Vaincre le Dragon🐉

Mars 2016 https://www.facebook.com/photo/?fbid=10154417012469198&set=a.445793529197
Janvier 2017 https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10155044666634198&set=t.625699197&type=3&theater
et la suite ici https://sylvainleser.fr/2025/04/11/memoires-des-trefonds-2/

Fin 2015 je viens d’être rapatrié à la maison. Je sors d’une clinique de soins de suite où l’on parque en partie des anciens toxicos, alcoolos, zombies en fin de parcours qui ne se sont jamais arrêtés ou pas à temps et qui souffrent de conséquences lourdes, avec des cancers en phase terminale à tous les étages. Ils font même les soins palliatifs sur place. Dans d’autres secteurs de cette clinique à la déco surprenante, décor à la David Lynch, c’est tout simplement un service de soins de suite oncologique. Je viens de passer plus d’un mois couché dans un lit qui conserve, dans son matelas profond, l’odeur des centaines de personnes passées par là. Je confonds mon odeur de sueur acide, sans espoir, avec la leur. Transi de douleurs arthritiques qui me réveillent toutes les demi-heures, je ne bouffe quasiment plus, tout me dégoûte. Je défèque des cailloux, parfois. Mon activité mentale consiste à faire défiler la longue liste exhaustive de toutes les personnes avec qui j’ai été en contact depuis ma tendre enfance. Je les énumère une par une, me rappelle chacune d’elles et, sans jugement, passe au suivant. Je les fais revivre un instant en les retrouvant. Je pars chronologiquement: ma chambre d’enfant, les voisins, l’immeuble d’en face, l’école, le quartier, ma ville, tout le mode y passe je revois toute ma vie et ça m’occupe…

Lorsque les infirmières ou le psy du service débarquent dans ma chambre pour m’aider à me laver, me raser, me retaper le moral, je fais semblant de dormir. Je suis en train de crever, laissez-moi tranquille, je n’attends ni ne désire plus rien. Les trop vivants, je n’ai plus rien à faire avec eux. Je sais que je suis en train de mourir. C’est inconfortable dans tout mon être, la mort qui vient sera un soulagement. La cirrhose hépatique a fait son ravage. Le foie, qui soi-disant ne fait jamais mal, est en train de dysfonctionner; il comprime tous les autres organes. Je ne digère plus rien. Même un verre d’eau me donne la nausée.

Les jours passent et n’existent plus vraiment. Il n’y a plus rien à dire. Parler ne sert à rien. Une altérité puissante, à trancher au couteau, s’est installée entre ceux qui vivent et ont des projets, et moi. Ma dépression est totale. Je n’arrive même plus ni ne cherche à prier.
L’angoisse anticipatrice est là, dans toute chose: devant, derrière, sur le côté, au-dessus et en dessous. Il n’y a pas d’émotion plus forte, plus stressante et plus angoissante que l’agonie qui s’annonce. Une nuit, je me traîne hors du lit pour aller pisser. Je n’allume pas la lumière et je suis ébahi par le petit jet sans force mais complètement luminescent, phosphorescent, qui éclaire les chiottes comme les petits squelettes de fêtes foraines. De la “science miction”: comme quoi on apprend des trucs jusqu’au bout. Faut le vivre pour le croire. Je m’enfonce dans ce lit de moribond en conscience et sans lutte. Je sais que rien n’arrêtera cette plongée vers le plancher. Lorsque j’arrive à me traîner en fauteuil jusqu’au fumoir du jardin, je rencontre le regard hagard de mes semblables. Eux non plus ne souhaitent plus vraiment la visite des autres. Il y en a qui toussent à chaque respiration. Les paroles sont rares. Tous se savent malades et miroirs les uns des autres. Ils ne se connaissent pas et respectent le silence et les absences de leur prochain.
Le regard noirâtre, shooté aux neuroleptiques, écarquillé dans le vide, la bouche en suspens: ils savent qu’ils en sont. Ils font partie de ce groupe qui sera le dernier. Tous sont polis. Parfois, la nuit l’un râle sa vie et l’autre pleure sa trouille. C’est le corps qui cause son cauchemar. L’extérieur n’est plus envisagé. Les portes se referment par l’intérieur.

Le psychiatre de ce mouroir* insiste: il y a un traitement pour vous, votre gastro-entérologue vous attend à St-Cloud pour le commencer. Mais j’en suis à un point où je m’en fous, et tout cela me semble dépassé. Plusieurs fois, depuis que je suis suivi pour cette hépatite chronique active, résistante aux interférons, on m’a proposé — et j’ai pris — des protocoles de chimio lourde. Ils m’ont été bien vendus, mais n’ont rien amélioré. Je suis suivi à Beaujon depuis 1998, suite à l’échec du premier interféron prescrit par mon hosto. Avant d’atterrir à Zombieland, je venais de passer deux mois alité à Sèvres, dans le service d’addicto. Cette hépatite est l’une des conséquences de la toxicomanie à l’héroïne, que j’ai sevrée en sept jours, la semaine de mes 33 ans. (le premier qui s’en sert sur le réseau 😏 j’lui envoie mon avocat ou des gitans Ouzbék avec une perceuse) À l’époque, hospitalisé sous X, par l’équipe de l’hôpital des Quatre-Villes de St-Cloud, qui me suit depuis et qui, dans ce coup dur de ma vie, m’héberge pour ainsi dire, faute de place en médecine générale. De là, je partais en ambulance passer des examens jusqu’à Beaujon, et passais des journées entières sur des brancards. C’est eux qui contrôlent l’attribution des nouvelles thérapies révolutionnaires contre le VHC. Il fallait attendre trois mois la prise de décision en collégiale pour pouvoir en bénéficier.

Le médicament coûtait au début 50 000 euros, et ils avaient genre 90 000 personnes à traiter par ordre de priorité, à trier. Ceux dont le pronostic vital était engagé à moins de trois mois étaient prioritaires — et c’était désormais mon cas. Il fallait être au plus mal, proche du trou, pour être enfin sauvé. Je suis en train de crever comme une oie gavée. Je n’ai plus de souffle. Je ne sais plus comment faire pour dormir. Je ressens des vertiges et des spasmes qui me forcent à tenter de rattraper une respiration bloquée dans la gorge. C’est vertigineux. À Sèvres, la gastro de Saint-Cloud était passée me voir à plusieurs reprises pour m’expliquer tout cela. Elle me le racontera plus tard: j’avais, selon elle, une plus sale tronche que mon voisin de chambre, qui, lui, avait le pancréas en faillite complète — et qui n’est plus depuis. J’entrais en tête de liste de ses patients pour bénéficier de cette bithérapie miracle.

Toutefois, il lui fallait d’abord aller bricoler et vérifier quelques varices œsophagiennes, en mode cœlioscopie endoscopie, fromage et dessert qu’ils disent. Ce jour-là d’ailleurs, elle était venue me voir au pré-bloc, tout juste sorti de l’intervention, encore bien défoncé par l’anesthésie, pour me dire qu’elle n’était pas certaine que je puisse bénéficier du traitement. Elle devait d’abord vérifier cela avec mes analyses de sang du matin. Elle me laissait, malgré le gaz du moment, dans un désespoir avéré. Puis elle est revenue trente minutes plus tard pour me dire que finalement, « oui », que c’était confirmé par Beaujon, la maison mère, et que j’allais rentrer chez moi avec une première rétrocession d’Harvoni et de Ribavirine — vu ma cirrhose — délivrée par la pharmacie de l’hôpital. Le traitement devait être pris à domicile, sinon il était facturé au service. Plusieurs mois plus tard, en la revoyant en consultation, je lui ai fait part du choc de sa première annonce. Elle m’a avoué qu’elle avait un mal fou, auprès de ses nombreux patients en attente, avec des annonces du type: vous n’aurez pas accès au traitement. Les critères précis exigés par les décideurs pour l’attribution ne sont pas remplis. Ni au rouge. En gros, les chiffres des marqueurs ne vous placent pas en haut de la liste — mais vous allez sans doute mourir avant, d’une autre insuffisance. Alors, le dire à un moment où le patient est attendri sous morphine lui est plus simple. C’est d’ailleurs ce jour-là qu’elle me reparle de sa visite dans la chambre à Sèvres, et de mon visage émacié, jaunâtre, cireux, malade, qui lui avait fait peur pour mon devenir.

Ø / 27 juillet 2015
I / 27/07/2015 – *Puis un jour, en mai 2013….. ⇣
2 / 27/07/2015
5 / STAFFÉ ! 19 octobre 2015 – je viens de retrouver en mars 2026 ces quelques compte rendu Gastro de St Cloud qui a pris en charge mon traitement… je n’ai pas reçu ou plus, les résultats des derniers examens qui ont motivé la rétrocession du dit traitement, je ne me rappel plus si c’était le génotype:1-1a ou le 1-1b mais je penche pour du 1a vu le Rebif 1a qu’on me refilait, où j’en étais question charge virale, ni les résultats du Fibroscann ni l’Actitest ⇢ m’enfin là: c’est explicite, je suis en cirrhose. j’ai son compte rendu opératoire du 9 septembre 2015 de recherche d’hypertension portale, m’enfin eux les ont eu, et en ont discuté à Foch en collégiale, puis à Beaujon. Ce que j’apprends aujourd’hui en rouvrant ce dossier en mars 2026, c’est que je dois repasser des examens de contrôle: Cœlioscopie (j’ai 5 ans de retard), échographie du foie (j’ai 7 ans de retard) et pour ma prochaine prise de sang une recherche: Alpha-foetoprotéine
3 / 26 novembre 2015
4 /

Je débute donc, après ces trois ou quatre mois d’hospitalisation dans plusieurs lieux, le fameux traitement, qui doit d’ailleurs être suivi de près: examens réguliers, ECG, cardiologie… Il faut être prudent avec la Ribavirine.
*a) Après une dizaine de jours, d’ailleurs, je passe toute une nuit sans dormir, impossible de m’allonger, assis sur le bord du lit à me tenir la poitrine tant la douleur est forte, brutale. Les poumons ? Le cœur ? Je ne sais pas. Et je ne sais pas quoi faire de ça. Je poste sur des forums Facebook privés d’anciens toxicos comme moi, me demandant si je ne dois pas arrêter une partie du traitement, la Riba’. Les types, des potes — eux aussi cabossés sévère avec une santé fragile, séro VIH, séro VHC, ou les deux, parfois même transplantés — me disent de continuer, de ne pas lâcher, etc. Je n’en fais qu’à ma tête et j’arrête la Ribavirine pour les quinze jours qui suivent. et discrètement, je ne reprendrai pas la dose complète.

C’est sans doute ce qui m’a sauvé la vie. Ce médicament est un cardiotoxique avéré, et j’ai probablement vécu cette nuit-là mon premier pré-infarctus, une pré-crise cardiaque. Je ne le signalerai par peur qu’en partie à ma gastro, qui aurait stoppé tout le traitement — et je serais mort aujourd’hui. Cela dit, autour de vingt jours après le début de ces médocs à prendre à heure précise: je sens que les muscles capables de tenir mes jambes reviennent. Je me remets debout et peux me rendre par moi-même en consultation et chercher mes nouvelles doses au bout de trente jours. J’ai commencé ce traitement fin 2015. En mars 2016, elle m’annonce que je suis définitivement guéri. Ma charge virale, qui était extrêmement élevée, est devenue indétectable. Je suis passé de mille gamma GT fin octobre à quasi la normal, etc. La cirrhose est en train de s’arrêter et va commencer à régresser. Elle m’explique que je devrai suivre cela toute ma vie par des prises de sang régulières, car ils ont observé chez certains patients l’apparition de cancers du foie malgré tout. Si on s’y prend à temps, on peut enlever des nodules, mais pas s’ils sont légion.

https://www.facebook.com/625699197/videos/pcb.10164203800484198/912599788443033
😻 Hello,
La preuve par l’image, tout va bien à mon: EXAMEN TOMODENSITOMÉTRIQUE ABDOMINO PELVIEN
Antécédents d’hépatite C et de cirrhose contrôle (fait avec 10 ans de retard).
Retour de la bande à Miou Miou par les quais de Seine, avec en souvenir un p’tit goût d’iode et de vacances dans la bouche…
Juste pour aujourd’hui: IRM cérébral dans l’aprèm… https://www.instagram.com/p/DXbPsAmguLz/
*a) Après une dizaine de jours de traitement par Harvoni + ribavirine 1000 mg/jour pour Hépatite C avec cirrhose, j’ai présenté une douleur thoracique intense, brutale, avec impossibilité de m’allonger, associée à essoufflement et malaise. Ces symptômes reflétaient la toxicité cardiaque directe de la ribavirine, probablement aggravée par l’anémie induite par cette dose élevée. Pour continuer le traitement sans mettre ma vie en danger, j’ai temporairement interrompu la ribav’, ce qui m’a permis de récupérer progressivement. Aujourd’hui, ce protocole ne serait plus utilisé, Harvoni ou un autre antiviral direct moderne étant beaucoup plus efficace et mieux toléré (cf. Vidal – Ribavirine Biogaran ❌

Histoire ⛑
_ Selon le laboratoire américain, « la mise à disposition d’Harvoni simplifie le traitement de l’hépatite C », et « cette spécialité propose, pour la première fois, une stratégie de traitement complète reposant sur un seul comprimé par jour, sans interféron, et uniquement associé à la ribavirine pour les patients les plus avancés dans la maladie ».
_ https://www.bfmtv.com/sante/hepatite-c-un-nouveau-traitement-a-46-000-euros-agree_AN-201506180054.html
& _ https://www.gilead.com/news/news-details/2014/european-commission-grants-marketing-authorization-for-gileads-harvoni-ledipasvirsofosbuvir-the-first-single-tablet-regimen-to-treat-the-majority-of-chronic-hepatitis-c-patients-with-genotype-1-and-4
& _https://www.has-sante.fr/jcms/c_2022100/fr/harvoni-sofosbuvir/ledipasvir-association-fixe-d-antiviraux-a-action-directe
🏥 Le tri _ https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000031107781
_ https://www.fmcgastro.org/textes-postus/no-postu_year/vers-un-traitement-universel-de-lhepatite-c/

🏥 ⚠️ 🎥Vidéo sur cette révolution médicale et la priorisation dure

_ https://www.fmcgastro.org/wp-content/uploads/file/flash-2017/225/index.html sa race cette vidéo exceptionnelle a disparu de l’internet, reste le texte : https://www.fmcgastro.org/texte-postu/postu-2017-paris/vers-un-traitement-universel-de-lhepatite-c/

🏥 ⚠️ Le syndrome de Lazare, ou la difficile gestion de la « résurrection » https://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/infectiologie/le-syndrome-de-lazare-ou-la-difficile-gestion-de-la-resurrection /le Dr Pascal Mélin, président de SOS Hépatites. Ces gens qui sortent d’une maladie chronique où ils s’étaient inscrits ne parviennent parfois pas à se reconstruire. C’est notamment le cas de 25 % des patients traités ces dernières années par le Dr Mélin. Pour ces ex-malades, on parle de « syndrome de Lazare », un concept issu de la victimologie, qui désigne une incapacité à retrouver sa place après une « résurrection » liée à une guérison.
Une problématique émergente. Si les hépatologues sont concentrés sur la guérison des malades, qui doit s’occuper de l’après guérison: les spécialistes ? Le médecin généraliste ? « C’est une réflexion qu’il va falloir mener sur l’organisation de notre système de santé et sur la cohérence de notre filière », estime le Dr Mélin. Les malades de l’hépatite C vivent actuellement une situation exceptionnelle: ils sont les premiers patients de l’histoire de la médecine guéris d’une pathologie chronique, {……………….. De même il faut, selon lui, se mettre d’accord avec le patient qui doit comprendre qu’il ne sera débarrassé que du virus. « S’il avait une cirrhose, le risque d’hépatocarcinome est toujours présent,…………}/.

_ Désordre post-traumatique dû a la perception de sa mort comme certaine et imminente. Le syndrome de Lazare est un terme décrivant les difficultés spécifiques auxquelles doivent faire face les sujets qui ont pu être confrontés à la certitude de leur propre mort, mais qui ont finalement survécu. https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_Lazare

En écrivant cela dix ans plus tard, je vais d’ailleurs insister auprès de ma généraliste — pro comblement du trou de la Sécu, qui rechignait récemment à me le prescrire — pour qu’elle ajoute le dosage de l’alpha-fœtoprotéine à ma prochaine prise de sang…

Durant cette aventure, j’ai aussi cherché de l’aide sur les forums français. Bah… y avait que dalle. Inactifs à 100 %, à croire qu’ils étaient tous morts. En revanche, en tapant par hasard le nom du médicament sur Facebook, je suis tombé sur un groupe américain fabuleux, tenu par des rescapé·es de la maladie, les premiers soigné·es: des cas lourds sortis d’affaire, qui encouragent, donnent toutes les pistes et le soutien nécessaire aux nouveaux, comme moi. Ils partagent même les combines pour se rapprocher du labo Gilead et de ses assurances, car aux USA le traitement est à la charge du malade et vaut 100 000 dollars. Aux States, la maladie est surnommée « le Dragon ». À chaque nouvelle guérison, on a droit à: Bravo, encore un qui a tué le dragon 🐉— l’inverse de encore un qui a mordu la poussière. https://www.facebook.com/groups/1548863812014151

Je me rappelle maintenant d’un essaie costaud dont j’avais bénéficié en 1998 chez les champions du foie, pavillon Émile-Sergent à Beaujon. Du Rebif — pour les virus qui se rebiffent — à haute dose, s’il vous plaît. Les toubibs, deux ce jour-là, m’avaient demandé de tirer au sort l’une des quatre enveloppes pour cette étude randomisée, quantitative et qualitative. La mienne, selon mon hépatologue, se situait juste en dessous de la plus lourde. C’est ainsi que je suis devenu, après signature de multiples décharges de non-responsabilité — au vu de ma maladie incurable et mortelle — un cobaye humain. Je me suis donc injecté chaque jour, pendant quarante-neuf semaines il me semble, de l’interféron-bêta-humain, 12 μg B1a, reconditionné en génie génétique, pour tenter de me débarrasser de mon VHC activement chronicisant génotype 1(1a). À cette période, je n’en étais qu’au stade 2 de la fibrose. Je remplissais chaque jour mon cahier d’effets secondaires. J’étais gris. Je fixais le plafond en dépression totale. J’attendais que ma compagne rentre du travail le soir pour me faire mon café du matin, la nuit. Tous les quinze jours, je prenais un taxi — remboursé par le laboratoire — pour aller faire des prises de sang, ECG, échographies, etc. Un jour, l’infirmière — je me souviens très bien de son regard effrayé — me dit: « C’est la première fois que je vois ça. » Le sang qui sortait de mes veines était noir.

À aucun moment il n’y a eu la moindre amélioration, mais ils m’ont encouragé jusqu’au bout de l’étude à continuer, expliquant que cela jouerait positivement sur la fibrose. À chaque visite, je les suppliais de me refiler des Benzos* : je n’en pouvais plus. C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’ils m’ont envoyé consulter le célèbre addictologue de l’hosto, qui, lui non plus, n’a pas cédé. J’étais incapable de bosser cette année-là. Biopsie finale de sortie: fin et échec du protocole rat~humain. j’apprendrais plus tard que ce médicament est utilisé à merveille dans les scléroses en plaques et a fait la fortune d’un certain labo Suisse. Petit à petit, après ça, je suis remonté grimper dans les arbres — mon métier — et je me suis mis à me soigner quasi comme en chibiothérapie intensive (façon de parler) avec des médecines alternatives intégratives sérieuses: du Viscum album à forte dose, en injections. Non pas pour guérir, éradiquer le virus, mais pour que mon corps lutte lui-même contre, tout en prévenant contre le cancer du foie, en boostant le système immunitaire et pas que. Certes très controversés par les ‘GrosPharmas’ par chez nous, mais j’en suis persuadé: ces traitements m’ont retapé de l’expérience scientifique sus-décrite et maintenu en vie et en état pendant les quinze années suivantes. Je passais régulièrement leur rendre compte; ils étaient plus ou moins d’accord, mais absolument pas contre, ouverts d’esprit au vu de la stabilité des résultats d’examens.

*Puis un jour, en mai 2013⇡, je me fais hospitaliser à Sèvres ne restant pas à Cannes où notre film fait son premier festival, après une année de tournage nocturne dans les rues de Paris. j’ai arrêté ma chibio alternative pour plusieurs raisons et je suis parti l’année suivante vivre en caravane, en forêt, pendant onze mois, sans eau ni électricité, chez des dingues fous, suite à un burn-out dont je ne trouvais pas l’issue en ville. Ni avec le service d’addicto de Sèvres, qui m’avait expliqué en grande pompe, avec la visite des médecins dans ma chambre — surtout le chef psychiatre du moment — que tout ça était dans ma tête, vu ma vie, et pas dans mon corps. Je le comprends aujourd’hui: l’erreur médicale est humaine. Il demande à un interne aux fraises si mon foie tient bon, car je m’en plains; le gars regarde son carnet et dit: « Oui, impeccable. » Le triste con ! Seule une des infirmières avec qui je discutais dit devant le staff qu’elle me croit, mais, face à ses supérieurs, se fait rembarrer. Pourtant la cirrhose était sans doute déjà déclenchée. Ils n’avaient pas encore les résultats des analyses sanguines Actitest-Fibrotest de Pasteur (minimum quinze jours d’attente), revenus quinze jours plus tard: je n’étais plus dans le service et personne ne m’a appelé ni m’a envoyé les résultats pour m’avertir que mon corps partait complètement en sucette et que la tête s’adaptait, racontant à mon corps — que c’était réellement physique. Ils m’ont totalement raté. Vu la tartine de médocs qu’ils voulaient me coller pour un état jugé uniquement comme une dépression anxieuse massive, je me suis barré. J’avais des vertiges soudains, du stress, des pertes de force soudaine dans les membres, une anxiété sévère au contact de mon prochain. Je n’encaissais même plus ma présence dans les groupes de parole que j’affectionne depuis des années. Les résultats revenus de Pasteur montrent qu’en mai 2013 j’étais à A3 F4. Je ne serais jamais parti un an vivre en caravane, si je l’avais su. Mais comme même le toubib chef ne me croyait pas, et que je ne pouvais plus respirer en ville, seule la forêt et le grand air pouvait m’aider; mais je n’y serais pas allé dans de telles conditions… Et ces médocs, sur un foie malade, n’auraient rien arrangé, mais empiré l’affaire… Donc, j’adore la médecine de mon pays, pas de problème: juste que, parfois, il faut y regarder à deux fois. Les médocs en cas de cirrhose, faut relire le manuel les gars! Cela dit, ils prendront bien soin de moi, sans m’avouer la boulette, fin de l’année suivante jusqu’à l’obtention du traitement qui m’a sauvé la vie. (je n’ai jamais été facile à soigner.). Entre mai 2013 et septembre 2014, où j’ai atterri dans ce camp de gitans — le 115 du pire — (mini article en cours d’écriture), j’ai continué à speeder dans tous les sens, marchant et photographiant les bas fonds la nuit, j’ai aussi assuré plus de 150 présentations du film ABDM dans plein de cinémas allant partout en France. Parfois, c’était super car j’ai la tchatche, que le public en était friand et que le film très beau, méritait sa belle promo; mais j’étais dans un état émotionnel perturbé, en contact avec de gros vertiges stressants, que je ne m’expliquais toujours pas, tentant de gérer ça en avançant coute que coute.

Mes photographies sur les clochards de Paris sont projetées à Visa pour l’Image, consécration de mon travail photo, je m’immerge un mois à MANIKARNIKA https://sylvainleser.fr/2025/04/11/manikarnika-l-inde-a-tue-la-mort/ et tente de documenter officiellement les mouroirs de Calcutta, mais une fois à Paris je ne vais pas bien et tout ceux qui m’ont croisé à ce moment là ont du me trouver étrange, avec des sautes d’humeur et parfois incohérent, je suis juste en train de crever à petit feu de l’intérieur sans le savoir et psychologiquement l’effet est que je suis instable. J’ai du envoyer chier plein de personnes qui n’ont rien compris à la situation, tkt, je me pardonne d’avoir été imbuvable ou à coté de la plaque. J’ai du me trainer cette cirrhose quelques années en fait. De l’ammoniac plein la cervelle. J’ai refait un long sketch chelou à mon entourage dès 3 mois après mon arrêt cardiaque de 2017 https://sylvainleser.fr/2025/04/11/memoires-des-trefonds-2/ avec une rechute à la fumette, un gros virage psy.

