. Alors nous devons respecter son mode de vie, son état même si l’envie nous prenait de l’emmener de force pour le « resocialiser » dans un centre d’hébergement. Lorsqu’on voit Henri dans sa caverne, ce n’est pas sur un monde mystérieux – à mi-chemin du règne animal et de la vie humaine – que le regard s’attarde, ni sur de sordides guenilles dévoilant un morceau de peau rongé par quelques vermines. En revanche, jamais la sensation de l’autre et la perception de celui qui effraie mais génère aussi de l’empathie nous semblent aussi tangibles. Rarement la question de l’ipséité (le soi-même, ce qui fait qu’un être est lui-même et non pas un autre) et de la mêmeté (le même) ne se pose avec autant d’acuité. Ce « déchet humain » demeure-t-il encore un être humain ? Un frère en humanitude ? Saura-t-on jamais s’il a connu une vie normale, avant ? S’il a aimé et bercé des enfants ? L’a-t-il d’ailleurs été lui-même ?Cette image nous amène à des réflexions métaphysiques sur le mystère de l’Homme. Et si Henri du fond de son « incurable folie » était heureux, inscrit dans une longue tradition érémitique, celle de la vie d’ermite ? Lui qui est passé de l’autre côté du miroir, au milieu des voitures et des touristes japonais, dialogue-t-il avec quelques prophètes assis au pied d’un cèdre de son pays natal ? Quoi qu’il en soit, regardons avec respect ces photos dont il nous fait cadeau car c’est bien de l’homme qu’il s’agit.
Jacques Hassin Médecin et directeur de la Maison de Nanterre (le CASH : Centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre)
Légende presse (2012)
La caverne d’Henri sous les Champs Elysées
Henri le clochard, cet ancien couturier d’origine libanaise ne possède rien. Il vit dans des conditions sanitaires épouvantables, dans le bruit, la poussière des moteurs et des freins, sous l’Arc de Triomphe à Paris. Comme sous le regard de son créateur. Synopsis de la série de 25 images d’Henri pour Visa pour l’image: LA CAVERNE DE L’ARC DE TRIOMPHE – C’est une régression à l’âge des cavernes qui se déroule sous l’Arc de triomphe de Paris. Sous la plus belle avenue du monde, dans ce long tunnel qui traverse l’avenue des Champs-Élysées jusqu’à celle de la Grande Armée, c’est un lieu sans lumière et sans eau, des plus sordides et ténébreux qui soit. C’est là que vit Henri, complètement démuni et depuis bien plus de 30 ans; dans le bruit, la poussière des moteurs et des freins. L’endroit est lugubre et infernal, d’une insalubrité rare, l’odeur y est insoutenable. Ce tunnel semble être l’antichambre de la mort. L’allure de ce personnage est biblique. Il ne possède rien, aucune affaire et d’ailleurs je crois qu’il n’en veut pas vraiment. Il passe ses journées et ses nuits jonché à même le sol, vivant quasiment nu devant son créateur et pour ainsi dire, dans ses excréments. La nuit, il sort fouiller dans les poubelles en quête de nourriture. Cet homme d’origine libanaise qui aujourd’hui va pieds nus était couturier. Il a quitté son pays en guerre entre 1984 et 1985. Il ne parle quasiment plus et n’a plus vraiment la notion du temps qui passe. Il me dit qu’il a 43 ans et qu’il est né en 1959; quelque chose ne colle pas, en plus des centaines d’excréments tout autour de sa couche et de ses pieds esquintés qu’il me montre. Sait-il qu’il témoigne? Il semble conscient de son état et ne demande rien. Malgré sa terrible pauvreté Henri est un clochard lumineux de gentillesse. Ce sont des retrouvailles en fait. J’avais rencontré Henri l’hiver dernier, il y a un an tout juste, avenue Marceau, le trouvant déjà presque nu sur une grille d’aération servant de séchoir et de chauffage. Son histoire est connue jusqu’à Nanterre. L’un des médecins des débuts du Samu social me l’avait décrit mais je n’avais pas fait le rapprochement à l’époque avec cet homme que j’avais croisé. Puis, je l’ai perdu de vue. Ce soir, je l’ai retrouvé dans la nuit, en haut des Champs-Elysées. Nous nous sommes reconnus. Cet homme est l’un des sans-abris parisiens rencontrés qui fait sans doute partie du « Top Ten » de la grande précarité, tant son état de clochardisation est avancé. Devant ces scènes de tréfonds, je me demande ce qui se joue humainement parlant pour cet homme ayant sans doute perdu la raison et souffrant d’une immense misère. https://soundcloud.com/sylvangui/henri-le-jour-comme-la-nuit-illumine


