
Janvier 2017 https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10155044666634198&set=t.625699197&type=3&theater
et la suite ici https://sylvainleser.fr/2025/04/11/memoires-des-trefonds-2/
Fin 2015 je viens dâĂȘtre rapatriĂ© Ă la maison. Je sors dâune clinique de soins de suite oĂč lâon parque en partie des anciens toxicos, alcoolos, zombies en fin de parcours qui ne se sont jamais arrĂȘtĂ©s ou pas Ă temps et qui souffrent de consĂ©quences lourdes, avec des cancers en phase terminale Ă tous les Ă©tages. Ils font mĂȘme les soins palliatifs sur place. Dans dâautres secteurs de cette clinique Ă la dĂ©co surprenante, dĂ©cor Ă la David Lynch, câest tout simplement un service de soins de suite oncologique. Je viens de passer plus dâun mois couchĂ© dans un lit qui conserve, dans son matelas profond, lâodeur des centaines de personnes passĂ©es par lĂ . Je confonds mon odeur de sueur acide, sans espoir, avec la leur. Transi de douleurs arthritiques qui me rĂ©veillent toutes les demi-heures, je ne bouffe quasiment plus, tout me dĂ©goĂ»te. Je dĂ©fĂšque parfois, des cailloux. Mon activitĂ© mentale consiste Ă faire dĂ©filer la longue liste exhaustive de toutes les personnes avec qui jâai Ă©tĂ© en contact depuis ma tendre enfance. Je les Ă©numĂšre une par une, me rappelle chacune dâelles et, sans jugement, passe au suivant. Je les fais revivre un instant en les retrouvant. Je pars chronologiquement: ma chambre dâenfant, les voisins, lâimmeuble dâen face, lâĂ©cole, le quartier, ma ville, tout le mode y passe je revois toute ma vie et ça m’occupeâŠ
Lorsque les infirmiĂšres ou le psy du service dĂ©barquent dans ma chambre pour mâaider Ă me laver, me raser, me retaper le moral, je fais semblant de dormir. Je suis en train de crever, laissez-moi tranquille, je n’attends ni ne dĂ©sire plus rien. Les trop vivants, je nâai plus rien Ă faire avec eux. Je sais que je suis en train de mourir. Câest inconfortable dans tout mon ĂȘtre, la mort qui vient sera un soulagement. La cirrhose hĂ©patique a fait son ravage. Le foie, qui soi-disant ne fait jamais mal, est en train de dysfonctionner; il comprime tous les autres organes. Je ne digĂšre plus rien. MĂȘme un verre dâeau me donne la nausĂ©e.
Les jours passent et nâexistent plus vraiment. Il nây a plus rien Ă dire. Parler ne sert Ă rien. Une altĂ©ritĂ© puissante, Ă trancher au couteau, sâest installĂ©e entre ceux qui vivent et ont des projets, et moi. Ma dĂ©pression est totale. Je nâarrive mĂȘme plus ni ne cherche Ă prier.
Lâangoisse anticipatrice est lĂ , dans toute chose: devant, derriĂšre, sur le cĂŽtĂ©, au-dessus et en dessous. Il nây a pas dâĂ©motion plus forte, plus stressante et plus angoissante que lâagonie qui sâannonce. Une nuit, je me traĂźne hors du lit pour aller pisser. Je nâallume pas la lumiĂšre et je suis Ă©bahi par le petit jet sans force mais complĂštement luminescent, phosphorescent, qui Ă©claire les chiottes comme les petits squelettes de fĂȘtes foraines. De la âscience mictionâ: comme quoi on apprend des trucs jusquâau bout. Faut le vivre pour le croire. Je mâenfonce dans ce lit de moribond en conscience et sans lutte. Je sais que rien nâarrĂȘtera cette plongĂ©e vers le plancher. Lorsque jâarrive Ă me traĂźner en fauteuil jusquâau fumoir du jardin, je rencontre le regard hagard de mes semblables. Eux non plus ne souhaitent plus vraiment la visite des autres. Il y en a qui toussent Ă chaque respiration. Les paroles sont rares. Tous se savent malades et miroirs les uns des autres. Ils ne se connaissent pas et respectent le silence et les absences de leur prochain.
Le regard noirĂątre, shootĂ© aux neuroleptiques, Ă©carquillĂ© dans le vide, la bouche en suspens: ils savent quâils en sont. Ils font partie de ce groupe qui sera le dernier. Tous sont polis. Parfois, la nuit lâun rĂąle sa vie et l’autre pleure sa trouille. Câest le corps qui cause son cauchemar. LâextĂ©rieur nâest plus envisagĂ©. Les portes se referment par lâintĂ©rieur.
Le psychiatre de ce mouroir* insiste: il y a un traitement pour vous, votre gastro-entĂ©rologue vous attend Ă St-Cloud pour le commencer. Mais jâen suis Ă un point oĂč je mâen fous, et tout cela me semble dĂ©passĂ©. Plusieurs fois, depuis que je suis suivi pour cette hĂ©patite chronique active, rĂ©sistante aux interfĂ©rons, on mâa proposĂ© â et jâai pris â des protocoles de chimio lourde. Ils mâont Ă©tĂ© bien vendus, mais nâont rien amĂ©liorĂ©. Je suis suivi Ă Beaujon depuis 1998, suite Ă lâĂ©chec du premier interfĂ©ron prescrit par mon hosto. Avant dâatterrir Ă Zombieland, je venais de passer deux mois alitĂ© Ă SĂšvres, dans le service dâaddicto. Cette hĂ©patite est lâune des consĂ©quences de la toxicomanie Ă lâhĂ©roĂŻne, que jâai sevrĂ©e en sept jours, la semaine de mes 33 ans. (le premier qui sâen sert sur le rĂ©seau đ jâlui envoie mon avocat ou des gitans OuzbĂ©k avec une perceuse) Ă lâĂ©poque, hospitalisĂ© sous X, par lâĂ©quipe de lâhĂŽpital des Quatre-Villes de St-Cloud, qui me suit depuis et qui, dans ce coup dur de ma vie, mâhĂ©berge pour ainsi dire, faute de place en mĂ©decine gĂ©nĂ©rale. De lĂ , je partais en ambulance passer des examens jusquâĂ Beaujon, et passais des journĂ©es entiĂšres sur des brancards. Câest eux qui contrĂŽlent lâattribution des nouvelles thĂ©rapies rĂ©volutionnaires contre le VHC. Il fallait attendre trois mois la prise de dĂ©cision en collĂ©giale pour pouvoir en bĂ©nĂ©ficier.
Le mĂ©dicament coĂ»tait Ă lâĂ©poque 50 000 euros, et ils avaient genre 90 000 personnes Ă traiter par ordre de prioritĂ©, Ă trier. Ceux dont le pronostic vital Ă©tait engagĂ© Ă moins de trois mois Ă©taient prioritaires â et câĂ©tait dĂ©sormais mon cas. Il fallait ĂȘtre au plus mal, proche du trou, pour ĂȘtre enfin sauvĂ©. Je suis en train de crever comme une oie gavĂ©e. Je nâai plus de souffle. Je ne sais plus comment faire pour dormir. Je ressens des vertiges et des spasmes qui me forcent Ă tenter de rattraper une respiration bloquĂ©e dans la gorge. Câest vertigineux. Ă SĂšvres, la gastro de Saint-Cloud Ă©tait passĂ©e me voir Ă plusieurs reprises pour mâexpliquer tout cela. Elle me le racontera plus tard: jâavais, selon elle, une plus sale tronche que mon voisin de chambre, qui, lui, avait le pancrĂ©as en faillite complĂšte â et qui nâest plus depuis. Jâentrais en tĂȘte de liste de ses patients pour bĂ©nĂ©ficier de cette bithĂ©rapie miracle.
Toutefois, il lui fallait dâabord aller bricoler et vĂ©rifier quelques varices Ćsophagiennes, en mode cĆlioscopie endoscopie, fromage et dessert qu’ils disent. Ce jour-lĂ dâailleurs, elle Ă©tait venue me voir au prĂ©-bloc, tout juste sorti de lâintervention, encore bien dĂ©foncĂ© par lâanesthĂ©sie, pour me dire quâelle nâĂ©tait pas certaine que je puisse bĂ©nĂ©ficier du traitement. Elle devait dâabord vĂ©rifier cela avec mes analyses de sang du matin. Elle me laissait, malgrĂ© le gaz du moment, dans un dĂ©sespoir avĂ©rĂ©. Puis elle est revenue trente minutes plus tard pour me dire que finalement, « oui », que câĂ©tait confirmĂ© par Beaujon, la maison mĂšre, et que jâallais rentrer chez moi avec une premiĂšre rĂ©trocession dâHarvoni et de Ribavirine â vu ma cirrhose â dĂ©livrĂ©e par la pharmacie de lâhĂŽpital. Le traitement devait ĂȘtre pris Ă domicile, sinon il Ă©tait facturĂ© au service. Plusieurs mois plus tard, en la revoyant en consultation, je lui ai fait part du choc de sa premiĂšre annonce. Elle mâa avouĂ© quâelle avait un mal fou, auprĂšs de ses nombreux patients en attente, avec des annonces du type: vous nâaurez pas accĂšs au traitement. Les critĂšres prĂ©cis exigĂ©s par les dĂ©cideurs pour lâattribution ne sont pas remplis. Ni au rouge. En gros, les chiffres des marqueurs ne vous placent pas en haut de la liste â mais vous allez sans doute mourir avant, dâune autre insuffisance. Alors, le dire Ă un moment oĂč le patient est attendri sous morphine lui est plus simple. Câest dâailleurs ce jour-lĂ quâelle me reparle de sa visite dans la chambre Ă SĂšvres, et de mon visage Ă©maciĂ©, jaunĂątre, cireux, malade, qui lui avait fait peur pour mon devenir.






Je dĂ©bute donc, aprĂšs ces trois ou quatre mois dâhospitalisation dans plusieurs lieux, le fameux traitement, qui doit dâailleurs ĂȘtre suivi de prĂšs: examens rĂ©guliers, ECG, cardiologie⊠Il faut ĂȘtre prudent avec la Ribavirine.
*a) AprĂšs une dizaine de jours, dâailleurs, je passe toute une nuit sans dormir, impossible de m’allonger, assis sur le bord du lit Ă me tenir la poitrine tant la douleur est forte, brutale. Les poumons ? Le cĆur ? Je ne sais pas. Et je ne sais pas quoi faire de ça. Je poste sur des forums Facebook privĂ©s dâanciens toxicos comme moi, me demandant si je ne dois pas arrĂȘter une partie du traitement, la Ribaâ. Les types, des potes â eux aussi cabossĂ©s sĂ©vĂšre par une santĂ© fragile, sĂ©ro VIH, sĂ©ro VHC, ou les deux, parfois mĂȘme transplantĂ©s â me disent de continuer, de ne pas lĂącher, etc. Je nâen fais quâĂ ma tĂȘte et jâarrĂȘte la Ribavirine pour les quinze jours qui suivent. et discrĂštement, je ne reprendrai pas la dose complĂšte.
Câest sans doute ce qui mâa sauvĂ© la vie. Ce mĂ©dicament est un cardiotoxique avĂ©rĂ©, et jâai probablement vĂ©cu cette nuit-lĂ mon premier prĂ©-infarctus, une prĂ©-crise cardiaque. Je ne le signalerai par peur qu’en partie Ă ma gastro, qui aurait stoppĂ© tout le traitement â et je serais mort aujourdâhui. Cela dit, autour de vingt jours aprĂšs le dĂ©but de ces mĂ©docs Ă prendre Ă heure prĂ©cise: je sens que les muscles capables de tenir mes jambes reviennent. Je me remets debout et peux me rendre par moi-mĂȘme en consultation, puis chercher mes nouvelles doses au bout de trente jours. Jâai commencĂ© ce traitement fin 2015. En mars 2016, elle mâannonce que je suis dĂ©finitivement guĂ©ri. Ma charge virale, qui Ă©tait extrĂȘmement Ă©levĂ©e, est devenue indĂ©tectable. Je suis passĂ© de mille gamma GT fin octobre Ă la normal, etc. La cirrhose est en train de sâarrĂȘter et va commencer Ă rĂ©gresser. Elle mâexplique que je devrai suivre cela toute ma vie par des prises de sang rĂ©guliĂšres, car ils ont observĂ© chez certains patients lâapparition de cancers du foie malgrĂ© tout. Si on sây prend Ă temps, on peut enlever des nodules, mais pas sâils sont lĂ©gion.

Histoire
_ Selon le laboratoire amĂ©ricain, « la mise Ă disposition d’Harvoni simplifie le traitement de l’hĂ©patite C », et « cette spĂ©cialitĂ© propose, pour la premiĂšre fois, une stratĂ©gie de traitement complĂšte reposant sur un seul comprimĂ© par jour, sans interfĂ©ron, et uniquement associĂ© Ă la ribavirine pour les patients les plus avancĂ©s dans la maladie ».
_ https://www.bfmtv.com/sante/hepatite-c-un-nouveau-traitement-a-46-000-euros-agree_AN-201506180054.html
& _ https://www.gilead.com/news/news-details/2014/european-commission-grants-marketing-authorization-for-gileads-harvoni-ledipasvirsofosbuvir-the-first-single-tablet-regimen-to-treat-the-majority-of-chronic-hepatitis-c-patients-with-genotype-1-and-4
& _https://www.has-sante.fr/jcms/c_2022100/fr/harvoni-sofosbuvir/ledipasvir-association-fixe-d-antiviraux-a-action-directe
Le tri _ https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000031107781
_ https://www.fmcgastro.org/textes-postus/no-postu_year/vers-un-traitement-universel-de-lhepatite-c/
â ïž đ„VidĂ©o sur cette rĂ©volution mĂ©dicale et la priorisation dure _ https://www.fmcgastro.org/wp-content/uploads/file/flash-2017/225/index.html
â ïž Le syndrome de Lazare, ou la difficile gestion de la « rĂ©surrection » https://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/infectiologie/le-syndrome-de-lazare-ou-la-difficile-gestion-de-la-resurrection /le Dr Pascal MĂ©lin, prĂ©sident de SOS HĂ©patites. Ces gens qui sortent d’une maladie chronique oĂč ils s’Ă©taient inscrits ne parviennent parfois pas Ă se reconstruire. C’est notamment le cas de 25 % des patients traitĂ©s ces derniĂšres annĂ©es par le Dr MĂ©lin. Pour ces ex-malades, on parle de « syndrome de Lazare », un concept issu de la victimologie, qui dĂ©signe une incapacitĂ© Ă retrouver sa place aprĂšs une « rĂ©surrection » liĂ©e Ă une guĂ©rison.
Une problĂ©matique Ă©mergente. Si les hĂ©patologues sont concentrĂ©s sur la guĂ©rison des malades, qui doit s’occuper de l’aprĂšs guĂ©rison: les spĂ©cialistesâ? Le mĂ©decin gĂ©nĂ©ralisteâ? « C’est une rĂ©flexion qu’il va falloir mener sur l’organisation de notre systĂšme de santĂ© et sur la cohĂ©rence de notre filiĂšre », estime le Dr MĂ©lin. Les malades de l’hĂ©patite C vivent actuellement une situation exceptionnelle: ils sont les premiers patients de l’histoire de la mĂ©decine guĂ©ris d’une pathologie chronique, {……………….. De mĂȘme il faut, selon lui, se mettre d’accord avec le patient qui doit comprendre qu’il ne sera dĂ©barrassĂ© que du virus. « S’il avait une cirrhose, le risque d’hĂ©patocarcinome est toujours prĂ©sent,…………}/.