De retour de ce voyage chez les dingos fin 2014, je suis retourné consulter. Fibroscan à Foch: résultat catastrophique. L’examen, pourtant non invasif et indolore, m’a cloué de douleur. Verdict: F4++. Ils m’ont hospitalisé. Je n’étais plus sortable. La suite est décrite au-dessus. Le pic de mortalité lié aux hépatites C chroniques actives chez les non-répondeurs aux traitements a eu lieu autour des années 2000. Bien moins médiatisée que le VIH, ce qui a desservi la recherche. Cette épidémie a fait énormément de morts dans le monde. Elle était incurable jusqu’à l’arrivée des nouveaux antiviraux « miracles » en 2014-2015, qui guérissent dans 95 % des cas. Alléluia. Les hépatites B et C tuent plus de personnes chaque année que le VIH aujourd’hui, même si le VIH reste une cause majeure de mortalité infectieuse à l’échelle mondiale. Ma frangine est décédé prématurément des longues suites de son Sida, l’un de mes frère toxico et lui aussi ayant la B et la C chronique s’est suicidé croyant en partie être responsable que sa sœur l’aie contracté avec un type qu’il lui avait présenté. L’autre grand frère, quant à lui, est mort d’overdose, sans virus, un lendemain de Noël*…

On me demande souvent: comment avez-vous attrapé cette merde ?
Je réponds: lorsque j’avais seize ans, pour survivre à mon enfance brisée, je me shootais à l’héroïne depuis deux ans avec des seringues souillées récupérées dans les caves ou les caniveaux, que nous étions des dizaines à réutiliser.
(le premier qui s’en sert sur le réseau 😏 j’lui envoie mon avocat ou des gitans Ouzbék avec une perceuse)
Un jour — comme la plupart des junkies romantiques qui traînaient dans mon quartier bourgeois — je suis devenu jaune, les yeux orange, je chiais blanc. J’ai mis presque une année à m’en remettre. J’avais perdu vingt kilos. Le laboratoire du coin m’avait annoncé que j’étais le record de transaminases du 92 pour mon Hépatite B. Il devait le dire à tout le monde, mais sur le moment ça m’avait rendu fier de quelque chose. Puis ils m’ont annoncé que j’étais porteur d’une hépatite non A non B — qu’ils ont baptisée « C » en 1989. Elle a été officiellement découverte chez moi en 1996. Je me rappelle aussi à quel point j’étais paumé à cette période de mon adolescence, où je m’injectais des merdes non identifiées dans le corps, en pleine quête identitaire. J’étais même jaloux de ceux qui annonçaient qu’ils étaient « séropositifs », comme s’ils venaient de s’acheter une nouvelle bagnole qui frime, un blouson flambant neuf, des Nike fraîchement importées — un truc bien classe pour se mettre en avant.

Être reconnu. Montrer à je ne sais qui à quel point je souffrais de quelque chose d’indicible, d’un manque certain. C’était une période où je prenais des risques inconscients quotidiens avec ma vie, à jouer à la mort, à la roulette russe pour de vrai. Quand j’arrivais à l’hôpital, plus le pansement était gros, la blessure visible et béante, plus on prenait soin de moi. Avant l’âge de vingt ans, j’avais déjà atterri plus de vingt-cinq fois aux urgences. Les psys appellent ça de l’Ordalie: j’étais en quête de repères et je jouais avec ma vie simplement pour me sentir aimé. Mieux valait une identité de petit drogué délinquant juvénile que pas d’identité du tout. Plein de copains sont morts de l’une ou l’autre de ces deux maladies stigmatisantes. Je ne sais toujours pas comment j’ai fait pour échapper au VIH. Ma copine de l’époque en est morte. Je me servais de la pompe de personnes infectées; en plus, étant le plus jeune, je passais toujours derrière les grands, en fin de session de shoots. Disons que c’est le karma, le destin. Si nous ne sommes pas égaux devant un carré de sucre, pourquoi le serions-nous devant un bouillon de poisons en culture ? Sur la quarantaine de paumés* — plus ou moins jeunes — avec lesquels j’ai grandi, nous ne sommes plus que trois ou quatre survivants. Pour les autres, ce fut le sida, l’hépatite, le suicide, la mort violente, l’accident sous substance, la septicémie, l’overdose, l’arrêt cardiaque, et j’en passe. Je ne regrette rien, au final, de mon vécu. Et je sais que je peux — et que je suis — utile à ceux qui sont encore coincés dans les addictions. Parfois simplement en leur montrant que certains s’en sortent. À ceux qui n’y croient plus, qui pensent que ce n’est pas possible, tant qu’ils n’ont pas rencontré quelqu’un qui s’en est sorti, en joie, un jour à la fois.

Charge virale en 1999: 15 millions de virus dans le sang… ça avait explosé sur la fin… Alléluia, le virus est indétectable depuis 2016, nous n’avons pas créer d’anticorps comme après la guérison de la B, nous pouvons donc la re-contracter…
X 1 an.


//TEXTE EN COURS D’ÉCRITURE NE PAS REPRODUIRE EN L’ÉTAT SOYEZ PATIENT VRAC D’IDÉES EN MATURATION//

Mai 2015, un besoin irrépressible de revoir ma Normandie, Saint Aubin.

A suivre ⬇︎
1/ Benzos* et Biopsie
2/ Pisser dans le gobelet test drogue pour un camarade de chambre lui sauve la vie.
3/ Ce mouroir* Cette clinique fait aussi de l’addictologie psychiatrie réadaptation lambda, et plein d’autres services, c’est une grosse boite. Avec un réfectoire digne de « Vol au-dessus d’un nid de coucou », je l’ai vécu moi comme un mouroir, mais une grande partie des patients qui y séjournent ne sont pas au stade où j’en étais. Chacun ses merdes. Vu de ma fenêtre, cette fois-là, ce n’était pas avec les en presque bonne état que j’identifiais.
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4/ Un lendemain de Noël *1996, mieux dit ici: https://sylvainleser.fr/2025/04/11/cest-la-vie/
5/ Sur la quarantaine de paumés
6/ TAKIWASI
7/ Médecine Anthroposophique: Le Gui. Les Bûcherons des cimes.
8/ Le Kibboutz
9/ Ma vie
10/ Le 115 DuPire


1/ Je me suis fait faire ma première biopsie à Saint-Cloud en 1996, je ne le recommande pas pour ce geste. Pourtant, ils y avaient mis du cœur. Je me souviens des deux types en blouse blanche: ils me mettent sur le côté — « attention, ça va piquer ! » — et hop, ils ressortent de là avec un bout de mon foie bien orange comme il se doit et qu’ils me montrent. L’un des deux s’exclame: « elle est grosse », on parle là de cette carotte de foie. Trop grosse sans doute. Directement, j’ai eu une douleur dans l’omoplate droite, signe de Boas. Deux heures après, un pote passe me voir et, dès que je vois sa tronche à lui, je sais qu’on va se mettre à rire. Et ça ne manque pas: on se prend une barre de rire et je finis, au bout de quinze minutes, plié en deux, à ne plus pouvoir respirer. Ils m’envoient donc faire une écho en urgence pour vérifier s’il n’y a pas d’hémorragie… Je marcherai, me tenant le ventre à la Napoléon, pendant plusieurs mois… J’étais venu brièvement me faire hospitaliser chez eux à ce moment-là, venant de découvrir mon hépatite C, suite à un alcoolisme récent, fort, intense, violent, mais bref, qui me générait des douleurs dans la partie droite du ventre…
Rapidement, j’ai remplacé l’alcool par un usage massif de benzos… Échec du traitement de l’Hep C dans ce même hosto: ils me dirigent à Beaujon où, deux ans plus tard, rebelote pour mon protocole Rebif, je dois passer une nouvelle biopsie pour l’histologie de l’organe en question. Eux, c’est des pros de la carotte sans douleur. Ils convoquent plein de leurs patients le même jour, qui vont y passer une nuit. Ils vérifient — je ne sais plus comment — mais c’est fait dans la matinée: la vitesse de sédimentation. Pour certains, cette petite intervention sera faite par une des veines ou artères du cou; pour ceux qui coagulent bien, et dont je fais partie, ils vont passer juste en dessous des côtes… Nous sommes trois ou quatre par chambre, Valium 20 obligatoire. Je connais le benzo; à présent, je rechigne à en prendre, mais c’est obligé. C’est l’heure: ils débarquent tous deux en tenues de chirurgiens, on reste allongé et ils t’expliquent comment respirer durant la ponction — une lettre à la poste.
Du coup, suite au p’tit relaxant du matin, mes deux compères se mettent à ronfler et je m’emmerde. Les benzos me font l’effet de la cocaïne: je détourne la molécule et j’ai un besoin irrépressible de parler. La tchatche débarque. Bien qu’on n’ait absolument pas le droit de marcher les premières heures, dès que le service se calme, je me fais des balades partout dans l’hosto, le tout doublé d’une fringale: je suis à présent en quête de bouffe et je me mets à fouiller… Lors de cette jolie balade à la recherche des p’tits frigos du staff, je m’égare et descends au sous-sol du pavillon, vers le bloc opératoire. Il y a un gars qui hurle à la mort. Je m’approche derrière une fenêtre: le mec a l’air complètement absent, inconscient. C’est juste son corps qui s’exprime en criant l’horreur à chaque respiration. Il a des tuyaux qui sortent de partout, ça n’a pas l’air simple ce qu’ils lui ont fait… Un gars masqué, peut-être le chirurgien du matin, me tapote sur l’épaule et me demande: « mais comment avez-vous fait pour arriver ici ? »
« Ah oui ! », me dit-il après une brève explication de mon besoin de compote, de radis et de biscotte, « vous ne supportez pas bien le benzo !», et il me raccompagne gentiment jusqu’à ma chambre en écoutant, en accéléré vu mon débit de parole, l’histoire de ma vie, avec et sans Benzo…

2/ Le service addicto~psy de la clinique est une fidèle reproduction de ce qu’on va trouver partout dans l’hexagone, la spécialité française en addicto: c’est la réduction des risques et tout ce que cela implique… (vous avez 4h)… J’ai en mémoire une vision photographique personnelle et déformée de mon séjour en ce lieu, qui sera vécu différemment par tout à chacun, aucun n’y est pour les mêmes raisons. Ce dont je suis certain en revanche, c’est que la bouffe immonde du réfectoire n’a conquis personne. En revanche le jardin est ouvert jusqu’à minuit il me semble et je crois qu’on peut sortir cloper toute la nuit, il y a même une sorte de cabane ouverte qui de loin ressemble à un arrêt de bus, avec son pauvre néon, pour les jours de pluie et d’hiver des fumeurs. Certes la cigarette tue, mais on va pas se mettre à faire chier ce genre de patients, la plupart au bout du rouleau, ultra médicamenté, à la croisée d’un long chemin. Le weekend certain ont des permissions, il y a des visites, donc il y a du Shit qui tourne, comme partout. Mais ce n’est pas dans le contrat et ceux qui fument des pets risquent l’exclusion définitive, …on peut plus rien pour vous. Au suivant. Mon collègue de chambre, une gars d’une adorable et d’une gentillesse profonde rare, débarque paniqué dans la piaule, un peu style couillon honteux et comme pris en faute et qui n’ose  dire tellement il est rempli de timidité: Sylvain, j’ai un truc important à te demander, ils font un test drogue pipi à tous les patients, pourrais-tu pisser dans le gobelet pour moi? Il vient de loin le personnage, il est ici suite à un alcoolisme lourd qui l’a conduit à la rue la vraie, celle où il n’y a plus d’avenir. la cinquantaine et dans l’attente d’une famille d’accueil relais. Se faire virer pour un p’tit joint qui ne dévie pas le pèlerin serait un drame. Alors bien sûr et tout naturellement sans me formaliser je lui fait son demi godet, avec une petite honte à mon tour, car avec une couleur et une mousse orange pareil, je me raconte que le subterfuge ne passera pas… Chaque année depuis ce séjour, je reçois ses amitiés, avec un immense et sincère: “encore merci de m’avoir sauvé la vie”. Comme quoi, même l’urine sévèrement dégénérée, phosphorescente et mal odorante d’un cirrhotique mal barré: peut être utile à son prochain…etc…

3/ À chaque fois que j’essaie de me remémorer l’événement le plus traumatisant de ma vie, celui qui générerait le plus de stress post-traumatique, c’est un empilage de cumuls qui se présente à moi: j’en décris un, et c’est un autre qui débarque. Cette descente aux enfers, vers la mort, avec la dégradation rapide de la qualité de vie de ces derniers mois de mon Hep C est dans mon top cinq traumas.
S’ils m’ont hospitalisé à droite à gauche sur plusieurs mois, me qualifiant de non-sortable, c’est qu’à la maison ce n’était clairement plus possible.
Je me souviens de moments où, allongé chez moi, épuisé, dans un inconfort massif avec tout le système digestif, la gorge prise elle-même dans l’indigestion massive, je ne trouvais aucune position soulageante, la respiration en spasme, elle aussi, écourtée à chaque déglutition. Je me demandais si j’arriverais à me traîner vers la fenêtre, puis le balcon pour me défenestrer afin de calmer la souffrance par le choc, m’apportant un quelconque répit. J’suis au 7e étage et, dans ma condition, gonflé de l’intérieur tout en étant maigre, je me voyais exploser sur la chaussée…

4/ Je voulais vous raconter une histoire bien plus personnelle, je voulais dire autre chose, une histoire meilleure qui se passerait ailleurs, plus en harmonie avec les fêtes de fin d’année. Je voulais sans doute vous montrer un ours. Mais voilà: chacun ses merdes et ses joies. La scène originale se passe en banlieue parisienne, un banal fait divers, au lendemain de Noël. J’avais passé la nuit à veiller la dépouille de mon frère, gisant la tête écrasée et déformée sur le téléphone dont la ligne était coupée. Il se décomposait bruyamment, l’odeur était si collante… L’ayant découvert, je dus rester deux nuits en cage à déglutir ce mauvais goût, sans sommeil, jusqu’à ce que l’autopsie soit réglée. Il ne s’aimait plus depuis longtemps. L’isolement, le rejet et l’égoïsme étaient devenus un cercueil pétri d’orgueil. Oui, je l’avais pris en photo ! Un ami, voulant bien faire, accompagna ma main à faire disparaître les négatifs de ces images dans un feu de cheminée. Mon frangin avait passé vingt ans à Calcutta, il était professeur de langues. C’est dans le puissant four du Père-Lachaise que la crémation eut lieu. Elle fut suivie d’un lâcher de cendres quasiment poétique, accompagné d’un splendide rayon de soleil. Je n’ai pas besoin d’une mémoire d’éléphant pour me remémorer chaque détail. J’ai plusieurs clichés de tranches de ma vie que je n’ai su conserver en images, avec les aléas de mon temps. Seule la peinture d’un auteur pourra m’aider à restituer ces visions passées. En attendant la toile complète, je photographie les uns et les autres, chemins se faisant, avec le plus d’honnêteté possible, avec comme prétexte ma propre souffrance en préambule. La pâte n’est donc pas le fruit du hasard, mais viendrait toujours du vécu propre. Qui y a-t-il au juste derrière chaque photographe, et de quel type de photographie voudrais-je parler ? … Une amie, hier, me confirmait dans mon besoin d’écrire, ce que je fais parfois mais que je lâche vite, passant à autre chose, ne finissant pas ce qui a été commencé il y a parfois longtemps. J’ai des petits bouts de texte, plus ou moins finis, de ci de là.: https://sylvainleser.fr/2024/02/13/memoires-des-trefonds/ & https://sylvainleser.fr/2024/02/16/manan-de-calcutta/ & https://sylvainleser.fr/2024/02/16/manikarnika-l-inde-a-tue-la-mort/
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5/ Sur la quarantaine de paumés* – Les anciens schnoufé·e·s reconnaîtront peut-être une forme de nostalgie romantique dans cette ambiance révolue. J’ai découvert ce Nick Cave très récemment, petit dernier de la génération pop-rock 70–80. Je trouve qu’il décrit très bien cette noirceur jouissive et cynique des personnes paumées, qui étaient un chouille plus âgées que moi.
Dans le lot de ceux qui dansent ici, tant bien que mal, mais qui sont à fond dans un ressenti que je qualifie de suspect: ils trippent à donf et le matos a l’air bon; J’ai l’impression de reconnaître ceux que j’appelais en ce temps, les grands: importateurs et importatrices de la dope et des virus, mais aussi de la bonne culture musicale et de nos idoles si nécessaire, pour ceux qui étaient en manque de repères…
Moi, je voulais leur ressembler. Ils avaient un je-ne-sais-quoi que je n’avais pas encore. Mes années — né en 67 — furent plus dures: on n’a pas eu le temps de s’acheter des vinyles, on en a hérité ou il fallait les leur voler, ce qu’on a fait. La culture, ça se mérite.
Souvenir pas frais.
Nivaquine et Savarine
[ Chloroquine – Vintage ]
Une vieille histoire m’est revenue. Je l’ai racontée à Samantha, une copine du bois lors du tournage d’Au cœur du bois il y a quelques semaines. J’ai entendu les histoires de plein d’addicts dans le cadre associatif et des couloirs du rétablissement, et celle-là m’avait marqué. Car j’en connaissais par le menu tous les acteurs. Je me souviens de toutes les confessions qu’on m’a faites, et de lui, je peux vous parler. On s’est recontactés pour se la re-raconter. Il vendait sa dope dans le bois aux travestis et il coupait la chnouf avec cet antipaludéen. Ça leur arrachait le nez en sniff et au passage dans la gorge, rajouté aux autres merdes, effet garanti. « Y a plus », « t’en as? », « y en a », « y en a plus!?! ». Il ricanait tout seul, du haut de ses 16 ans, fier de son petit trafic minable et pas cher, persuadé que grâce à lui, les exotiques m’sieurs-dames sud-américains des années 80 ne craignaient plus le palu des moustiques !
L’étiquette de champ’, c’est une autre histoire du temps où j’étais bûcheron dans ce même bois de la joie. Une forêt de récréation, dans tous les sens du terme, botanique et festif. Notre jeune équipe venait remplacer, celle usée et ingérable, de Dédé le Gitan, chef bûcheron officiel et à moitié brigand, à l’ancienne. Petits trafics en tout genre. Comme cette bouteille originale de vin blanc mélangée à du bicarbonate, devenue alors du champagne à 10 balles, Personnage incroyable, et mine de rien très sympa ! Une vraie caricature qu’Audiard aurait embauchée direct, ad vitam. Il s’était finalement marié avec Sylvie, la jeune provinciale junkie qui tapinait dans le bois depuis ses 16 ans et qui avait trouvé dans la petite maison, route de la Vierge-au-Berceau, une nouvelle famille. Un refuge, pour se laver, et parfois se protéger. Le hasard veut que le loustic qui m’a conté cette histoire connaissait aussi la jeune femme à la belle époque des années sida et autres septicémies. Ils étaient amis et se shootaient ensemble. Ils ne couchaient pourtant pas tous les deux: elle lui avait dit lorsqu’il lui avait demandé que non, car il risquerait d’attraper des maladies. Ils étaient pourtant d’ores et déjà frère et sœur de sang souillé… Y a pas de morale à tout ça, juste pour dire que c’était moins compliqué à l’époque de pécho de la Nivaquine qu’à présent. Sauf qu’il faut une ordonnance aujourd’hui, c’est ça ?
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Ein_Gedi & https://x.com/SylvainFreres/status/1458352664815841295?s=20 & https://www.eingedi.co.il/http_new/index.asp?sitename=eingedi

8/
Un thérapeute dans un centre Minnesota me prend à part. Lui aussi est un ancien; avant, il était infirmier en psychiatrie. Il me raconte qu’il est de nature colérique et que son hépatite C est balaise: qu’il a fait le tour des protocoles et des traitements, mais que ça n’a pas marché. Il me parle d’un médecin qui vit à la campagne et qui a pris en charge son mal avec des médicaments issus de la médecine anthroposophique, et que depuis qu’il le voit, sa santé s’améliore. L’anthroposophie, je ne connais pas, si ce n’est que ma compagne suédoise a été scolarisée dans une école Steiner-Waldorf chez elle, et qu’elle m’a toujours dit que c’était l’un des plus beaux cadeaux que ses parents lui ont fait. Cette information me plaît beaucoup, car avoir de beaux souvenirs concernant l’école me semble irréel, magique; ça devait vraiment être merveilleux, un conte de fées. Je n’en ai pas de pareil.

Elle et moi, on s’est rencontrés dans un kibboutz en Israël, entre Massada et Qumrân, en plein désert de Judée, à Ein Gedi, un oasis magnifique, hors du temps, sur les rivages de la Mer Morte. Ce sera là où je vivrai de mes 19 à 24 ans, les plus belles années de ma vie. Je fusionne totalement avec les éléments d’une nature époustouflante, en complète réparation de mon adolescence chelou. Lorsque j’étais plus jeune et que je bossais comme groom, et que je rêvassais dans les salons et les couloirs du Ritz, j’imaginais rencontrer un homme sage, un grand-père, un savant, quelqu’un pour me guider dans la vie. Je visualisais un vieux plein de sagesse, ressemblant à Hubert Reeves. Ici, en Israël, je rencontre tout un tas d’hommes solides et passionnants qui me transmettront toutes les forces dont j’ai besoin pour guérir et émerveiller mon existence. Je vais sans doute écrire un peu plus sur ces rencontres et sur ces années si formatrices de mon devenir. Merci à eux pour l’amour, la force et la confiance qu’ils m’ont transmis. Un scientifique, chercheur émérite, avec qui nous bossions parfois dans les vergers d’arbres et les palmiers dattiers: le Dr Hillel Soffer (faisant partie de l’institut Volcani d’Ein Gedi, mondialement connu — jusqu’à la NASA — pour avoir apporté la méthode aéro-hydroponique à l’hydroponie et contribué d’ailleurs à transformer le désert en oasis fertile). Lorsque je lui avais demandé: de quoi a besoin une plante qu’on veut cultiver ? Il m’avait répondu texto:
« De chaleur, d’air et de lumière, d’eau, de terre et d’amour. »
Il m’a glissé quelques sagesses de cet acabit. J’étais pénétré comme jamais dans ma vie par tous ces éléments, ici exceptionnels. Dès que nous avions des vacances, nous partions dans le Sinaï, où il y avait peu de touristes à l’époque, juste pour plonger avec des tubas dans les falaises de coraux de Dahab. Tous nos séjours se finissaient par l’ascension du mont Moïse, après avoir passé quelques jours à la belle étoile dans les canyons avec des Bédouins. Je travaillais dans les champs. J’avais un grand besoin du contact le plus profond possible, en immersion totale, avec le vivant. Je passais parfois plusieurs jours dans les montagnes qui surplombent Ein Gedi et son jardin botanique, pour des randonnées de 30 à 40 km à crapahuter là où vivent les bouquetins locaux, une famille de léopards https://en.wikipedia.org/wiki/Humibaba_(leopard)–https://www.ynet.co.il/environment-science/article/r1a11swwny#google_vignette une faune et une flore dont j’observe chaque détail au sein de cette réserve qui ferait pâlir de jalousie le Grand Canyon devant tant de beauté.
Une lumière sublime, des rencontres avec des aigles, des renards et plein, plein de damans (marmotte) https://fr.wikipedia.org/wiki/Procavia_capensis: ils sont craquants. De temps à autre, nous partons quelques mois pour gagner de l’argent afin de voyager plus loin, dans un Moshav de la vallée de l’Arava , avec des conditions désertiques encore plus extrêmes. Autour des maisons, la nuit, des loups et des hyènes viennent fouiller les poubelles. La journée, nous cultivons plusieurs champs: il fait plus de 40°, il n’y a pas d’ombre. Le voisin mesure presque deux mètres. Je n’ai jamais vu un gars aussi costaud. Il se prénomme « Travail ». Il marche pieds nus sur des scorpions; sa peau tannée, burinée, ne craint plus rien. À Ein Gedi les arbres cultivés auxquels je m’attache le plus sont les palmiers dattiers. En fait, ce ne sont pas vraiment des arbres: malgré leur hauteur, ce sont des plantes, des tiges. Là où je passe le plus de temps à travailler, c’est dans les vergers d’arbres de pomelos, un fruit hybride naturel entre un pamplemousse et une orange. Plusieurs saisons auprès de ces arbres me transforment: je suis devenu un habitant de ce désert et je commence à en connaître chaque recoin. Les personnes avec qui nous vivions sont elles aussi incroyables, Je vous les décrirai par le menu, une autre fois, demain matin. C’est un livre en soi. À ce moment de ma vie, je n’avais rien à cirer de D.ieu, strictement rien à carrer des religions; je ne le cherchais pas encore et n’y pensais jamais. En revanche, tous les jours, j’étais plongé corps et âme dans ces lieux vraiment hors du temps, où la Bible et ses personnages ont vécu. Les champs où je passe mes journées avec Yigal et les arbres sont tout proche d’une des plus vieilles synagogues du monde, elle n’est pas encore complètement mise à jour par les archéologues, mais tout autour de nous l’ambiance si paradisiaque est une évidence que tout à commencé dans cette région. J’ai assisté à ma première messe catholique, que je ne suis pas, ayant été baptisé protestant sans non plus avoir jamais mis les pieds au temple avant l’âge de 35 ans passé et ça me faisait tout drôle d’entendre les curés parler de ces collines, de ces déserts, de cette terre sainte, des prophètes, des rois et compagnie. Perso, je vivais une histoire d’amour qui dure encore, sans doute celle du cantique des cantiques qui cite ce lieu. J’ai eu longtemps le regret de ne pas être resté vivre la bas, j’y suis retourné mais mon dernier voyage remonte à 2001. J’aime ce lieu, ses habitants, ils m’ont sauvé la vie. Mes potes sur place avait bien compris que j’avais eu des problèmes sérieux dans mon enfance sans que j’ai besoin d’ailleurs de leur raconter, ils m’ont appris 10 ans après que lorsqu’ils avaient envie de fumer un joint ou d’bouffer un cactus, ils s’arrangeait pour que je ne sois pas mis en présence d’une quelconque drogue, sans jamais m’en avoir parlé, c’est un des plus beau geste qui soit. Ils m’ont protégé de mes démons.