» Tel l’Himalaya, soulevé par la collision de deux plaques tectoniques, Henri incarne le choc des oppositions les plus fondamentales : affublé de l’auréole de la société de consommation, le plus misérable des Hommes foule de ses pieds nus la « plus belle avenue du monde ». Accoutré de sa couverture poisseuse, le seul bien qu’il possède, il déambule devant les clinquantes vitrines des boutiques de luxe des Champs-Elysées. En élisant domicile dans une grotte sous l’Arc de Triomphe, le point central de la Grande Nation, il s’est élevé, lui-même, au rang de symbole. Ange de l’Apocalypse de la folie consumériste ou Soldat Inconnu de la vie ascétique, face à cette image archétypale du clochard, que penser ? Qu’avec son indolence Henri ne participe pas à la merveilleuse aventure de l’évolution humaine ? Ou qu’avec la simplicité de son mode de vie, cet homme ne prend pas part à la destruction de notre planète ? Claus Drexel Cinéaste et réalisateur du film documentaire: « Au bord du monde » » ⇣
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« Un jour à la fois. / EN COURS D ECRITURE /
Depuis des mois des personnes de tous horizons m’ont aidé à ne pas laisser crever Henri, à la sortie de l’hiver.
Il était terré entre les bagnoles sous le périphérique et n’avait plus la force de se lever et d’aller manger dans les poubelles et ramasser les mégots par terre. Il se laissait crever sans force, là ou personne n’aurait été le chercher. Lui, ce survivant qui depuis temps d’années , tel le un fantôme céleste, retourne dormir dans des trous infâmes, où personne ne va. Sauf les rats et d’autres mort-vivants, que sont certains grands marginaux. Ceux qui un jour ont arrêté de demander quoi que ce soit à qui que ce soit. Dans l’incapacité complète de vivre une vie dites normale. Ces personnes, sont victimes d’un manque d’une profondeur quasiment insondable, les comprendre et les aider est une obligation humaine qui dépasse la simple empathie. Depuis des siècles des Hommes l’ont compris qu’ils soient, issue des Eglises de toutes les religions, médecins, humanistes, et bonnes âmes touchées par le sort désastreux de ses frères humains. S’étant perdu en chemin et complètement exclu de leur propre devenir, aux fins toujours sordides.«
« Beaucoup, ont consacré leur vies entière à tenter et parfois réussir à les mettre à l’abri sans exiger une quelconque contrepartie de leur part, tellement le fardeau a du être lourd et dramatique, pour en arriver à s’oublier soi même et devenir celui que l’on appel un clochard. J’ai connu de nombreux manques dans ma petite enfance, mais par chance mon étoile m’a permis tant bien que mal de ne pas tomber, dans ce néant le plus complet. Et de retrouver le chemin de la lumière. Toutefois je suis tout de même un « demi fou », et chaque jour depuis que je soigne mon mal de vivre, chercher à être utile à mon prochain, m’a permis de grandir et de résilier. Je suis depuis longtemps déjà, un de ceux que la médecine appel un survivant. Beaucoup ont mal pris mes demandes incessantes à réclamer, certainement de manières maladroites. D’autres m’ont fait confiance, sans me juger. / EN COURS D ECRITURE / »
« Nous allons emmener Henri respirer un autre air que cette odeur de merde insupportable dans laquelle il est depuis des décennies, sans jamais se plaindre. Alors merci à tous ceux qui m’ont aider à l’aider. Demain est encore de la science fiction, me suivra t’il dans ce rêve fou qui est de revoir la vie et la beauté du monde. Ce projet que nous avons fait lui et moi a pris des années, depuis combien de temps n’avait ’il pas parlé et entrevue un lendemain meilleur, au moins une fois de plus. Je ne le lâcherai pas, pourquoi le ferais-je ? L’échec possible, fait partie intégrante de cette aventure. Mais ces dernières années, j’ai vu de mes yeux vu des miracles se produire sur d’autres, aussi esquintés que lui, donné comme perdue par la grande majorité. L’Amour est dans mon vocabulaire et ma grille de lecture philosophique de la vie et de sons sens le seul combat valable à mettre en œuvre. Mourir, oui personne n’en rechapera, mais pas dans n’importe qu’elle condition. Alors chacun son chemin, on a tous nos merdes..