_ DĂ©sordre post-traumatique dĂ» a la perception de sa mort comme certaine et imminente. Le syndrome de Lazare est un terme dĂ©crivant les difficultĂ©s spĂ©cifiques auxquelles doivent faire face les sujets qui ont pu ĂȘtre confrontĂ©s Ă la certitude de leur propre mort, mais qui ont finalement survĂ©cu. https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_Lazare
En Ă©crivant cela dix ans plus tard, je vais dâailleurs insister auprĂšs de ma gĂ©nĂ©raliste â pro comblement du trou de la SĂ©cu, qui rechignait rĂ©cemment Ă me le prescrire â pour quâelle ajoute le dosage de lâalpha-fĆtoprotĂ©ine Ă ma prochaine prise de sangâŠ
Durant cette aventure, jâai aussi cherchĂ© de lâaide sur les forums français. Bah⊠y avait que dalle. Inactifs Ă 100 %, Ă croire quâils Ă©taient tous morts. En revanche, en tapant par hasard le nom du mĂ©dicament sur Facebook, je suis tombĂ© sur un groupe amĂ©ricain fabuleux, tenu par des rescapé·es de la maladie, les premiers soigné·es: des cas lourds sortis dâaffaire, qui encouragent, donnent toutes les pistes et le soutien nĂ©cessaire aux nouveaux, comme moi. Ils partagent mĂȘme les combines pour se rapprocher du labo Gilead et de ses assurances, car aux USA le traitement est Ă la charge du malade et vaut 100 000 dollars. Aux States, la maladie est surnommĂ©e « le Dragon ». Ă chaque nouvelle guĂ©rison, on a droit Ă : Bravo, encore un qui a tuĂ© le dragon đâ lâinverse de encore un qui a mordu la poussiĂšre. https://www.facebook.com/groups/1548863812014151

Je me rappelle maintenant dâun essaie costaud dont jâavais bĂ©nĂ©ficiĂ© en 1998 chez les champions du foie, pavillon Ămile-Sergent Ă Beaujon. Du Rebif â pour les virus qui se rebiffent â Ă haute dose, sâil vous plaĂźt. Les toubibs, deux ce jour-lĂ , mâavaient demandĂ© de tirer au sort lâune des quatre enveloppes pour cette Ă©tude randomisĂ©e, quantitative et qualitative. La mienne, selon mon hĂ©patologue, se situait juste en dessous de la plus lourde. Câest ainsi que je suis devenu, aprĂšs signature de multiples dĂ©charges de non-responsabilitĂ© â au vu de ma maladie incurable et mortelle â un cobaye humain. Je me suis donc injectĂ© chaque jour, pendant quarante-neuf semaines il me semble, de lâinterfĂ©ron-bĂȘta-humain, 12 ÎŒg B1a, reconditionnĂ© en gĂ©nie gĂ©nĂ©tique, pour tenter de me dĂ©barrasser de mon VHC activement chronicisant gĂ©notype 1(1a). Ă lâĂ©poque, je nâen Ă©tais quâau stade 2 de la fibrose. Je remplissais chaque jour mon cahier dâeffets secondaires. JâĂ©tais gris. Je fixais le plafond en dĂ©pression totale. Jâattendais que ma compagne rentre du travail le soir pour me faire mon cafĂ© du matin, la nuit. Tous les quinze jours, je prenais un taxi â remboursĂ© par le laboratoire â pour aller faire des prises de sang, ECG, Ă©chographies, etc. Un jour, lâinfirmiĂšre â je me souviens trĂšs bien de son regard effrayĂ© â me dit: « Câest la premiĂšre fois que je vois ça. » Le sang qui sortait de mes veines Ă©tait noir.
Ă aucun moment il nây a eu la moindre amĂ©lioration, mais ils mâont encouragĂ© jusquâau bout de lâĂ©tude Ă continuer, expliquant que cela jouerait positivement sur la fibrose. Ă chaque visite, je les suppliais de me refiler des Benzos* : je nâen pouvais plus. Câest dâailleurs Ă ce moment-lĂ quâils mâont envoyĂ© consulter le cĂ©lĂšbre addictologue de lâhosto, qui, lui non plus, nâa pas cĂ©dĂ©. JâĂ©tais incapable de bosser cette annĂ©e-lĂ . Biopsie finale de sortie: fin et Ă©chec du protocole ratïœhumain. j’apprendrais plus tard que ce mĂ©dicament est utilisĂ© Ă merveille dans les sclĂ©roses en plaques et a fait la fortune d’un certain labo Suisse. Petit Ă petit, aprĂšs ça, je suis remontĂ© grimper dans les arbres â mon mĂ©tier â et je me suis mis Ă me soigner quasi comme en chibiothĂ©rapie intensive (façon de parler) avec des mĂ©decines alternatives intĂ©gratives sĂ©rieuses: du Viscum album Ă forte dose, en injections. Non pas pour guĂ©rir, Ă©radiquer le virus, mais pour que mon corps lutte lui-mĂȘme contre, tout en prĂ©venant contre le cancer du foie, en boostant le systĂšme immunitaire et pas que. Certes trĂšs controversĂ©s par les ‘GrosPharmas’ par chez nous, mais jâen suis persuadĂ©: ces traitements mâont retapĂ© de lâexpĂ©rience scientifique sus-dĂ©crite et maintenu en vie et en Ă©tat pendant les quinze annĂ©es suivantes. Je passais rĂ©guliĂšrement leur rendre compte; ils Ă©taient plus ou moins dâaccord, mais absolument pas contre, ouverts dâesprit au vu de la stabilitĂ© des rĂ©sultats dâexamens.
*Puis un jour, en mai 2013âĄ, aprĂšs une annĂ©e de tournages nocturnes dans les rues de Paris, jâai arrĂȘtĂ© ma chibio alternative pour plusieurs raisons et je suis parti vivre en caravane, en forĂȘt, pendant onze mois, sans eau ni Ă©lectricitĂ©, chez des dingues fous, suite Ă un burn-out dont je ne trouvais pas lâissue en ville. Ni avec le service dâaddicto de SĂšvres, qui mâavait expliquĂ© en grande pompe, avec la visite des mĂ©decins dans ma chambre â surtout le chef psychiatre Ă lâĂ©poque â que tout ça Ă©tait dans ma tĂȘte, vu ma vie, et pas dans mon corps. Je le comprends aujourdâhui: lâerreur mĂ©dicale est humaine. Il demande Ă un interne aux fraises si mon foie tient bon, car je mâen plains; le gars regarde son carnet et dit: « Oui, impeccable. » Le triste con ! Seule une des infirmiĂšres avec qui je discutais dit devant le staff quâelle me croit, mais, face Ă ses supĂ©rieurs, se fait rembarrer. Pourtant la cirrhose Ă©tait sans doute dĂ©jĂ dĂ©clenchĂ©e. Ils nâavaient pas encore les rĂ©sultats des analyses sanguines Actitest-Fibrotest de Pasteur (minimum quinze jours dâattente), revenus quinze jours plus tard: je nâĂ©tais plus dans le service et personne ne mâa appelĂ© pour mâavertir que mon corps partait complĂštement en sucette et que la tĂȘte sâadaptait, racontant Ă tous â et Ă mon corps â que câĂ©tait physique. Ils mâont totalement ratĂ©. Vu la tartine de mĂ©docs quâils voulaient me coller pour un Ă©tat jugĂ© uniquement comme une dĂ©pression anxieuse massive, je me suis barrĂ©. Jâavais des vertiges soudains, du stress, une anxiĂ©tĂ© sĂ©vĂšre au contact de mon prochain. Je nâencaissais mĂȘme plus ma prĂ©sence dans les groupes de parole que jâaffectionne depuis des annĂ©es. Les rĂ©sultats revenus de Pasteur montrent quâen mai 2013 jâĂ©tais Ă A3 F4. Je ne serais jamais parti un an vivre en caravane cet Ă©tĂ©-lĂ si je lâavais su. Mais comme mĂȘme le toubib chef ne me croyait pas, et que je ne pouvais plus respirer en ville, seule la forĂȘt pouvait mâaider; mais je nây serais pas allĂ© dans de telles conditions⊠Et ces mĂ©docs sur un foie malade nâauraient rien arrangĂ©, mais empirĂ© lâaffaire⊠Donc, jâadore la mĂ©decine de mon pays, pas de problĂšme: juste que, parfois, il faut y regarder Ă deux fois. Les mĂ©docs en cas de cirrhose, faut relire le manuel les gars! Cela dit, ils prendront bien soin de moi, sans m’avouer la boulette, l’annĂ©e suivante jusqu’Ă l’obtention du traitement qui m’a sauvĂ© la vie. (je n’ai jamais Ă©tĂ© facile Ă soigner.).
De retour de ce voyage chez les dingos, je suis retournĂ© consulter. Fibroscan Ă Foch: rĂ©sultat catastrophique. Lâexamen, pourtant non invasif et indolore, mâa clouĂ© de douleur. Verdict: F4++. Ils mâont hospitalisĂ©. Je nâĂ©tais plus sortable. La suite est dĂ©crite au-dessus. Le pic de mortalitĂ© liĂ© aux hĂ©patites C chroniques actives chez les non-rĂ©pondeurs aux traitements a eu lieu autour des annĂ©es 2000. Bien moins mĂ©diatisĂ©e que le VIH, ce qui a desservi la recherche. Cette Ă©pidĂ©mie a fait Ă©normĂ©ment de morts dans le monde. Elle Ă©tait incurable jusquâĂ lâarrivĂ©e des nouveaux antiviraux « miracles » en 2014-2015, qui guĂ©rissent dans 95 % des cas. AllĂ©luia. Les hĂ©patites B et C tuent plus de personnes chaque annĂ©e que le VIH aujourdâhui, mĂȘme si le VIH reste une cause majeure de mortalitĂ© infectieuse Ă lâĂ©chelle mondiale. Ma frangine est dĂ©cĂ©dĂ© prĂ©maturĂ©ment des longues suites de son Sida, l’un de mes frĂšre toxico et lui aussi ayant la B et la C chronique s’est suicidĂ© croyant en partie ĂȘtre responsable que sa sĆur l’aie contractĂ© avec un type qu’il lui avait prĂ©sentĂ©. L’autre grand frĂšre, quant Ă lui, est mort d’overdose, sans virus, un lendemain de NoĂ«l*…
On me demande souvent: comment avez-vous attrapé cette merde ?
Je rĂ©ponds: lorsque jâavais seize ans, pour survivre Ă mon enfance brisĂ©e, je me shootais Ă lâhĂ©roĂŻne depuis deux ans avec des seringues souillĂ©es rĂ©cupĂ©rĂ©es dans les caves ou les caniveaux, que nous Ă©tions des dizaines Ă rĂ©utiliser.
(le premier qui sâen sert sur le rĂ©seau đ jâlui envoie mon avocat ou des gitans OuzbĂ©k avec une perceuse)
Un jour â comme la plupart des junkies romantiques qui traĂźnaient dans mon quartier bourgeois â je suis devenu jaune, les yeux orange, je chiais blanc. Jâai mis presque une annĂ©e Ă mâen remettre. Jâavais perdu vingt kilos. Le laboratoire du coin mâavait annoncĂ© que jâĂ©tais le record de transaminases du 92 pour mon HĂ©patite B. Il devait le dire Ă tout le monde, mais sur le moment ça mâavait rendu fier de quelque chose. Puis ils mâont annoncĂ© que jâĂ©tais porteur dâune hĂ©patite non A non B â quâils ont baptisĂ©e « C » en 1989. Elle a Ă©tĂ© officiellement dĂ©couverte chez moi en 1996. Je me rappelle aussi Ă quel point jâĂ©tais paumĂ© Ă cette Ă©poque de mon adolescence, oĂč je mâinjectais des merdes non identifiĂ©es dans le corps, en pleine quĂȘte identitaire. JâĂ©tais mĂȘme jaloux de ceux qui annonçaient quâils Ă©taient « sĂ©ropositifs », comme sâils venaient de sâacheter une nouvelle bagnole qui frime, un blouson flambant neuf, des Nike fraĂźchement importĂ©es â un truc bien classe pour se mettre en avant.
Ătre reconnu. Montrer Ă je ne sais qui Ă quel point je souffrais de quelque chose dâindicible, dâun manque certain. CâĂ©tait une pĂ©riode oĂč je prenais des risques inconscients quotidiens avec ma vie, Ă jouer Ă la mort, Ă la roulette russe pour de vrai. Quand jâarrivais Ă lâhĂŽpital, plus le pansement Ă©tait gros, la blessure visible et bĂ©ante, plus on prenait soin de moi. Avant lâĂąge de vingt ans, jâavais dĂ©jĂ atterri plus de vingt-cinq fois aux urgences. Les psys appellent ça de lâOrdalie: jâĂ©tais en quĂȘte de repĂšres et je jouais avec ma vie simplement pour me sentir aimĂ©. Mieux valait une identitĂ© de petit droguĂ© dĂ©linquant juvĂ©nile que pas dâidentitĂ© du tout. Plein de copains sont morts de lâune ou lâautre de ces deux maladies stigmatisantes. Je ne sais toujours pas comment jâai fait pour Ă©chapper au VIH. Ma copine de lâĂ©poque en est morte. Je me servais de la pompe de personnes infectĂ©es; en plus, Ă©tant le plus jeune, je passais toujours derriĂšre les grands, en fin de session de shoots. Disons que câest le karma, le destin. Si nous ne sommes pas Ă©gaux devant un carrĂ© de sucre, pourquoi le serions-nous devant un bouillon de poisons en culture ? Sur la quarantaine de paumĂ©s* â plus ou moins jeunes â avec lesquels jâai grandi, nous ne sommes plus que trois ou quatre survivants. Pour les autres, ce fut le sida, lâhĂ©patite, le suicide, la mort violente, lâaccident sous substance, la septicĂ©mie, lâoverdose, lâarrĂȘt cardiaque, et jâen passe. Je ne regrette rien, au final, de mon vĂ©cu. Et je sais que je peux â et que je suis â utile Ă ceux qui sont encore coincĂ©s dans les addictions. Parfois simplement en leur montrant que certains sâen sortent. Ă ceux qui nây croient plus, qui pensent que ce nâest pas possible, tant quâils nâont pas rencontrĂ© quelquâun qui s’en est sorti, en joie, un jour Ă la fois.




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A suivre âŹïž
_ 1/ Benzos* et Biopsie
_ 2/ Pisser dans le gobelet test drogue pour un camarade de chambre lui sauve la vie.
_ 3/ Ce mouroir* Cette clinique fait aussi de l’addictologie psychiatrie rĂ©adaptation lambda, et plein d’autres services, c’est une grosse boite. Avec un rĂ©fectoire digne de « Vol au-dessus d’un nid de coucou », je l’ai vĂ©cu moi comme un mouroir, mais une grande partie des patients qui y sĂ©journent ne sont pas au stade oĂč j’en Ă©tais. Chacun ses merdes. Vu de ma fenĂȘtre, cette fois-lĂ , ce n’Ă©tait pas avec les en presque bonne Ă©tat que j’identifiais...
_ 4/ Un lendemain de Noël *1996, mieux dit ici: https://sylvainleser.fr/2025/04/11/cest-la-vie/
_ 5/ Sur la quarantaine de paumés
_6/ TAKIWASI
_7/ Médecine Anthroposophique: Le Gui. Les Bûcherons des cimes.