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8/ Je n’ai pas encore parlé de mon ami Zalman, d’origine irakienne, de 10 ans mon aîné. Après le boulot j’allais chez lui, quand je n’étais pas à la montagne, chez lui, mes soirées, chez lui. Il s’était construit avec une vue sur la mer une baraque en bois, à la pointe du site, une sorte de ranch improbable sur pilotis, Zalman Land, ses animaux, ses plantes, et surtout ses cactus que le monde entier vient visiter, des oiseaux, les travaux d’hercule à la romaine, des rochers hyper lourds à déplacer, et le lendemain il changeait d’avis et se remettait à construire un truc gigantesque, le gars avait une capacité de travail de 17 h par jour et je sais qu’aujourd’hui encore: il est au boulot https://www.facebook.com/zalmanproductions. Lorsque je revenais les années suivantes en touriste, il me proposait toujours de rester là, me reposer plusieurs mois, de prendre mon temps, de revenir. Il a été un grand frère pour moi, un oncle, un vrai ami. Il ne me ratait pas à la moindre connerie, corrigeait ma façon de parler ou de regarder telle ou telle situation. Il parlait peu l’anglais et moi peu l’hébreu mais suffisamment pour me faire comprendre les choses de la vie. Le jour où Tomer est décédé, en mars 1995, j’étais venu avec un pote d’enfance quelques semaines pour lui faire visiter le bled et nous partions en bus de 8 h vers le Sinaï. Zalman est venu nous chercher en tracteur pour nous déposer à l’arrêt. Il faisait une drôle de tronche, un peu fermée, j’avais mis cela sur le compte d’une mauvaise nuit, mais en fait il savait déjà que l’accident avait eu lieu et que si je l’avais su à ce moment-là, il n’y aurait pas eu de vacances en mer Rouge ni la grimpe prévue au mont Moïse pour moi et mon ami. Alors il a pris la décision de ne rien dire et de nous foutre dans le bus. En revenant une semaine après, il y avait juste la photo géante de Tomer dans la salle à manger commune https://deadsea.run/en/tamar/tomerandgiora/…
Zalman, l’homme qui sait tout faire et de toutes les situations, est aussi celui qui creusait les trous au cimetière.

le 7 mars 2026 – je me suis levé tôt, écrire le matin me fait du bien, si je recommence demain matin, autre chose viendra, il serait peut être temps que je m’y mette. ⬇︎ Pomelos et Dattiers, moi à 20 sur les photos de droite et 23 ans à la caisse 23, sur la photo en bas à gauche avec les dattes, c’est Tomer.
https://x.com/SylvainFreres/status/1457912338900717569?s=20 & https://www.facebook.com/watch/?v=1097613607102554&ref=sharing & https://fr.wikipedia.org/wiki/Phoenix_dactylifera

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8/ Moi, un goy paumé, ils m’ont retapé en me partageant leur vies. Tout un tas de choses entraient en moi, en ce lieu puissant, avec amour, confiance, force, courage et une curiosité pénétrante. Je m’y suis nourri par tous les pores de la peau et de mon être: de soleil, de chaleur, de roches, d’eau, de mer, d’arbres, de fruits, de végétation, d’animaux, d’oiseaux, de montagne. Je grimpe, je travaille, j’apprends, je découvre, je marche, je nage, je plonge. Je suis dans un endroit exceptionnel. Je suis jeune, en forme, et mon trop-plein d’énergie est bienvenu ici. De temps en temps, j’ai besoin d’aller travailler dans les palmiers dattiers. On grimpe, on remplace quasiment les abeilles. Les hommes et quelques femmes qui travaillent là sont toutes et tous passionnés et fusionnent avec ces presque arbres que sont les palmiers. C’est encore plus sportif, éprouvant, précis, risqué. Les futures feuilles, les palmes, sont avant tout des épines dures, chargées à l’extrémité d’une substance inflammatoire: quand on se pique avec, la douleur est vive. Nos mains endolories deviennent des pinces, des outils vivants qui conservent des jours durant le contact avec la matière même de l’arbre. Là-haut, dans les cimes, de cime en cime, c’est un autre monde. Le corps se muscle et reste fin. Les autres, pour qui ce travail est une fusion avec les éléments, un besoin, ont tous des personnalités fortes et une envie d’immersion dans une tâche peu commune. Il y a Roy, un goy canadien arrivé là en 1967. Parfois Gundi, une goy allemande qui a passé quelques années dans les dattes et qui revient de temps à autre. Yoda, d’origine yéménite, le boss, l’un des pionniers du kibboutz. Eli R., fondateur des écoles de nature, sauveteur en montagne, émérite à l’international et pour l’armée de l’air https://headstart.co.il/project/86793. Alon, un géant taiseux, kibboutznik et militaire, sauveteur. Tomer, un jeune, élite intellectuelle recrutée tôt par le Mossad, direction le Shin Bet, où il prétendait humblement ne pas y faire grand-chose lorsqu’on le taquinait sur le sujet. Une personne d’une lumière rare, d’une douceur extraterrestre. À l’âge de cinq ou six ans, il avait joué au piano à quatre mains avec l’un des plus grands pianistes japonais, devant la nation. Il était le meilleur marathonien du pays, jouait du saxo, études de philosophie. Son corps super fin de grimpeur avait des muscles d’une harmonie naturelle que je n’avais jamais vue, ni revue depuis. Il a fait une chute mortelle d’un palmier lors d’un effondrement de terrain. Plus de mille personnes venant de tout le pays se sont rendues à ses funérailles. Perdre une personnalité pareille était inconcevable pour Israël. Il serait devenu un Gandhi.
De temps à autre, il y avait deux frères qui venaient donner un coup de main lorsqu’ils n’étaient pas en mission, on ne sait où. Les plus costauds du lieu. Eux aussi commandants, mais pour une unité spéciale constituée uniquement d’autres commandants: des hommes multitâches, sachant tout faire. Je partais parfois grimper les falaises avec eux. Car lorsque je ne bossais pas dans les champs, j’étais toujours fourré à la montagne et partais régulièrement dormir à la belle étoile pour des marches de 30 à 40 kilomètres dans le désert, les canyons, les wadis, les rivières sèches. Ils avaient décidé de jauger mes capacités de grimpeur encordé en falaise.
Parfois je partais avec le reste du groupe des sauveteurs chercher un disparu dans le désert. J’étais doué pour marcher dans les endroits escarpés, à flanc du vide, dans ces éboulis de roche. Mais lorsque j’étais avec ces types, j’étais ébahi de leur assurance, capable d’aller là où seuls les Ibex (bouquetin) vont. Ce n’est pas rien. Mon premier rappel, 90 mètres, je l’avais fait avec un type qui est sauveteur aujourd’hui. Ils récupéraient des cordes qui servaient à l’origine pour l’armée de l’air: elles servaient à tracter des cibles aériennes d’entraînement, il était pilote de jet. Les harnais étaient faits avec des ceintures de sécurité de voiture.

Autour de mon verger de pomelos, il y avait celui des mangues. Le patron, Ezra, d’origine irakienne il me semble, était toujours en bisbille avec mon patron. C’était toujours un plaisir d’aller lui faucher ses fruits précieux.
Il parlait plusieurs langues, une dizaine peut-être, et en était fier. De temps à autre il me recrutait, mais je lui faisais bien sentir que je préférais son frère ennemi: Yigal, d’origine russe, qui avait vraiment le rôle de père de substitution avec moi. Même si nous ne parlions pas la même langue, je lui ressemblais physiquement. Il le savait. Et finalement, même sans les mots, comme dans l’échange entre un vrai père et son fils, quelque chose de subtil passait lorsque nous étions ensemble. Son champ avait la réputation de briser le dos. Nous dégustions aussi de ce côté-là. Et lorsque cela se voyait chez l’autre, poser simplement une main sur l’épaule, avec pudeur, juste distance et respect, réparait la fatigue et récompensait les efforts du jour. Il y a des moments dans les travaux auprès des dattiers où il fallait plus d’intervenants. Nous avions fini d’enlever les épines, futures feuilles, pour accéder et découper l’écorce contenant les fleurs. Nous allions ensuite saupoudrer, fleur par fleur, du pollen pour garantir plus de fruits sur ce qui allait devenir des grappes de plusieurs kilos. La période de fertilisation étant assez brève, les anciens — ceux qui avaient parfois passé quelques années dans les dattes — revenaient avec nous, les réguliers du moment. Pendant les périodes de récolte, tous les costauds et les costaudes venaient. Notre grand plaisir, nous qui arrivions tôt le matin, était la pause petit déjeuner dans un restaurant pour touristes qui campaient au bord de la mer. Retrouvailles avec les collègues des champs voisins. Derrière nos bleus de travail poussiéreux, short, rangers: des looks impressionnants, bronzés foncé, tous des personnalités fortes. La vie en kibboutz permet de ne plus se préoccuper de l’argent. Pas de loyer. Tout est partagé. Tous ont le temps de s’adonner à leur passion: les arts, les sciences, la nature, la famille, les étoiles. Des chercheurs, des trouveurs qui se réalisent dans ce qu’ils veulent. J’ai l’impression qu’ici vit l’élite du pays. Et chaque matin, je déjeune avec elle.

Lorsque je suis arrivé, je vivais avec les autres volontaires: des étrangers, des étudiants du monde entier qui, après un séjour organisé en amont, venaient faire l’expérience kibboutznik puis repartaient au bout de quelques mois. Ils créaient des liens forts avec les habitants et revenaient parfois d’année en année. Je suis sur un groupe d’anciens sur Facebook. Oui, cela a transformé nos vies, nous offrant un souvenir incroyable. Un gars dont je n’étais pourtant pas proche me posait, tous les six mois à peu près, quelques questions sur la manière dont je voyais ma vie ici. C’est lui qui avait repéré que j’allais rester, me voyant sans doute passer plus de temps avec les locaux dans mes occupations que dans les fêtes du week-end. Il nous avait proposé de devenir membre temporaire ce que nous avions joyeusement et fièrement accepté: processus naturel pour devenir membre à part entière, être complètement chez soi, vivre ici jusqu’à la fin des temps. Il aurait fallu que je fasse une tentative avec les religieux de Jérusalem pour devenir juif. Même si j’échouais, j’aurais pu rester. Plusieurs des goys cités plus haut n’ont pas réussi. Lorsque le rabbin leur demandait: « Vous faites quoi le samedi ? » Le Canadien arrivé en 1967 avait répondu: « Je joue au foot et je bois des bières après. » Examen raté. Essaie encore. Le kibboutz n’était pas du tout religieux: sur 500 personnes vivant là, le shabbat, seule une douzaine portait la kippa et faisait une prière dans le bureau de direction. Et il aurait fallu aussi que je fasse l’armée, pour obtenir la nationalité. Je suis resté trois ans sans sortir de mon désert. Ensuite nous allions voyager dans les pays autour, puis nous revenions. Je suis resté dans la région cinq ans en tout. Ils ne m’ont jamais mis de deadline. Si j’ai un regret dans la vie, c’est de ne pas être resté là-bas. La période où j’y vivais était propice à la possibilité de la paix: entre 1986 et 1991. En 2001, je suis passé voir de l’autre côté pour faire des photographies du conflit, aux barricades, à Ramallah. Je me suis fait tirer dessus par mes copains. Il y a des lieux où il y a la paix. D’autres la guerre. D.ieu merci, je n’ai pas eu à la faire ni à prendre parti — ce qui m’est impossible. J’écoute régulièrement Pascal Boniface pour tenter de comprendre au plus juste l’horreur de la guerre actuelle.
https://sylvainleser.fr/2025/04/11/photograve/
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//TEXTE EN COURS D’ÉCRITURE NE PAS REPRODUIRE EN L’ÉTAT SOYEZ PATIENT VRAC D’IDÉES EN MATURATION//

Rocher, de la forêt de Fontainebleau, fin 2014
« Désert de Judée » ou « désert de Juda », « désert des juifs »
8/  J’ai écrit sur ces pages des petits bouts de mon histoire psychédélique et il y a plusieurs endroits qui vont sans doute vous confirmer que ce que je vais vous raconter maintenant vient d’un cerveau perché avec des fuites entre les compartiments, vous révélant une douteuse étanchéité. Je n’ai pas fumé un joint depuis des années — ah si, un, dans le Sinaï: nous dormions à la belle étoile dans un canyon, nous sommes plusieurs à avoir profité d’une jeep pour ce trip dans les profondeurs du désert. Un soir, un des jeunes Israéliens insiste lourdement auprès d’un Bédouin pour qu’il lui fasse son fameux thé, la recette à Moïse. Le vieux rechigne, sachant qu’une fois que la potion lui ferait effet, il faudra le surveiller toute la nuit; en effet, deux heures après, sous une nuit où l’on peut presque toucher les étoiles qui nous servent de couverture tant elles sont proches, le gars se met à marcher sur le feu, racontant qu’il voit la mer s’ouvrir, les falaises grandir, le feu jaillir des sources taries, etc. Ayant refusé ce thé, j’avais tiré trois lattes sur le pétard, et ça m’a gâché une partie de la soirée, déclenchant une brève et intense parano: genre je suis attaqué par les renards. Ma compagne, elle, a rigolé pendant deux heures; c’était son premier et son dernier joint de sa vie. Donc le gars boit le breuvage, voit la mer Rouge s’ouvrir, marche sur le feu, fait une bataille d’étoiles en faisant des moulinets avec ses bras, voit des fleurs sortir des rochers, CQFD: cela me conforte dans l’idée que ce qu’on raconte dans les Bibles, que je n’ai jamais ouvertes, vient de la tisane locale dont les vieux Bédouins ont la recette, et non du ciel de la religion. J’en suis encore, peu après mes vingt ans, complètement désintéressé des bondieuseries. En revanche, je crois ce que je vois. Au petit matin, le gars a passé une sacrée nuit, il dort comme une loque, le Bédouin le méprise du regard car il a dû passer la nuit à s’inquiéter. La beauté des canyons nous appelle, nous repartons explorer ce petit coin de paradis sur terre, anecdote suivante… Fin des vacances. Quant à moi, je ne refumerai pas un pétard durant ces cinq années au Proche-Orient: le coup du renard qui m’observe et des dents qui grelottent au coin du feu, non merci.

L’oasis d’Ein Gedi est un endroit d’une beauté exceptionnelle; son histoire l’est, sa géographie aussi. Le fait d’être à 400 mètres sous le niveau de la mer ajoute des événements et des éléments physiques qu’on ne voit ni ne ressent ailleurs. La légende biblique aussi est notable, et ce même si la fameuse synagogue n’a pas encore été mise au jour par les archéologues. Des millions d’oiseaux, en période de migration, se servent de ce passage au-dessus de la Mer Morte: un battement d’aile à la hauteur de zéro mètre d’altitude leur suffit pour faire des centaines de kilomètres, portés par l’air chaud de la vallée qui est à une dizaine de degrés de plus. Lorsque vous êtes assis en haut de la montagne, au bord des falaises qui surplombent la mer, vos pieds sont au chaud, plus dix degrés. Une chaleur non étouffante: le phénomène apporte plus d’oxygène et les mauvais UV sont filtrés. Vous le ressentez aussi en venant de Jérusalem en voiture dans la descente vers la vallée: à la hauteur de Jéricho, en passant la barre du zéro il y a un panneau, et c’est comme si vous mettiez en route un sèche-cheveux… Ces éléments augmentent et transforment la pousse des végétaux. Entre l’Histoire et la légende, la Bible et l’archéologie, il s’est passé beaucoup de choses dans le désert de Judée, entre Qumrân et Massada, au temps des rois d’Israël. Les deux rivières et les cascades d’eau actives de l’oasis, sa situation géographique unique, cette réserve botanique et animale donnent à ce lieu une force époustouflante, comme celle d’un épicentre, d’un vortex, diront certains. Un matin, au restaurant du petit-déjeuner, durant une saison de récolte, d’autres volontaires sont avec nous et l’un d’eux me demande où je vis. Cela fait trois années que je ne suis pas sorti de ces lieux, loin des villes, protégé par ces montagnes. Avant même que je lui réponde, un des kibboutzniks, voyant un instant de rêverie dans mes yeux, lui dit: « Bah, il vit ici. » C’est vrai que les histoires qui me concernent à présent, plus que celles des jeunes sacs à dos de mon âge et de leur prochaine surprise-partie à la bière, sont celles de la vie des champs, des fleurs et des arbres, des canyons, de la montagne, de l’eau, des animaux.
Un pote suisse, qui va se marier avec une des filles du kibboutz, fan de randonnée et de parapente, travaille quelques mois avec nous aux dattes. Le gars a la tête sur les épaules, a peut-être fumé un joint à l’adolescence, et peut-être même pas, et il prend son kiff à voyager, visiter le monde et, là, à grimper dans les palmiers. On passe chaque jour des heures là-haut, à une dizaine de mètres: les machines élévatrices se conduisent de là-haut, ce n’est pas rien dans la rocaille; il faut faire gaffe, on ne va pas confier ce genre de boulot un peu dangereux au premier venu, il faut être sérieux et le vouloir. Nous passons nos journées dans une nature surprenante et sublime. Moi, après le taf, je vais encore me balader à la montagne, j’explore de nouveaux sentiers, je vais me baigner dans de nouvelles cascades; mon but intime est souvent celui d’y croiser le léopard. Un jour, Ralph, lui aussi passionné de cette nature, me dit qu’il a vu un oiseau étrange dans la palmeraie, qu’il n’a même pas cru ce qu’il voyait: un oiseau sans plume, comme un animal de la préhistoire. Il est d’un naturel timide et taiseux, il semble même ne pas oser vraiment en parler, doutant presque de ce qu’il aurait vu… Je raconte tout cela en amont de ce qui suit: tout ici, question énergie et nature, est définitivement absolument merveilleux. Les paysages sont sublimes, les couleurs et les odeurs envoûtantes. J’étais dans un canyon vers la « fenêtre » d’Ein Gedi et, me reposant sur un rocher, l’absence de son dans le désert fut une rencontre étonnante: le seul bruit que vous entendez est celui de votre propre corps, le cœur qui bat et la vibration de votre sang qui circule, enveloppé et porté par la chaleur du lieu encaissé entre quelques falaises qui créent une sorte de contre-écho; plus de son extérieur, sauf celui qui vrombit et vient de vous-même. Rien de magique, juste un phénomène physique… Je ne vivais pas de trucs de ce style dans ma banlieue, à laquelle je ne pense même plus. Lorsque nous partons en balade en solo, il y a un mot d’ordre: prévenir quelqu’un qu’on part en montagne et le secteur dans lequel on va; se péter une cheville serait ballot, les deux, beaucoup plus chiant. Durant ces années, j’ai guidé plusieurs petits groupes — trois, quatre, cinq personnes — essentiellement des volontaires téméraires ayant soif d’aventure, pour des escapades de parfois plusieurs jours, et j’ai vraiment pigé l’importance de la sécurité en moyenne montagne: de la gestion de l’eau, du feu, du repos, de la nourriture, du soleil, de la nuit et de sa fraîcheur, du bon sens à mettre en place pour éviter les galères graves.