L’important à mes yeux, est ce réseau de personnes qui m’ont encouragé et surtout cherché à comprendre ce qui se tramait dans cette quête miséricordieuse. Alors oui cette nuit j’ai peur mais le danger et le risque je le connais, il ne me reste plus qu’a la traverser à nouveau vers la confiance, son antidote. Si ça marche pour lui, ça marchera pour un autre et ainsi de suite, et d’autres modestes projets se mettront en place. Je sais sur qui compter, les portes s’ouvrent, certaines se referment, mon regard s’affute. Chaque jour ou l’amour reprend du terrain sur la colère est une bénédiction. Je ne recherche pas la reconnaissance, juste la possibilité de trouver le juste équilibre. / EN COURS D ECRITURE /«

« Hello! Cela faisait plusieurs jours que je recherchais Henri. Il ne vit plus dans le tunnel de l’Etoile maintenant fermé à la circulation. Les témoignages que j’ai recueillis grâce à Facebook m’ont beaucoup aidé. Puis, sur le terrain, c’est une famille de Roms qui m’a permis de le « pister ». Oui, je parle de pistage comme un chasseur. Aux abords des centaines de descentes sous terre que représentent les parkings et les tunnels, j’ai cherché les excréments : de « frais » à « pas frais ». Ceux d’Henri sont caractéristiques, je m’en étais aperçu déjà lorsqu’il vivait sous l’Arc de Triomphe. Sous l‘échangeur routier du périphérique qui traverse le 17e, il y a des dizaines de couloirs de service où dorment des hommes, de très grands exclus. Ici, les tréfonds, la poussière des freins, les particules de pollution en métaux lourds se comptent en cm3. Le bruit est incessant. La lumière artificielle (orangée la nuit / jaune le jour) déconnecte complètement ces types du temps qui passe. / EN COURS D ECRITURE /«
« Cela fait des dizaines d’années que ces gars sont entrés dans les entrailles des Enfers. Au dessus de là où dort Henri, il y a Manuel. Son tunnel: un boyau de 200 m de long sur 1m50 de large parsemé de 40 cm d’ordures en plancher tout le long. À chaque pas, de gros rats partent se cacher sous les immondices. Je suis passé à côté de lui sans le voir puis, après avoir été au bout de ce trou puant, j’ai aperçu des cheveux humains sortis d’un amas: un nid. Manuel ne sait plus depuis combien d ‘années il vit là. Il blâme les gitans qui, selon lui, chercheraient de l’or dans les poubelles. Il est persuadé qu’Henri est antillais. Il est vrai que la crasse de suie sur son visage le noircit. Et puis, il y a ces rats qu’il nourrit. je crois bien que lorsqu’il arrêtera, ils le boufferont! Pour avoir été trainer dans des bidonvilles en Inde et ailleurs, je ne sais pas quoi en penser. Toutefois, lorsqu’on ressort de là, de cette misère qui dépasse l’entendement, on n’est pas loin du film d’horreur…«

Comment ça va ?
/Extrait de mon journal de bord/
« Dimanche Joyeuse(s) Pâque(s) à toutes et tous,
dans toutes vos Traditions et Religions ! Ce soir, je vois à nouveau Henri. Je mettrai les photos en ligne sous ce lien, des photos que vous pouvez d’ors et déjà « liker » !!? »
« Cette nuit, le 14 avril, on a bouffé du camembert, du taboulé oriental et du pain aux céréales, fumé des clopes et parlé du Liban, qu’Henri a quitté en 1984, durant la guerre. Depuis, il survit, dans des tranchées et des boyaux de tunnels que seuls les rats fréquentent, dans une merde incroyable. La durée de vie sur le bord des autoroutes et voies rapides est de 20 minutes. Pour les survivants, c’est parfois différent. Cet hiver, il agonisait dans ce tumulte, entre les bagnoles, ne se levant plus de sa couche et n’allant plus se nourrir dans les poubelles, ni ramasser les mégots sur le pavé. Je l’ai cherché et retrouvé et nourri en grande partie grâce à vos dons. »
« Nous avons fait des projets, modestes et fous à la fois.