_8/ Le Kibboutz
_9/ Ma vie
1/ Je me suis fait faire ma premiĂšre biopsie Ă Saint-Cloud en 1996, je ne le recommande pas pour ce geste. Pourtant, ils y avaient mis du cĆur. Je me souviens des deux types en blouse blanche: ils me mettent sur le cĂŽtĂ© â « attention, ça va piquer ! » â et hop, ils ressortent de lĂ avec un bout de mon foie bien orange comme il se doit et quâils me montrent. Lâun des deux sâexclame: « elle est grosse », on parle lĂ de cette carotte de foie. Trop grosse sans doute. Directement, jâai eu une douleur dans lâomoplate droite, signe de Boas. Deux heures aprĂšs, un pote passe me voir et, dĂšs que je vois sa tronche Ă lui, je sais quâon va se mettre Ă rire. Et ça ne manque pas: on se prend une barre de rire et je finis, au bout de quinze minutes, pliĂ© en deux, Ă ne plus pouvoir respirer. Ils mâenvoient donc faire une Ă©cho en urgence pour vĂ©rifier sâil nây a pas dâhĂ©morragie⊠Je marcherai, me tenant le ventre Ă la NapolĂ©on, pendant plusieurs mois⊠JâĂ©tais venu briĂšvement me faire hospitaliser chez eux Ă ce moment-lĂ , venant de dĂ©couvrir mon hĂ©patite C, suite Ă un alcoolisme rĂ©cent, fort, intense, violent, mais bref, qui me gĂ©nĂ©rait des douleurs dans la partie droite du ventreâŠ
Rapidement, jâai remplacĂ© lâalcool par un usage massif de benzos⊠Ăchec du traitement de lâHep C dans ce mĂȘme hosto: ils me dirigent Ă Beaujon oĂč, deux ans plus tard, rebelote pour mon protocole Rebif, je dois passer une nouvelle biopsie pour lâhistologie de lâorgane en question. Eux, câest des pros de la carotte sans douleur. Ils convoquent plein de leurs patients le mĂȘme jour, qui vont y passer une nuit. Ils vĂ©rifient â je ne sais plus comment â mais câest fait dans la matinĂ©e: la vitesse de sĂ©dimentation. Pour certains, cette petite intervention sera faite par une des veines ou artĂšres du cou; pour ceux qui coagulent bien, et dont je fais partie, ils vont passer juste en dessous des cĂŽtes⊠Nous sommes trois ou quatre par chambre, Valium 20 obligatoire. Je connais le benzo; Ă prĂ©sent, je rechigne Ă en prendre, mais câest obligĂ©. Câest lâheure: ils dĂ©barquent tous deux en tenues de chirurgiens, on reste allongĂ© et ils tâexpliquent comment respirer durant la ponction â une lettre Ă la poste.
Du coup, suite au pâtit relaxant du matin, mes deux compĂšres se mettent Ă ronfler et je mâemmerde. Les benzos me font lâeffet de la cocaĂŻne: je dĂ©tourne la molĂ©cule et jâai un besoin irrĂ©pressible de parler. La tchatche dĂ©barque. Bien quâon nâait absolument pas le droit de marcher les premiĂšres heures, dĂšs que le service se calme, je me fais des balades partout dans lâhosto, le tout doublĂ© dâune fringale: je suis Ă prĂ©sent en quĂȘte de bouffe et je me mets Ă fouiller⊠Lors de cette jolie balade Ă la recherche des pâtits frigos du staff, je mâĂ©gare et descends au sous-sol du pavillon, vers le bloc opĂ©ratoire. Il y a un gars qui hurle Ă la mort. Je mâapproche derriĂšre une fenĂȘtre: le mec a lâair complĂštement absent, inconscient. Câest juste son corps qui sâexprime en criant lâhorreur Ă chaque respiration. Il a des tuyaux qui sortent de partout, ça nâa pas lâair simple ce quâils lui ont fait⊠Un gars masquĂ©, peut-ĂȘtre le chirurgien du matin, me tapote sur lâĂ©paule et me demande: « mais comment avez-vous fait pour arriver ici ? »
« Ah oui ! », me dit-il aprĂšs une brĂšve explication de mon besoin de compote, de radis et de biscotte, « vous ne supportez pas bien le benzo !», et il me raccompagne gentiment jusquâĂ ma chambre en Ă©coutant, en accĂ©lĂ©rĂ© vu mon dĂ©bit de parole, lâhistoire de ma vie, avec et sans BenzoâŠ
2/ Le service addictoïœpsy de la clinique est une fidĂšle reproduction de ce quâon va trouver partout dans lâhexagone, la spĂ©cialitĂ© française en addicto: câest la rĂ©duction des risques et tout ce que cela implique⊠(vous avez 4h)… Jâai en mĂ©moire une vision photographique personnelle et dĂ©formĂ©e de mon sĂ©jour en ce lieu, qui sera vĂ©cu diffĂ©remment par tout Ă chacun, aucun nây est pour les mĂȘmes raisons. Ce dont je suis certain en revanche, câest que la bouffe immonde du rĂ©fectoire nâa conquis personne. En revanche le jardin est ouvert jusquâĂ minuit il me semble et je crois quâon peut sortir cloper toute la nuit, il y a mĂȘme une sorte de cabane ouverte qui de loin ressemble Ă un arrĂȘt de bus, avec son pauvre nĂ©on, pour les jours de pluie et dâhiver des fumeurs. Certes la cigarette tue, mais on va pas se mettre Ă faire chier ce genre de patients, la plupart au bout du rouleau, ultra mĂ©dicamentĂ©, Ă la croisĂ©e dâun long chemin. Le weekend certain ont des permissions, il y a des visites, donc il y a du Shit qui tourne, comme partout. Mais ce nâest pas dans le contrat et ceux qui fument des pets risquent lâexclusion dĂ©finitive, âŠon peut plus rien pour vous. Au suivant. Mon collĂšgue de chambre, une gars dâune adorable et dâune gentillesse profonde rare, dĂ©barque paniquĂ© dans la piaule, un peu style couillon honteux et comme pris en faute et qui nâose dire tellement il est rempli de timiditĂ©: Sylvain, jâai un truc important Ă te demander, ils font un test drogue pipi Ă tous les patients, pourrais-tu pisser dans le gobelet pour moi? Il vient de loin le personnage, il est ici suite Ă un alcoolisme lourd qui lâa conduit Ă la rue la vraie, celle oĂč il nây a plus dâavenir. la cinquantaine et dans lâattente dâune famille dâaccueil relais. Se faire virer pour un pâtit joint qui ne dĂ©vie pas le pĂšlerin serait un drame. Alors bien sĂ»r et tout naturellement sans me formaliser je lui fait son demi godet, avec une petite honte Ă mon tour, car avec une couleur et une mousse orange pareil, je me raconte que le subterfuge ne passera pas⊠Chaque annĂ©e depuis ce sĂ©jour, je reçois ses amitiĂ©s, avec un immense et sincĂšre: âencore merci de mâavoir sauvĂ© la vieâ. Comme quoi, mĂȘme l’urine sĂ©vĂšrement dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, phosphorescente et mal odorante d’un cirrhotique mal barrĂ©: peut ĂȘtre utile Ă son prochainâŠetcâŠ
3/ Ă chaque fois que jâessaie de me remĂ©morer lâĂ©vĂ©nement le plus traumatisant de ma vie, celui qui gĂ©nĂ©rerait le plus de stress post-traumatique, câest un empilage de cumuls qui se prĂ©sente Ă moi: jâen dĂ©cris un, et câest un autre qui dĂ©barque. Cette descente aux enfers, vers la mort, avec la dĂ©gradation rapide de la qualitĂ© de vie de ces derniers mois de mon Hep C est dans mon top cinq traumas.
Sâils mâont hospitalisĂ© Ă droite Ă gauche sur plusieurs mois, me qualifiant de non-sortable, câest quâĂ la maison ce nâĂ©tait clairement plus possible.
Je me souviens de moments oĂč, allongĂ© chez moi, Ă©puisĂ©, dans un inconfort massif avec tout le systĂšme digestif, la gorge prise elle-mĂȘme dans lâindigestion massive, je ne trouvais aucune position soulageante, la respiration en spasme, elle aussi, Ă©courtĂ©e Ă chaque dĂ©glutition. Je me demandais si jâarriverais Ă me traĂźner vers la fenĂȘtre, puis le balcon pour me dĂ©fenestrer afin de calmer la souffrance par le choc, mâapportant un quelconque rĂ©pit. Jâsuis au 7e Ă©tage et, dans ma condition, gonflĂ© de lâintĂ©rieur tout en Ă©tant maigre, je me voyais exploser sur la chaussĂ©eâŠ
4/ Je voulais vous raconter une histoire bien plus personnelle, je voulais dire autre chose, une histoire meilleure qui se passerait ailleurs, plus en harmonie avec les fĂȘtes de fin dâannĂ©e. Je voulais sans doute vous montrer un ours. Mais voilĂ : chacun ses merdes et ses joies. La scĂšne originale se passe en banlieue parisienne, un banal fait divers, au lendemain de NoĂ«l. Jâavais passĂ© la nuit Ă veiller la dĂ©pouille de mon frĂšre, gisant la tĂȘte Ă©crasĂ©e et dĂ©formĂ©e sur le tĂ©lĂ©phone dont la ligne Ă©tait coupĂ©e. Il se dĂ©composait bruyamment, lâodeur Ă©tait si collante⊠Lâayant dĂ©couvert, je dus rester deux nuits en cage Ă dĂ©glutir ce mauvais goĂ»t, sans sommeil, jusquâĂ ce que lâautopsie soit rĂ©glĂ©e. Il ne sâaimait plus depuis longtemps. Lâisolement, le rejet et lâĂ©goĂŻsme Ă©taient devenus un cercueil pĂ©tri dâorgueil. Oui, je lâavais pris en photo ! Un ami, voulant bien faire, accompagna ma main Ă faire disparaĂźtre les nĂ©gatifs de ces images dans un feu de cheminĂ©e. Mon frangin avait passĂ© vingt ans Ă Calcutta, il Ă©tait professeur de langues. Câest dans le puissant four du PĂšre-Lachaise que la crĂ©mation eut lieu. Elle fut suivie dâun lĂącher de cendres quasiment poĂ©tique, accompagnĂ© dâun splendide rayon de soleil. Je nâai pas besoin dâune mĂ©moire dâĂ©lĂ©phant pour me remĂ©morer chaque dĂ©tail. Jâai plusieurs clichĂ©s de tranches de ma vie que je nâai su conserver en images, avec les alĂ©as de mon temps. Seule la peinture dâun auteur pourra mâaider Ă restituer ces visions passĂ©es. En attendant la toile complĂšte, je photographie les uns et les autres, chemins se faisant, avec le plus dâhonnĂȘtetĂ© possible, avec comme prĂ©texte ma propre souffrance en prĂ©ambule. La pĂąte nâest donc pas le fruit du hasard, mais viendrait toujours du vĂ©cu propre. Qui y a-t-il au juste derriĂšre chaque photographe, et de quel type de photographie voudrais-je parler ? ⊠Une amie, hier, me confirmait dans mon besoin dâĂ©crire, ce que je fais parfois mais que je lĂąche vite, passant Ă autre chose, ne finissant pas ce qui a Ă©tĂ© commencĂ© il y a parfois longtemps. Jâai des petits bouts de texte, plus ou moins finis, de ci de lĂ .: https://sylvainleser.fr/2024/02/13/memoires-des-trefonds/ & https://sylvainleser.fr/2024/02/16/manan-de-calcutta/ & https://sylvainleser.fr/2024/02/16/manikarnika-l-inde-a-tue-la-mort/
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Dans le lot de ceux qui dansent ici, tant bien que mal, mais qui sont Ă fond dans un ressenti que je qualifie de suspect: ils trippent Ă donf et le matos a lâair bon; Jâai lâimpression de reconnaĂźtre ceux que jâappelais, Ă mon Ă©poque, les grands: importateurs et importatrices de la dope et des virus, mais aussi de la bonne culture musicale et de nos idoles si nĂ©cessaire, pour ceux qui Ă©taient en manque de repĂšresâŠ
Moi, je voulais leur ressembler. Ils avaient un je-ne-sais-quoi que je nâavais pas encore. Mes annĂ©es â nĂ© en 67 â furent plus dures: on nâa pas eu le temps de sâacheter des vinyles, on en a hĂ©ritĂ© ou il fallait les leur voler, ce quâon a fait. La culture, ça se mĂ©rite.
8/ Un thĂ©rapeute dans un centre Minnesota me prend Ă part. Lui aussi est un ancien; avant, il Ă©tait infirmier en psychiatrie. Il me raconte quâil est de nature colĂ©rique et que son hĂ©patite C est balaise: quâil a fait le tour des protocoles et des traitements, mais que ça nâa pas marchĂ©. Il me parle dâun mĂ©decin qui vit Ă la campagne et qui a pris en charge son mal avec des mĂ©dicaments issus de la mĂ©decine anthroposophique, et que depuis quâil le voit, sa santĂ© sâamĂ©liore. Lâanthroposophie, je ne connais pas, si ce nâest que ma compagne suĂ©doise a Ă©tĂ© scolarisĂ©e dans une Ă©cole Steiner-Waldorf chez elle, et quâelle mâa toujours dit que câĂ©tait lâun des plus beaux cadeaux que ses parents lui ont fait. Cette information me plaĂźt beaucoup, car avoir de beaux souvenirs concernant lâĂ©cole me semble irrĂ©el, magique; ça devait vraiment ĂȘtre merveilleux, un conte de fĂ©es. Je nâen ai pas de pareil.
Elle et moi, on sâest rencontrĂ©s dans un kibboutz en IsraĂ«l, entre Massada et QumrĂąn, en plein dĂ©sert de JudĂ©e, Ă Ein Gedi, un oasis magnifique, hors du temps, sur les rivages de la mer Morte. Ce sera lĂ oĂč je vivrai de mes 19 Ă 24 ans, les plus belles annĂ©es de ma vie. Je fusionne totalement avec les Ă©lĂ©ments dâune nature Ă©poustouflante, en complĂšte rĂ©paration de mon adolescence chelou. Lorsque jâĂ©tais plus jeune et que je bossais comme groom, et que je rĂȘvassais dans les salons et les couloirs du Ritz, jâimaginais rencontrer un homme sage, un grand-pĂšre, un savant, quelquâun pour me guider dans la vie. Je visualisais un vieux plein de sagesse, ressemblant Ă Hubert Reeves. Ici, en IsraĂ«l, je rencontre tout un tas dâhommes solides et passionnants qui me transmettront toutes les forces dont jâai besoin pour guĂ©rir et Ă©merveiller mon existence. Je vais sans doute Ă©crire un peu plus sur ces rencontres et sur ces annĂ©es si formatrices de mon devenir. Merci Ă eux pour lâamour, la force et la confiance quâils mâont transmis. Un scientifique, chercheur Ă©mĂ©rite, avec qui nous bossions parfois dans les vergers dâarbres et les palmiers dattiers: le Dr Hillel Soffer (faisant partie de lâinstitut Volcani dâEin Gedi, mondialement connu â jusquâĂ la NASA â pour avoir apportĂ© la mĂ©thode aĂ©ro-hydroponique Ă lâhydroponie et contribuĂ© dâailleurs Ă transformer le dĂ©sert en oasis fertile). Lorsque je lui avais demandĂ©: de quoi a besoin une plante quâon veut cultiver ? Il mâavait rĂ©pondu texto:
« De chaleur, dâair et de lumiĂšre, dâeau, de terre et dâamour. »
Il mâa glissĂ© quelques sagesses de cet acabit. Ă lâĂ©poque, jâĂ©tais pĂ©nĂ©trĂ© comme jamais dans ma vie par tous ces Ă©lĂ©ments, ici exceptionnels. DĂšs que nous avions des vacances, nous partions dans le SinaĂŻ, oĂč il y avait peu de touristes Ă lâĂ©poque, juste pour plonger avec des tubas dans les falaises de coraux de Dahab. Tous nos sĂ©jours se finissaient par lâascension du mont MoĂŻse, aprĂšs avoir passĂ© quelques jours Ă la belle Ă©toile dans les canyons avec des BĂ©douins. Je travaillais dans les champs. Jâavais un grand besoin du contact le plus profond possible, en immersion totale, avec le vivant. Je passais parfois plusieurs jours dans les montagnes qui surplombent Ein Gedi et son jardin botanique, pour des randonnĂ©es de 30 Ă 40 km Ă crapahuter lĂ oĂč vivent les bouquetins locaux, une famille de lĂ©opards https://en.wikipedia.org/wiki/Humibaba_(leopard)–https://www.ynet.co.il/environment-science/article/r1a11swwny#google_vignette une faune et une flore dont jâobserve chaque dĂ©tail au sein de cette rĂ©serve qui ferait pĂąlir de jalousie le Grand Canyon devant tant de beautĂ©.