Un pote, Mike, au bout de deux jours vers Massada, est à la traîne. Je vais le voir et il n’en peut plus, il a des ampoules et veut absolument enlever ses rangers. « Non, Mike ! surtout pas, mais alors surtout, surtout pas ! » On va écourter la balade, rentrer, faire au plus court, tranquillement, mais ne pas s’arrêter pour regarder l’état de tes ampoules. Je reste à côté de lui mais dois aussi aller ralentir le groupe; l’idiot en profite pour enlever bêtement ses godasses: il a en effet les pieds éclatés d’ampoules, il lui sera impossible de les remettre. Il nous reste dix kilomètres jusqu’à la route; il faudra le porter sur quelques kilomètres, le con. On en rigolera les semaines suivantes: il marchera avec des petites bandelettes comme une momie, et lorsque quelqu’un lui demandera ce qu’il lui arrive, il me montrera du doigt en disant, pour se marrer, que c’est moi qui lui avais fait ça… Une autre fois, le groupe — l’unité de sauvetage des personnes disparues — m’invite à partir avec eux chercher un volontaire anglais qui sort avec une fille du kibboutz et qui a dû lire du Castaneda. Il est soi-disant parti se purifier dans le désert quelques jours; ça inquiète sa copine, qui a une tronche à fumer des joints. Le gars n’est pas un costaud, juste un fort en gueule qui charrie bien et qui fait de bonnes blagues à la con avec ses copains durant les soirées bières, guitare, vodka. Je ne traîne pas trop avec eux, voire pas du tout. Il me surnomme, vu que je suis fourré à la montagne, « Johnny Ibex »; c’est souriant. Si le groupe se met en route pour aller le chercher ce matin-là à 4 h 30, c’est que le gars a raconté à sa copine que son futur exploit est un voyage de plusieurs jours, genre une rencontre avec l’esprit de l’aigle, mais que ce gros malin ne connaît absolument pas la montagne en dehors des chemins touristiques de la réserve et que, hormis un sandwich, deux ou trois dattes — et, nous l’espérons, pas de canettes —, peu d’eau, alors qu’il faut se coltiner des bidons de plusieurs litres dans le désert, il n’a en plus pas vraiment dit où il allait et n’a pas de sac de couchage a priori; il est parti la veille au matin… Nous sommes plus de sept dans mon souvenir. Le commandant Amaziah est un vieux, surnommé par l’équipe « le tigre» https://www.ynet.co.il/environment-science/article/r1a11swwny#google_vignette. Nous ne gravissons pas les falaises comme on le fait habituellement: chaque sentier sera exploré, visuellement avec nos jumelles nous scrutons toutes les crevasses escarpées, en allant nous-mêmes au plus proche du vide. Nous portons plus de matériel dans nos sacs que je n’en emmène lorsque j’y suis seul; moi qui me croyais vraiment agile dans ces roches, les types avec moi, super entraînés militairement parlant, sur ces chemins vertigineux qui n’en sont pas, forcent le respect. Nous sommes à présent dans le désert là-haut et nous ne rentrerons pas avant de l’avoir retrouvé. Un gars me dit: « S’il est mort, il faudra le porter jusqu’à un chemin où une jeep pourra le prendre; l’hélicoptère ne transporte ici que les blessés. » Le groupe s’est séparé et nous allons, moi et le vieux, vers l’ouest. En milieu d’après-midi, je distingue des vautours, puis le type dans mes jumelles; nous convergons tous vers lui. Il est assis, vautré en tailleur, la gueule violette, rouge, cramoisie et cloquée de bulles d’eau en train de cuire: le soleil a fait son œuvre et lui a complètement abruti le cerveau. Il a du mal à se lever et baragouine qu’il n’a pas encore fini sa pathétique retraite mystique. Il rentrera en jeep et nous à pied. Un des guides vient de trouver une belle corne d’ibex; il me l’offre en trophée en m’honorant d’avoir trouvé l’autre clampin qui aurait fini grignoté par les vautours… Le groupe sort fréquemment pour retrouver des religieux qui, lors d’une quête mystique ascétique, se perdent et meurent dans ce désert entre Jérusalem et Massada: pantalon noir et chemise blanche, chapeau de cow-boy, une bouteille d’eau et quelques dattes, avec Dieu comme seul guide; ça marche parfois, voire très rarement, mais on les y retrouve la plupart du temps morts et gonflés comme des vaches qu’il va falloir percer pour dégazer avant de les transporter sur des civières jusqu’à la route. Certes, à présent, ils sont en présence de Dieu, mais pour cette unité, il faut se coltiner la barbaque et son odeur… Je vous amène ailleurs par des sentiers sinueux, en fait: le gros de l’histoire, le fumeux, c’est pour maintenant: ⇣
⇢ Un Mirage
8/  J’ai le droit, au bout de quelques années, à la visite de mon ami Roland. Il était concierge de nuit dans le palace où j’étais groom de mes 16 à 19 ans, service militaire compris. Il avait pigé mon problème avec la chnouf, m’avait soutenu pour ma décro. Lui n’avait pas vrillé dans sa vie, sans pour autant être exempt de souffrance familiale: un père pochtron et violent. Ma première année au Ritz, j’avais des vacances obligatoires à prendre et il m’avait dit: « Bah, tu n’as qu’à venir avec moi au Maroc: 15 jours au Club Med et 15 jours de Vadrouille. » Nos dates ne sont pas exactement les mêmes, je prends l’avion et, dans le bus qui traverse un bout de désert, je vois une cabane avec des boissons au milieu de nulle part; en mon for intérieur s’inscrit l’idée qu’on peut aller partout sur la planète, qu’il y aura toujours un épicier. Je vais donc voyager. Trois années plus tard, je suis dans le bus qui, depuis Jérusalem, va à Massada, en traversant le désert, et je me raconte que je le traverserai à pied un de ces quatre. Je pense, en écrivant cela, que le « voir autre chose depuis un angle différent », le « lève-toi et marche », lorsque je suis coincé dans une situation, un pas de côté, un simple recul, juste bouger, m’extraire, et qu’il suffit de marcher 1, 10 ou 100 mètres, vont créer, faire toute la différence, et me faire changer de monde, façon de parler. Je vivrai lors de mes futurs voyages ce sentiment très fréquemment. Je découvre aussi que j’ai un goût prononcé pour l’aventure. Revenons à Roland: une personne à qui vous donneriez le bon Dieu sans confession. Il est devenu psychanalyste clinicien des années plus tard. Alors parfois, je l’avoue, il était chiant à me baratiner sur les pères de la psychanalyse, Bouddha et ses copains — nul n’est prophète dans son pays — mais il m’a finalement fait lire des bouquins que je n’aurais pas lus s’il n’avait pas insisté. Il est fiable, honnête, intègre, bienveillant et a la tête sur les épaules, et venir me voir jusqu’à Ein Gedi est tout simplement génial. Je l’emmène pour une grosse balade au-dessus de Nahal David, puis, en fin d’après-midi, nous sommes juste au-dessus des vergers de pomelos en train de rentrer. La lumière sur la Mer Morte est rose argentée, les montagnes de Jordanie sont d’une beauté incroyable et une lune rouge, super violette, débarque. Je n’ai jamais vu un truc pareil aussi fantastique de ma vie. Mon ami tente le coup du trépied photo avec trois branches de dattier, mais son boîtier Nikon merde; on se dit alors qu’on reviendra le lendemain et profitons de ces instants de grâce sublime. Les lumières ici sont tous les jours magnifiques; la situation atmosphérique et géographique unique du lieu y est pour quelque chose. Il y a une sorte de luminosité pastel en Judée que je n’ai revue qu’à Miami en Floride, des années plus tard, et sur une toile accrochée au musée d’Orsay à Paname. Tout le monde a pigé depuis ces quelques pages que je fais quelques différences importantes entre l’imagination, les hallucinations, les différents types de visions — sous et sans substance — différentes et quasi reproductibles selon tel ou tel produit, doses, contextes, et que tout cela, en soi, est déjà très complexe. Je ne suis un expert en rien si ce n’est mon nombril, ni un scientifique ni un mystique, et ne cherche pas à faire une thèse sur quoi que ce soit; juste que je traverse mon existence en découvrant et en faisant l’expérience de la vie au fur et à mesure des choses auxquelles j’ai été mis en présence ou en contact — certes, que la plupart des gens n’ont pas faites, mais rien d’exceptionnel non plus. Depuis la nuit des temps, les états modifiés de conscience et les interrogations font partie de l’aventure collective. Ma façon d’apprendre est l’expérience, et j’ai besoin de comprendre comment ça s’articule pour moi, sans le confondre avec ce qui se passe pour mon prochain: avant, pendant, après. Je sais aujourd’hui qu’il y a tout un tas de choses qu’il faut avoir vérifiées, vécues et expérimentées en soi pour comprendre. J’ai tendance à oublier que l’autre ne sait pas encore et tente toujours un « moi aussi je sais, j’ai compris », mais ne faisant référence qu’à sa propre grille d’expérience, de connaissance, de savoir, alors qu’en fait il n’y est pas encore; et pareil pour moi: il y a devant moi celui qui est sur la marche supérieure, avec une vision plus développée, et qui sait bien que je ne sais rien, ou pas encore assez, etc. Le prisme singulier qu’est tout à chacun, avec lequel on voit le monde est en plus unique. J’aime la citation très parlante: « Il est impossible que deux têtes humaines conçoivent le même sujet absolument de la même manière. » Et celle-ci aussi: « Lorsque tu t’adresses à quelqu’un, vérifie tout de même si ce que tu vas lui dire, il ne le sait pas déjà. » Alors oui, nous avons un langage commun et nous évoluons ensemble, pouvant mesurer nos différences et nos ressemblances. Tout ce charabia philotralalalesque, en phase aiguë, vous montre peut-être ma mollesse intello-littéraire, d’un gamin de 58 piges qui n’a pas étudié de la bonne manière, qui a un retard mental avéré, un pet au casque — j’en sais rien. Vous et moi resterons un mystère, et je félicite et remercie grandement pour sa patience et sa sympathique curiosité celui qui lira ces quelques lignes. Cela dit — car je tourne lourdement autour du pot, des grands cercles puis pas grand-chose, hein ? — après ce baratin sur ce qu’on voit tous avec nos yeux, nos rêves et nos cauchemars, drogué ou pas drogué, halluciné ou pas, en transe ou non, avec ou sans électrochoc, sous emprise ou les doigts dans la prise: « Il a vu la Vierge, pris un acide et fait un tour à Disneyland ? » Il serait de bon aloi de se poser des questions sur son capital santé mentale: est-il bon, entamé, est-ce réversible ? Mais il veut en venir à quoi, au juste ? Alors j’y viens: nous, avec Roland, sommes retournés le lendemain pour assister au lever de lune. Il a dépoussiéré son appareil photo, prend le temps de refabriquer un bon trépied de fortune. Il fait encore jour et nous discutons, assis sur un rocher, contemplant cette nature fabuleuse qui nous entoure. ⇣
8/ ⇢ Ce qui va nous arriver à présent, je ne l’ai en partie revécu qu’une fois, des années plus tard, et c’est ce qui relie les deux événements: j’étais avec un témoin de bonne foi, un type très sérieux; nous n’avions ni lui ni moi bu ou fumé quoi que ce soit. Nous étions en train de dîner bourgeoisement et de discuter de banalités de circonstance, dans la cour arborée d’un magnifique château non loin de la Loire, très bien entretenu, décor intérieur à la Starck, des chênes centenaires, une piscine d’un chic exceptionnel, plusieurs ailes à la demeure dont une du XIIIe siècle construite par un archer écossais, un cachet romantique, paisible, une partie de campagne discrète et efficace dont rêvent les milliardaires — de quoi se sentir very special et au bon endroit. En gros, je vous dépeins le décor, mais ce qui compte, c’est surtout la qualité — non celle des victuailles dégoulinantes — mais du témoin: le gars est un chirurgien-dentiste orthomachin d’excellente réputation, cartésien, rationnel et sceptique de naissance, qui fait un petit bond surpris si on lui parle de D.ieu ou d’un quelconque truc qui ne tient pas au plancher. Donc, peinards au coin du feu luxueux et de la chaleur de ce confort exagéré, nous sommes confortablement assis l’un à côté de l’autre, ambiance cigare de fin de repas — mais sans cigare — et nous avons tous deux, au même moment, fait un bond d’au moins un mètre sur nos fesses: une personne vêtue de noir, avec une capuche noire, vient de passer depuis l’ancien pont-levis, par la double porte cochère, tourne à gauche dans la cour et pénètre, juste avant la porte d’entrée de l’aile du XIIIe siècle… dans le mur. Dans le mur, putain: un passe-muraille. Il y a dans ce bâtiment ancien un tunnel, une porte condamnée qui rejoint l’église du lieu, située à 300 mètres du château. Une chambre — un véritable salon avec une belle cheminée — à droite, celle où je dors de temps à autre, des meurtrières à l’ancienne. Nous faisons, juste après ce bond dû à cette vision, un regard de taille effrayé, mais surtout de surprise. C’est plus fort que nous: nous allons voir, nous cherchons l’intrus, à bon pas, faisons l’enquête express, interpellons les autres avec « Vous avez vu ? ». Je vais même vérifier si ce serait — vu la silhouette — le fils du gardien, style jeune à capuche, qui n’est pas dans le département nous l’apprendrons de source sûre, son daron qui cuvait cette nuit là. Nous ne lâchons pas l’affaire: il nous faut savoir, comprendre, être certains à 100 % que ce n’est pas une farce. Tout y passe: méthode Agatha Christie, Hercule Poirot, Sherlock Holmes et Arsène Lupin. Nous n’en revenons pas, réfléchissons à toutes les possibilités de ce que nous avons vu, avec nos yeux vus, et que seuls nous deux avons vu, car nous étions face à ce mur pénétré par un homme ou une femme frêle, vêtue de noir, avec une capuche noire, un ghost, un vrai… Ça nous a pris deux heures pour redescendre de la montée d’adrénaline. Puis ensuite, avec les autres convives, les conversations ont repris et ont divergé vers les grands n’importe quoi des riches: des yachts, de la politique des gens « au-dessus », des banalités redondantes et habituelles des nantis… Je pense en revanche que lui et moi avons tout simplement croisé notre premier fantôme, perdu dans son monde et dans son époque, sans même s’en rendre compte lui-même. On a dû l’effrayer, il est parti vite. Ce n’est pas vraiment un miracle, c’est un petit mirage sans prétention, une anecdote campagnarde sans doute; néanmoins, je n’ai plus dormi seul dans cette piaule écossaise lorsque j’étais invité chez mon noble pote. Ce qui s’est passé en ce début de soirée, 20 ans avant, pour mon ami Roland et moi sur les rivages de la Mer Morte est beaucoup plus impressionnant et d’une tout autre nature: ⇣
Coup de tonnerre dans un ciel serein
8/ ⇢ Nous sommes en surplomb du verger de pomelos, entre les deux rivières de l’oasis, mais plus proches de Nahal David que de Nahal Arugot https://www.biblewalks.com/nahalarugot/, plus proches du temple ancien d’Ein Gedi (v. 4500–3600 av. J.-C.) https://www.bibleplaces.com/engedi/ – https://fr.wikipedia.org/wiki/Temple_d%27Ein_Gedi que de l’ancienne synagogue (IIIe siècle) https://fr.wikipedia.org/wiki/Synagogue_d%27Ein_Gedi, au pied des ruines de la ville antique. Les palmiers sont au second plan, la Mer Morte et ses reflets argentés, les montagnes de Jordanie en face; derrière nous, les montagnes: collines rocailleuses et abruptes d’Ein Gedi https://fr.wikipedia.org/wiki/Ein_Gedi. Forcément, nous avons croisé des ibex et des damans, des aigles et d’autres rapaces qui nous survolent, comme d’hab’. Quel que soit le jour et l’heure, la lumière ici est filtrée par un fluide pastel rendant le paysage féerique. Roland rebricole un trépied avec des branches de palmier; celle que nous attendons alors qu’il fait encore bien jour, c’est la Lune, que nous espérons aussi puissante d’intensité que la magie d’hier soir… Toute une partie de l’histoire d’Israël se déroule ici, mais, à cette période de ma vie, ce n’est pas ce qui anime ma curiosité: moa, je suis simplement dans une fusion complète avec toute cette nature, forte et éblouissante, à laquelle, avec toute ma chair et mon âme, je m’adapte depuis plus de deux ans. Ce désert où je me sens chez moi, j’y passe mes journées dehors en symbiose avec tous les éléments — la terre, l’eau, l’air, le soleil, les animaux et, disons-le, l’amour. Je ne suis plus un simple visiteur de ce lieu biblique et de cette magnifique réserve, j’y vis.
Avec mon ami, une sensation nous envahit, nous retournons ensemble au même moment; nous ne sommes pas presque au milieu de nulle part, mais un homme est là, qui, lui, est arrivé de nulle part: il est à moins de dix mètres de nous. Derrière nous, il y a une centaine de mètres de plat avant de commencer à grimper vers les sentiers de la montagne, c’est tout simplement impossible qu’on ne l’ai pas entendu venir. J’avais, comme tous, entendu parler des mirages dans le désert et, parfois, je trouvais cela amusant de les comparer aux tourbillons de sable virevoltant dans les dunes; mais cet homme devant nous, dégageant en plus une force si étrange et improbable, je ne comprends pas comment il peut être arrivé ici, si soudainement. Mon ami non plus; en ces quelques instants, sans même en discuter, nous sommes saisis par l’intensité de cet homme qui ressemble à un guerrier de film historique ou fantastique. La seule façon de vous le décrire, question look, c’est le personnage du film Conan le Barbare: ultra bronzé, tanné, les cheveux longs noirs, un short en peau de bête, sans manches, super musclé, un couteau courbé à la ceinture, chaussé de guêtres sandales genre cuir; il est poussiéreux presque essoufflé et parait assoiffé. Il me parle dans une langue que je ne comprends pas; ce n’est ni de l’arabe ni de l’hébreu, mais ça résonne pareil, et il me montre du doigt le bidon d’eau à nos pieds. Sa présence est choquante et surtout complètement irréelle. Je prends le bidon et vais pour le lui tendre, mais mon corps se paralyse presque, comme si un champ de force invisible m’empêchait d’avancer jusqu’à lui; je pose le bidon, me recule. Il le prend, boit au moins deux litres, le repose. Je me retourne et regarde mon ami, qui lui aussi a les yeux écarquillés, stoïque, en apnée; je me retourne à nouveau: il n’est plus là, il a disparu, disparu comme il est venu. Nous n’échangeons pas un mot pendant plus de vingt ou trente minutes tellement nous ne savons pas ce qui s’est passé. Je n’en parlerai à personne, et c’est la première fois que j’écris sur ce sujet. Nous n’avons strictement rien compris; sans doute qu’il n’y a rien à comprendre. Une porte s’est ouverte et s’est refermée sur un autre monde, une autre dimension. Histoire d’en sourire, je peux vous confirmer que ce n’est pas un coup des forces spéciales de l’armée ou des services secrets israéliens, qui auraient eu un type à eux en mission d’entraînement furtive dans le désert, car eux, je déjeune avec eux trois fois par jour. Ce n’est pas non plus une remontée de plantes psychédéliques; avec moi, vous pourriez en effet avoir un doute sur ma bonne foi, je ne compte pas vous le faire croire ou vous en persuader. J’ai moi-même eu beaucoup de mal à croire ce que j’ai vu et ce avec quoi j’ai été mis en présence: du pur paranormal, c’est tout.
Pour Moïse, on a tous compris qu’en descendant de la montagne, les Bédouins lui ont fait, comme on le faisait au bon vieux temps, un thé costaud https://takiwasi.com/en/tribute-benny-shanon.php; il existe des thèses et théories sérieuses documentées sur la consommation rituelle et spirituelle des anciens — Benny Shanon en parle en 2008, et cela a fait le tour du globe https://catbull.com/alamut/Bibliothek/7616docid6743.pdf —, entre l’ergot de seigle et des mélanges à base d’Acacia des Égyptiens; il n’y a qu’à regarder la décoration des pyramides, leurs costumes et ceux de leurs dieux, etc. Le Sinaï est truffé de plantes aux vertus puissantes. Non, non, je ne doute plus de l’existence ni du contact avec Dieu, ni des dieux et des miracles de la Bible https://www.sefarim.fr/?Library=Proph%E8tes&Book=Samuel%201&Chapter=24&Verse=1; mais là, tout de même, sans rien prendre, en milieu d’après-midi, alors qu’il y avait encore du soleil, un gars qui sort d’un autre univers, quantique ?, me prend de l’eau et repart aussitôt dans son multivers… J’espère que je le reverrai un jour, ou pas; son époque n’avait pas l’air simple à vivre… Ce soir-là, nous n’avons pas vu la Lune se lever: une brume nous l’a cachée.

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« hêtre ou ne pas être, sur les griffes, dieu pour seul témoin. »

7/ Je rentre avec ma compagne en France, en banlieue, et je ne me vois pas retourner dans l’hôtellerie de luxe en tant que larbin de prestige. Un jour, je vois des types encordés comme des alpinistes à plus de trente mètres de hauteur dans des arbres. La semaine suivante, je tombe sur une affiche de la Ville de Paris qui recrute et forme des élagueurs-bûcherons. J’envoie mon CV d’agriculture tropicale et une nouvelle aventure commence. J’y ferai une carrière de 22 ans. Je suis bon en taille et soin des arbres d’ornement. On me confie les arbres de l’Élysée. Je passe mes journées perché avec mes collègues, les Tarzans des villes.
Je découvre aussi nos forêts, par l’intérieur. Une journaliste du JDD sympa fait un joli papier en page de garde sur moi et mon taf: « L’homme qui parle aux arbres«  (de l’Élysée*). Puis un Géo Hors-Série qui publie un dossier de plusieurs pages dans « Arbres et forêts du monde« https://www.amazon.fr/GEO-SERIE-ARBRES-FORETS-MONDE/dp/B008CQEBOK, où je raconte notre métier, mes photos et une de P. Chauvel à l’appui. Il est vrai que je communique à présent intimement avec les arbres. À plus de trente-cinq mètres de hauteur, vous êtes déjà dans le gaz de l’alpiniste. Chaque geste de coupe, pratiqué sur des tonnes de bois en rétention, est délicat, risqué, dangereux. Votre vie est en danger tous les jours. Une erreur et ça explose. On vous retrouvera projeté et décapité à cent mètres de là, giflé par une branche de quinze tonnes, et aucun ingénieur au monde n’est capable de calculer cela pour vous depuis le sol. Vous y êtes. Le seul juge, c’est vous-même: votre expérience, votre intuition, votre instinct, votre technique. Votre pratique nécessite une prière avec vos tripes. Tout votre corps, tout votre être épouse la bête. Se précipiter, c’est la mort. Un geste trop lent, c’est la mort. La seule personne à qui vous devez demander la permission et l’autorisation, c’est à cet être, cet individu unique qui, lui, ne vous parle qu’en vent, en bruit, en odeur. Son écorce est une peau et votre peau en est imprégnée dans toute votre chair. Vous sentez son énergie. Vous êtes chez lui, en lui. Il est souvent bien plus vieux que vous, parfois de plusieurs siècles. Vous ne pesez pas grand-chose à ses yeux. Il en a vu d’autres. Il vous tolère.
Il vous a vu venir en plus, le long de l’ascension de son tronc, debout sur nos griffes, avec nos cordes, grimpant comme rampant le long de son fût droit — ou pas — de parfois plus de vingt mètres. Vous avez eu le temps de réaliser que vous quittiez le plancher des vaches. Seuls vos collègues comprennent ce que vous vivez là. Même les bûcherons forestiers du fin fond des bois, les pieds dans la terre qui font tomber des arbres centenaires, vous diront que jamais de la vie ils ne feraient ça. Ils sont hallucinés, impressionnés de la connerie risquée que vous êtes en train de faire, et pensent que vous êtes fou. Ils vont vous regarder grimper et disparaître là-haut dans le houppier. La peur indique les risques et les dangers. Le métier est justement de trancher au juste moment. C’est le présent, vous respirez dedans, dans un face-à-face avec l’éternité, un peu hors du temps. Tous les paramètres sont mesurés par vos sens. Malgré votre courage et votre foi, vous pénétrez tout de même au cœur de l’inconnu. Votre tronçonneuse devient un bistouri géant. Les coupes seront d’une précision faites en hyper vigilance. Le moindre son des craquements internes vous fera réduire ou, au contraire, accélérer la coupe. Une fois commencé, il n’y a point d’échappatoire possible. Il faut aller au bout de la tâche. Se reculer au moment où l’arbre dont vous avez décidé l’angle de la chute, comme on peut le faire au sol, n’est pas de mise. Vous êtes à 25 mètres de hauteur. Vingt-cinq tonnes de bois au-dessus de vous vont comme s’envoler devant vous. Les répartitions de charges sur lesquelles vous agissez sont ressenties par des vibrations profondes, des sons sourds, des bruits plus aigus qui résonnent autour et dans ce microcosme qu’est l’arbre lui-même. Tous ceux qui se sont retrouvés là-haut ont pensé à sauter dans le vide quelques instants pour s’échapper. Un confrère me disait qu’une fois sur dix arbres, c’était la sensation d’un “c’était lui ou moi”. Je ne suis pas passé loin. L’éhouppage forestier est un métier rare. À mon époque, seules cinq ou six personnes faisaient ça dans nos majestueuses forêts. Et parfois, pendant des générations, il n’y en avait pas. Les arbres qui nécessitent ce genre de travaux très spéciaux ne se récoltent que tous les 100 ou 150 ans. Et ce genre d’intervention est parfois nécessaire sur des arbres encore plus vieux: les sénescents (en fin de vie). Parents directs de la forêt au-dessous d’eux, on anticipe leur chute aléatoire en maîtrisant celle-ci: on enlève, par cette méthode, leur chapeau, les principales charpentes qui tiennent leur tête, qui, en tombant, écraserait tous les arbres en dessous — leurs propres enfants. Si nous envoyions l’arbre d’un seul coup depuis son pied, comme le font les bûcherons, ces mêmes charpentes, arrivant au sol, briseraient son fût — le tronc de l’arbre — rendant en partie inexploitable la bille, dont on tire les grandes longueurs de bois, le fruit principal de la forêt que l’on exploite, à cette fin: poutres, longues planches, etc. Ces forêts, les plus remarquables, que l’on exploite depuis des siècles pour construire les bateaux, les cathédrales, les châteaux, les maisons — et autrefois les ponts — ne sont pas dans les coins les plus reculés du territoire, mais autour des grandes villes. Les fûts d’antan étaient acheminés par les fleuves. C’est dans la grande ou moyenne couronne qu’on les retrouve. Les historiens ou les architectes vous en parleront mieux que moi.
C’est en forêt de Retz, sur la route de Soissons, que j’ai, quelques jours de suite, pénétré cet univers de l’éhouppage avec un ami qui en vivait. J’ai photographié son métier et j’ai moi-même envoyé du bois. Je lui avais demandé, pour préparer mon sac de grimpe:— J’emmène quoi ? — Un pantalon marron, car tu vas te chier dessus. Il me connaissait pourtant comme l’un des meilleurs grimpeurs-élagueurs de la ville, premier de concours, super pro en taille douce méthode Anglaise. Il avait raison.