Dans quelques jours, avec une amie qui nous emmène en auto, on va se faire une balade au bord de la mer: Étretat que je connais, un petit hôtel du style camping avec vue sur la mer, puis revenir par Trouville histoire de marcher dans du sable. Ensuite, je l’accompagnerai avec une autre caisse vers des structures spécialisées dans l’extrême exclusion. Je prends des rendez-vous personnifiés pour cela actuellement. L’important est qu’il ne crève pas sur ce périphérique. Et si tout ça se réalise, autre chose sera possible. Alors les aminches, c’est pas le moment de nous lâcher. »
Mon job d’accompagnant va être d’assurer chacun des instants qui vont se présenter durant ce trip.
Il me faut du cash, bouffe, clopes, dormir, se réveiller et mettre du kérosène. / EN COURS D ECRITURE /
« Mois de mars et d’avril Le 12 avril, soirée poulet rôti, sur le bord du périphérique.
Faut qu’on le sorte de là !
Demain, c’est steak haché, je compte sur vous !«
« Ce soir, le 11 avril 2017 vers 23h45, j’ai passé une partie de ma soirée d’anniv’, sous le périphérique avec mon pote. Salut à tous! J’espère que vous allez pouvoir m’aider à emmener mon ami Henri au bord de la mer. Concrètement, vous savez bien qu’il va me falloir un vrai soutien financier: une voiture et de quoi la faire rouler 2 jours, pour aller en Normandie afin d’accéder à un vrai désir de sa part puis au retour l’emmener vers des structures pros, pour qu’il ait de nouveaux repères possibles ou aller se réparer si cela est toutefois possible !?! L’important pour moi est de ne pas le laisser seul dans sa merde. Cet hiver, nous avons ensemble beaucoup contribué à le maintenir en vie, continuons ! Que mes 50 ans lui soient utile ! C’est le plus beau cadeau que vous puissiez me faire. »
« Y a un truc qui merde, je dois m’y prendre de travers… Mais putain, je suis têtu, faites moi confiance pour ça! De là d’où je reviens très récemment qui s’appelle en terme médical « mort et ressuscité ». Cela s’est passé au troisième jour de ce que l’on appelle la mort subite de l’adulte, je suis enfin arrivé en réanimation, revenant miraculeusement et contre toute attente d’un Glasgow III. Un truc a commencé à changer très en profondeur, dans ma vision des choses de la vie ; je ne saurais pas bien vous l’expliquer pour l’instant. Je vais pourtant m’y atteler sous peu. Et essayer de décrire cela avec mes tripes et mon âme. Comme diraient certains, chaque jour nous en révèlera un peu plus.«
« En chemin ou en attendant, au cas ou vous ne l’auriez pas remarqué, je fais une fixette sur cet homme, le seul de la bande d’ « Au Bord du Monde » qui ne bénéficie pas, à ce jour, des circuits multiples que notre société a mis en place depuis des siècles, et plus récemment il y a quelques décennies avec le Samu social etc..«
« Je l’ai retrouvé cet hiver, dans un endroit où je ne survivrais pas 24h, ni vous d’ailleurs! Cet homme est un mystère de la survivance: là où je l’ai trouvé au bord du gouffre de la condition humaine, la vie, la mort s’enchevêtrent en permanence. Seuls les morts-vivants s’y trouvent, faisant face à la vacuité, se prenant le néant en pleine gueule. Je me suis alors arrêté au chevet de ce chaos et me suis investi d’une mission: entreprendre de le retaper, de le réhydrater, de le nourrir, de lui donner de l’attention, de lui dire avec mes gestes instinctifs à quel point il compte pour moi. Suis-je aussi fou que cet homme, qui semble perdu et qui, si un regard n’était posé sur lui, n’existerait plus pour personne ? Non, je ne crois pas. Ce qui me semble fou en revanche, c’est que depuis quelques jours, à force de faire chier à vous taper des ronds, pas grand chose n’est arrivé dans la gamelle, autre que ce que je lui amène quasiment tous les jours. Cela, juste afin de ne pas le laisser crever là, dans l’antichambre de l’enfer, jusqu’à ce qu’enfin un relais charitable, dont c’est la mission première, se mette en place. Il est l’un de ceux qui symbolisent au plus haut point le peuple oublié, le peuple des rats, rejeté encore par le plus grand nombre, de notre société vacillante. De nombreuses âmes charitables et parfois, aussi fauchées que moi, ont mis régulièrement les mains à la pâte, mais cela s’épuise…«
« La bonne nouvelle, c.est que le printemps est revenu, lui ! Hier – pardonnez-moi d’aborder le sujet mais j’ai repéré une merde énorme et très satisfaisante, dans cet étroit couloir de la mort. En vieux François, le « Comment ça va ? » d’aujourd’hui, voulait dire: « Comment allez vous à la selle, cher monsieur ? ». À l’époque de la Renaissance, la médecine moderne balbutiait et l’aspect du boudin fécal décrivait au mieux la santé de l’homme et son pronostic vital. Il en est de même de nos jours.«
« Suite; le 7 avril: Vous n’allez pas le croire mais ces quelques jours, je n’ai pas trop parlé d’Henri.