Une lumiĂšre sublime, des rencontres avec des aigles, des renards et plein, plein de damans (marmotte) https://fr.wikipedia.org/wiki/Procavia_capensis: ils sont craquants. De temps Ă autre, nous partons quelques mois pour gagner de lâargent afin de voyager plus loin, dans un Moshav de la vallĂ©e de l’Arava , avec des conditions dĂ©sertiques encore plus extrĂȘmes. Autour des maisons, la nuit, des loups et des hyĂšnes viennent fouiller les poubelles. La journĂ©e, nous cultivons plusieurs champs: il fait plus de 40°, il nây a pas dâombre. Le voisin mesure presque deux mĂštres. Je nâai jamais vu un gars aussi costaud. Il se prĂ©nomme « Travail ». Il marche pieds nus sur des scorpions; sa peau tannĂ©e, burinĂ©e, ne craint plus rien. Ă Ein Gedi les arbres cultivĂ©s auxquels je mâattache le plus sont les palmiers dattiers. En fait, ce ne sont pas vraiment des arbres: malgrĂ© leur hauteur, ce sont des plantes, des tiges. LĂ oĂč je passe le plus de temps Ă travailler, câest dans les vergers dâarbres de pomelos, un fruit hybride naturel entre un pamplemousse et une orange. Plusieurs saisons auprĂšs de ces arbres me transforment: je suis devenu un habitant de ce dĂ©sert et je commence Ă en connaĂźtre chaque recoin. Les personnes avec qui nous vivions sont elles aussi incroyables, Je vous les dĂ©crirai par le menu, une autre fois, demain matin. Câest un livre en soi. Ă cette Ă©poque de ma vie, je n’avais rien Ă cirer de D.ieu, strictement rien Ă carrer des religions; je ne le cherchais pas encore et nây pensais jamais. En revanche, tous les jours, jâĂ©tais plongĂ© corps et Ăąme dans ces lieux vraiment hors du temps, oĂč la Bible et ses personnages ont vĂ©cu. Les champs oĂč je passe mes journĂ©es avec Igal et les arbres sont tout proche d’une des plus vieilles synagogues du monde, Ă l’Ă©poque elle n’est pas encore complĂštement mise Ă jour par les archĂ©ologues, mais tout autour de nous l’ambiance si paradisiaque est une Ă©vidence que tout Ă commencĂ© dans cette rĂ©gion. J’ai assistĂ© Ă ma premiĂšre messe catholique, que je ne suis pas, ayant Ă©tĂ© baptisĂ© protestant sans non plus avoir jamais mis les pieds au temple Ă l’Ăąge de 35 ans passĂ© et ça me faisait tout drĂŽle d’entendre les curĂ©s parler de ces collines, de ces dĂ©serts, de cette terre sainte, des prophĂštes, des rois et compagnie. Perso, je vivais une histoire d’amour qui dure encore, sans doute celle du cantique des cantiques qui cite ce lieu. J’ai eu longtemps le regret de ne pas ĂȘtre restĂ© vivre la bas, j’y suis retournĂ© mais mon dernier voyage remonte Ă 2001. J’aime ce lieu, ses habitants, ils m’ont sauvĂ© la vie. Mes potes sur place avait bien compris que j’avais eu des problĂšmes sĂ©rieux dans mon enfance sans que j’ai besoin d’ailleurs de leur raconter, ils m’ont appris 10 ans aprĂšs que lorsqu’ils avaient envie de fumer un joint ou d’bouffer un cactus, ils s’arrangeait pour que je ne sois pas mis en prĂ©sence d’une quelconque drogue, sans jamais m’en avoir parlĂ©, c’est un des plus beau geste qui soit. Ils m’ont protĂ©gĂ© de mes dĂ©mons.
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8/ Je nâai pas encore parlĂ© de mon ami Zalman, dâorigine irakienne, de 15 ans mon aĂźnĂ©. AprĂšs le boulot jâallais chez lui, quand je nâĂ©tais pas Ă la montagne, chez lui, mes soirĂ©es, chez lui. Il sâĂ©tait construit avec une vue sur la mer une baraque en bois, Ă la pointe du site, une sorte de ranch improbable sur pilotis, Zalman Land, ses animaux, ses plantes, et surtout ses cactus que le monde entier vient visiter, des oiseaux, les travaux d’hercule Ă la romaine, des rochers hyper lourds Ă dĂ©placer, et le lendemain il changeait dâavis et se remettait Ă construire un truc gigantesque, le gars avait une capacitĂ© de travail de 17 h par jour et je sais quâaujourdâhui encore: il est au boulot. Lorsque je revenais les annĂ©es suivantes en touriste, il me proposait toujours de rester lĂ , me reposer plusieurs mois, de prendre mon temps, de revenir. Il a Ă©tĂ© un grand frĂšre pour moi, un oncle ou un jeune pĂšre. Il ne me ratait pas Ă la moindre connerie, corrigeait ma façon de parler ou de regarder telle ou telle situation. Il parlait peu lâanglais et moi peu lâhĂ©breu mais suffisamment pour me faire comprendre les choses de la vie. Le jour oĂč Tomer est dĂ©cĂ©dĂ©, en mars 1995, jâĂ©tais venu avec un pote dâenfance quelques semaines pour lui faire visiter le bled et nous partions en bus de 8 h vers le SinaĂŻ. Zalman est venu nous chercher en tracteur pour nous dĂ©poser Ă lâarrĂȘt. Il faisait une drĂŽle de tronche, un peu fermĂ©e, jâavais mis cela sur le compte dâune mauvaise nuit, mais en fait il savait dĂ©jĂ que lâaccident avait eu lieu et que si je lâavais su Ă ce moment-lĂ , il nây aurait pas eu de vacances en mer Rouge ni la grimpe prĂ©vue au mont MoĂŻse pour moi et mon ami. Alors il a pris la dĂ©cision de ne rien dire et de nous foutre dans le bus. En revenant une semaine aprĂšs, il y avait juste la photo gĂ©ante de Tomer dans la salle Ă manger commune https://deadsea.run/en/tamar/tomerandgiora/âŠ
Zalman, lâhomme qui sait tout faire et de toutes les situations, est aussi celui qui creusait les trous au cimetiĂšre.
le 7 mars 2026 â je me suis levĂ© tĂŽt, Ă©crire le matin me fait du bien, si je recommence demain matin, autre chose viendra, il serait peut ĂȘtre temps que je mây mette. âŹïž Pomelos et Dattiers, moi Ă 20 sur les photos de droite et 23 ans Ă la caisse 23, sur la photo en bas Ă gauche avec les dattes, câest Tomer.

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8/ Moi, un goy paumĂ©, ils mâont retapĂ© en me partageant leur vies. Tout un tas de choses entraient en moi, en ce lieu puissant, avec amour, confiance, force, courage et une curiositĂ© pĂ©nĂ©trante. Je mây suis nourri par tous les pores de la peau et de mon ĂȘtre: de soleil, de chaleur, de roches, dâeau, de mer, dâarbres, de fruits, de vĂ©gĂ©tation, dâanimaux, dâoiseaux, de montagne. Je grimpe, je travaille, jâapprends, je dĂ©couvre, je marche, je nage, je plonge. Je suis dans un endroit exceptionnel. Je suis jeune, en forme, et mon trop-plein dâĂ©nergie est bienvenu ici. De temps en temps, jâai besoin dâaller travailler dans les palmiers dattiers. On grimpe, on remplace quasiment les abeilles. Les hommes et quelques femmes qui travaillent lĂ sont toutes et tous passionnĂ©s et fusionnent avec ces presque arbres que sont les palmiers. Câest encore plus sportif, Ă©prouvant, prĂ©cis, risquĂ©. Les futures feuilles, les palmes, sont avant tout des Ă©pines dures, chargĂ©es Ă lâextrĂ©mitĂ© dâune substance inflammatoire: quand on se pique avec, la douleur est vive. Nos mains endolories deviennent des pinces, des outils vivants qui conservent des jours durant le contact avec la matiĂšre mĂȘme de lâarbre. LĂ -haut, dans les cimes, de cime en cime, câest un autre monde. Le corps se muscle et reste fin. Les autres, pour qui ce travail est une fusion avec les Ă©lĂ©ments, un besoin, ont tous des personnalitĂ©s fortes et une envie dâimmersion dans une tĂąche peu commune. Il y a Roy, un goy canadien arrivĂ© lĂ en 1967. Parfois Gundi, une goy allemande qui a passĂ© quelques annĂ©es dans les dattes et qui revient de temps Ă autre. Yoda, dâorigine yĂ©mĂ©nite, le boss, lâun des pionniers du kibboutz. Eli R., fondateur des Ă©coles de nature, sauveteur en montagne, Ă©mĂ©rite Ă lâinternational et pour lâarmĂ©e de lâair https://headstart.co.il/project/86793. Alon, un gĂ©ant taiseux, kibboutznik et militaire, sauveteur. Tomer, un jeune, Ă©lite intellectuelle recrutĂ©e tĂŽt par le Mossad, direction le Shin Bet, oĂč il prĂ©tendait humblement ne pas y faire grand-chose lorsquâon le taquinait sur le sujet. Une personne dâune lumiĂšre rare, dâune douceur extraterrestre. Ă lâĂąge de cinq ou six ans, il avait jouĂ© au piano Ă quatre mains avec lâun des plus grands pianistes japonais, devant la nation. Il Ă©tait le meilleur marathonien du pays, jouait du saxo, Ă©tudes de philosophie. Son corps super fin de grimpeur avait des muscles dâune harmonie naturelle que je nâavais jamais vue, ni revue depuis. Il a fait une chute mortelle dâun palmier lors dâun effondrement de terrain. Cinq mille personnes venant de tout le pays se sont rendues Ă ses funĂ©railles. Perdre une personnalitĂ© pareille Ă©tait inconcevable pour IsraĂ«l. Il serait devenu un Gandhi.
De temps Ă autre, il y avait deux frĂšres qui venaient donner un coup de main lorsquâils nâĂ©taient pas en mission, on ne sait oĂč. Les plus costauds du lieu. Eux aussi commandants, mais pour une unitĂ© spĂ©ciale constituĂ©e uniquement dâautres commandants: des hommes multitĂąches, sachant tout faire. Je partais parfois grimper les falaises avec eux. Car lorsque je ne bossais pas dans les champs, jâĂ©tais toujours fourrĂ© Ă la montagne et partais rĂ©guliĂšrement dormir Ă la belle Ă©toile pour des marches de 30 Ă 40 kilomĂštres dans le dĂ©sert, les canyons, les wadis, les riviĂšres sĂšches. Ils avaient dĂ©cidĂ© de jauger mes capacitĂ©s de grimpeur encordĂ© en falaise.
Parfois je partais avec le reste du groupe des sauveteurs chercher un disparu dans le dĂ©sert. JâĂ©tais douĂ© pour marcher dans les endroits escarpĂ©s, Ă flanc du vide, dans ces Ă©boulis de roche. Mais lorsque jâĂ©tais avec ces types, jâĂ©tais Ă©bahi de leur assurance, capable d’aller lĂ oĂč seuls les Ibex (bouquetin) vont. Ce nâest pas rien. Mon premier rappel, 90 mĂštres, je lâavais fait avec un type qui est sauveteur aujourdâhui. Ils rĂ©cupĂ©raient des cordes qui servaient Ă lâorigine pour lâarmĂ©e de lâair: elles servaient Ă tracter des cibles aĂ©riennes dâentraĂźnement, il Ă©tait pilote de jet. Les harnais Ă©taient faits avec des ceintures de sĂ©curitĂ© de voiture.
Autour de mon verger de pomelos, il y avait celui des mangues. Le patron, Ezra, dâorigine irakienne il me semble, Ă©tait toujours en bisbille avec mon patron. CâĂ©tait toujours un plaisir dâaller lui faucher ses fruits prĂ©cieux.
Il parlait plusieurs langues, une dizaine peut-ĂȘtre, et en Ă©tait fier. De temps Ă autre il me recrutait, mais je lui faisais bien sentir que je prĂ©fĂ©rais son frĂšre ennemi: Yigal, dâorigine russe, qui avait vraiment le rĂŽle de pĂšre de substitution avec moi. MĂȘme si nous ne parlions pas la mĂȘme langue, je lui ressemblais physiquement. Il le savait. Et finalement, mĂȘme sans les mots, comme dans lâĂ©change entre un vrai pĂšre et son fils, quelque chose de subtil passait lorsque nous Ă©tions ensemble. Son champ avait la rĂ©putation de briser le dos. Nous dĂ©gustions aussi de ce cĂŽtĂ©-lĂ . Et lorsque cela se voyait chez lâautre, poser simplement une main sur lâĂ©paule, avec pudeur, juste distance et respect, rĂ©parait la fatigue et rĂ©compensait les efforts du jour. Il y a des moments dans les travaux auprĂšs des dattiers oĂč il fallait plus dâintervenants. Nous avions fini dâenlever les Ă©pines, futures feuilles, pour accĂ©der et dĂ©couper lâĂ©corce contenant les fleurs. Nous allions ensuite saupoudrer, fleur par fleur, du pollen pour garantir plus de fruits sur ce qui allait devenir des grappes de plusieurs kilos. La pĂ©riode de fertilisation Ă©tant assez brĂšve, les anciens â ceux qui avaient parfois passĂ© quelques annĂ©es dans les dattes â revenaient avec nous, les rĂ©guliers du moment. Pendant les pĂ©riodes de rĂ©colte, tous les costauds et les costaudes venaient. Notre grand plaisir, nous qui arrivions tĂŽt le matin, Ă©tait la pause petit dĂ©jeuner dans un restaurant pour touristes qui campaient au bord de la mer. Retrouvailles avec les collĂšgues des champs voisins. DerriĂšre nos bleus de travail poussiĂ©reux, short, rangers: des looks impressionnants, bronzĂ©s foncĂ©, tous des personnalitĂ©s fortes. La vie en kibboutz permet de ne plus se prĂ©occuper de lâargent. Pas de loyer. Tout est partagĂ©. Tous ont le temps de sâadonner Ă leur passion: les arts, les sciences, la nature, la famille, les Ă©toiles. Des chercheurs, des trouveurs qui se rĂ©alisent dans ce quâils veulent. Jâai lâimpression quâici vit lâĂ©lite du pays. Et chaque matin, je dĂ©jeune avec elle.
Lorsque je suis arrivĂ©, je vivais avec les autres volontaires: des Ă©trangers, des Ă©tudiants du monde entier qui, aprĂšs un sĂ©jour organisĂ© en amont, venaient faire lâexpĂ©rience kibboutznik puis repartaient au bout de quelques mois. Ils crĂ©aient des liens forts avec les habitants et revenaient parfois dâannĂ©e en annĂ©e. Je suis sur un groupe dâanciens sur Facebook. Oui, cela a transformĂ© nos vies, nous offrant un souvenir incroyable. Un gars dont je nâĂ©tais pourtant pas proche me posait, tous les six mois Ă peu prĂšs, quelques questions sur la maniĂšre dont je voyais ma vie ici. Câest lui qui avait repĂ©rĂ© que jâallais rester, me voyant sans doute passer plus de temps avec les locaux dans mes occupations que dans les fĂȘtes du week-end. Il nous avait proposĂ© de devenir membre temporaire ce que nous avions joyeusement et fiĂšrement acceptĂ©: processus naturel pour devenir membre Ă part entiĂšre, ĂȘtre complĂštement chez soi, vivre ici jusquâĂ la fin des temps. Il aurait fallu que je fasse une tentative avec les religieux de JĂ©rusalem pour devenir juif. MĂȘme si jâĂ©chouais, jâaurais pu rester. Plusieurs des goys citĂ©s plus haut nâont pas rĂ©ussi. Lorsque le rabbin leur demandait: « Vous faites quoi le samedi ? » Le Canadien arrivĂ© en 1967 avait rĂ©pondu: « Je joue au foot et je bois des biĂšres aprĂšs. » Examen ratĂ©. Essaie encore. Le kibboutz nâĂ©tait pas du tout religieux: sur 500 personnes vivant lĂ , le shabbat, seule une douzaine portait la kippa et faisait une priĂšre dans le bureau de direction. Et il aurait fallu aussi que je fasse lâarmĂ©e, pour obtenir la nationalitĂ©. Je suis restĂ© trois ans sans sortir de mon dĂ©sert. Ensuite nous allions voyager dans les pays autour, puis nous revenions. Je suis restĂ© dans la rĂ©gion cinq ans en tout. Ils ne mâont jamais mis de deadline. Si jâai un regret dans la vie, câest de ne pas ĂȘtre restĂ© lĂ -bas. La pĂ©riode oĂč jây vivais Ă©tait propice Ă la possibilitĂ© de la paix: entre 1986 et 1991. En 2001, je suis passĂ© voir de lâautre cĂŽtĂ© pour faire des photographies du conflit, aux barricades, Ă Ramallah. Je me suis fait tirer dessus par mes copains. Il y a des lieux oĂč il y a la paix. Dâautres la guerre. Dieu merci, je nâai pas eu Ă la faire ni Ă prendre parti â ce qui m’est impossible.