*Bis Repetita – (en cours de correction, à fusionner avec le texte en dessous ⇣)
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Ce que cela m’a apporté aujourd’hui de me replonger dans ces souvenirs, en vous racontant cela: que la forêt, en son sein, ne laisse pas entrer qui veut. Qu’elle enseigne un savoir et une connaissance sans mots. Qu’elle est un organisme vivant, autonome, intelligent, communiquant, un repère d’énergie. Et que, pour comprendre uniquement sa partie visible, il faut regarder le temps à un autre rythme que le nôtre. Pour sa partie invisible, mystique et mythique, il faut goûter à d’autres de ses fruits pour savoir. Les druides enseignaient cela.
Ce que je peux vous dire, c’est que le « cerveau » de la forêt, c’est un arbre autour duquel tout s’articule. Et comme j’aime bien chercher, je vais retrouver ce que Goethe dit au sujet de sa feuille; je crois me souvenir que c’est elle son élément fondamental. Nous pourrions pourtant dire que ce serait la graine, qui, elle, contient déjà son futur semencier. Lui regarde sa métamorphose avec aussi un regard archétypal.
Mais nous n’en avons plus depuis Rome. Et ce ne sont pas les quelques couillons de Bretons qui se la racontent druides et païens du dimanche, faisant des ablutions en forêt de Paimpol, ou ailleurs, pour touristes sauce new age, qui pourront vous enseigner quoi que ce soit. Les Romains ont pété cela. Abattu les arbres qui seraient millénaires aujourd’hui. L’Église en a remis une couche. Les scientistes ont fini la tâche en éteignant les lumières. Il faudrait des siècles et des siècles pour les rallumer. Et plus on va vite dans nos sociétés matérialistes et consuméristes, plus on s’en éloigne. Les chamans importés, ou ceux à la petite semaine, c’est forcément de l’arnaque. Je suis moqueur: il y a parfois du bon à prendre. Mais vous ne les reconnaîtrez pas. Ou du moins vous serez dans l’illusion. Pour être enseigné, il faut vivre dedans. Avez-vous le temps ? Une vingtaine d’années pour commencer ? Ou est-ce juste un séminaire en période estivale, une retraite à thème ? Qu’en pense votre ami de l’intelligence artificielle, d’ailleurs ? Je recommande la lecture de « Mythologie des arbres » Jacques Brosse, c’est long mais la préface et la conclusion devrait suffire, et « La Pensée sauvage » de Claude Lévi-Strauss. Ensuite vous lirez Goethe puis ce que les anthroposophes en disent et là: c’est l’éclate totale.
« L’homme qui parle aux arbres » (de l’Élysée*) Leiserman…
1) ici, de vieux petits textes pas corrigés où je puise comme aujourd’hui des souvenirs.
(Le p’tit texte de dessous me semble un peu mieux que celui du dessus)
https://sylvainleser.fr/2024/02/13/domaine-des-d-ieux/
7/ Donc ce matin-là, vers 5 h 30, les bûcherons de la parcelle nous attendaient autour d’un feu. Il y avait ce grand type de deux mètres, large d’épaules, barbu depuis lurette et sans dents, une bande dessinée à lui tout seul. Et en face, les frères Tonneaux, pas très grands, ressemblant à des Humpty Dumpty, des jumeaux, et ils riaient en se moquant du grand qui ne répondait pas: « Il vit avec un sanglier, il vit avec un sanglier. »
En effet, le grand vivait avec un sanglier dans sa cabane: une adoption. Alors je demandais aux deux frangins: ils ont quel âge, les arbres ici ? En chœur, une réponse éclair: « 100 ans. » Tous les arbres ont 100 ans. Comme si c’était officiel, une raison d’être, validant la raison même de leur existence et de leur présence en ce lieu devenant de plus en plus étrange, voire féerique. Les brumes dans les hêtraies profondes à la fin de l’automne, la saison hivernale, c’est quelque chose. La brame d’un cerf, les troncs argentés de ces cathédrales géantes. Merveilleux. Les types étaient ravis de nous voir débarquer, curieux, car ils me l’ont dit: jamais, au grand jamais, ils ne grimpaient là-haut. Lorsqu’on abat un arbre, un grand arbre, il y a plein de dangers, et si vous les regardez faire, vous verrez que les bûcherons ont toujours une voie et un positionnement un peu en diagonale pour se replier au moment où la coupe est finie et que l’arbre va chuter. Ce chemin de repli est savamment calculé, comme si tous les paramètres de chute ou d’explosion laissaient cette possibilité de fuite. Je parle d’explosion car, en effet, lorsque des dizaines de tonnes en compression se retrouvent bricolées, l’effet « pomme de Newton + compression » est bien présent. Gare au bricolage: regardez donc sur YouTube ceux qui ont voulu faire des économies en se la racontant: « Je vais le faire moi-même. » On ne s’improvise pas bûcheron.

*Bis Repetita – (en cours de correction, à fusionner avec le texte au dessus⇡) //TEXTE EN COURS D’ÉCRITURE NE PAS REPRODUIRE EN L’ÉTAT SOYEZ PATIENT VRAC D’IDÉES EN MATURATION//.
En haut, à plus de 25 mètres du plancher des ronces, il n’y a pas d’échappatoire. C’est le même boulot qu’en bas, au niveau des coupes et des entailles directionnelles, mais vous allez devoir rester là, collé et soudé amoureusement à votre œuvre. Votre tronçonneuse est un bistouri géant. L’erreur, malgré toute votre expérience et 99,99 % de calculs empiriques: une petite branche de la taille d’un crayon à papier dans un des arbres voisins, et le bouquet de plusieurs tonnes vrillera et vous retombera dessus. Un arbre sur dix, et vous ferez l’expérience de: « C’est lui ou moi. » Je ne suis pas passé loin. L’accident est mortel quoi qu’il arrive. Vingt minutes inconscient dans un harnais et la moelle épinière ne répond plus. Mais en général, si un truc se passe, c’est la bille qui se pète: le truc explose et vous allez exploser avec, vous faites pas le poids, ou être projeté comme un pantin à cent mètres de là. Sauter en cas de problème ? Bah, je dois vous l’avouer, on y a tous pensé. Alors il s’agit d’une prière tripale et sauce païenne, non religieuse, qui nous unit à l’arbre dès les premiers mètres d’ascension. Qui a déjà essayé les griffes de grimpeur dans l’assistance et au sein de mon club de lecteurs ? …
C’est bien ce que je pensais. https://www.youtube.com/watch?v=H8ILqgJBcrQ&t=235s
2) ici, de vieux petits textes pas corrigés où je puise comme aujourd’hui des souvenirs..
https://sylvainleser.fr/2024/02/13/meprise-science-et-raison/
Nous étions à Cassis dans le sud, avec une équipe espagnole elle aussi en formation chez le roi de la grimpe et du matos de pointe pour un stage de formation d’abattage d’arbres par démontage sous forte contrainte. le type s’appelle Stephen King.
3) ici, de vieux petits textes pas corrigés où je puise comme aujourd’hui des souvenirs…
https://sylvainleser.fr/2024/02/13/farouche-forash/

“Même quand la blessure guérit, la cicatrice demeure.”

« Tu trouveras dans les forêts plus que dans les livres. Les arbres et les rochers t’enseigneront les choses qu’aucun maître ne te dira. »

7/ Préambule — Je ne vais pas ici uniquement faire le procès idiot, conspi-complotiste, de la médecine allopathique qui nous concerne tous et qui sauve tant de vies, celle à qui je dois la mienne. Alors certes, elle fait des erreurs; soigner est un art. L’hôpital et son hospitalité républicaine, dans un monde idéal, sont sans doute l’une de nos plus belles valeurs. Ils m’ont parfois raté, mais leur pourcentage de réussite sur moi est énorme. La bouteille pleine ou la bouteille vide. Avec mon virus VHC à forte charge virale, j’ai dégusté. Certains l’ont pécho, ont guéri spontanément; d’autres ont vécu avec sans autre effet que de s’en savoir porteurs, d’autres en sont morts. Me concernant, ce ne fut pas qu’un mal pour un bien comme expérience, mais aussi la porte d’entrée vers d’autres façons de se prendre en charge soi-même: chercher, tâtonner, vérifier, trouver, apprendre, garder raison, grandir et faire des choix. Eux, parfois, durant cette période ont pratiqué sur nous de la science pure, oubliant la médecine même, la mixant, pour le bien de tous. Ils ont pataugé pendant 25 ans. Je me suis vu proposer des protocoles à l’AP-HP où ils voulaient me rémunérer pour ma prise de risques. Finalement, ils nous ont sauvé la vie. Je me souviens, au pavillon Émile-Sergent, de rencontrer un des toubibs qui organisait une étude. Le bureau qu’il utilisait pour cela semblait désaffecté, rempli de cartons de bouteilles de champagne, des cadeaux des labos. Ces médecins sérieux n’en avaient pas ouvert une seule: juste des cartons en plus. Le couloir de ce service, qui menait à cette aile, était une sorte de tunnel de cartons remplis d’études — faites, en cours, aux archives, aux encombrants — que des étudiants, peut-être, un jour, ouvriraient pour faire une thèse… ou pas, la science avance. L’image de ces bouteilles, cadeau empoisonné, là où l’on meurt de cirrhose — même si elle est non alcoolique — m’avait choqué. Certes, cela ne respirait pas non plus l’ambiance des marquis de salon des représentants des gros-pharmas, mais les recoins poussiéreux des vieux hôpitaux à la peinture délabrée. En fait, ce qui m’avait interpelé, c’est que ce toubib, affairé à chercher des patients avec des critères bien précis, lorsque je lui demandais: « Mais d’où vient cette molécule que vous voulez me refiler (pour 5 000 la semaine) ? », n’avait pas su me répondre. Juste surpris de la question, du contexte; nous étions là tous deux, mais en décalage. À cette période, j’avais déjà vécu un protocole lourd de recherche qui fut un échec; il était donc naturel que je pige ce par quoi j’allais passer. La médecine est là pour soigner, pas pour vous faire prendre un risque non éclairé.
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7/ À suivre, une douzaine d’années sous Viscum Quercus Album
à haute dose m’ont permis d’attendre le traitement miracle de la médecine dite allopathique.
🐍 https://www.mistletoe-therapy.org/ 🐍 https://www.ivaa.info/key-issues/oncology/ 🐍 https://www.damid.de/verstehen/forschung/onkologie.html 🐍 https://iris.who.int/server/api/core/bitstreams/de936ddd-84d9-4d24-9c96-379d8ada3551/content

La haine virtuelle en ligne existe, je l’ai vérifié, je vais me lâcher, ça défoule ⇣
Histoire de vous dire que ce ne sont pas des charlatans, que les sciences avancent, et que tout ce que vous allez entendre à leur sujet en France relève d’un enculage avéré de la part de la gros-pharma, qui s’est en plus acoquinée avec la police de la pensée du pseudo-anti-sectarisme à la française: l’ignoble Miviludes (qui perd actuellement tous ses procès, sur la forme et sur le fond). Les procès douteux, organisés en loucedé par l’Ordre des médecins et celui des pharmaciens, qui d’ailleurs prennent leurs racines sous le gouvernement de Vichy, et qui ont de surcroît lancé les monstres influenceurs des courants néo-zététiques, pseudo-rationalistes, pseudo-sceptiques, à son encontre, dans une immonde chasse aux sorcières. La médecine anthroposophique est aujourd’hui reconnue par l’OMS, et il y a quinze méta-analyses qui prouvent les bienfaits de ces traitements au gui en oncologie. Deux hôpitaux communautaires en Allemagne la pratiquent et sont chaque année les mieux classés du pays, etc. Les ordures qui tapinent pour les lobbies vont vous raconter, en mentant — et ils le savent — que ce serait faux, en vous sortant une étude dépassée, 100 % bidouillée, toujours la même. J’ai l’air fâché, mais je ne le suis pas. J’ai juste passé cinq ans à observer et à confronter leurs minables manèges sur la toile. Ils sont mauvais, malsains, menaçants, dangereux, orduriers, et tellement en tort et en faillite que, vu de leur fenêtre, tous les coups sont permis. La honte, la vraie. Dans un monde de justice, ces connards seraient au trou. C’est le pot de terre contre celui de fer.
Sachez aussi que ceux qui tiennent les rênes et envoient leurs larbins vous défoncer dans ce genre de guerre idéologique, politique, médiatique et financière, au moindre pet foireux, vont se faire soigner en Suisse, dans des cliniques anthroposophiques.
(Je n’avais pas prévu d’écrire là-dessus aujourd’hui, mais bon, prenons ce qui vient…) ⇣
Je l’ai constaté, je les ai vus à l’œuvre. On les surnomme “les gardiens de la raison”. C’est une grosse affaire, opaque. Ils sont dénoncés ici: https://www.editionsladecouverte.fr/les_gardiens_de_la_raison-9782348046155 & https://basta.media/Convention-citoyenne-pour-le-climat-Reseaux-sociaux-manipulations-astroturfing-comment-les-lobbys-industriels-avancent-masques-Livre-Les-gardiens-de-la-raison Ils se revendiquent comme des garants de l’esprit critique; ce sont des cyniques abrutis et, dans le fond, c’est un esprit sinistré qui apparaît.
Ils vont vous conter des fables, massivement appuyées par toute l’ingénierie sociale harcelante qu’est l’infâme zététique: une véritable saloperie haineuse, une meute sur les réseaux sociaux, qui vous agresse directement — communication impossible.
Ils vous tombent dessus à bras raccourcis et font tout pour vous salir, vous détruire en ligne, pour commencer et plus si vous résistez. Il n’y en a pas un d’honnête, pas un. Que ces traitements seraient dangereux. Brandissant des fausses preuves, fallacieuses et réfutables, et alertant sur une soi-disant dangerosité, comme quoi cela aurait tué, et que deux médecins auraient été interdits de pratiquer à la suite de procès injustes et tronqués. Transformant les verdicts et vous noyant sous de fausses affirmations: cette médecine tue. J’ai appris plein de choses sur ces organisations de geeks, grouillots de la Pravda. Alors oui, je ne mâche pas mes mots, mais tous ceux qui en ont été victimes et en ont fait les frais, simplement pour défendre une quelconque idéologie, tombent d’accord sur le fait que ce sont les pires des pires. On dirait qu’ils sont recrutés pour haïr et “buter” l’autre sur le web, comme dans les jeux vidéo violents dont ils sont issus. Ils se la racontent, genre centre gauche bien-pensante, voulant dénoncer le racisme et tout ce qui serait sale chez l’autre, alors que c’est d’eux qu’il s’agit avant tout, prônant une grande ouverture, mais se conduisent tous comme des fachos puants, des délateurs, des corbeaux des régimes totalitaires, des porcs qui s’ignorent. Autant le dire: je n’ai jamais vu pire scélérats vicelards et y a des personnes qui s’en servent, valent-elles mieux qu’eux? Incroyable ce qui peut se révéler comme bassesses derrière un écran. Dans les faits, ce qu’on a reproché à ces deux médecins — qui ont d’ailleurs repris leurs activités après quelques années d’interdiction d’exercer —, c’est de ne pas avoir su persuader leurs patients, déjà métastasés et épuisés par les traitements conventionnels, de reprendre une chimiothérapie lambda, alors qu’ils cherchaient un soulagement alternatif à ce qui leur était proposé et qui ne fonctionnait pas.
Factuellement, et même en allant dans leur sens, si cette médecine avait tué deux patients — ce qui, d’ailleurs, n’a pas eu lieu —, il s’agirait de deux personnes mortes d’un cancer qui n’auraient pas obtenu de traitement adéquat, dont elles ne voulaient plus. Deux personnes en cinquante ans de médecine anthroposophique en France. OK, c’est terrible; condoléances aux familles… Combien de personnes sont mortes à la suite de traitements chimiothérapeutiques mal faits, mal conduits, mal adaptés, inadéquats, en France ces cinquante dernières années ? Combien de scandales ont eu lieu en raison d’erreurs avérées des Big Pharma ? Allez voir sur Google et tapez dans la barre de recherche: “scandales liés à des chimios foireuses”. Des dizaines de milliers de victimes… Certes, d’autres ont eu la vie sauve.

Ma colère étant déposée, je vais à présent vous raconter ma rencontre avec ce personnage…
Je connaissais l’un de ces médecins et, justement, je le voyais à titre amical durant son interdiction passagère de pratiquer. C’est la famille de la patiente qui avait porté plainte, famille sortie dont ne sait où et après coup, j’imagine. Était-elle là durant sa maladie? Elle, lui avait signé une lettre pour être accompagnée, à titre compassionnel, par cette thérapie moins agressive, en connaissance de cause. Elle se savait condamnée, en avait assez de l’absence de réponse à sa souffrance, avait déjà tout essayé. Donc, en gros, on aurait dû filer une médaille à ce type s’il avait été jugé honnêtement, ce qui ne fut pas le cas.
Il a continué de voir ses patients en tant que naturopathe; il ne leur a rien prescrit durant cette période. Il ne l’a pas ramené et a fait le dos rond, ne se défendant pas publiquement, sachant que face à ces forces obscurantistes ayant une capacité de nuire sans limite, petit médecin de famille ou de campagne, il ne ferait pas le poids. Je n’ai plus jamais trouvé une photo de lui sur le web; il s’est effacé discrètement, mais a continué d’enseigner, de faire des conférences en France et à l’étranger, d’écrire des ouvrages de médecine.
Il était professeur de médecine anthroposophique, un grand homme, un véritable sage que des personnes venaient consulter de toute l’Europe et qui n’aurait jamais toléré faire prendre le moindre risque à ses patients.
J’ai lu presque tous ses livres. Vous devriez…
🐍 https://data.bnf.fr/fr/see_all_activities/12505350/page1 ⇣
7/ Je viens d’écrire plein de petits bouts du N° 7/ m’égarant dans d’autres souvenirs… à la base je devais simplement parler de J.H. Dubreuil, médecin. Je vais le faire ici… car ce que je viens de pondre, n’est pas franchement super et mériterait une retouche complète, un approfondissement…

Au début des années 2000, je prends rendez-vous avec Dubreuil, c’est à plus de 100 bornes. Son cabinet de médecine généraliste est rural; il y a deux médecins. Dans la salle d’attente, ce sont des gens simples, loin de la grande ville: enfants, vieux, paysans, des locaux. Me voici assis sur une chaise en face de lui. Il m’ausculte sérieusement; cela fait des années qu’aucun toubib n’avait pris presque 1 h pour faire un point profond sur l’ensemble: quelques palpations, quelques mouvements, quelques mesures. Puis il me pose plein de questions. Assis à présent en face de lui, à 2 ou 3 mètres, on se regarde fixement; une sorte de fond d’œil mutuel s’établit. J’ai la ferme impression, lors de ce long échange intense de plus de cinq minutes, que la lumière même a changé, que beaucoup de choses viennent de se passer. Il m’explique avec simplicité qu’il y a un médicament pour m’aider à guérir, à lutter contre; que cela n’agit pas du tout sur le virus, mais sur l’état général et, plus précisément, bla bla bla… et dont l’administration en injectable est très précise, avec des séries de sept, un jour sur deux: 0,1, pause ; 0,1, pause ; 10,0, pause ; 10,0, pause ; 20, pause ; 20, pause ; 20, pause. Et on recommence la série de la même manière, et on se revoit dans trois mois. Il me fait toutes les mises en garde possibles: l’effet recherché, attendu, les réactions. À 20 mg, juste après l’injection dans la région du foie, une boule dure de chaleur se forme et se dilue peu à peu dans tout le corps; la langue picote, la racine des cheveux picote; toute la peau est pénétrée par une épaisseur qui se diffuse avec chaleur; le poison est goûteux et il agit. Ce n’est pas rien, surtout la ou les premières fois. Et c’est le moment où vous vous posez la question de comment vous allez faire pour expliquer ça au médecin des urgences si vous paniquez: — Bonjour, je viens de m’injecter du gui et j’ai un coup de flippe ? J’ai une autre préparation à m’injecter, à base de feuille de tomate, quelques triturations et de l’homéopathie… Je serai très observant avec le gui, le Viscum quercus album, et moins avec les autres. Je le revois, et il est content car, en vrai, je ressens un peu plus de force les mois suivants, surtout lorsque je grimpe dans les arbres les jours où je suis à haute dose. Étrangement s’installe comme un besoin ténu de cette dose forte, naturelle, épicée, et de la force générale que je reprends ces jours-là. Ça joue sur mon moral. Je lui en parle; il me répond qu’en effet c’est devenu mon médicament: tout mon corps a pigé que c’était bon pour lui. L’ambiance, la confiance, mon implication ne sont plus du tout les mêmes que celles que j’avais avec mes médecins de l’hosto qui, avec ma maladie et n’ayant pas grand-chose à me proposer — aux vues de cette pathologie à l’époque incurable — que la possibilité de me proposer de la chimie lourde et toxique, dépression garantie, avec un nouveau protocole qui rend tout gris, une nouvelle combinaison avec ou sans perte de cheveux, en double aveugle comme ça personne ne sait, personne ne dit et on se renvoie des grimaces devant la dégradation générale: peut mieux faire. Les médecins ne vont pas vous laisser sans réponse; ils veulent vraiment vous soigner. Et forcément, sans médicament il va bien falloir en inventer de nouveaux et les essayer sur vous, si vous êtes partant, au nom de la science, un grand pas pour l’humanité, etc. Heureusement ma toubib de l’hosto a de l’humour.
Une fois, sur un protocole qu’on me propose, elle me sort que rien que pour le fric, l’innocuité de la molécule et les quinze jours de l’essai — hospitalisé sans quitter le lit, avec une prise de sang par jour et un « bonbon musclé » le matin— qu’elle ne serait pas contre ce genre de vacances, le faire sur elle-même aux frais de la princesse mais que faute d’être une infectée, etc.

Je m’étais fait accompagner par un ami qui a le même genre de pathologie que moi. Dans la voiture au retour, il me demande: — Et alors ? Je lui réponds que je viens de rencontrer la personne qui a sans aucun doute le plus de savoir et de connaissance au monde; surtout qu’il a fait au moins cinquante mille ans d’études et de pratique, de sagesse et de respect de l’autre; qu’il accueille l’humain en face de lui avec une bonté telle que je croyais ne jamais un jour rencontrer. On se marre, et dorénavant nous l’appellerons ensemble le Druide. 🐍 https://data.bnf.fr/fr/see_all_activities/12505350/page1
Les années passent. Je suis à nouveau un arbre — pardon, je suis à nouveau huit heures par jour un arbre — non ; je regrimpe fusionner tous les jours avec les arbres. Et je passe à des séries de gui plus fortes: 10, 10 ; 20, 20 ; 40, 40, 40. La première à 40 mg: je faisais une sieste après avoir passé la matinée dans un chêne et, dans un demi-sommeil, j’ai la visite vécue comme très réelle, dans ce songe, d’un énorme oiseau de la taille d’un aigle qui rentre dans la pièce et se pose sur moi en repliant ses ailes géantes, et qui me regarde avec le même type de lumière qui se contracte, changeant les couleurs, comme lorsqu’on fixe un point à l’horizon — que j’avais ressenti lors de ma première rencontre avec… le druide…
Ces dernières années, j’ai passé énormément de temps à relire Jung et les archétypes. Je suis en psychothérapie analytique avec un Grec, psychiatre et addictologue de renom; lui aussi aura fait office de bon père pour moi.
Comme dirait Nietzsche: « Si l’on n’a pas un bon père, on doit s’en donner un. »
Lui, je le vois depuis fin 95. Je l’ai rencontré à l’hosto car, en revenant d’Israël et du Proche-Orient — où je n’avais consommé qu’un seul joint avec des Bédouins en cinq ans — j’ai rechuté à la poudre en revoyant mes amis d’enfance. Puis ma compagne, m’ayant fait une guerre totale à la drogue, a laissé l’alcool s’immiscer discrètement dans ma vie, avec un déclenchement d’alcoolisme massif et bref: la période où l’on a découvert mon hépatite… Aussi, j’ai vraiment besoin de comprendre ce médicament qui me va bien et qui m’a relevé de l’état dépressif dans lequel je suis sorti après une année sous Rebif. Alors je lis presque tous les bouquins de médecine du Druide et plonge à présent dans l’anthroposophie de Rudolf Steiner, avec ses livres majeurs: La Philosophie de la liberté, La Science de l’occulte, L’Initiation, La Théosophie. Le seul que je ne lis pas étant Le Christianisme comme fait mystique. Mais je m’en coltine plein d’autres durant une douzaine d’années: sur la psychologie, écrits par des psychiatres ou des médecins anthroposophes, et beaucoup d’autres concernant la nature, les êtres élémentaires, avec du Goethe et ses descendants idéologiques. Il y a une librairie à Paris sur ce sujet, une bibliothèque bien fournie. Dans La Science de l’occulte, j’ai l’impression d’une description et de voyages sympatoches d’un type qui a décollé bien haut dans des régions qui font écho aux grands voyages sous LSD de ma jeunesse curieuse. J’apprendrai plus tard qu’Einstein avait dit de lui à un ami sortant d’une de ses conférences: « Dites-moi, quel genre de chou cet homme a-t-il fumé l’autre jour ? » En gros, on peut décoller bien haut, même sans champignon. Et c’est ce à quoi je m’attelle: avec un peu de yoga de ci de là, de l’acupuncture, de la méditation, de la prière surtout, des exercices — les fameux six exercices complémentaires d’Athys Floride — et hop, je continue la pratique de L’Initiation, tous les jours à mon rythme… Je n’ai jamais fréquenté “d’anthroposophes”. Le seul que je vois, trois fois par an, est ce médecin de famille à la campagne qui adapte mon traitement. Comme je le dis plus haut, je n’ai jamais rencontré une personne aussi sage, prévenante, intelligente, qui ne fait que me transmettre de la simplicité et du bon sens paysan de haut vol. J’ai enfin rencontré mon Hubert Reeves à moa, dont je rêvais: une personne capable de faire mouche dans ses explications avec n’importe quel type d’auditoire — que ce soit auprès d’un scientifique aguerri ou d’un enfant de cinq ans — et lui apprendre, afin qu’il puisse comprendre par lui-même quelque chose d’important sur lui-même ou le monde, avec des mots simples et sensés, qui tiennent sous la semelle et qui aèrent le chou.
La terre et les étoiles. Je suis un citadin de banlieue qui a aussi une vie avec un contact intime et privilégié auprès des arbres. Je n’y connais pas grand-chose dans la vie des champs ni des fleurs; en revanche, dès qu’on cause des bois, ça me parle. Et nos échanges seront empreints presque toujours d’images et du langage concernant la nature et la forêt. En vrai, cet homme est encore plus captivant que Hubert — que je n’ai d’ailleurs pas lu; c’est juste une image… Je ne fais que donner une idée, très simplifiée, de la dimension sans limite du personnage. Et puis, ces deux-là étant désormais tous les deux dans les étoiles, ils ont forcément fini par se rencontrer. Les grands esprits se rencontrent, dit-on. Si vous voulez les consulter, allez donc faire un tour dans l’Akasha…

Un jour il m’avait cité cette pensée, de l’écrire pendant qu’il me me la répétait, que c’était pour moi:
« Ma vie est là, entre mes mains.
Qu’en ferais-je ?
Je ne regarde pas le passé ; il est passé,
il est ce qu’il est.
Mais me voici maintenant.
Je veux prendre ma vie en main,
cesser d’être ballotté sans savoir,
sans pouvoir, sans tenir tête,
sans diriger, sans tenir la barre.
Je regarde mon étoile au ciel
et je veux la suivre.
Et cette fois, c’est moi qui dirige.
J’ai confiance. »

//TEXTE EN COURS D’ÉCRITURE NE PAS REPRODUIRE EN L’ÉTAT SOYEZ PATIENT VRAC D’IDÉES EN MATURATION//

« Il t’incombe de surmonter ta culpabilité en te dépassant, en te transformant pour le mieux. »

6/ À suivre, rencontre avec ce personnage, dans ce même bureau, le jour de mes 39 ans.
https://takiwasi.com/fr/tabaqueros-ceremonie-tabac.php 🐍 Lui, il guérit les toxicomanes au Pérou. Je ne l’ai pas rencontré dans ce cadre précis: cela faisait déjà des années que j’étais en rétablissement. Je suis allé le voir pour faire un séminaire, une diète. Il m’a toutefois demandé de lui raconter ma vie et, après un bref séjour d’un mois, m’a proposé de venir passer quelques années chez eux.
Je regrette de ne pas avoir accepté. Ma situation de cardiaque, à présent, ne me permet plus ce genre d’expérience dans les autres mondes avec les plantes. Ces substances — et c’est vraiment tant mieux — sont interdites dans la plupart des pays occidentaux. Je crois même que le tourisme psychédélique au Pérou ou ailleurs est une funeste connerie, très dangereuse. Lui le pense aussi:
https://takiwasi.com/docs/arti_fra/chamanisme_et_monde_occidental_encouragement_mise_en_garde.pdf.
Je ne le recommande donc jamais à personne, ni par sujétion ni par suggestion.