Pourtant je pense à lui. C’est bientôt mon anniversaire et je veux m’offrir le cadeau d’aller lui faire respirer autre chose que cette asphyxie: – un ou deux jours de beau temps au bord de la mer en écoutant du Beethoven…
Puis on ira au Cash de Nanterre et à l’Eglise des Captifs de la Libération.
L’autre soir dans le tunnel, il caillait. Le vent était là .
Comme je n’étais pas venu la veille, il m’a dit que je lui avais manqué.
Cet homme, cet ami a besoin d’instants présents, en confiance.
Et il mérite tous les dons que vous avez faits pour le « relancer » de cet hiver douloureux. Il ne bouffait plus, n’en avait plus la force et restait à suffoquer sur sa couche au milieu des milliers de voitures du périphérique. Je vais continuer d’insister.
Lorsque je l’avais perdu de vue quelques jours, je l’ai cherché.
Et ce sont les services de la police et de l’identité judiciaire qui m’ont le plus encouragé. Vous aussi.
Le « bougre » était parti dans un boyau de tunnel que j’avais déjà visité et où je m’étais dit: « Non, jamais je ne le retrouverai là ! Trop difficile d’accès, trop pourri ce trou. »
Alors, on a joué au chat et à la souris en évitant les rats dodus !
Ce soir, je vais le voir. Là, c’est le 7 avril et j’en suis déjà à la fin de mois côté finances.
Alors, on continue de l’aider s’il vous plait.
Cette image de lui, je n’ai pas encore pris le temps de bien la développer, mais je la fais remonter dans le fil. Je la trouve violente: 30 ans dans des trous, lui qui a quitté le Liban en 84/85 et qui est venu se réfugier à Paris, fuyant sans doute les bombardements sur Zahlé. Lui qui ne demande rien et qui bouffe dans les poubelles depuis lors… » / EN COURS D ECRITURE /«

Le cocon d’un mort vivant…
Ce soir la, j’irai le sortir de là.
Je tournais Wenceslas pour le film « Au Bord Du Monde » avec Claus et Nicolas, lorsque soudain, j’ai vu (c’est mon métier) ce type en face à côté de la gare sur le trottoir déserté, vers 2h du mat, une nuit d’hiver humide et glaçante. J’ai vu ce type désespéré et transi de froid arracher un sac-poubelle de l’abri de bus et retourner s’allonger sur sa bouche de chaleur: la condensation commençait à se faire, il allait mourir gazé et étouffé, cherchant par réflexe cet abri de malheur… Alors, tout naturellement et juste pour ne pas le voir crever comme ça, je l’ai sorti de là ; un piéton tardif a assisté à la scène et en passant m’a dit juste avec des grands yeux: « Flippant !»
Je lui ai refilé le parapluie du moment pour qu’il finisse sa nuit assis. Quelques jours après je l’ai croisé: mêmes fringues évidemment mais loin d’être un clochard, juste un sans boulot, sans argent, sans famille active, sans toit et en rupture avec que sais-je ? Ils sont nombreux là à Paris, cette nuit… Un de plus va crever tout seul comme une merde. Donnez un coup de main aux grandes associations sérieuses et à l’Etat. Eux seul peuvent faire quelque chose de décent sur le long terme.