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7/ Je rentre avec ma compagne en France, en banlieue, et je ne me vois pas retourner dans l’hĂŽtellerie de luxe en tant que larbin de prestige. Un jour, je vois des types encordĂ©s comme des alpinistes Ă plus de trente mĂštres de hauteur dans des arbres. La semaine suivante, je tombe sur une affiche de la Ville de Paris qui recrute et forme des Ă©lagueurs-bĂ»cherons. Jâenvoie mon CV dâagriculture tropicale et une nouvelle aventure commence. Jây ferai une carriĂšre de 22 ans. Je suis bon en taille et soin des arbres dâornement. On me confie les arbres de lâĂlysĂ©e. Je passe mes journĂ©es perchĂ© avec mes collĂšgues, les Tarzans des villes.
Je dĂ©couvre aussi nos forĂȘts, par lâintĂ©rieur. Une journaliste du JDD sympa fait un joli papier en page de garde sur moi et mon taf: « Lâhomme qui parle aux arbres« (de l’ĂlysĂ©e*). Puis un GĂ©o Hors-SĂ©rie qui publie un dossier de plusieurs pages dans « Arbres et forĂȘts du monde« https://www.amazon.fr/GEO-SERIE-ARBRES-FORETS-MONDE/dp/B008CQEBOK, oĂč je raconte notre mĂ©tier, mes photos et une de P. Chauvel Ă lâappui. Il est vrai que je communique Ă prĂ©sent intimement avec les arbres. Ă plus de trente-cinq mĂštres de hauteur, vous ĂȘtes dĂ©jĂ dans le gaz de lâalpiniste. Chaque geste de coupe, pratiquĂ© sur des tonnes de bois en rĂ©tention, est dĂ©licat, risquĂ©, dangereux. Votre vie est en danger tous les jours. Une erreur et ça explose. On vous retrouvera projetĂ© et dĂ©capitĂ© Ă cent mĂštres de lĂ , giflĂ© par une branche de quinze tonnes, et aucun ingĂ©nieur au monde nâest capable de calculer cela pour vous depuis le sol. Vous y ĂȘtes. Le seul juge, câest vous-mĂȘme: votre expĂ©rience, votre intuition, votre instinct, votre technique. Votre pratique nĂ©cessite une priĂšre avec vos tripes. Tout votre corps, tout votre ĂȘtre Ă©pouse la bĂȘte. Se prĂ©cipiter, câest la mort. Un geste trop lent, câest la mort. La seule personne Ă qui vous devez demander la permission et lâautorisation, câest Ă cet ĂȘtre, cet individu unique qui, lui, ne vous parle quâen vent, en bruit, en odeur. Son Ă©corce est une peau et votre peau en est imprĂ©gnĂ©e dans toute votre chair. Vous sentez son Ă©nergie. Vous ĂȘtes chez lui, en lui. Il est souvent bien plus vieux que vous, parfois de plusieurs siĂšcles. Vous ne pesez pas grand-chose Ă ses yeux. Il en a vu dâautres. Il vous tolĂšre.
Il vous a vu venir en plus, le long de lâascension de son tronc, debout sur nos griffes, avec nos cordes, grimpant comme rampant le long de son fĂ»t droit â ou pas â de parfois plus de vingt mĂštres. Vous avez eu le temps de rĂ©aliser que vous quittiez le plancher des vaches. Seuls vos collĂšgues comprennent ce que vous vivez lĂ . MĂȘme les bĂ»cherons forestiers du fin fond des bois, les pieds dans la terre qui font tomber des arbres centenaires, vous diront que jamais de la vie ils ne feraient ça. Ils sont hallucinĂ©s, impressionnĂ©s de la connerie risquĂ©e que vous ĂȘtes en train de faire, et pensent que vous ĂȘtes fou. Ils vont vous regarder grimper et disparaĂźtre lĂ -haut dans le houppier. La peur indique les risques et les dangers. Le mĂ©tier est justement de trancher au juste moment. Câest le prĂ©sent, vous respirez dedans, dans un face-Ă -face avec lâĂ©ternitĂ©, un peu hors du temps. Tous les paramĂštres sont mesurĂ©s par vos sens. MalgrĂ© votre courage et votre foi, vous pĂ©nĂ©trez tout de mĂȘme au cĆur de lâinconnu. Votre tronçonneuse devient un bistouri gĂ©ant. Les coupes seront dâune prĂ©cision faites en hyper vigilance. Le moindre son des craquements internes vous fera rĂ©duire ou, au contraire, accĂ©lĂ©rer la coupe. Une fois commencĂ©, il nây a point dâĂ©chappatoire possible. Il faut aller au bout de la tĂąche. Se reculer au moment oĂč lâarbre dont vous avez dĂ©cidĂ© lâangle de la chute, comme on peut le faire au sol, nâest pas de mise. Vous ĂȘtes Ă 25 mĂštres de hauteur. Vingt-cinq tonnes de bois au-dessus de vous vont comme sâenvoler devant vous. Les rĂ©partitions de charges sur lesquelles vous agissez sont ressenties par des vibrations profondes, des sons sourds, des bruits plus aigus qui rĂ©sonnent autour et dans ce microcosme quâest lâarbre lui-mĂȘme. Tous ceux qui se sont retrouvĂ©s lĂ -haut ont pensĂ© Ă sauter dans le vide quelques instants pour s’Ă©chapper. Un confrĂšre me disait quâune fois sur dix arbres, câĂ©tait la sensation dâun âcâĂ©tait lui ou moiâ. Je ne suis pas passĂ© loin. LâĂ©houppage forestier est un mĂ©tier rare. Ă mon Ă©poque, seules cinq ou six personnes faisaient ça dans nos majestueuses forĂȘts. Et parfois, pendant des gĂ©nĂ©rations, il nây en avait pas. Les arbres qui nĂ©cessitent ce genre de travaux trĂšs spĂ©ciaux ne se rĂ©coltent que tous les 100 ou 150 ans. Et ce genre dâintervention est parfois nĂ©cessaire sur des arbres encore plus vieux: les sĂ©nescents (en fin de vie). Parents directs de la forĂȘt au-dessous dâeux, on anticipe leur chute alĂ©atoire en maĂźtrisant celle-ci: on enlĂšve, par cette mĂ©thode, leur chapeau, les principales charpentes qui tiennent leur tĂȘte, qui, en tombant, Ă©craserait tous les arbres en dessous â leurs propres enfants. Si nous envoyions lâarbre dâun seul coup depuis son pied, comme le font les bĂ»cherons, ces mĂȘmes charpentes, arrivant au sol, briseraient son fĂ»t â le tronc de lâarbre â rendant en partie inexploitable la bille, dont on tire les grandes longueurs de bois, le fruit principal de la forĂȘt que lâon exploite, Ă cette fin: poutres, longues planches, etc. Ces forĂȘts, les plus remarquables, que lâon exploite depuis des siĂšcles pour construire les bateaux, les cathĂ©drales, les chĂąteaux, les maisons â et autrefois les ponts â ne sont pas dans les coins les plus reculĂ©s du territoire, mais autour des grandes villes. Les fĂ»ts dâantan Ă©taient acheminĂ©s par les fleuves. Câest dans la grande ou moyenne couronne quâon les retrouve. Les historiens ou les architectes vous en parleront mieux que moi.
Câest en forĂȘt de Retz, sur la route de Soissons, que jâai, quelques jours de suite, pĂ©nĂ©trĂ© cet univers de lâĂ©houppage avec un ami qui en vivait. Jâai photographiĂ© son mĂ©tier et jâai moi-mĂȘme envoyĂ© du bois. Je lui avais demandĂ©, pour prĂ©parer mon sac de grimpe:â JâemmĂšne quoi ? â Un pantalon marron, car tu vas te chier dessus. Il me connaissait pourtant comme lâun des meilleurs grimpeurs-Ă©lagueurs de la ville, premier de concours, super pro en taille douce mĂ©thode Anglaise. Il avait raison.
*Bis Repetita – (en cours de correction, Ă fusionner avec le texte en dessous âŁ)
//TEXTE EN COURS DâĂCRITURE NE PAS REPRODUIRE EN LâĂTAT SOYEZ PATIENT VRAC DâIDĂES EN MATURATION//
Ce que cela mâa apportĂ© aujourdâhui de me replonger dans ces souvenirs, en vous racontant cela: que la forĂȘt, en son sein, ne laisse pas entrer qui veut. Quâelle enseigne un savoir et une connaissance sans mots. Quâelle est un organisme vivant, autonome, intelligent, communiquant, un repĂšre dâĂ©nergie. Et que, pour comprendre uniquement sa partie visible, il faut regarder le temps Ă un autre rythme que le nĂŽtre. Pour sa partie invisible, mystique et mythique, il faut goĂ»ter Ă dâautres de ses fruits pour savoir. Les druides enseignaient cela.
Ce que je peux vous dire, câest que le « cerveau » de la forĂȘt, câest un arbre autour duquel tout sâarticule. Et comme jâaime bien chercher, je vais retrouver ce que Goethe dit au sujet de sa feuille; je crois me souvenir que câest elle son Ă©lĂ©ment fondamental. Nous pourrions pourtant dire que ce serait la graine, qui, elle, contient dĂ©jĂ son futur semencier. Lui regarde sa mĂ©tamorphose avec aussi un regard archĂ©typal.
Mais nous nâen avons plus depuis Rome. Et ce ne sont pas les quelques couillons de Bretons qui se la racontent druides et paĂŻens du dimanche, faisant des ablutions en forĂȘt de Paimpol, ou ailleurs, pour touristes sauce new age, qui pourront vous enseigner quoi que ce soit. Les Romains ont pĂ©tĂ© cela. Abattu les arbres qui seraient millĂ©naires aujourdâhui. LâĂglise en a remis une couche. Les scientistes ont fini la tĂąche en Ă©teignant les lumiĂšres. Il faudrait des siĂšcles et des siĂšcles pour les rallumer. Et plus on va vite dans nos sociĂ©tĂ©s matĂ©rialistes et consumĂ©ristes, plus on sâen Ă©loigne. Les chamans importĂ©s, ou ceux Ă la petite semaine, câest forcĂ©ment de lâarnaque. Je suis moqueur: il y a parfois du bon Ă prendre. Mais vous ne les reconnaĂźtrez pas. Ou du moins vous serez dans lâillusion. Pour ĂȘtre enseignĂ©, il faut vivre dedans. Avez-vous le temps ? Une vingtaine dâannĂ©es pour commencer ? Ou est-ce juste un sĂ©minaire en pĂ©riode estivale, une retraite Ă thĂšme ? Quâen pense votre ami de lâintelligence artificielle, dâailleurs ? Je recommande la lecture de « Mythologie des arbres » Jacques Brosse, c’est long mais la prĂ©face et la conclusion devrait suffire, et « La PensĂ©e sauvage » de Claude LĂ©vi-Strauss. Ensuite vous lirez Goethe puis ce que les anthroposophes en disent et lĂ : c’est l’Ă©clate totale.


(Le p’tit texte de dessous me semble un peu mieux que celui du dessus)
https://sylvainleser.fr/2024/02/13/domaine-des-d-ieux/
7/ Donc ce matin-lĂ , vers 5 h 30, les bĂ»cherons de la parcelle nous attendaient autour dâun feu. Il y avait ce grand type de deux mĂštres, large dâĂ©paules, barbu depuis lurette et sans dents, une bande dessinĂ©e Ă lui tout seul. Et en face, les frĂšres Tonneaux, pas trĂšs grands, ressemblant Ă des Humpty Dumpty, des jumeaux, et ils riaient en se moquant du grand qui ne rĂ©pondait pas: « Il vit avec un sanglier, il vit avec un sanglier. »
En effet, le grand vivait avec un sanglier dans sa cabane: une adoption. Alors je demandais aux deux frangins: ils ont quel Ăąge, les arbres ici ? En chĆur, une rĂ©ponse Ă©clair: « 100 ans. » Tous les arbres ont 100 ans. Comme si câĂ©tait officiel, une raison dâĂȘtre, validant la raison mĂȘme de leur existence et de leur prĂ©sence en ce lieu devenant de plus en plus Ă©trange, voire fĂ©erique. Les brumes dans les hĂȘtraies profondes Ă la fin de lâautomne, la saison hivernale, câest quelque chose. La brame dâun cerf, les troncs argentĂ©s de ces cathĂ©drales gĂ©antes. Merveilleux. Les types Ă©taient ravis de nous voir dĂ©barquer, curieux, car ils me lâont dit: jamais, au grand jamais, ils ne grimpaient lĂ -haut. Lorsquâon abat un arbre, un grand arbre, il y a plein de dangers, et si vous les regardez faire, vous verrez que les bĂ»cherons ont toujours une voie et un positionnement un peu en diagonale pour se replier au moment oĂč la coupe est finie et que lâarbre va chuter. Ce chemin de repli est savamment calculĂ©, comme si tous les paramĂštres de chute ou dâexplosion laissaient cette possibilitĂ© de fuite. Je parle dâexplosion car, en effet, lorsque des dizaines de tonnes en compression se retrouvent bricolĂ©es, lâeffet « pomme de Newton + compression » est bien prĂ©sent. Gare au bricolage: regardez donc sur YouTube ceux qui ont voulu faire des Ă©conomies en se la racontant: « Je vais le faire moi-mĂȘme. » On ne sâimprovise pas bĂ»cheron.
*Bis Repetita – (en cours de correction, Ă fusionner avec le texte au dessusâĄ) //TEXTE EN COURS DâĂCRITURE NE PAS REPRODUIRE EN LâĂTAT SOYEZ PATIENT VRAC DâIDĂES EN MATURATION//.
En haut, Ă plus de 25 mĂštres du plancher des ronces, il nây a pas dâĂ©chappatoire. Câest le mĂȘme boulot quâen bas, au niveau des coupes et des entailles directionnelles, mais vous allez devoir rester lĂ , collĂ© et soudĂ© amoureusement Ă votre Ćuvre. Votre tronçonneuse est un bistouri gĂ©ant. Lâerreur, malgrĂ© toute votre expĂ©rience et 99,99 % de calculs empiriques: une petite branche de la taille dâun crayon Ă papier dans un des arbres voisins, et le bouquet de plusieurs tonnes vrillera et vous retombera dessus. Un arbre sur dix, et vous ferez lâexpĂ©rience de: « Câest lui ou moi. » Je ne suis pas passĂ© loin. Lâaccident est mortel quoi quâil arrive. Vingt minutes inconscient dans un harnais et la moelle Ă©piniĂšre ne rĂ©pond plus. Mais en gĂ©nĂ©ral, si un truc se passe, câest la bille qui se pĂšte: le truc explose et vous allez exploser avec, vous faites pas le poids, ou ĂȘtre projetĂ© comme un pantin Ă cent mĂštres de lĂ . Sauter en cas de problĂšme ? Bah, je dois vous lâavouer, on y a tous pensĂ©. Alors il sâagit dâune priĂšre tripale et sauce paĂŻenne, non religieuse, qui nous unit Ă lâarbre dĂšs les premiers mĂštres dâascension. Qui a dĂ©jĂ essayĂ© les griffes de grimpeur dans lâassistance et au sein de mon club de lecteurs ? âŠ
Câest bien ce que je pensais. https://www.youtube.com/watch?v=H8ILqgJBcrQ&t=235s

https://sylvainleser.fr/2024/02/13/meprise-science-et-raison/
Nous Ă©tions Ă Cassis dans le sud, avec une Ă©quipe espagnole elle aussi en formation chez le roi de la grimpe et du matos de pointe pour un stage de formation d’abattage d’arbres par dĂ©montage sous forte contrainte. le type s’appelle Stephen King.