Trouve en toi l’endroit où est la joie. Et la joie vaincra la douleur.
1) Je passe au moins une heure et demie dans son bureau. Il me demande de lui raconter plus en détail ce par quoi je suis passé avec les psychédéliques, sans les psychédéliques, quelles sont mes expériences avec le monde spirituel, mon parcours de soins — la totale. J’avais déjà bien chargé ma lettre de motivation, mais à présent on y est. Il m’explique qu’on va continuer de faire un break avec mon traitement bio, même au retour à la maison, durant quelque temps, car ils doivent maîtriser tout ce qui va être ingéré, etc. Il me prévient, lors de cet entretien intense, que je vais sans doute revivre mes pires bad trips, mais que cette fois-ci je ne serai pas tout seul: ils seront là.
Hier soir, ça a été la purge, la grosse purge, celle à laquelle personne ne résiste: https://takiwasi.com/fr/yawar-panga.php. Je l’ai vécue comme un exorcisme. C’en est un.
J’ai morflé comme jamais. Je pense que cette purge n’est simple pour personne, mais pour les cas lourds, des personnes qui, comme moi, ont pris leur corps pour une poubelle, le nettoyage est une sacrée douleur. Le terme karcher serait inapproprié. J’avais juste l’impression que cela m’arrachait les organes ou les dents à la tenaille, sans aucune anesthésie. Cela dure plusieurs heures. J’ai les mains par terre et mes jambes se lèvent par derrière comme celles d’un cabri fou. Je fais des jets de gerbe exactement comme dans le film L’Exorciste. Je vois même des images: une sorte de compas géant coincé à la racine de mes vertèbres sort de moi le long de l’œsophage. Je me demandais si ce n’était pas un chakra, vu la forme, puis j’ai pigé. La douleur est si intense que j’ai l’impression que ma moelle épinière va être sectionnée. Je me demande comment le corps arrive à résister à une telle souffrance sans en mourir. Nous avions commencé le rituel en fin d’après-midi. À 1 h du matin, nous sommes tous allongés sur le flanc. Un vomi continu sort de ma bouche, une sorte de milk-shake mousseux. Ce n’est pas du tout une drogue récréative, mais la puissance tonitruante de cette session de nettoyage obligatoire avant la suite du programme m’annonce clairement que ce rendez-vous avec moi-même, avec la nature et toutes ses forces — la vraie — va être la chose la plus forte et impressionnante de ma vie. Comme si, avant ça, je n’avais rien vécu d’aussi important. Non, ce n’est pas ici un séminaire de développement personnel normal, lambda. Ce n’est pas une farce. Personne n’est réellement prêt à affronter cela. N’y allez surtout pas si vous ne voulez pas être découpé en deux, puis haché menu. Ça ne plaisante pas du tout. C’est tellement puissant, qu’humainement parlant, vous n’avez pas le droit de le recommander à qui que ce soit. Dès le lendemain, vous allez mieux. Certes, il y a l’effet de celui qui avait la tête sur le billot, condamné à mort, avec le bourreau prêt à vous décapiter, qui s’arrête et range sa scie juste après avoir entamé votre nerf principal: grâce, soulagement. Mais ce n’est pas seulement ça. Votre peau a changé, votre regard, vos idées. D’ailleurs, vous avez pelé comme un serpent qui change de peau. Là, ce ne sont pas des images mais une réalité physique. Même vos rides commencent à disparaître la cure de jouvence de l’extrême. Mais à quel prix ? Qui peut encaisser cela ? Je ne connais personne, parmi les gens que je fréquente ou que je rencontre, à qui je proposerais ce genre d’expérience, à la fois salutaire et d’une violence inouïe, inimaginable en amont.
Le « moi aussi j’ai fait des trucs chamaniques à droite à gauche et je sais à quoi m’attendre, je comprends ce par quoi on passe, etc. » est simplement faux. Vous n’en savez rien, point.
Rendez-vous à 17 h sous la maloca. Vous avez passé la nuit précédente dans l’antichambre des enfers, vécue comme un véritable séjour en enfer. Lorsque la plante est rentrée en moi, je l’ai sentie me souder à la terre, comme si le sol et elle sortaient des racines pour m’emprisonner les pieds, les chevilles, puis tout le corps. Comme un choc électrique. Les bras dans le transformateur, sur un sol mouillé qui vous colle les pieds, vous retient, vous emprisonne, et va vous secouer comme un pantin jusqu’à ce que quelqu’un vienne vous sauver de là… Vers la fin, lorsque l’effet sera moins totalitaire et moins violent, et que vos pensées vous le permettront à nouveau, vous supplierez tous les saints de la création. Tous. Que vous soyez croyant ou non. Vous savez à présent que tout ce qui se passe dans ce lieu unique est complètement hors norme, d’une puissance que vous ne vous attendiez pas à rencontrer de votre vivant, ne sachant même pas que cela puisse exister sur Terre, et que seuls les dieux, s’ils vous ont à la bonne et que vous allez dans leur sens, vous sauveront la vie. Ce n’est pas une plaisanterie. Jacques nous accueille et nous sort: « Bon, les affaires sérieuses vont pouvoir commencer. » Il nous fait les mises en garde de circonstance et nous explique que cette initiation que nous allons vivre, ne nous quittera jamais…

*[[ https://www.youtube.com/watch?v=Kaui6Z8d6BU
Non, ce n’est pas une émotion ni une simple sensation, ni un voyage pour touriste chez les extra terrestres.. ce film présente en images au plus proche de ce avec quoi on est mis en présence réelle lors d’une cession d’Ayahuasca. Le voir, et le vivre est très différent. être propulsé dans ces mondes autres en gardant la pleine conscience est une épreuve parfois extrêmement douloureuse, une douleur que vous n’avez jamais vécu, ni même approché. Cette initiation bien faite, ne vous quittera jamais, mal faite, non plus. La chaman de ce petit bout de film est un mage noir, un attrape couillon pour touriste en mal de sensations, danger. à 99,99% les personnes qui vous trouverons un plan pour aller en prendre vous enverront vers les enfers, et les enfers existent. Une séance en rituel sacré peut durer presque 12h, si ensuite vous ne respectez les véritables consignes, vous en mourrez, et votre esprit sera perdu à tout jamais. Je vous ai récité un petit exorciste pour l’accompagner (sur un vidéo qui n’est pas en ligne), car c’est de cela qu’il s’agit).]]

2) “Si lors de la session, quelque chose se passe mal, je ferai un appel vers 1h du matin (à titre informatif car l’heure sous ayahuasca n’est pas celle du chronomètre) et vous inviterai à venir en reprendre”… Bientôt 20 années après, je ne sais plus si le rituel commence à 18h30 ou 19h, mais la nuit est là, nous sommes habillés en blanc, non pas pour afficher un quelconque côté religieux mais comme certaines personnes, lors de ces sessions de purges, ont parfois un besoin pressant d’aller chier des serpents ou autre et qu’elles sont en pleine ivresse, que la liane et sa préparation ancestrale provoquent, en plein trip vont se perdre en forêt et seront donc plus facile à retrouver. Je dis cela car avoir trouvé cette combinaison de plantes il y a des milliers d’années est déjà la preuve d’une communication entre la forêt et l’humain… Ici, vous aurez le droit à la dose maximale, en toute sécurité. Il nous appelle chacun notre tour, le goût du breuvage serait pour vous le décrire: la texture d’un p’tit verre de pétrole et la saveur d’un pain d’épice floral, amer et unique… Les chants des guérisseurs, qui eux aussi en ont pris, commencent, ils seront les fils conducteurs de l’ancrage vers le réel et de la conscience lors du voyage dans des endroits où nous pénétrons à présent, un peu comme le chemin du retour et du présent, d’ici. Tous, je l’apprendrai le lendemain, n’ont pas de visions et vivent une expérience différente de celles que beaucoup font, mais enfin c’est toujours une expérience unique, bien qu’ayant pour ceux qui sont passés par là des visions communes, similaires. Des degrés de ce qu’on voit et de ce à quoi on est mis en contact existent et sont donc reproductibles. Pour la faire courte, l’expression est traduite par: “as-tu été avalé par le serpent?” – “Qu’as-tu vu, où es-tu allé?”. Les guérisseurs locaux, eux, se fichent un peu de ce que vous avez vu ou pas, l’important étant: “as-tu vomi?”. Ils pratiquent cela depuis des milliers d’années, en ont l’habitude, sont dans des codes tribaux profonds, différents des nôtres les occidentaux… En revanche, l’équipe soignante des guérisseurs vous permettra d’analyser, de comprendre et d’intégrer tout ce qui s’est passé. Il faut avoir les yeux fermés, la position n’est pas celle du trip vautré dans un hamac, sauce baba cool à Woodstock. Les curanderos, parfois, sont assis en tailleur à une dizaine de mètres de vous et vous communiquez avec eux, dans une réalité modifiée, tous les sens le sont, en esprit, en télépathie. Parfois ils viennent à vous et pratiquent des soins apaisants sur vous avec des parfums, de la fumée de tabac, etc. Rien n’est fait au hasard. Winston, le chaman, s’occupera de moi toute la nuit, mon trip est si violent que seuls ses chants me permettent de retrouver le chemin de ma respiration alors que je suis balayé par des visions qui me transpercent tout le corps. Il y a comme des milliers de petits serpents à têtes félines qui circulent dans chacun de mes os, organes, cellules, etc. Ce n’est pas dans l’imaginaire avec une vision extérieure ou un écran de cinéma, c’est en vous, vous êtes dedans, et je m’aperçois en l’écrivant que c’est presque indescriptible pour celui qui n’a pas vécu cela et qui ramènera votre témoignage à ce qu’il peut imaginer lui avec son référentiel d’images. Rien de ce que vous voyez, que vous êtes à présent, ce qui se passe en vous, les formes, les goûts, les odeurs, les sons, les endroits n’existent au sens normal, rien. Vous avez tout simplement changé de monde et rien de ce que vous connaissez n’existe ici, et rien de ce qui existe ici n’existe de là où on vient. Le solide est en continuel mouvement, vous êtes au sein de l’architecture dite sacrée, en perpétuel mouvement. C’est tellement impressionnant que parfois j’ouvre un œil histoire de me reconnecter à la réalité et ce que je vois autour de la grande hutte, dans la forêt où des milliers d’êtres m’indiquent que je suis bien mieux avec ces chamans dans ce cercle, même si je suis en train d’être écartelé, démonté, balayé, découpé, physiquement et psychiquement par toutes les entités du mal, des enfers. Toutes les créatures de Lovecraft existent, ce n’est pas un livre que je suis en train de lire, je suis aux enfers avalé et recraché, visité et pénétré, c’est d’une violence interne inouïe et je prie comme jamais pour être sauvé de ce qui est en train de se passer. Les guérisseurs sont à mon chevet et viennent dans mon voyage couper des liens qui m’emprisonnent, des monstres qui m’avalent comme un pantin vers d’autres univers encore plus faméliques que le mot famélique. Je suis dans, afin que vous puissiez peut-être comprendre ce que je raconte là, un condensé de toute la science-fiction des livres, en images, en films, un acteur en train de vivre réellement tout ça, dans d’autres univers, d’autres mondes, d’autres dimensions et je garde tout de même ma conscience avec laquelle je tente de respirer normalement. Mes apnées sont longues, mon rythme a changé et ce sont vraiment eux, les soignants, qui viennent me chercher là où je suis, qui avec leurs chants, leurs prières, les parfums et leurs formes dans les autres dimensions, le tabac, les appositions sur certaines parties de mon corps donnent une vision plus belle, plus paradisiaque, plus onirique, et dans ce mot onirique j’entends l’or et la douceur.; je traverse alors et suis traversé par des formes géométriques, animales en mouvement, celles du bien, hors du temps commun. Le bien et le mal existent et sont en mouvement, mais pour l’instant je suis en prise avec le visage infernal des monstres et des êtres de toute la création, dans tous les univers, visibles et invisibles, je lutte pour ne pas être dissous, aspiré dans cet univers distorsionné. Les mains de Jacques sont sur mon épaule et pourtant il est assis de l’autre côté de la pièce, j’entends ses prières. Un instant après il est réellement là, il me dit que je suis protégé. L’ivresse devient moins violente et j’entends Jacques faire son appel pour nous servir une seconde tournée. Je me souviens de son: “si ça ne se passe pas bien, il faut en reprendre”, et naïvement j’y suis retourné… Rebelote, j’suis aux enfers, oh merde! Je suis mis en présence de mon père mort, de l’un de mes frères morts, ils sont emprisonnés, je ne suis plus dans le même plan, la même dimension. La couleur même de la mort, je la vois, elle est vivante mais je le comprends: elle n’est et ne sera en rien une sinécure. C’est une autre histoire et à présent, comme devant des centaines de portails ou de guichets multidimensionnels, je suis aspiré ailleurs, mis en présence d’autres êtres qui vivent dans d’autres dimensions. À chaque fois ce sont les chants et les soins du chaman Winston et du docteur Jacques qui m’extirpent de là. Cette nuit-là sous la maloca, il n’y en a eu que pour moi j’ai l’impression. J’avais tendance à me vautrer pour pallier aux douleurs et à leurs formes insoutenables de la potion qui circulait dans mon corps et j’entendais Jacques me dire: redresse-toi… La descente s’amorce, rien n’a encore repris une forme habituelle mais les vapeurs de l’ivresse sont plus clémentes, j’en reviens à l’effet LSD ou champignon musclé. Le médicament de l’espace et de l’éternité que j’ai pris ce soir est 1000 fois plus fort qu’un simple acide, il peut vous envoyer 1000 fois plus loin, dans un millier de mondes différents. Je viens d’en faire l’expérience, j’ai morflé comme jamais dans un endroit où même la mort ne serait pas un soulagement… La lumière du jour commence à poindre, mes voisins de session ont encore des ailes, mais plus rien ne me surprend. Jacques à nouveau m’appelle, je m’assois devant lui complètement abattu mais souriant et il me regarde et me dit avec humour, car il a bien vu l’énorme volée que je me suis prise: “Sylvain, il en reste dans la bouteille”. Puis plus sérieusement il me demande ce que j’ai vu. Je lui rétorque par réflexe: tout ce que j’imagine que vous voyez vous habituellement dans ces autres dimensions… Il me demande ce que je suis allé faire en Afrique car il y avait plein d’entités diaboliques autour de moi qu’en général on ne chope que là-bas, puis me dit qu’il n’y avait pas que ça, que je suis complètement infesté, parasité, qu’il y a beaucoup de sorts, de la sorcellerie possession et des malédictions, que c’est démoniaque, infernal, des vampires, et j’en passe, la liste est longue… Qu’ils en ont enlevé, que c’est gravissime et que ce n’est pas gagné, d’avance, puis un: “à ce soir pour le débriefing”…
//TEXTE EN COURS D’ÉCRITURE NE PAS REPRODUIRE EN L’ÉTAT SOYEZ PATIENT VRAC D’IDÉES EN MATURATION//

*Bis Repetita⇣ – (en cours de correction, à fusionner avec le texte au dessus⇡) 
3) Une pause avant le cas lourd
Je viens de vivre le combat de ma vie en cette nuit dantesque, une lutte constante pour rester en vie face à des forces multiples qui me tiraillaient vers les enfers et une forme de dissolution du moi dans d’autres univers bien réels, des douleurs innommables dans mes organes maltraités dont je vois et traverse les cellules et l’ADN, l’envie de me mutiler pour trouver un soulagement, une difficulté inouïe à être dans le bon, le bien, le beau, entouré d’êtres faméliques. Un voyage intemporel dans le passé, visions de mes pères maudits et emprisonnés, des descentes dans des ascenseurs modernes vers d’autres époques. Je suis cloué de partout et comme coupé en deux par une violence contre moi-même difficile à contenir, une respiration difficile à maintenir, des apnées longues qui veulent me faire perdre mon corps et ne plus pouvoir rentrer dedans. J’y reviens même à l’envers, rester dans mon corps est presque impossible, transpercé de toutes parts, un imaginaire spatio-temporel immaîtrisable qui me propulse ailleurs et j’en passe. Les soins, les soignants faisant leur maximum pour adoucir le contenu des visions, étant présents comme des ambulances de l’espace, dans d’autres mondes. La présence de mages noirs et de magie noire dans un univers multidimensionnel hors du temps qui me balaye, m’aspire, me démonte. Architecture sacrée et démoniaque, féérique et sorcellerie dès que j’ouvre un œil je vois des trolls et plein de trucs moches dans la forêt qui nous entoure et qui veulent m’attirer à eux. Les couloirs et les entrailles de ce en quoi je suis sont merveilleux et pourtant là, la décoration faite de millions d’éléments est en constante création, mouvement d’une beauté extraterrestre inimaginable. Il y a des milliers de possibilités de mondes différents. J’ai l’impression de rencontrer le futur et l’éternité dans certains espaces qui se construisent devant moi et dans lesquels je suis. Je ne suis pas devant un écran avec ces choses que je décris et qui se passeraient devant moi à l’extérieur, je suis immergé dedans tout en gardant un fil ténu vers la conscience réelle habituelle. Le temps n’existe plus comme on l’entend. Vingt ans après, je viens de bien fouiller les vidéos concernant le sujet et il n’y a toujours pas grand-chose qui ressemble réellement à ce voyage si ce n’est un passage de 10 minutes du film de Kounen: «Blueberry, l’expérience secrète»*. Je n’ai pas vécu une hallucination j’ai été mis, certes avec un processus chimique complexe, dans un état où les sens fonctionnent différemment. J’ai vu et vécu la réalité sous un autre prisme, c’est en effet des voyages quantiques et la visite de plusieurs univers au même endroit, où plusieurs dimensions s’interpénètrent. Il y a différentes couches de la réalité, et des multivers. Nous ne voyons pas le ou les mondes invisibles des esprits et des entités avec nos sens communs, nous le pressentons, l’imaginons, nous nous en rapprochons parfois. Nous avons tous rêvé, fait des cauchemars, nous croyons et l’humanité cumule des croyances et des images concernant l’invisible via les religions, les traditions, les mythes, les contes, les légendes, l’imaginaire dépeint depuis toujours par l’iconographie religieuse, et aujourd’hui de plus en plus avec la science-fiction. La réponse courte si on me demande ce que cela a pu m’apporter est que j’ai vérifié qu’il y a en effet autre chose que le réel comme on l’entend et le constatons tous. Qu’il y a des univers derrière chaque chose que l’on voit, des esprits, des entités, d’autres mondes, le bien et le mal existent. Lorsque je regarde une gravure, une peinture ancienne, qu’elle soit bouddhiste, égyptienne, hindouiste ou d’une quelconque provenance, et tout ce qui concerne des visions ésotériques, si je lis des textes qui parlent d’un ailleurs et commencent à le décrire, je sais, pour avoir été mis en contact avec ces autres dimensions, que cela existe, alors que celui qui n’a pas fait le voyage que j’ai fait reste, lui, dans la croyance. Je sais, j’ai vu, j’ai vécu par l’intérieur, ce n’est pas juste une vision extérieure suis réellement passé voir de l’autre côté, point. J’aimais dire récemment qu’en effet un moine tibétain ou d’ailleurs qui va vivre vingt années dans une grotte, en respirant, méditant, ne se nourrissant que de graines et exerçant son esprit et son corps avec martialité à la frontière des sens, va commencer à pénétrer d’autres réalités et être mis en présence de ce qu’on ne voit pas sans faire ce type de préparation. D’ailleurs j’ai vu l’un de ces moines dans le séminaire où j’étais puis un autre à mon retour en France. Mais en gros, et ce malgré mes transgressions passées avec les drogues psychédéliques, là en vingt minutes la préparation qui est entrée en moi m’a envoyé des informations que je mets vingt années à comprendre, à intégrer, et encore la restituer et en parler avec mes mots, je le sais, ne saurait vous convaincre. Ensuite, ce que je n’avais pas fait de ma vie, j’ai lu la Bible et d’autres textes sacrés et je souris avec foi car lorsque ceux qui ont vu le disent non-initié doute, croit, rationalise, émet du scepticisme, déclenche une foi aveugle, balaye l’ensemble du revers de la main et cherche une autre explication avec ses propres données référentielles de compréhension. Le scientifique obtus matérialiste au service du consumérisme, lui, se perd dans des explications qui vont nulle part et vous ratatine grave. D’autres, ceux d’un niveau supérieur, métaphysique, astrophysique, comprennent ou commencent à comprendre et vous tombez d’accord avec eux. Aujourd’hui je suis là. En vous racontant en vrac tout ça je suis en contact avec les sens normaux de la vie, présent, et je ne vois pas les autres mondes invisibles, mais je sais qu’ils existent et sont là en permanence, derrière toutes choses. Avant je les ressentais et les imaginais, car les rêves existent et comme ce que je viens d’écrire au-dessus, je, nous sommes imprégnés et porteurs de l’imaginaire et de la culture collective. À travers la respiration pathologique ou au contraire volontairement maîtrisée on peut changer la nature des songes, des rêves. À travers la prière et la méditation, exercer l’esprit et les corps plus subtils à être en contact avec l’extérieur et l’intérieur, à l’étude du vivant. Et, je sais qu’en vous parlant de magie, ou d’une expérience non digérée que je passerai pour un fumeux qui a pris trop de drogue, mais je n’ai rien à vendre, rien à prouver, j’y suis allé, j’ai vu, c’est tout. En revanche, je ne recommande ce type de voyage à personne et je mets en garde contre toutes les façons d’aller s’initier à ces mondes autres, sauf bien entendu ce centre de recherche par lequel je suis passé: pour son sérieux. Mais je n’y enverrai jamais qui que ce soit que je connaisse ou non, en lui racontant que cela pourrait lui faire du bien: c’est beaucoup trop violent en soi. Le faire en Occident est à 100 % de la magie noire. Un voyage touristique psychédélique en Amérique du Sud, pareil et quant à lui, à notre époque est à 99,99 % de l’escroquerie. Faites très gaffe, plus que jamais, ça je vous le confirme. Regardons simplement ce que nos civilisations ont fait du tabac et de la coca en transformant les usages médicinaux autochtones et sacrés depuis des millénaires. Je me méfie même grandement des thérapies modernes du XXe siècle et de l’actuel sous tel ou tel type de molécule, et j’écoute en revanche les mises en garde constantes du centre Takiwasi: https://takiwasi.com/docs/arti_fra/chamanisme_et_monde_occidental_encouragement_mise_en_garde.pdf
https://takiwasi.com/fr/reiki-spirituel.php
{( https://www.takiwasi.com/fr/therapie-psychedelique-assistee-sacre.php )}
L’origine de l’infestation d’un esprit parasite sur un être humain peut être: transgénérationnelle (héritage d’un esprit de suicide, inceste, scepticisme, etc.), occasionnelle (visites fréquentes dans un lieu infecté), un acte de sorcellerie (préjudice intentionnel d’un tiers, sorcellerie, malédictions, etc.), des pratiques spirituelles transgressives (spiritisme, occultisme, canalisations incorrectes telles que le Reiki, divination, pratiques magiques, profanation de lieux ou objets sacrés, etc.) ou par contagion lors d’états de perméabilité énergétique ou de vulnérabilité (consommation de drogue, – actes sexuels non consacrés)}.