Les Autres/projeté à Visa pour l’image 2013
LES AUTRES : http://www.sylvainleser.com/fr/portfolio-15300-0-40-les-autresprojete-a-visa-pour-limage-2013.html
Photos de Sylvain Leser / Haytham Pictures / projeté à Visa pour l’image Septembre 2013 (25ème édition) http://www.lepictoriumagency.com
Projeté à Siem Reap à Angkor-Photo pour le 9 ème festival
Nov 2013
Depuis l’année 2009, je vais à la rencontre de ceux que l‘on appelle les sans-toit-stable, tentant ainsi de mettre un peu de lumière sur la misère urbaine parisienne. La première image de ce sujet est le portrait d’une femme africaine qui a vécu quelques semaines sur un banc de l‘avenue Foch. Je me suis dit, la voyant là, dans sa nudité et comme perdue, que quelque chose d’anormal se passait et que « le Boudu », ce vieux clochard que je croisais régulièrement deci delà, avait bien changé. En 2010, au cours d’un voyage en Hongrie, je rencontre le célèbre pasteur Gàbor Ivànyi qui oeuvre sur tous les fronts de la précarité. Il me posa cette question: “Et chez vous, comment ça va ?”. Je lui répondis trop vite: “Tout va bien !” De retour à Paris, je me décide à lui envoyer une vaste carte postale moderne et réelle, tel un état des lieux des rues de Paris, où des hommes et des femmes de tous bords ont pris refuge, le plus souvent auprès des monuments parisiens dont les lumières apportent un sentiment de sécurité dans l’isolement redouté de la nuit.
Je donne alors un angle d’approche à cette vaste série d’images de laissés-pour-compte en la nommant: « Les cloches des monuments ». La même année, quelques voyages à Calcutta et Bombay me rappellent qu’à toutes les époques et en tous lieux, il y a eu et il y aura des indigents et des intouchables. En revenant, je constate que dans le pays où j’ai grandi, la situation est en train de changer. Des centaines d’hommes et de femmes dorment également à même le pavé, errant comme des fantômes sur les talus, les quais, les trottoirs, les grilles de chauffage urbain, dans les stations de métro, les tunnels, les bois et autres trous où l’on peut se cacher pour survivre. Alors je me permets de renommer ce sujet: « Merde in France », expression que je prononce avec exclamation et interrogation. Sur le terrain, les proportions sont telles que probablement aucun observateur des causes sociales ne pourrait aujourd’hui analyser la situation avec justesse. Après trois années de vadrouille nocturne, je livre une série non exhaustive de portraits saisis dans leur contexte, constituant ainsi un reportage que j’appelle à présent: « Les Autres ».
Là, dehors, il y a environ X000 individus, dont 5% de femmes qui vivent dans l’espace public (chiffres 2012) de Paris, rapporte le pôle Epidémiologie de l’observatoire du SAMU social. Quel est le point de rupture ? Y a-t-il plus d’addictions et de troubles psychiatriques que dans la population moyenne ? Ou bien ces personnes que je suis allé voir chez elles, dans la rue, sont-elles M. et Mme tout le monde, eux, vous et moi, que la pauvreté aurait amenés là ? En réalité, je pense qu’il n’y a aucune réponse toute faite qui ne tienne la route les concernant et que c’est leur propre histoire, blessures et démons qui les ont conduits là.
Certains, qui étaient sans doute timbrés sont devenus fous, prenant ainsi refuge dans une vie coupée de liens affectifs et familiaux, assis des journées entières sur le bord de la route à regarder la bande humaine passante et affairée qui ne les voit plus. Quelques uns boivent, mais ce n’est vraiment pas ce qui les réunit sur le trottoir. J’ai rencontré des hommes et des femmes pour qui une paire de chaussures mouillées était une catastrophe. Leur état de survie favorise des formes évidentes de régression, mais tous ne se laissent pas aller à la clochardisation qui s’avère être l’étape finale. J’ai remarqué chez la plupart, de la douceur mélangée à de la peur, des voix très douces, presque effacées, de la gentillesse et de l’humilité lorsque de l’attention leur est proposée. Je les ai pris en photo pour ne pas les oublier et je les montre afin que l’on ne s’habitue pas. Après ces trois années de maraudes, il m’est encore difficile d’imaginer et d’intégrer ce que c’est réellement que de vivre sans jamais rentrer dans un chez soi, au chaud, se laver, manger à sa faim et être en sécurité. Toutes ces nuits passées à leurs côtés m’ont apporté davantage de questions que de réponses.


Reportage chez Christian Le Pictorium http://www.lepictoriumagency.com
Offert à la Croix Rouge pour la journée du Refus de la Misère http://www.agence-lepictorium.com/Pictorium/categories/1090522586?fbclid=IwAR3nMEgwdEMwTZkbORdWuYx19U59tvUlg5gpnnpKO-mVaBEKs4bOqa-RGFk
En cours https://www.pinterest.fr/sylvainleser/lâme-humaine/

en cours d’écriture.
Certaines de ces images se retrouvent bien évidemment dans cet opus ↓
Les éditeurs de livres d’art Cohen&Cohen

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