https://sylvainleser.fr/2024/02/13/farouche-forash/
âMĂȘme quand la blessure guĂ©rit, la cicatrice demeure.â

7/ PrĂ©ambule â Je ne vais pas ici uniquement faire le procĂšs idiot, conspi-complotiste, de la mĂ©decine allopathique qui nous concerne tous et qui sauve tant de vies, celle Ă qui je dois la mienne. Alors certes, elle fait des erreurs; soigner est un art. LâhĂŽpital et son hospitalitĂ© rĂ©publicaine, dans un monde idĂ©al, sont sans doute lâune de nos plus belles valeurs. Ils mâont parfois ratĂ©, mais leur pourcentage de rĂ©ussite sur moi est Ă©norme. La bouteille pleine ou la bouteille vide. Avec mon virus VHC Ă forte charge virale, jâai dĂ©gustĂ©. Certains lâont pĂ©cho, ont guĂ©ri spontanĂ©ment; dâautres ont vĂ©cu avec sans autre effet que de sâen savoir porteurs, d’autres en sont morts. Me concernant, ce ne fut pas qu’un mal pour un bien comme expĂ©rience, mais aussi la porte dâentrĂ©e vers dâautres façons de se prendre en charge soi-mĂȘme: chercher, tĂątonner, vĂ©rifier, trouver, apprendre, garder raison, grandir et faire des choix. Eux, parfois, durant cette pĂ©riode ont pratiquĂ© sur nous de la science pure, oubliant la mĂ©decine mĂȘme, la mixant, pour le bien de tous. Ils ont pataugĂ© pendant 25 ans. Je me suis vu proposer des protocoles Ă lâAP-HP oĂč ils voulaient me rĂ©munĂ©rer pour ma prise de risques. Finalement, ils nous ont sauvĂ© la vie. Je me souviens, au pavillon Ămile-Sergent, de rencontrer un des toubibs qui organisait une Ă©tude. Le bureau quâil utilisait pour cela semblait dĂ©saffectĂ©, rempli de cartons de bouteilles de champagne, des cadeaux des labos. Ces mĂ©decins sĂ©rieux nâen avaient pas ouvert une seule: juste des cartons en plus. Le couloir de ce service, qui menait Ă cette aile, Ă©tait une sorte de tunnel de cartons remplis dâĂ©tudes â faites, en cours, aux archives, aux encombrants â que des Ă©tudiants, peut-ĂȘtre, un jour, ouvriraient pour faire une thĂšse⊠ou pas, la science avance. Lâimage de ces bouteilles, cadeau empoisonnĂ©, lĂ oĂč lâon meurt de cirrhose â mĂȘme si elle est non alcoolique â mâavait choquĂ©. Certes, cela ne respirait pas non plus l’ambiance des marquis de salon des reprĂ©sentants des gros-pharmas, mais les recoins poussiĂ©reux des vieux hĂŽpitaux Ă la peinture dĂ©labrĂ©e. En fait, ce qui mâavait interpelĂ©, câest que ce toubib, affairĂ© Ă chercher des patients avec des critĂšres bien prĂ©cis, lorsque je lui demandais: « Mais dâoĂč vient cette molĂ©cule que vous voulez me refiler (pour 5 000 la semaine) ? », nâavait pas su me rĂ©pondre. Juste surpris de la question, du contexte; nous Ă©tions lĂ tous deux, mais en dĂ©calage. Ă cette pĂ©riode, jâavais dĂ©jĂ vĂ©cu un protocole lourd de recherche qui fut un Ă©chec; il Ă©tait donc naturel que je pige ce par quoi jâallais passer. La mĂ©decine est lĂ pour soigner, pas pour vous faire prendre un risque non Ă©clairĂ©.
//TEXTE EN COURS DâĂCRITURE NE PAS REPRODUIRE EN LâĂTAT SOYEZ PATIENT VRAC DâIDĂES EN MATURATION//
7/ Ă suivre, une douzaine dâannĂ©es sous Viscum Quercus Album
Ă haute dose mâont permis dâattendre le traitement miracle de la mĂ©decine dite allopathique.
đ https://www.mistletoe-therapy.org/ đ https://www.ivaa.info/key-issues/oncology/ đ https://www.damid.de/verstehen/forschung/onkologie.html đ https://iris.who.int/server/api/core/bitstreams/de936ddd-84d9-4d24-9c96-379d8ada3551/content
La haine virtuelle en ligne existe, je l’ai vĂ©rifiĂ©, je vais me lĂącher, ça dĂ©foule âŁ
Histoire de vous dire que ce ne sont pas des charlatans, que les sciences avancent, et que tout ce que vous allez entendre Ă leur sujet en France relĂšve dâun enculage avĂ©rĂ© de la part de la gros-pharma, qui sâest en plus acoquinĂ©e avec la police de la pensĂ©e du pseudo-anti-sectarisme Ă la française: lâignoble Miviludes (qui perd actuellement tous ses procĂšs, sur la forme et sur le fond). Les procĂšs douteux, organisĂ©s en loucedĂ© par lâOrdre des mĂ©decins et celui des pharmaciens, qui dâailleurs prennent leurs racines sous le gouvernement de Vichy, et qui ont de surcroĂźt lancĂ© les monstres influenceurs des courants nĂ©o-zĂ©tĂ©tiques, pseudo-rationalistes, pseudo-sceptiques, Ă son encontre, dans une immonde chasse aux sorciĂšres. La mĂ©decine anthroposophique est aujourdâhui reconnue par lâOMS, et il y a quinze mĂ©ta-analyses qui prouvent les bienfaits de ces traitements au gui en oncologie. Deux hĂŽpitaux communautaires en Allemagne la pratiquent et sont chaque annĂ©e les mieux classĂ©s du pays, etc. Les ordures qui tapinent pour les lobbies vont vous raconter, en mentant â et ils le savent â que ce serait faux, en vous sortant une Ă©tude dĂ©passĂ©e, 100 % bidouillĂ©e, toujours la mĂȘme. Jâai lâair fĂąchĂ©, mais je ne le suis pas. Jâai juste passĂ© cinq ans Ă observer et Ă confronter leurs minables manĂšges sur la toile. Ils sont mauvais, malsains, menaçants, dangereux, orduriers, et tellement en tort et en faillite que, vu de leur fenĂȘtre, tous les coups sont permis. La honte, la vraie. Dans un monde de justice, ces connards seraient au trou. Câest le pot de terre contre celui de fer.
Sachez aussi que ceux qui tiennent les rĂȘnes et envoient leurs larbins vous dĂ©foncer dans ce genre de guerre idĂ©ologique, politique, mĂ©diatique et financiĂšre, au moindre pet foireux, vont se faire soigner en Suisse, dans des cliniques anthroposophiques.
(Je nâavais pas prĂ©vu dâĂ©crire lĂ -dessus aujourdâhui, mais bon, prenons ce qui vientâŠ) âŁ
Je lâai constatĂ©, je les ai vus Ă lâĆuvre. On les surnomme âles gardiens de la raisonâ. Câest une grosse affaire, opaque. Ils sont dĂ©noncĂ©s ici: https://www.editionsladecouverte.fr/les_gardiens_de_la_raison-9782348046155 & https://basta.media/Convention-citoyenne-pour-le-climat-Reseaux-sociaux-manipulations-astroturfing-comment-les-lobbys-industriels-avancent-masques-Livre-Les-gardiens-de-la-raison Ils se revendiquent comme des garants de lâesprit critique; ce sont des cyniques abrutis et, dans le fond, câest un esprit sinistrĂ© qui apparaĂźt.
Ils vont vous conter des fables, massivement appuyĂ©es par toute lâingĂ©nierie sociale harcelante quâest lâinfĂąme zĂ©tĂ©tique: une vĂ©ritable saloperie haineuse, une meute sur les rĂ©seaux sociaux, qui vous agresse directement â communication impossible.
Ils vous tombent dessus Ă bras raccourcis et font tout pour vous salir, vous dĂ©truire en ligne, pour commencer et plus si vous rĂ©sistez. Il nây en a pas un dâhonnĂȘte, pas un. Que ces traitements seraient dangereux. Brandissant des fausses preuves, fallacieuses et rĂ©futables, et alertant sur une soi-disant dangerositĂ©, comme quoi cela aurait tuĂ©, et que deux mĂ©decins auraient Ă©tĂ© interdits de pratiquer Ă la suite de procĂšs injustes et tronquĂ©s. Transformant les verdicts et vous noyant sous de fausses affirmations: cette mĂ©decine tue. Jâai appris plein de choses sur ces organisations de geeks, grouillots de la Pravda. Alors oui, je ne mĂąche pas mes mots, mais tous ceux qui en ont Ă©tĂ© victimes et en ont fait les frais, simplement pour dĂ©fendre une quelconque idĂ©ologie, tombent dâaccord sur le fait que ce sont les pires des pires. On dirait quâils sont recrutĂ©s pour haĂŻr et âbuterâ lâautre sur le web, comme dans les jeux vidĂ©o violents dont ils sont issus. Ils se la racontent, genre centre gauche bien-pensante, voulant dĂ©noncer le racisme et tout ce qui serait sale chez lâautre, alors que câest dâeux quâil sâagit avant tout, prĂŽnant une grande ouverture, mais se conduisent tous comme des fachos puants, des dĂ©lateurs, des corbeaux des rĂ©gimes totalitaires, des porcs qui sâignorent. Autant le dire: je nâai jamais vu pire scĂ©lĂ©rats vicelards et y a des personnes qui s’en servent, valent-elles mieux qu’eux? Incroyable ce qui peut se rĂ©vĂ©ler comme bassesses derriĂšre un Ă©cran. Dans les faits, ce quâon a reprochĂ© Ă ces deux mĂ©decins â qui ont dâailleurs repris leurs activitĂ©s aprĂšs quelques annĂ©es dâinterdiction dâexercer â, câest de ne pas avoir su persuader leurs patients, dĂ©jĂ mĂ©tastasĂ©s et Ă©puisĂ©s par les traitements conventionnels, de reprendre une chimiothĂ©rapie lambda, alors quâils cherchaient un soulagement alternatif Ă ce qui leur Ă©tait proposĂ© et qui ne fonctionnait pas.
Factuellement, et mĂȘme en allant dans leur sens, si cette mĂ©decine avait tuĂ© deux patients â ce qui, dâailleurs, nâa pas eu lieu â, il sâagirait de deux personnes mortes dâun cancer qui nâauraient pas obtenu de traitement adĂ©quat, dont elles ne voulaient plus. Deux personnes en cinquante ans de mĂ©decine anthroposophique en France. OK, câest terrible; condolĂ©ances aux familles⊠Combien de personnes sont mortes Ă la suite de traitements chimiothĂ©rapeutiques mal faits, mal conduits, mal adaptĂ©s, inadĂ©quats, en France ces cinquante derniĂšres annĂ©es ? Combien de scandales ont eu lieu en raison dâerreurs avĂ©rĂ©es des Big Pharma ? Allez voir sur Google et tapez dans la barre de recherche: âscandales liĂ©s Ă des chimios foireusesâ. Des dizaines de milliers de victimes⊠Certes, d’autres ont eu la vie sauve.
Ma colĂšre Ă©tant dĂ©posĂ©e, je vais Ă prĂ©sent vous raconter ma rencontre avec ce personnageâŠ
Je connaissais lâun de ces mĂ©decins et, justement, je le voyais Ă titre amical durant son interdiction passagĂšre de pratiquer. Câest la famille de la patiente qui avait portĂ© plainte, famille sortie dont ne sait oĂč et aprĂšs coup, jâimagine. Ătait-elle lĂ durant sa maladie Elle lui avait signĂ© une lettre pour ĂȘtre accompagnĂ©e, Ă titre compassionnel, par cette thĂ©rapie moins agressive, en connaissance de cause. Elle se savait condamnĂ©e, en avait assez de lâabsence de rĂ©ponse Ă sa souffrance, avait dĂ©jĂ tout essayĂ©. Donc, en gros, on aurait dĂ» filer une mĂ©daille Ă ce type sâil avait Ă©tĂ© jugĂ© honnĂȘtement, ce qui ne fut pas le cas.
Il a continuĂ© de voir ses patients en tant que naturopathe; il ne leur a rien prescrit durant cette pĂ©riode. Il ne lâa pas ramenĂ© et a fait le dos rond, ne se dĂ©fendant pas publiquement, sachant que face Ă ces forces obscurantistes ayant une capacitĂ© de nuire sans limite, petit mĂ©decin de famille ou de campagne, il ne ferait pas le poids. Je nâai plus jamais trouvĂ© une photo de lui sur le web; il sâest effacĂ© discrĂštement, mais a continuĂ© dâenseigner, de faire des confĂ©rences en France et Ă lâĂ©tranger, dâĂ©crire des ouvrages de mĂ©decine.
Il Ă©tait professeur de mĂ©decine anthroposophique, un grand homme, un vĂ©ritable sage que des personnes venaient consulter de toute lâEurope et qui nâaurait jamais tolĂ©rĂ© faire prendre le moindre risque Ă ses patients.
Jâai lu presque tous ses livres. Vous devriezâŠ
đ https://data.bnf.fr/fr/see_all_activities/12505350/page1 âŁ

Au dĂ©but des annĂ©es 2000, je prends rendez-vous avec Dubreuil, câest Ă plus de 100 bornes. Son cabinet de mĂ©decine gĂ©nĂ©raliste est rural; il y a deux mĂ©decins. Dans la salle dâattente, ce sont des gens simples, loin de la grande ville: enfants, vieux, paysans, des locaux. Me voici assis sur une chaise en face de lui. Il mâausculte sĂ©rieusement; cela fait des annĂ©es quâaucun toubib nâavait pris presque 1 h pour faire un point profond sur lâensemble: quelques palpations, quelques mouvements, quelques mesures. Puis il me pose plein de questions. Assis Ă prĂ©sent en face de lui, Ă 2 ou 3 mĂštres, on se regarde fixement; une sorte de fond dâĆil mutuel sâĂ©tablit. Jâai la ferme impression, lors de ce long Ă©change intense de plus de cinq minutes, que la lumiĂšre mĂȘme a changĂ©, que beaucoup de choses viennent de se passer. Il mâexplique avec simplicitĂ© quâil y a un mĂ©dicament pour mâaider Ă guĂ©rir, Ă lutter contre; que cela nâagit pas du tout sur le virus, mais sur lâĂ©tat gĂ©nĂ©ral et, plus prĂ©cisĂ©ment, bla bla bla⊠et dont lâadministration en injectable est trĂšs prĂ©cise, avec des sĂ©ries de sept, un jour sur deux: 0,1, pause ; 0,1, pause ; 10,0, pause ; 10,0, pause ; 20, pause ; 20, pause ; 20, pause. Et on recommence la sĂ©rie de la mĂȘme maniĂšre, et on se revoit dans trois mois. Il me fait toutes les mises en garde possibles: lâeffet recherchĂ©, attendu, les rĂ©actions. Ă 20 mg, juste aprĂšs lâinjection dans la rĂ©gion du foie, une boule dure de chaleur se forme et se dilue peu Ă peu dans tout le corps; la langue picote, la racine des cheveux picote; toute la peau est pĂ©nĂ©trĂ©e par une Ă©paisseur qui se diffuse avec chaleur; le poison est goĂ»teux et il agit. Ce nâest pas rien, surtout la ou les premiĂšres fois. Et câest le moment oĂč vous vous posez la question de comment vous allez faire pour expliquer ça au mĂ©decin des urgences si vous paniquez: â Bonjour, je viens de mâinjecter du gui et jâai un coup de flippe ? Jâai une autre prĂ©paration Ă mâinjecter, Ă base de feuille de tomate, quelques triturations et de lâhomĂ©opathie⊠Je serai trĂšs observant avec le gui, le Viscum quercus album, et moins avec les autres. Je le revois, et il est content car, en vrai, je ressens un peu plus de force les mois suivants, surtout lorsque je grimpe dans les arbres les jours oĂč je suis Ă haute dose. Ătrangement sâinstalle comme un besoin tĂ©nu de cette dose forte, naturelle, Ă©picĂ©e, et de la force gĂ©nĂ©rale que je reprends ces jours-lĂ . Ăa joue sur mon moral. Je lui en parle; il me rĂ©pond quâen effet câest devenu mon mĂ©dicament: tout mon corps a pigĂ© que câĂ©tait bon pour lui. Lâambiance, la confiance, mon implication ne sont plus du tout les mĂȘmes que celles que jâavais avec mes mĂ©decins de lâhosto qui, avec ma maladie et nâayant pas grand-chose Ă me proposer â aux vues de cette pathologie Ă lâĂ©poque incurable â que la possibilitĂ© de me proposer de la chimie lourde et toxique, dĂ©pression garantie, avec un nouveau protocole qui rend tout gris, une nouvelle combinaison avec ou sans perte de cheveux, en double aveugle comme ça personne ne sait, personne ne dit et on se renvoie des grimaces devant la dĂ©gradation gĂ©nĂ©rale: peut mieux faire. Les mĂ©decins ne vont pas vous laisser sans rĂ©ponse; ils veulent vraiment vous soigner. Et forcĂ©ment, sans mĂ©dicament il va bien falloir en inventer de nouveaux et les essayer sur vous, si vous ĂȘtes partant, au nom de la science, un grand pas pour lâhumanitĂ©, etc. Heureusement ma toubib de lâhosto a de lâhumour.