_Quant à moi je n’y ai plus droit situation cardiaque ne me le permet plus. Je ne peux même plus prendre de simples gouttes d’huile essentielle pour guérir d’un rhume, il y a un temps pour tout. Je n’ai toujours pas raconté le debriefing de cette journée du 12 avril 2006:

“Une pause avant le cas lourd” ⇣
3) C’est l’aprem nous sommes à nouveau en cercle sous la Maloca, Jacques a toujours sa pipe de guérisseur, il est là pour le feedback de ce qui s’est passé cette nuit, c’est le médecin, le psychanalyste, le père de l’église à qui nous avons affaire à présent. Je ressens un regard dans mon dos, ici les guérisseurs vous regardent en coin sans confrontation directe avec les yeux et qui lorsque vous les croisez:se détourne avec une humilité quasi christique de bienveillance. Ce que je ressens est puissant et vient de derrière, je me retourne et un homme grand, très costaud, comme un arbre, d’un certain âge, les 80 passés, chapeau de jardinier, un visage large. Il me regarde en coin, il est à une dizaine de mètres, je n’avais jamais senti un regard d’une telle force, qui plus est de me traverser par derrière. Dans le cercle nous sommes douze et je suis assis en face du Dr Jacques, il s’adresse aux patients et leur fait un retour sur l’expérience avec la liane, l’ayahuasca, ça discute visions, psy, bible hébraïque, psychiatrie, psychanalyse, symbolisme, les personnes qui font ce séminaire avec moi sont des cherchants et en général pour être à cet endroit, face à lui, c’est qu’ils ont déjà exploré quasiment tout ce qui se fait sur la planète question recherche sur soi. Il y a un psychiatre, une psy, une religieuse, un moine bouddhiste, un jeune couple dont la femme est enceinte, un religieux exorciste, une qui veut devenir Rabbin, un thérapeute, un bouddhiste occidental qui veut devenir chamane et qui nous fera bien rire car les chamanes ne veulent pas de lui. Son regard, direct et fort, s’arrête à présent sur moi et il dit: “Bon, on va faire une pose avant le cas lourd”. Petit gâteau, Thé, Café et Mapacho. -“Sylvain, je t’en ai déjà parlé ce matin, il y a des entités noires de sorcellerie africaine autour de toi, il y a des vampires, tu es infesté, c’est démoniaque et diabolique, il y a une malédiction.” Un silence, je ressens que je n’ai plus de copain autre que lui dans la pièce… je lui demande ce que je peux faire? -“Tu n’y arriveras pas seul, nous avons enlevé quelques couches mais il faut que tu rentres en ascèse complète et c’est ça ta mission de vie”. Je viens de prendre très cher, le verdict est sévère et j’encaisse avec vulnérabilité, authenticité, on passe au suivant, pas grand chose avec la psychanalyste qui est à ma droite, puis au suivant, puis au suivant et le dernier arrive et dit à Jacques: “je ne suis pas d’accord avec ce que tu as dit concernant Sylvain, ce matin alors que j’étais après ma nuit sordide, un réveil dans un état lamentable et qu’il est passé à côté de moi, il a été le seul avec une attention et une douceur et deux trois mots simples à m’avoir sorti du puits sans fond d’angoisses et de désespoir dans lequel j’étais, alors que personne autour n’en semblait capable”. Merci, il prend ma défense mais Jacques l’arrête et lui, leur dit que me concernant c’est que s’il y a autant de matière et de forces si sombres en moi et autour c’est que je suis déjà sur un chemin spirituel, ouvert, ce qui n’est pas leur cas, et que le mal s’attaque là où il y a le plus de lumière, que j’ai les épaules pour dépasser cela et réellement aider les autres à guérir si je fais cette ascèse mais que seul j’suis foutu de chez foutu et que je n’ai plus le choix, que je ne suis pas venu ici par hasard les rencontrer et que lui et moi on se comprend sur ce territoire. Je n’ai définitivement plus de copain parmi les séminaristes. Les sessions suivantes, j’aurai des grands verres d’ayahuasca, coupé à l’eau bénite, et je lutterai pour ne pas me faire balayer par les puissances du mal, je ne sais pas si ma posture à résister était la bonne, j’ai fait ce que j’ai pu, je sais que parfois j’ai manqué de courage mais la douleur dans mes organes servira à m’auto justifier en ne reprenant pas systématiquement à la seconde tournée, tentant de contrôler le very bad trip obligatoire. Nous sommes à présent dans la jungle pour une diète totale de cinq jours, ma cabane s’appelle Ayahuasca et je diet de l’ail sauvage pure très concentré, donc chaque jour je dois descendre jusqu’à la rivière pour me laver, je croise des papillons géants, je suis pote avec des écureuils et le jus de tabac que m’apporte Winston le chaman: https://www.youtube.com/watch?v=mhSMt5_I_8I&list=RDmhSMt5_I_8I&start_radio=1 me surprendra autant que l’Aya: je peux rentrer et sortir des rêves en conscience, c’est une expérience ténue mais très puissante en soi. Je suis invité à prolonger un peu mon séjour pour rencontrer “Ignacio” le chaman guérisseur des cas désespérés: https://takiwasi.com/fr/tabaqueros-ceremonie-tabac.php ⇠ C’est lui, dont le regard m’avait transpercé le dos, il m’immergera tous les matins dans la rivière pendant une semaine…
Nous ne serons pas en contact avec les patients qui viennent passer une année à Takiwasi, ils sont plus avancés dans le processus de purification que nous les touristes parasités et eux, encore dans une période d’immersion protectrice. Pourtant une nuit avant une session dans la jungle éclairée par un pauvre néon grésillant près d’une cabane derrière la cuisine, Jacques est en train de discuter avec un type crâne rasé, méchamment tatoué de la tête aux pieds, l’allure d’un vilain bagnard fraichement sorti de son gang, pure caricature issue d’un cartel sud-américain, il se tient assis vouté l’air un peu abattu, d’une dureté rare, il m’invite à les rejoindre et nous présente l’un à l’autre: “vous avez les mêmes problèmes avec l’au-delà, vous deux”, puis un: “Sylvain, ce serait bien que tu reviennes passer quelques années avec nous…”.

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« Aucun homme ne choisit le mal parce qu’il est le mal; il le prend seulement pour le bonheur, le bien qu’il recherche. »

9/ Je n’ai en revanche ni regret ni remords sur ma propre histoire. Et comme dirait mon ami Luc, il est temps que je le raconte avant de mourir. C’est ce que je fais depuis le début de l’année 2026. Alors je ne sais pas vraiment écrire, l’école s’était bref pour moi. Toutes ces pages de blog sont un gros brouillon. Mais chaque jour j’en rajoute une, pourvu que cela dure. Ça me fait du bien de les écrire. Les lire… je ne sais pas.

J’avais tout juste une dizaine d’années. Je marchais dans le parc pour rentrer chez moi, il faisait super beau. Je levais les yeux au ciel et je ressentais qu’au-delà du monde visible, il y avait encore plus vaste. À l’école, j’avais déjà dû faire un exposé sur Einstein et sur les pharaons. Tôt, je lisais beaucoup: Lovecraft, Allan Poe, Asimov; il y avait des bouquins partout, une famille de littéraires. Ce jour-là pourtant, c’était un ressenti plus personnel, ou une synthèse intuitive: il y avait — c’était une évidence — un monde supérieur au-delà même de l’univers décrit par qui que ce soit… Je n’avais pas vraiment de mot, ce jour-là, sur cette brève réflexion, mais en discutant des lustres plus tard avec un ami curé, il me dira: « C’est ça, la foi d’enfant. » Depuis mon entrée dans l’univers scolaire, de la maternelle à la 4e, j’ai fait 9 écoles en 9 ans, et nous n’avons jamais déménagé. Parfois premier de la classe, mais jamais le dernier à faire une connerie. Mon frangin, de six ans mon aîné, se défonce avec tout ce qui passe, alors dans le dos des adultes, moi aussi… Un bac D (drogue) se profile à l’horizon. Mon premier bad trip arrive tôt. Les parents sont sortis jouer au bridge dans la résidence voisine et rentrent vers 2 h, 3 h du matin. La bande de glandus que fréquentait mon frangin — guitare, pantalons pattes d’éléphant, ça écoute du Zappa — vient se défoncer à la maison: bière, chichon et LSD. Je fais le forcing et goûte à des joints sérieux. Y a du Népalais, du Double Zéro, du Libanais rouge, de l’huile du Maroc, de la mauvaise beuh aux graines qui craquent sous la langue. Les yeux fermés, encore dans l’emballage, je les reconnais tous… Je finis par vomir. Les parents vont arriver. L’appart est aéré. Il ne s’est donc strictement rien passé d’étrange ici. Je suis seul dans ma chambre, mais dès que je ferme les yeux pour tenter désespérément de dormir, les murs de la chambre se resserrent dans mon cerveau et il faut que je les rouvre pour que la chambre reprenne une place normale. Je les ferme: ils arrivent pour m’écraser. En images colorées, je vois comme des briques mouvantes jusqu’au plus profond de mon crâne. Dès que je les ouvre: soulagement, le processus infernal s’arrête. Mais cela dure des heures de lutte. Mon cerveau, fragmenté d’hallucinations réelles, ressemble — pour vous le décrire — à deux ou trois pochettes de disques. L’image et le son qui me pénètrent malgré moi, malheureusement, ne font qu’un:
https://www.youtube.com/watch?v=NJ36d28plgc & https://www.youtube.com/watch?v=ODKtxWtsGms
& https://www.youtube.com/watch?v=dDveBbJkVqo&list=RDdDveBbJkVqo&start_radio=1 Et ce cerveau, le mien, qui fait du bruit devenu visible en image et en forme, une architecture en mouvance, je le vois lui aussi. Il se confond avec les murs, au rythme de ma respiration. L’expérience est moche, le seul pouvoir que j’ai dessus est celui de ne pas fermer les yeux. J’imagine, avec du recul, les mouvements qu’ont subis, dans cette conscience modifiée, les agressions sévères sur ma plastique cérébrale, forçant les digues, les murs, les cloisons d’un cerveau violé en pleine croissance. Le shit, même si à l’époque il n’était pas aussi chargé en THC qu’aujourd’hui, sur un gamin d’à peine 10 ans est une grosse, grosse baffe psychédélique. Et va savoir si, avec tout ce que j’avais avalé ce soir-là, il n’y avait pas un peu de champignons psylo… Pour cette troupe d’idiots bien chargés en drogue en tout genre, un gamin qui délire… pourquoi pas. Petit à petit, les parents se doutent qu’il se passe quelque chose derrière les murs. De nouveaux bouquins arrivent à la maison: Dr Olievenstein, Dr Curtet. Les tableaux qui expliquent les drogues sont passionnants. Je ne le sais pas encore, mais je suis en train de préparer, par l’expérience, un master et un doctorat sur la Défonce: je les essaierai toutes. À douze ans, c’est la première fois que je mets une pointe d’héroïne dans ma narine. Deux copains du frangin, dont je suis la mascotte. Mais l’un d’eux freine l’autre, avec un ridicule sursaut de sérieux. L’héroïne est une affaire sérieuse en 80. J’ai de la chance: mon autre grand frère, de treize ans mon aîné, ne vit plus à la maison. Viré par la mère, qui a pigé que le principal importateur de cette connerie à la maison, c’était lui. Il vit à présent chez la grand-mère, ex-épouse de feu Marcel, haut magistrat, président de la cour d’assises de Seine, qui finira avec le surnom de « mémé drogue ». Pour vous la faire courte et reprendre le cours de mon histoire: donc, le frangin, Jérôme, lorsqu’il n’est pas chez mémé D, ou en train de squatter chez une de ses copines junkies, est en voyage ou en train d’importer de la blanche pure. Une fois par an, il passe la douane revenant d’Inde, avec 100 grammes dans le cul. Coupée, prête à l’emploi, ça donne un kilo. Il a les cheveux courts, de petites lunettes, étudiant à la Sorbonne, qui ne vend qu’aux énergumènes de son espèce. Lorsque ses meilleurs potes n’ont pas de thunes, ils lui ramènent leur collection de vinyles. Tout cela est bonne enfant… Lorsqu’il pique du nez — et c’est fréquent, au moins une fois par jour — je gratouille à la lame de rasoir son caillou perso non coupé, qui fond à vue d’œil. Et je suis le roi du pétrole avec mes potes à moi, des gamins encore plus paumés, familialement parlant, que moi, et dont les études scolaires vont se finir à la prison la plus proche. Nous, nous ne fréquentons pas les mêmes universités. La rue, la vraie, et sa violence, nous attendent. Un solide certificat d’études suffit amplement pour se faire un nom. Me voici à nouveau en train de digresser. Je raconterai tout cela en détail. Je voulais parler de mon second bad trip. Car durant les années poudre, bien que le discours qui avait pignon sur rue fût: « la drogue va vous faire du mal », nous qui en prenions, elle nous faisait du bien. J’ai 13 ans, j’en prends un jour sur deux. À 14 ans, mon frère Stéphane croit fièrement me faire mon premier shoot. Mais je ne l’avais pas attendu et j’avais déjà récupéré les « pompes » des grands dans les caves de la résidence. Lui aussi n’a pas les idées claires sur les choses de la vie: il pique souvent du tarin. Ne donnons pas tout de suite une trop mauvaise image de l’héroïne, lol.
Nous sommes plusieurs jeunes en rupture avec quelque chose: la famille, la société, l’école, la vie. Un soir, dans un petit parc propret de la banlieue bourgeoise de Saint-Cloud. J’ai 14 ans. Polo, un toxico déjà bien paumé, sans famille active, revient d’Amsterdam avec une feuille de buvards. Il nous en distribue plusieurs à chacun. Lui-même en a avalé une poignée. Ce sont des tigres jaunes. Je ne crois pas qu’aujourd’hui les jeunes, ou autres qui prennent du LSD, aient eu affaire — et heureusement — à des doses aussi fortes de cette drogue. Enfin, il y en a d’autres aujourd’hui qui font aussi des dégâts massifs. Toutefois, je me renseigne souvent lorsque des addicts me racontent leur histoire avec les substances, histoire de comprendre l’air du temps et ce par quoi ils sont passés avant de chercher à s’en sortir. C’est là où je suis depuis des années: toujours prêt à tendre la main et mon expérience auprès de ceux qui sont coincés dans une addiction. Je me sens plus utile, humainement parlant, dans ce rôle que dans celui de tourner des films ou prendre des photographies. Les drogues des dernières générations ne sont pas les mêmes que celles de la mienne, ni les usagers d’ailleurs. Les troncs communs changent aussi. Je ne vais pas vous faire là une thèse, mais revenir à cette soirée sous acide. Polo, on ne l’a jamais revu. Il était assis plus haut dans le petit parc boisé, dans une lumière devenant jaunâtre verdâtre et qui ressemble un peu, là en souvenir, à une des images du film L’Exorciste. Nous avions repéré ce soir-là, en pleine montée surprenante, qu’il ressemblait à présent au diable, et que nos chemins se séparaient de toute manière. Même en temps normal, il puait du bec et des pieds, et sa place était forcément à l’HP. Il avait perdu l’odorat et le peu de raison qui lui restait en se prenant, en mobylette, un pare-chocs de voiture venant en sens inverse, dans un des fameux virages du secteur.
Le petit parc n’est plus un simple parc. Nous… moi, je suis dans le cosmos. Lorsque je crache, car ma salive est abondante, ce sont des petites planètes qui sortent de ma bouche. Au pied des arbres — qui n’en sont plus d’ailleurs — ce sont des gouffres qui s’ouvrent, des portes vers des mondes souterrains. J’imagine qu’Alice au pays des merveilles décrit en partie ce genre de situations. Nous faisons à présent une bataille de planètes avec l’énergie qui sort de nos mains. Des années plus tard, les films de science-fiction — Matrix, les différents Star Wars et compagnie — toutes ces fictions modernes et bien faites sont de pâles copies de ce monde, de ces mondes dans lesquels nous sommes là ce soir-là, nous-mêmes des acteurs. Le terme hallucination ne me semble pas juste, ou trop réducteur. Nous voyons autre chose. Je ne sais pas si elles existent réellement dans le monde invisible. Je sais que nous ne pouvons pas les voir avec nos sens habituels, rarement en rêve, ni même après vingt années de méditation dans une grotte au Tibet. Mais lorsque l’on prend ce genre de truc, on y retourne directement. Tous n’ont pas ce genre de visions très riches dans des univers magiques comme celles qu’on voit au cinéma. Mais certains, oui. Des lumières bleues arrivent. Ça doit faire des heures qu’on délire. Des êtres — la police — Veulent nous choper. Dans un geste prudent, nous mangeons nos papiers d’identité afin de ne pas être attrapés, réflexe logique sur le moment. Nous nous séparons. Et malgré notre cavalcade, nous voici réunis au commissariat. On m’expliquera tout ça les jours suivants, car moi j’étais en train de faire décoller les trains cosmiques pour prévenir le reste des copains, afin qu’ils puissent revenir m’aider depuis les étoiles où ils étaient rentrés. Car une bande d’insectes géants — araignées, serpents faméliques — grimpait la colline depuis les entrailles de la terre et voulait m’emmener avec eux. Je suis dans une ambulance, attaché. Les autres aussi. Direction l’HP le plus proche. Un jeune médecin me parle sérieusement, mais sa tête n’est pas crédible et certainement pas normale: c’est un chapeau de champignon rouge et blanc, de plusieurs mètres, collerette comprise , impressionnant. Et voilà qu’un champignon géant en blouse blanche veut m’expliquer la vie. Il me raconte même que la drogue: c’est dangereux, parfois un allé simple pour l’asile et que j’ai le profil pour en reprendre. Il devrait se regarder dans une glace, le con… Les semaines qui suivent, je serai retiré de la garde parentale par le juge pour enfants de Nanterre, qui en a marre de me voir arriver menotté dans son bureau après une nuit au dépôt ou d’une garde à vue. Ce type est un véritable prophète. Il bégaye et ne supporte pas que je finisse ses phrases: — « C’est une affaire ju-ju-ju-ju… » — « judiciaire, monsieur… » — « ta-ta-ta-ta-ta… » — « ta gueule, p’tit con… » Comme je me refuse en plus à aller à l’école, il me dit: « Je vais t’envoyer dans un trou, et quand tu en auras marre tu retourneras à l’école. » Et me voici parti vivre dans un foyer de semi-liberté avec d’autres délinquants juvéniles, où un p’tit bourgeois, de bonne famille a priori, va déguster grave sa race, sans jamais retourner à l’école. Ce juge s’appelait Moïse.

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9/ La base, du pourquoi prier…

9/ Je me suis en fin de compte, au long cours, bien plus ratatiné la tronche avec des sédatifs qu’avec des stimulants ou des psychédéliques, mais j’ai consommé longtemps et de tout. Chaque personne traverse sa singulière existence à sa manière et l’on fait souvent ce que l’on peut avec les moyens du bord, pour plein de raisons qui nous sont propres. Il est difficile pour celui qui n’a pas vécu telle ou telle chose de la comprendre du point de vue de celui qui l’a expérimentée. L’observateur, lui, remarque qu’il se passe quelque chose, objectivité et subjectivité débarquent… Je ne dis pas non plus qu’il faut absolument avoir fait l’expérience de quelque chose avant d’émettre un jugement, mais donner un avis sur ce que l’on ne connaît pas rime souvent avec être à côté de la plaque. J’aime l’image de l’astronaute qui reviendrait de la face cachée de la Lune, ou d’ailleurs, avec tous les changements que cela implique pour lui. Ceux qui, depuis Houston, l’y ont envoyé et fait revenir ont certes participé à l’expérience et ont bien des trucs à raconter pour décrire tout ça, mais pour saisir au plus juste le vécu de la chose, rien de tel que l’expérience complète. Et chacun s’intéresse à ce qu’il veut ou peut: chacun ses merdes, ses joies. J’ai quant à moi besoin de comprendre, savoir où j’en suis, me rendre compte et restituer. J’ai un esprit critique et rationnel qui, dès le matin, débarque, jugeant et taillant un costard à tout ce qui bouge. Je navigue actuellement, psychologiquement parlant, avec cette maxime: mieux vaut être seul que «mal» accompagné, tout en faisant très gaffe à ce que mon propre «mal» ne m’isole pas de mes congénères. Narcisse, on le sait, ne finit pas très bien. M’enfin, il y a un temps pour tout et j’essaie tous les jours de retrouver ma voie, celle du milieu. Mon potentiel est double et je suis responsable de celui que je vais actualiser. Je me sais orgueilleux, égocentrique, égoïste et à la fois son opposé: humble, altruiste et généreux. Entre les deux, mon cœur balance: c’est comme la marche, j’avance sur ce fil du rasoir qu’est la vie. De temps à autre, en réaction, l’un des paramètres sus-décrits est en inflation, et chaque jour suffit à sa peine; dans ma situation globale de vie, l’essentiel est de passer une bonne journée. Au réveil, un inventaire assez rapide, parfois quelques minutes suffisent: une fois l’humeur, les émotions et les sens reconnus, le sujet du jour réfléchi, l’effort à faire ou la solution à mettre en place pour m’améliorer, en acceptant, m’adaptant ou me dépassant, la part des choses analysée au plus juste. J’en arrive à du: lorsque je ne me pense plus, je vais bien. En gros, lorsque je n’ai plus besoin de pallier, de panser une souffrance non réglée, je vais bien. Je suis hélas d’un naturel trippeur; je saisis une émotion ou une contrariété avec les tripes, je me déchausse de l’instant présent et ma tête se paye un voyage. Je me mets à revisiter mon passé, projette mon futur, un rongeur se met à poursuivre sans fin un petit singe qui ouvre tous les placards et les portes dans mon crâne. C’est un processus de fuite, d’évasion; je m’aperçois que lorsque j’en suis là, ma respiration est elle-même changée, un peu en apnée et non naturelle. Des personnes comme moi, il y en a plein; quelque chose dans la/ma réalité n’est pas accepté, acceptable, digérable, et un processus de compensation se met en place. «Depuis combien de temps cela vous arrive-t-il ?» Bah, je suis né comme ça, et dans mes tout débuts de vie, ça s’est rejoué et encore rejoué d’une manière ou d’une autre. On risque là d’entrer dans un territoire analytique sans fin; d’ailleurs il n’y a même pas encore les mots du langage à ces âges-là. Le noyau profond chez moi sera celui du psy-addictif, la recherche de compensation face à cette incomplétude et ces manques originels. D’autres, car personne n’est réellement câblé pareil, sont plus loin, dans un sans-retour possible, dans des psychoses plus profondes, des dissociations avérées ; je crois qu’on parle de clivage. En tous les cas, là c’est «psy» et ça ne bougera plus, ou peu.

[Y a un dossier sympa ici, à partir de la page 14: https://carnetpsy.fr/wp-content/uploads/revue/61.pdf & plus récent, celui-ci: https://acrobat.adobe.com/id/urn:aaid:sc:EU:c1d72253-c4c9-4bd6-991e-fd57d5a4058c et un gros dossier: https://www.federationaddiction.fr/publications/guide-addictions-troubles-psychiatriques/ ]

L’humain, à la différence de l’animal, est l’être sur Terre dont le sevrage sera le plus long. Comme disait Abraham Lincoln: «Tous les hommes naissent égaux mais c’est la dernière fois qu’ils le sont.» J’ai eu un gros boulot salutaire à faire sur moi en thérapie, il n’est d’ailleurs jamais vraiment fini, pour me libérer des recoins où j’étais embarqué, parfois malgré moi, ou en empirant la situation par automatisme, dû à une volonté déséquilibrée elle aussi en souffrance. Le tout étant une histoire de limites: quelles sont les miennes ? Il y a un juste milieu à trouver entre ce dont je suis responsable ou pas. La prière universelle de Reinhold Niebuhr, que des millions d’alcooliques anonymes et d’autres fraternités utilisent pour tenter de retrouver la raison, s’adapte très bien dans mon cas: « Mon Dieu, donne-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer celles que je peux, et la sagesse d’en connaître la différence. » Perso, j’en utilise d’autres. Ce qui me plaît, c’est là le Mon D.ieu; en effet, chacun le sien, personne, aucun cerveau humain ne peut avoir la même explication, la même compréhension d’un concept de cette taille, sur lequel l’humanité entière se penche depuis la nuit ou l’aube des temps… Un ami me racontait avec sa philosophie pragmatique du jour: on n’a toujours pas pu prouver à ce jour l’existence ou la non-existence de D.ieu. Lui en est resté là, et se complète narcissiquement en jouant au golf. Ce qui n’est pas du tout mon cas… La balle dans le trou ne m’excite pas plus que ça. Je prends mon pied dans ma tentative de compréhension du sens de ma vie et de la vie… Je me trouve dans la recherche de l’instant présent, celui d’une respiration normale. J’insiste sur le normal, sachant qu’une respiration anormale peut être pathologique. Quand elle est modifiée ou quand on la modifie, il y a des conséquences, des effets. C’est même un moyen certain de modifier sa conscience, ce n’est en aucun cas anodin. Les bouddhistes savent ce qu’ils font, les New Age rarement. J’ai beaucoup utilisé la prière en boucle, simplement pour couper mon charabia mental, mes pensées obsédantes, mes ressentiments, et reprendre un semblant ou plus de maîtrise dans l’univers de mes pensées: accueillir une émotion désagréable, calmer une euphorie, traverser une épreuve, couper mon propre débit de parole, gagner en sérénité, changer mon activité cérébrale, etc. Ce que je veux dire, c’est que la pratique de la prière, vue comme cela, n’est pas ésotérique; pas besoin ici de croire ou de ne pas croire en quoi que ce soit, c’est juste créer en soi un espace de respiration, d’observation, de concentration, etc. Prier à tue-tête lorsqu’elle disjoncte… Je pourrais répéter vers ce but tout un tas de mantras; à moi de trouver ceux qui me conviennent. Respirer, s’ancrer dans le réel, l’instant présent, et prier pour ne pas penser en boucle. Il paraît en plus que la prière est plus efficace que la méditation, car elle active les circuits neuronaux du langage, la méditation, elle, étant plus une intention d’unicité de connexion et d’ouverture avec ce qui m’entoure. Je crois que dans la prière l’effet de stabilisation mentale est plus important. Ce que je viens d’écrire me semble être de la vulgarisation toute molle de base. J’avais du mal à prendre le crayon pour écrire ce matin, c’est tout ce qui est venu… Je vais peaufiner et aller vers quelque chose d’un peu plus spirituel; là c’était juste pour adoucir le rationaliste.
10/ Je viens de commencer à écrire sur le 115 DuPire; ça va être long et en faire des tonnes. En plus, le taulier vient de passer l’arme à gauche: ses amis et amies lui rendent un bel hommage. Je pense sincèrement qu’il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, et je peux même comprendre qu’ils aient cru en lui. Puis il y a ceux qui se sont fait bousiller par ce type. Je m’étais lancé frontalement à le dénoncer sur la toile et, sur la presque quarantaine de personnes retrouvées par le bouche-à-oreille des réseaux sociaux, seules 4 ou 5 parmi ses victimes ont apporté de quoi le décrédibiliser en bonne et due forme, lors de ma, de cette campagne revancheresque. Les autres, ses victimes de choix, des précaires vagabonds paumés pour la plupart, parfois même des sans-papiers, toujours des personnes très vulnérables incapables de faire valoir leurs droits auprès de la société en général, étaient surtout occupées à leur propre survie et, pour certains, encore complètement terrorisés par l’emprise violente que ce type, un vrai tordu, a eue sur elles. D’ailleurs, de quoi je me mêle ? J’y ai passé 11 mois sur son camp, au lieu-dit de la Taillis de la Joie. Certes, personne ne m’a obligé d’y aller ni d’y rester, mais le gars —
Brann du Senon, en fait un certain Fabrice Dupiré — Un jour, c’est un chroniqueur de justice qui m’a contacté, me racontant que tous ses potes avocats lui avaient dit de venir voir absolument un procès concernant le genre de bande odieuse de malfrats avec laquelle Fabrice était lié depuis des années. Là, il n’était entendu que comme receleur et, à grand coup de baratin prônant son revirement — à savoir faire dorénavant le bien, justement avec ce village qui se montait de SDF —, il avait bénéficié de la clémence de la justice. Lire: https://jhm.fr/affaire-gregoire-leblanc-1ere-journee/ & https://jhm.fr/affaire-gregoire-leblanc-3eme-journee/ & https://jhm.fr/affaire-gregoire-leblanc-4eme-journee/ faisait de grands moulinets avec ses petits bras musclés, sauce p’tit chef gaulois, pour vanter son village qui retapait soit-disant les sans-abris, leur fournissant dans l’urgence un toit et de la nourriture, parlant même de réinsertion. Le gars ratissait large: plusieurs médias de sa région, mais aussi au niveau national, télévisions, 13h et 20h, presse, radio, etc… Ils te l’ont dépeint comme une sorte d’abbé Pierre — celui d’avant qu’on sache —, une sorte de Robin des Bois rangé des affaires, dorénavant se rachetant une conduite au service des plus pauvres. La presse, on le sait, une fois qu’il y a une histoire sympa et toute cuite, prête à l’emploi, en fait parfois des marronniers et, sans plus vraiment enquêter, vous ressert l’affaire histoire de meubler facilement ses éditoriaux. Moi, à la différence de son fan-club, j’ai vécu sur place et bien que je me sois fait avoir par le personnage, comme presque tous, je suis revenu sur mon premier avis. Une fois que ses ami e s étaient rentrés chez eux après leurs visites — pour un petit concert, un week-end, semaines où le camp était plutôt calme et festif, les résidents étaient alors en vacances de cette ambiance redoutée; celle qui allait revenir dès que le gratin se barrerait: après le beau temps, forcément l’orage, la tempête, la grêle, puis l’inévitable foudre… et très peu de moyens d’y échapper, voire aucun… Si ce n’est la fuite, se barrer discret la nuit, marcher 20 km (4, 5h de marche le long de la D225) jusqu’à la prochaine gare, la trouille au ventre, prendre le train au petit matin… sans jamais plus se retourner, oublier, si possible…

Un des sans-abri, Alexandre https://sylvainleser.fr/2024/02/13/alexandre-et-kayser/, que l’on a tourné et qui apparaît longuement dans Au bord du monde, m’avait parlé de ce village dans les bois, qu’il avait fui la nuit avec son sac et son chien, préférant retourner à la rue, libre, sans se faire hurler dessus. Car c’est cela que Brann faisait: leur hurler dessus, se prenant pour l’autorité ultime, la sienne, celle d’un pseudo caïd gourou ultra-colérique, terrorisant, paralysant son interlocuteur, comme un proxénète l’aurait fait avec une prostituée pour la faire travailler. Son village n’est qu’un camp de travail, de 6 h du matin à 22 h, dans des conditions sanitaires complètement pourries, quasiment de l’esclavagisme. Il ne prend que des types à qui il va pouvoir dégommer leur RSA, ou plus; il exige un loyer et les fait « tapiner », façon de parler locale. Il éjecte les pas solides, ceux qui ne marchent pas dans sa combine. Il a installé une sorte de mini-hiérarchie, avec ses « lieutenants », comme il les appelle, parmi les « résidents », pour asseoir son pouvoir total sur la vie de ces personnes fragiles. Lorsque Alexandre m’en avait parlé, ne connaissant pas le lieu, je ne l’avais pas imaginé ainsi; c’est bien après que j’ai fait le lien. Je me remémore à présent, à la louche, une vingtaine de types qui se sont, pour ainsi dire, enfuis. J’en ai aidé au moins sept d’entre eux à oser le faire: ils étaient paniqués, avaient peur comme jamais. Leur départ ne se faisait pas forcément en un jour; il fallait les aider et leur trouver un nouveau ou un ancien point de chute. Certains venaient du bout de la France, suite à la publicité médiatique, mais fallacieuse, vantant une forme de liberté. Le « gros », ou le « sanglier », surnommé ainsi par certaines assos de maraudeurs, tenait son village par la terreur, et c’est cela qui apparaissait lorsque les projecteurs étaient remballés. Déconfiture totale, la misère, la vraie. De quoi faire un film à la Zola, avec des personnages de Victor Hugo.
10/ Je me suis fritté sur le réseau avec plusieurs journalistes, pseudo-journalistes; il y en a une à qui j’ai envoyé une photo de lui où il arborait une petite croix gammée sur l’un de ses bras, déjà truffé de tatouages merdiques sauce taulard. Alors, je ne pense pas que ce type ait un jour fait un salut nazi — quoique, bourré avec d’autres abrutis dans son genre, pourquoi pas. Il était biker membre de son propre club, Rebels (de mes deux); ce genre de type, à l’époque, on le sait, se faisait n’importe quoi comme tatouage provocateur, très souvent lié à des trucs spountz, casque à pointe. En revanche, si les nazis, les vrais, étaient passés par là, avec sa gueule de gitan romano des bois, ils l’auraient emmené. La journaliste qui m’avait contacté, restant anonyme, suite à l’un des derniers reportages sur son camp et à l’un de mes commentaires sur YouTube, j’avais posé une pêche fumante sous leur vidéo, m’avait fait tout un sketch, comme quoi c’était à moi de lui prouver mes allégations contre ce type et de lui retrouver des victimes ayant envie de lui parler. Pas facile de faire marche arrière dans leur métier: les « Droit de réponse » ou les journalistes avouant qu’ils ont dit une ou des conneries se retrouvent à la suite de l’article initial, et personne ne les lit; on se refarcit systématiquement l’article où la connerie a corriger est inscrite et a déjà fait son impact. Elle m’avait même charrié, comme quoi j’avais vu, moi, la petite croix toute nase et que j’étais tout de même resté. Bah, en fait, non: je ne l’ai découverte que bien après. Je faisais des photos frénétiquement à cette période et, sans électricité, sans Wi-Fi, avec un petit MacBook 13, je ne développais que les photos que j’allais mettre en ligne et qui concernaient surtout ma promo du film ABDM. Sur le petit écran de mon appareil photo, je ne fais que du grand angle que je resserre après, je n’avais pas vu son minable petit drapeau nazi, perdu dans la masse. Mais ensuite, l’ayant découvert et la lui montrant, elle, qu’a-t-elle fait ? Rien ! En plus, je doute qu’elle soit réellement la journaliste de ce magazine Reporterre: l’anonymat, sur ce genre d’affaires, n’a pas lieu d’être. Un peu d’éthique, SVP. Je m’étais aussi fritté avec un collègue photographe qui avait fait de belles photos du camp, car il allait sortir un joli papier, qui lui a valu d’ailleurs les honneurs de la profession. J’avais dû insister lourdement auprès de lui afin qu’il temporise les textes, comme quoi ce n’était pas que joli, joli, l’histoire. On lui avait apporté quelques preuves sordides du contraire; il a sorti son papier en ajoutant un encart en rouge parlant d’un petit collectif de plaignants, pas du tout d’accord avec son histoire à la Petite Maison dans la prairie, haute en couleur. Merci à lui, il l’a fait; en revanche, ça nous a coûté, à lui et à moi, un paquet d’insultes respectives, et je ne lui ai plus jamais parlé. Je ne suis pas non plus allé voir tous ceux qui avaient fait la promo du 115 DP, mais on s’est fait remarquer et je pense que cela a entaché son développement et son soutien médiatique. Son village a continué de tourner, mais il se l’est moins ramené: ça lui a mis un coup dans la tronche; il a resserré les rangs et mieux filtré les pedigrees de ses résidents. Contre lui, en vrai, il y avait le maire de la commune, l’ancienne maire de Nemours devenue préfète, le procureur qui lui avait envoyé sa troupe de gendarmes. Alors, il gueulait parfois de plus belle: « Ils veulent ma peau, l’État est forcément fautif », mais ça a bien moins marché; le mythe s’est effrité.

En fait, ces officiels — sauf le procureur, que je n’ai pas rencontré — m’ont raconté en off qu’ils recueillaient depuis des années des plaintes de pauvres gens s’étant fait entourlouper par cet escroc voleur de poules et qu’ils faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour stopper ce type, en vain: les plaignants étant trop souvent des personnes si fragiles, incapables d’apporter du solide pour des procédures concluantes. Mais que, si quoi que ce soit se passait, il lui tomberait dessus, car ils avaient réellement pigé la nature plus que malsaine du cas. Alors ils l’ont fait chier avec le terrain, lui imposant des normes, lui prenant toute son énergie.
On m’a rapporté, lorsque je lui faisais la misère sur Facebook, que la nuit il marmonnait mon nom en dormant et gueulait le jour son besoin de vengeance à mon encontre. J’avais même demandé à une célèbre grande reporter du Monde de passer me voir à la maison; je lui avais tout expliqué, photos à l’appui. Même si elle n’a rien fait directement en presse sur cette, finalement, toute petite affaire, ces infos factuelles sur le bougre sont entrées dans les entrailles de la presse sérieuse. Mon but n’a été finalement que de donner la possibilité à certaines de ses victimes une fenêtre, un espace où elles ont pu se dire: je n’ai pas rêvé; ce que j’ai vécu et ressenti est la stricte vérité; j’ai été humilié profondément par ce dingue qui a profité de moi, m’a volé mon bien, mon estime de moi; je n’ai pas pu me défendre; on m’a trompé; moi aussi je suis une victime — et un véritable: « bien fait pour sa gueule, qu’il brûle en enfer jusqu’à la fin des temps ! ». Je crois qu’aucune de ces personnes n’aurait voulu ni souhaité qu’il retourne en tôle, mais qu’en revanche, il soit dans l’incapacité de nuire à son prochain. Certains en ont fait des cauchemars durant des années. Moi, j’ai eu de la chance: je n’étais pas prisonnier sous emprise comme les « résidents » sur son camp; j’avais une caisse et je pouvais circuler librement. Puis, une fois sorti de là, il a, comme il se doit, brûlé ma caravane, et je lui ai fait vivre un petit cauchemar sur la toile. Un jour, dans mon immeuble, durant la baston en ligne, une bande de petites frappes s’est fait arrêter. Ils frappaient à toutes les portes en grimpant les escaliers; les voisins ont appelé le commissariat, qui est à 500 mètres de là, et je croise les policiers dans l’entrée qui me racontent que des types, un peu genre vilains gitans, cherchaient un certain monsieur Leser. Sans être parano, j’ai tout de suite su d’où cela venait. Je ne lui en veux pas, au gars, et je souhaite que son âme trouve la paix — ce qui est mal barré. Il n’a fait que ce qu’il a pu de sa vie, à la base très merdique. Néanmoins, il fallait stopper sa croissance médiatique, sa capacité de nuire. Un ancien taulard qui l’avait croisé en centrale m’avait contacté pour me confirmer que le gars méritait que quelqu’un lui rende sa misère violente, car il avait vraiment été une ordure puante avec des plus faibles que lui. On ne doit pas oublier qu’au début des années 80, des connards très fachos à moto comme lui se sont retrouvés à s’acoquiner avec la véritable extrême droite: la période des ratonnades, des tribus, des antifas contre les racistes. C’était ultra violent; il y a eu des blessés et des morts, et il n’était pas du bon côté — d’où le minable petit tatouage, au-dessus de ceux effacés, genre croix de fer, casque allemand. Il a fini par le faire recouvrir d’un sublime corbeau, mais il l’a conservé presque 50 ans. On m’a aussi rapporté — et cela explique vraiment la protection dont il a bénéficié pour maintenir son pseudo-village — qu’en fait, « il renseigne », et ce, régulièrement. Une fois tous les deux ou trois mois, le jeudi à Paris, lors d’un rendez-vous discret obligatoire; ceux qui lui ont servi de chauffeur l’ont confirmé. Une donneuse, en gros — mais de quoi ? Bah, de tendances et de petites histoires de grand banditisme dont il aurait eu vent, que des vilains abrutis de son triste acabit devaient lui chuchoter avec un « tu le répètes pas, hein? », croyant encore avoir affaire à un honorable truand respectable, devenu hélas, une planche pourrie, un faux bifton… Dans la chronique de justice plus haut, son avocat fait part de son enfance terrible, des foyers des années 70/80 où il n’y avait que haine et violence. J’ai passé de l’âge de 14 à 16 ans dans ces foyers de justice en semi-liberté, il était lui aussi passé par celui où je suis allé, ça créé une sorte de lien entre lui et moi: La Maison de la Juine; alors oui, c’est la vérité: l’ultra-violence y était constante. Mais cela n’excuse rien concernant la perpétration de celle-ci, ni de devenir soi-même un porc — ce qu’il était.
10/ Vers 2011/2012, il me semble, tout un tas de petites associations citoyennes ont vu le jour et ont été encouragées par l’État face au nombre de personnes survivant à la rue. Plein de petits groupes de maraudeurs se sont mis à distribuer de la nourriture, des vêtements, des boissons chaudes, à proposer de la conversation, des sacs de couchage, des couvertures, que ce soit uniquement le week-end ou en semaine: plein de bonnes âmes se sont mises à l’œuvre. En plus, cela rompt avec son propre isolement: aider aide. Ce sont ces mêmes années où je sortais sillonner, seul, la nuit, les rues de Paris. J’ai pris des milliers de photographies, une carte postale de la misère, un état des lieux. J’ai rarement croisé ces petites associations sur le terrain, car nous n’avions pas les mêmes horaires. De plus, ce n’étaient pas les assocs que je souhaitais photographier: c’étaient des hommes et des femmes isolés au milieu de la nuit que j’allais rencontrer, les approchant le plus naturellement du monde, comme un curieux qui vient s’enquérir avant tout du besoin de l’autre: un café, une clope, de l’eau, un truc à manger, quelque chose de vraiment nécessaire que je pourrais te rapporter ? Le lien réel avec ces personnes, d’aspect repoussant pour la bande passante des piétons pressés de la journée — la vague ou la marée du début et de la fin de journée —, se fait plus facilement dans le calme, dans l’étale de la nuit. Ce sont souvent des scènes de grande désolation, d’extrême précarité, de grande exclusion. La nuit, je les cherchais, je fouillais la ville et ses recoins en quête de leurs cachettes. Et ceux que j’immortalisais, je les mettais le plus possible humainement en valeur. Je n’esthétisais l’image que pour accentuer le contraste entre la beauté de la ville lumière et de ses monuments, avec comme point central la personne dans son élément, décrivant l’authenticité de la vie des plus démunis. Ces personnes, avec qui je venais de créer un lien de confiance grâce à de l’attention, au temps passé, au non-jugement, à des échanges francs et à de la considération, m’ont permis et laissé entrer dans leur intimité afin qu’elles se laissent photographier: un voyage chez l’autre, avec l’autre, entre empathie et compassion. Étais-je insomniaque, ou le suis-je devenu ? Étaient-ils fous, ou le sont-ils devenus ? Ceux, en revanche, que je voyais parfois circuler étaient les organismes solides: comme le Samu social, la Croix-Rouge, la Croix de Malte, la BAPSA, les estafettes du réseau social de la RATP. Comme tous, j’ai vu le bus des bleus, embué, circuler et ramener les dits clodos à Nanterre, au CASH. Je les voyais et regardais de loin passer tous ces véhicules, comme des ambulances fantômes s’évanouissant dans les brumes de la nuit déserte. Mais ce n’est pas eux que je sortais voir la nuit. Je les ai rencontrés après, lorsque je suis retourné filmer le film Au bord du monde. Et, comme il fut un franc succès pour ce milieu — ce milieu au sens large —, nous avons été sollicités par eux plusieurs années de suite. J’ai dû participer à plusieurs centaines de projections-débats et sans doute rencontrer le panel de toutes les chapelles au grand complet, de ceux qui consacrent leur vie, ou une partie, professionnellement ou bénévolement, auprès des personnes qui survivent à la rue. C’est dans le cadre de l’une de ces projections que j’ai rencontré pour la première fois le 115 du Particulier de Brann, qui, comme beaucoup, a été sincèrement très touché par notre film. Tous ces maraudeurs se connaissaient, au moins de réputation; beaucoup s’étaient déjà engueulés avec lui et ne voulaient simplement plus en entendre parler. Chacun ses merdes.

En revanche, mes rencontres avec les clodologues officiels, les solides, m’ont profondément éclairé dans ma tentative de comprendre cette population des grands précaires. Ceux qui m’ont le plus appris sur eux — et sur moi-même — sont les docteurs Jacques Hassin et feu Patrick Henry.
10/ J’avais en sortant de là demandé son avis sur ce sujet au docteur Patrick Henry, feu le Clodologue, un grand homme, intègre, d’un charisme d’exception, droit dans ses pompes, et qui m’avait toujours apporté de l’aide et sa lumière sur les choses de la vie. Voici sa réponse à mon mail⇣ https://sylvainleser.fr/2024/02/16/lzr-clodographe/

« Pour le 115 du particulier, lorsque ce truc a commencé, tous les pros ont compris qu’il s’agissait encore d’un montage bizarre, issu sans doute de l’esprit tordu de je ne sais quel frustré manipulateur ; sans pouvoir l’affirmer, d’ailleurs. C’est le principe des bons manipulateurs paranoïaques de se méfier et de se protéger suffisamment pour ne pas prendre de risques. Il y a eu, comme exemple du même style, le « village de l’espoir » en 2007 ; belle initiative, vite détournée par un pervers manipulateur. Le secteur de la pauvreté, de la précarité, a toujours attiré des faux prophètes, comme les colonies de vacances attirent les pédophiles. La plupart du temps, ces minables sont peu habiles et se font ramasser en peu de temps, ce qui ne leur donne pas le temps de nuire. Dans d’autres cas, ça dure, et l’isolement qu’ils créent fait le lit de leur pouvoir. Le principe est d’obtenir une légitimité à grands coups de démagogie et de discours gluants de fausse commisération, quitte, par ce biais, à attirer de vraies associations prêtes à tout pour conserver ou majorer leur ego. Celui que tu cites n’a aucune aura médiatique. Rien que du friable, du léger. C’est la poudre à éternuer que certains journaleux naïfs ressortent en hiver pour faire chier les ministres. Et puisque Mediapart est aussi bien la meilleure agence de journalistes enquêteurs française, que Mediapart « surveille la France », comme le disait E. Plenel chez Ruquier, et que, par ailleurs, elle ouvre largement ses colonnes aux délires du fondateur du 115 du particulier, alors que Mediapart aille au bout de sa démarche et enquête à fond sur cette initiative malheureuse. Pour le reste, je n’ai pas vraiment d’idée ; ce n’est pas mon métier, sauf que l’idéal serait sans doute de pouvoir rencontrer le procureur en charge de cette région et de lui exposer clairement la dérive de cette association. Il décidera ensuite, selon ses propres critères, de donner suite ou non, de se saisir ou non. Tu ne peux rien opposer d’autre, face à des agissements douteux, que la rigueur de la loi. À part ça, devant ces manipulateurs, il n’y a qu’une seule règle d’or : LA FUITE !! Oublie-le et débrouille-toi pour vivre une vie dont tu seras la priorité, avant d’essayer de t’occuper de celle des autres. Tu n’es pas assez fort pour ça. Les pauvres, les précaires, les clodos n’ont pas besoin, pour les aider, d’aussi faibles qu’eux ou de demi-fous ; ils ont besoin de gens forts et résistants, clairs, équilibrés, et aussi bien que possible dans leur tête et dans leur corps. Sur ces points-là, Sylvain, tu as quelques progrès à faire, et je te suggère, en toute amitié, de commencer par t’occuper de toi. Il y a déjà pas mal de boulot, non ? ;-) Dans l’immédiat, je ne peux pas t’aider autrement, je ne vois pas comment. »


La suite, plus tard…

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