Une fois, sur un protocole quâon me propose, elle me sort que rien que pour le fric, lâinnocuitĂ© de la molĂ©cule et les quinze jours de lâessai â hospitalisĂ© sans quitter le lit, avec une prise de sang par jour et un « bonbon musclĂ© » le matinâ qu’elle ne serait pas contre ce genre de vacances, le faire sur elle-mĂȘme aux frais de la princesse mais que faute dâĂȘtre une infectĂ©e, etc.
Je mâĂ©tais fait accompagner par un ami qui a le mĂȘme genre de pathologie que moi. Dans la voiture au retour, il me demande: â Et alors ? Je lui rĂ©ponds que je viens de rencontrer la personne qui a sans aucun doute le plus de savoir et de connaissance au monde; surtout quâil a fait au moins cinquante mille ans dâĂ©tudes et de pratique, de sagesse et de respect de lâautre; quâil accueille lâhumain en face de lui avec une bontĂ© telle que je croyais ne jamais un jour rencontrer. On se marre, et dorĂ©navant nous lâappellerons ensemble le Druide. đ https://data.bnf.fr/fr/see_all_activities/12505350/page1
Les annĂ©es passent. Je suis Ă nouveau un arbre â pardon, je suis Ă nouveau huit heures par jour un arbre â non ; je regrimpe fusionner tous les jours avec les arbres. Et je passe Ă des sĂ©ries de gui plus fortes: 10, 10 ; 20, 20 ; 40, 40, 40. La premiĂšre Ă 40 mg: je faisais une sieste aprĂšs avoir passĂ© la matinĂ©e dans un chĂȘne et, dans un demi-sommeil, jâai la visite vĂ©cue comme trĂšs rĂ©elle, dans ce songe, dâun Ă©norme oiseau de la taille dâun aigle qui rentre dans la piĂšce et se pose sur moi en repliant ses ailes gĂ©antes, et qui me regarde avec le mĂȘme type de lumiĂšre qui se contracte, changeant les couleurs, comme lorsquâon fixe un point Ă lâhorizon â que jâavais ressenti lors de ma premiĂšre rencontre avec⊠le druideâŠ
Ces derniĂšres annĂ©es, jâai passĂ© Ă©normĂ©ment de temps Ă relire Jung et les archĂ©types. Je suis en psychothĂ©rapie analytique avec un Grec, psychiatre et addictologue de renom; lui aussi aura fait office de bon pĂšre pour moi.
Comme dirait Nietzsche: « Si lâon nâa pas un bon pĂšre, on doit sâen donner un. »
Lui, je le vois depuis fin 95. Je lâai rencontrĂ© Ă lâhosto car, en revenant dâIsraĂ«l et du Proche-Orient â oĂč je nâavais consommĂ© quâun seul joint avec des BĂ©douins en cinq ans â jâai rechutĂ© Ă la poudre en revoyant mes amis dâenfance. Puis ma compagne, mâayant fait une guerre totale Ă la drogue, a laissĂ© lâalcool sâimmiscer discrĂštement dans ma vie, avec un dĂ©clenchement dâalcoolisme massif et bref: la pĂ©riode oĂč lâon a dĂ©couvert mon hĂ©patite⊠Aussi, jâai vraiment besoin de comprendre ce mĂ©dicament qui me va bien et qui mâa relevĂ© de lâĂ©tat dĂ©pressif dans lequel je suis sorti aprĂšs une annĂ©e sous Rebif. Alors je lis presque tous les bouquins de mĂ©decine du Druide et plonge Ă prĂ©sent dans lâanthroposophie de Rudolf Steiner, avec ses livres majeurs: La Philosophie de la libertĂ©, La Science de lâocculte, LâInitiation, La ThĂ©osophie. Le seul que je ne lis pas Ă©tant Le Christianisme comme fait mystique. Mais je mâen coltine plein dâautres durant une douzaine dâannĂ©es: sur la psychologie, Ă©crits par des psychiatres ou des mĂ©decins anthroposophes, et beaucoup dâautres concernant la nature, les ĂȘtres Ă©lĂ©mentaires, avec du Goethe et ses descendants idĂ©ologiques. Il y a une librairie Ă Paris sur ce sujet, une bibliothĂšque bien fournie. Dans La Science de lâocculte, jâai lâimpression dâune description et de voyages sympatoches dâun type qui a dĂ©collĂ© bien haut dans des rĂ©gions qui font Ă©cho aux grands voyages sous LSD de ma jeunesse curieuse. Jâapprendrai plus tard quâEinstein avait dit de lui Ă un ami sortant dâune de ses confĂ©rences: « Dites-moi, quel genre de chou cet homme a-t-il fumĂ© lâautre jour ? » En gros, on peut dĂ©coller bien haut, mĂȘme sans champignon. Et câest ce Ă quoi je mâattelle: avec un peu de yoga de ci de lĂ , de lâacupuncture, de la mĂ©ditation, de la priĂšre surtout, des exercices â les fameux six exercices complĂ©mentaires dâAthys Floride â et hop, je continue la pratique de LâInitiation, tous les jours Ă mon rythme⊠Je nâai jamais frĂ©quentĂ© âdâanthroposophesâ. Le seul que je vois, trois fois par an, est ce mĂ©decin de famille Ă la campagne qui adapte mon traitement. Comme je le dis plus haut, je nâai jamais rencontrĂ© une personne aussi sage, prĂ©venante, intelligente, qui ne fait que me transmettre de la simplicitĂ© et du bon sens paysan de haut vol. Jâai enfin rencontrĂ© mon Hubert Reeves Ă moa, dont je rĂȘvais: une personne capable de faire mouche dans ses explications avec nâimporte quel type dâauditoire â que ce soit auprĂšs dâun scientifique aguerri ou dâun enfant de cinq ans â et lui apprendre, afin quâil puisse comprendre par lui-mĂȘme quelque chose dâimportant sur lui-mĂȘme ou le monde, avec des mots simples et sensĂ©s, qui tiennent sous la semelle et qui aĂšrent le chou.
La terre et les Ă©toiles. Je suis un citadin de banlieue qui a aussi une vie avec un contact intime et privilĂ©giĂ© auprĂšs des arbres. Je nây connais pas grand-chose dans la vie des champs ni des fleurs; en revanche, dĂšs quâon cause des bois, ça me parle. Et nos Ă©changes seront empreints presque toujours dâimages et du langage concernant la nature et la forĂȘt. En vrai, cet homme est encore plus captivant que Hubert â que je nâai dâailleurs pas lu; câest juste une image⊠Je ne fais que donner une idĂ©e, trĂšs simplifiĂ©e, de la dimension sans limite du personnage. Et puis, ces deux-lĂ Ă©tant dĂ©sormais tous les deux dans les Ă©toiles, ils ont forcĂ©ment fini par se rencontrer. Les grands esprits se rencontrent, dit-on. Si vous voulez les consulter, allez donc faire un tour dans lâAkashaâŠ
Un jour il m’avait citĂ© cette pensĂ©e, de l’Ă©crire pendant qu’il me me la rĂ©pĂ©tait, que c’Ă©tait pour moi:
« Ma vie est lĂ , entre mes mains.
Quâen ferais-je ?
Je ne regarde pas le passé ; il est passé,
il est ce quâil est.
Mais me voici maintenant.
Je veux prendre ma vie en main,
cesser dâĂȘtre ballottĂ© sans savoir,
sans pouvoir, sans tenir tĂȘte,
sans diriger, sans tenir la barre.
Je regarde mon étoile au ciel
et je veux la suivre.
Et cette fois, câest moi qui dirige.
Jâai confiance. »
//TEXTE EN COURS DâĂCRITURE NE PAS REPRODUIRE EN LâĂTAT SOYEZ PATIENT VRAC DâIDĂES EN MATURATION//
« Il tâincombe de surmonter ta culpabilitĂ© en te dĂ©passant, en te transformant pour le mieux. »
https://takiwasi.com/fr/tabaqueros-ceremonie-tabac.php đ Lui, il guĂ©rit les toxicomanes au PĂ©rou. Je ne lâai pas rencontrĂ© dans ce cadre prĂ©cis: cela faisait dĂ©jĂ des annĂ©es que jâĂ©tais en rĂ©tablissement. Je suis allĂ© le voir pour faire un sĂ©minaire, une diĂšte. Il mâa toutefois demandĂ© de lui raconter ma vie et, aprĂšs un bref sĂ©jour dâun mois, mâa proposĂ© de venir passer quelques annĂ©es chez eux.
Je regrette de ne pas avoir acceptĂ©. Ma situation de cardiaque, Ă prĂ©sent, ne me permet plus ce genre dâexpĂ©rience dans les autres mondes avec les plantes. Ces substances â et câest vraiment tant mieux â sont interdites dans la plupart des pays occidentaux. Je crois mĂȘme que le tourisme psychĂ©dĂ©lique au PĂ©rou ou ailleurs est une funeste connerie, trĂšs dangereuse. Lui le pense aussi:
https://takiwasi.com/docs/arti_fra/chamanisme_et_monde_occidental_encouragement_mise_en_garde.pdf.
Je ne le recommande donc jamais à personne, ni par sujétion ni par suggestion.
Trouve en toi l’endroit oĂč est la joie. Et la joie vaincra la douleur.
1) Je passe au moins une heure et demie dans son bureau. Il me demande de lui raconter plus en dĂ©tail ce par quoi je suis passĂ© avec les psychĂ©dĂ©liques, sans les psychĂ©dĂ©liques, quelles sont mes expĂ©riences avec le monde spirituel, mon parcours de soins â la totale. Jâavais dĂ©jĂ bien chargĂ© ma lettre de motivation, mais Ă prĂ©sent on y est. Il mâexplique quâon va continuer de faire un break avec mon traitement bio, mĂȘme au retour Ă la maison, durant quelque temps, car ils doivent maĂźtriser tout ce qui va ĂȘtre ingĂ©rĂ©, etc. Il me prĂ©vient, lors de cet entretien intense, que je vais sans doute revivre mes pires bad trips, mais que cette fois-ci je ne serai pas tout seul: ils seront lĂ .
Hier soir, ça a Ă©tĂ© la purge, la grosse purge, celle Ă laquelle personne ne rĂ©siste: https://takiwasi.com/fr/yawar-panga.php. Je lâai vĂ©cue comme un exorcisme. Câen est un.
Jâai morflĂ© comme jamais. Je pense que cette purge nâest simple pour personne, mais pour les cas lourds, des personnes qui, comme moi, ont pris leur corps pour une poubelle, le nettoyage est une sacrĂ©e douleur. Le terme karcher serait inappropriĂ©. Jâavais juste lâimpression que cela mâarrachait les organes ou les dents Ă la tenaille, sans aucune anesthĂ©sie. Cela dure plusieurs heures. Jâai les mains par terre et mes jambes se lĂšvent par derriĂšre comme celles dâun cabri fou. Je fais des jets de gerbe exactement comme dans le film LâExorciste. Je vois mĂȘme des images: une sorte de compas gĂ©ant coincĂ© Ă la racine de mes vertĂšbres sort de moi le long de lâĆsophage. Je me demandais si ce nâĂ©tait pas un chakra, vu la forme, puis jâai pigĂ©. La douleur est si intense que jâai lâimpression que ma moelle Ă©piniĂšre va ĂȘtre sectionnĂ©e. Je me demande comment le corps arrive Ă rĂ©sister Ă une telle souffrance sans en mourir. Nous avions commencĂ© le rituel en fin dâaprĂšs-midi. Ă 1 h du matin, nous sommes tous allongĂ©s sur le flanc. Un vomi continu sort de ma bouche, une sorte de milk-shake mousseux. Ce nâest pas du tout une drogue rĂ©crĂ©ative, mais la puissance tonitruante de cette session de nettoyage obligatoire avant la suite du programme mâannonce clairement que ce rendez-vous avec moi-mĂȘme, avec la nature et toutes ses forces â la vraie â va ĂȘtre la chose la plus forte et impressionnante de ma vie. Comme si, avant ça, je nâavais rien vĂ©cu dâaussi important. Non, ce nâest pas ici un sĂ©minaire de dĂ©veloppement personnel normal, lambda. Ce nâest pas une farce. Personne nâest rĂ©ellement prĂȘt Ă affronter cela. Nây allez surtout pas si vous ne voulez pas ĂȘtre dĂ©coupĂ© en deux, puis hachĂ© menu. Ăa ne plaisante pas du tout. C’est tellement puissant, qu’humainement parlant, vous n’avez pas le droit de le recommander Ă qui que ce soit. DĂšs le lendemain, vous allez mieux. Certes, il y a lâeffet de celui qui avait la tĂȘte sur le billot, condamnĂ© Ă mort, avec le bourreau prĂȘt Ă vous dĂ©capiter, qui sâarrĂȘte et range sa scie juste aprĂšs avoir entamĂ© votre nerf principal: grĂące, soulagement. Mais ce nâest pas seulement ça. Votre peau a changĂ©, votre regard, vos idĂ©es. Dâailleurs, vous avez pelĂ© comme un serpent qui change de peau. LĂ , ce ne sont pas des images mais une rĂ©alitĂ© physique. MĂȘme vos rides commencent Ă disparaĂźtre la cure de jouvence de lâextrĂȘme. Mais Ă quel prix ? Qui peut encaisser cela ? Je ne connais personne, parmi les gens que je frĂ©quente ou que je rencontre, Ă qui je proposerais ce genre dâexpĂ©rience, Ă la fois salutaire et dâune violence inouĂŻe, inimaginable en amont.
Le « moi aussi jâai fait des trucs chamaniques Ă droite Ă gauche et je sais Ă quoi mâattendre, je comprends ce par quoi on passe, etc. » est simplement faux. Vous nâen savez rien, point.
Rendez-vous Ă 17 h sous la maloca. Vous avez passĂ© la nuit prĂ©cĂ©dente dans lâantichambre des enfers, vĂ©cue comme un vĂ©ritable sĂ©jour aux enfers. Lorsque la plante est rentrĂ©e en moi, je lâai sentie me souder Ă la terre, comme si le sol et elle sortaient des racines pour mâemprisonner les pieds, les chevilles, puis tout le corps. Comme un choc Ă©lectrique. Les bras dans le transformateur, sur un sol mouillĂ© qui vous colle les pieds, vous retient, vous emprisonne, et va vous secouer comme un pantin jusquâĂ ce que quelquâun vienne vous sauver de là ⊠Vers la fin, lorsque lâeffet sera moins totalitaire et moins violent, et que vos pensĂ©es vous le permettront Ă nouveau, vous supplierez tous les saints de la crĂ©ation. Tous. Que vous soyez croyant ou non. Vous savez Ă prĂ©sent que tout ce qui se passe dans ce lieu unique est complĂštement hors norme, dâune puissance que vous ne vous attendiez pas Ă rencontrer de votre vivant, ne sachant mĂȘme pas que cela puisse exister sur Terre, et que seuls les dieux, sâils vous ont Ă la bonne et que vous allez dans leur sens, vous sauveront la vie. Ce nâest pas une plaisanterie. Jacques nous accueille et nous sort: « Bon, les affaires sĂ©rieuses vont pouvoir commencer. » Il nous fait les mises en garde de circonstance et nous explique que cette initiation que nous allons vivre, ne nous quittera jamaisâŠ
*[[ https://www.youtube.com/watch?v=Kaui6Z8d6BU
Non, ce nâest pas une Ă©motion ni une simple sensation, ni un voyage pour touriste chez les extra terrestres.. ce film prĂ©sente en images au plus proche de ce avec quoi on est mis en prĂ©sence rĂ©elle lors dâune cession dâAyahuasca. Le voir, et le vivre est trĂšs diffĂ©rent. ĂȘtre propulsĂ© dans ces mondes autres en gardant la pleine conscience est une Ă©preuve parfois extrĂȘmement douloureuse, une douleur que vous nâavez jamais vĂ©cu, ni mĂȘme approchĂ©. Cette initiation bien faite, ne vous quittera jamais, mal faite, non plus. La chaman de ce petit bout de film est un mage noir, un attrape couillon pour touriste en mal de sensations, danger. Ă 99,99% les personnes qui vous trouverons un plan pour aller en prendre vous enverront vers les enfers, et les enfers existent. Une sĂ©ance en rituel sacrĂ© peut durer presque 12H, si ensuite vous ne respectez les vĂ©ritables consignes, vous en mourrez, et votre esprit sera perdu Ă tout jamais. Je vous ai rĂ©citĂ© un petit exorciste pour lâaccompagner (sur un vidĂ©o qui n’est pas en ligne), car câest de cela quâil sâagit).]]
2) âSi lors de la session, quelque chose se passe mal, je ferai un appel vers 1h du matin (Ă titre informatif car lâheure sous ayahuasca nâest pas celle du chronomĂštre) et vous inviterai Ă venir en reprendreâ⊠BientĂŽt 20 annĂ©es aprĂšs, je ne sais plus si le rituel commence Ă 18h30 ou 19h, mais la nuit est lĂ , nous sommes habillĂ©s en blanc, non pas pour afficher un quelconque cĂŽtĂ© religieux mais comme certaines personnes, lors de ces sessions de purges, ont parfois un besoin pressant dâaller chier des serpents ou autre et quâelles sont en pleine ivresse, que la liane et sa prĂ©paration ancestrale provoquent, en plein trip vont se perdre en forĂȘt et seront donc plus facile Ă retrouver. Je dis cela car avoir trouvĂ© cette combinaison de plantes i y a des milliers d’annĂ©es est dĂ©jĂ la preuve dâune communication entre la forĂȘt et lâhumain⊠Ici, vous aurez le droit Ă la dose maximale, en toute sĂ©curitĂ©. Il nous appelle chacun notre tour, le goĂ»t du breuvage serait pour vous le dĂ©crire: la texture dâun pâtit verre de pĂ©trole et la saveur dâun pain dâĂ©pice floral, amer et unique⊠Les chants des guĂ©risseurs, qui eux aussi en ont pris, commencent, ils seront les fils conducteurs de lâancrage vers le rĂ©el et de la conscience lors du voyage dans des endroits oĂč nous pĂ©nĂ©trons Ă prĂ©sent, un peu comme le chemin du retour et du prĂ©sent, dâici. Tous, je lâapprendrai le lendemain, nâont pas de visions et vivent une expĂ©rience diffĂ©rente de celles que beaucoup font, mais enfin câest toujours une expĂ©rience unique, bien quâayant pour ceux qui sont passĂ©s par lĂ des visions communes, similaires. Des degrĂ©s de ce quâon voit et de ce Ă quoi on est mis en contact existent et sont donc reproductibles. Pour la faire courte, lâexpression est traduite par: âas-tu Ă©tĂ© avalĂ© par le serpent?â â âQuâas-tu vu, oĂč es-tu allĂ©?â. Les guĂ©risseurs locaux, eux, se fichent un peu de ce que vous avez vu ou pas, lâimportant Ă©tant: âas-tu vomi?â. Ils pratiquent cela depuis des milliers dâannĂ©es, en ont lâhabitude, sont dans des codes tribaux profonds, diffĂ©rents des nĂŽtres, les occidentaux⊠En revanche, lâĂ©quipe soignante des guĂ©risseurs vous permettra dâanalyser, de comprendre et dâintĂ©grer tout ce qui sâest passĂ©. Il faut avoir les yeux fermĂ©s, la position nâest pas celle du trip vautrĂ© dans un hamac, sauce baba cool Ă Woodstock. Les curanderos, parfois, sont assis en tailleur Ă une dizaine de mĂštres de vous et vous communiquez avec eux, dans une rĂ©alitĂ© modifiĂ©e, tous les sens le sont, en esprit en tĂ©lĂ©pathie. Parfois ils viennent Ă vous et pratiquent des soins apaisants sur vous avec des parfums, de la fumĂ©e de tabac, etc. Rien nâest fait au hasard. Winston, le chaman, sâoccupera de moi toute la nuit, mon trip est si violent que seuls ses chants me permettent de retrouver le chemin de ma respiration alors que je suis balayĂ© par des visions qui me transpercent tout le corps. Il y a comme des milliers de petits serpents Ă tĂȘtes fĂ©lines qui circulent dans chacun de mes os, organes, cellules, etc. Ce nâest pas dans lâimaginaire avec une vision extĂ©rieure ou un Ă©cran de cinĂ©ma, câest en vous, vous ĂȘtes dedans, et je mâaperçois en lâĂ©crivant que câest presque indescriptible pour celui qui nâa pas vĂ©cu cela et qui ramĂšnera votre tĂ©moignage Ă ce quâil peut imaginer lui avec son rĂ©fĂ©rentiel dâimages. Rien de ce que vous voyez, que vous ĂȘtes Ă prĂ©sent, ce qui se passe en vous, les formes, les goĂ»ts, les odeurs, les sons, les endroits nâexistent au sens normal, rien. Vous avez tout simplement changĂ© de monde et rien de ce que vous connaissez nâexiste ici, et rien de ce qui existe ici nâexiste de lĂ oĂč on vient. Le solide est en continuel mouvement, vous ĂȘtes au sein de lâarchitecture dite sacrĂ©e, en perpĂ©tuel mouvement. Câest tellement impressionnant que parfois jâouvre un Ćil histoire de me reconnecter Ă la rĂ©alitĂ© et ce que je vois autour de la grande hutte, dans la forĂȘt oĂč des milliers dâĂȘtres mâindiquent que je suis bien mieux avec ces chamans dans ce cercle, mĂȘme si je suis en train dâĂȘtre Ă©cartelĂ©, dĂ©montĂ©, balayĂ©, dĂ©coupĂ©, physiquement et psychiquement par toutes les entitĂ©s du mal, des enfers. Toutes les crĂ©atures de Lovecraft existent, ce nâest pas un livre que je suis en train de lire, je suis aux enfers avalĂ© et recrachĂ©, visitĂ© et pĂ©nĂ©trĂ©, câest dâune violence interne inouĂŻe et je prie comme jamais pour ĂȘtre sauvĂ© de ce qui est en train de se passer. Les guĂ©risseurs sont Ă mon chevet et viennent dans mon voyage couper des liens qui mâemprisonnent, des monstres qui mâavalent comme un pantin vers dâautres univers encore plus famĂ©liques que le mot famĂ©lique. Je suis dans, afin que vous puissiez peut-ĂȘtre comprendre ce que je raconte lĂ , un condensĂ© de toute la science-fiction en livres, en images, en films, un acteur en train de vivre rĂ©ellement tout ça, dans dâautres univers, dâautres mondes, dâautres dimensions et je garde tout de mĂȘme ma conscience avec laquelle je tente de respirer normalement. Mes apnĂ©es sont longues, mon rythme a changĂ© et ce sont vraiment eux, les soignants, qui viennent me chercher lĂ oĂč je suis, qui avec leurs chants, leurs priĂšres, les parfums et leurs formes dans les autres dimensions, le tabac, les appositions sur certaines parties de mon corps donnent une vision plus belle, plus paradisiaque, plus onirique, et dans ce mot onirique jâentends lâor et la douceur.; je traverse alors et suis traversĂ© par des formes gĂ©omĂ©triques, animales en mouvement, celles du bien, hors du temps commun. Le bien et le mal existent et sont en mouvement, mais pour lâinstant je suis en prise avec le visage infernal des monstres et des ĂȘtres de toute la crĂ©ation, dans tous les univers, visibles et invisibles, je lutte pour ne pas ĂȘtre dissous, aspirĂ© dans cet univers distorsionnĂ©. Les mains de Jacques sont sur mon Ă©paule et pourtant il est assis de lâautre cĂŽtĂ© de la piĂšce, jâentends ses priĂšres. Un instant aprĂšs il est rĂ©ellement lĂ , il me dit que je suis protĂ©gĂ©. Lâivresse devient moins violente et jâentends Jacques faire son appel pour nous servir une seconde tournĂ©e. Je me souviens de son: âsi ça ne se passe pas bien, il faut en reprendreâ, et naĂŻvement jây suis retourné⊠Rebelote, jâsuis aux enfers, oh merde! Je suis mis en prĂ©sence de mon pĂšre mort, de lâun de mes frĂšres morts, ils sont emprisonnĂ©s, je ne suis plus dans le mĂȘme plan, la mĂȘme dimension. La couleur mĂȘme de la mort, je la vois, elle est vivante mais je le comprends: elle nâest et ne sera en rien une sinĂ©cure. Câest une autre histoire et Ă prĂ©sent, comme devant des centaines de portails ou de guichets multidimensionnels, je suis aspirĂ© ailleurs, mis en prĂ©sence dâautres ĂȘtres qui vivent dans dâautres dimensions. Ă chaque fois ce sont les chants et les soins du chaman Winston et du docteur Jacques qui mâextirpent de lĂ . Cette nuit-lĂ sous la maloca, il nây en a eu que pour moi jâai lâimpression. Jâavais tendance Ă me vautrer pour pallier aux douleurs et Ă leurs formes insoutenables de la potion qui circulait dans mon corps et jâentendais Jacques me dire: redresse-toi⊠La descente sâamorce, rien nâa encore repris une forme habituelle mais les vapeurs de lâivresse sont plus clĂ©mentes, jâen reviens Ă lâeffet LSD ou champignon musclĂ©. Le mĂ©dicament de lâespace et de lâĂ©ternitĂ© que jâai pris ce soir est 1000 fois plus fort quâun simple acide, il peut vous envoyer 1000 fois plus loin, dans un millier de mondes diffĂ©rents. Je viens dâen faire lâexpĂ©rience, jâai morflĂ© comme jamais dans un endroit oĂč mĂȘme la mort ne serait pas un soulagement⊠La lumiĂšre du jour commence Ă poindre, mes voisins de session ont encore des ailes, mais plus rien ne me surprend. Jacques Ă nouveau mâappelle, je mâassois devant lui complĂštement abattu mais souriant et il me regarde et me dit avec humour, car il a bien vu lâĂ©norme volĂ©e que je me suis prise: âSylvain, il en reste dans la bouteilleâ. Puis plus sĂ©rieusement il me demande ce que jâai vu. Je lui rĂ©torque par rĂ©flexe: tout ce que jâimagine que vous voyez vous habituellement dans ces autres dimensions⊠Il me demande ce que je suis allĂ© faire en Afrique car il y avait plein dâentitĂ©s diaboliques autour de moi quâen gĂ©nĂ©ral on ne chope que lĂ -bas, puis me dit quâil nây avait pas que ça, que je suis complĂštement infestĂ©, parasitĂ©, quâil y a beaucoup de sorts, de la sorcellerie possession et des malĂ©dictions, que câest dĂ©moniaque, infernal, des vampires, et jâen passe, la liste est longue⊠Quâils en ont enlevĂ©, que c’est gravissime et que ce nâest pas gagnĂ©, dâavance, puis un: âĂ ce soir pour le dĂ©briefingââŠ
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*Bis Repetita⣠â (en cours de correction, Ă fusionner avec le texte au dessusâĄ)
3) Une pause avant le cas lourd
Je viens de vivre le combat de ma vie en cette nuit dantesque, une lutte constante pour rester en vie face Ă des forces multiples qui me tiraillaient vers les enfers et une forme de dissolution du moi dans dâautres univers bien rĂ©els, des douleurs innommables dans mes organes maltraitĂ©s dont je vois et traverse les cellules et lâADN, lâenvie de me mutiler pour trouver un soulagement, une difficultĂ© inouĂŻe Ă ĂȘtre dans le bon, le bien, le beau, entourĂ© dâĂȘtres famĂ©liques. Un voyage intemporel dans le passĂ©, visions de mes pĂšres maudits et emprisonnĂ©s, des descentes dans des ascenseurs modernes vers dâautres Ă©poques. Je suis clouĂ© de partout et comme coupĂ© en deux par une violence contre moi-mĂȘme difficile Ă contenir, une respiration difficile Ă maintenir, des apnĂ©es longues qui veulent me faire perdre mon corps et ne plus pouvoir rentrer dedans. Jây reviens mĂȘme Ă lâenvers, rester dans mon corps est presque impossible, transpercĂ© de toutes parts, un imaginaire spatio-temporel immaĂźtrisable qui me propulse ailleurs et jâen passe. Les soins, les soignants faisant leur maximum pour adoucir le contenu des visions, Ă©tant prĂ©sents comme des ambulances de lâespace, dans dâautres mondes. La prĂ©sence de mages noirs et de magie noire dans un univers multidimensionnel hors du temps qui me balaye, mâaspire, me dĂ©monte. Architecture sacrĂ©e et dĂ©moniaque, féérique et sorcellerie dĂšs que jâouvre un Ćil je vois des trolls et plein de trucs moches dans la forĂȘt qui nous entoure et qui veulent mâattirer Ă eux. Les couloirs et les entrailles de ce en quoi je suis sont merveilleux et pourtant lĂ , la dĂ©coration faite de millions dâĂ©lĂ©ments est en constante crĂ©ation, mouvement dâune beautĂ© extraterrestre inimaginable. Il y a des milliers de possibilitĂ©s de mondes diffĂ©rents. Jâai lâimpression de rencontrer le futur et lâĂ©ternitĂ© dans certains espaces qui se construisent devant moi et dans lesquels je suis. Je ne suis pas devant un Ă©cran avec ces choses que je dĂ©cris et qui se passeraient devant moi Ă lâextĂ©rieur, je suis immergĂ© dedans tout en gardant un fil tĂ©nu vers la conscience rĂ©elle habituelle. Le temps nâexiste plus comme on lâentend. Vingt ans aprĂšs, je viens de bien fouiller les vidĂ©os concernant le sujet et il nây a toujours pas grand-chose qui ressemble rĂ©ellement Ă ce voyage si ce nâest un passage de 10 minutes du film de Kounen: «Blueberry, l’expĂ©rience secrĂšte»*. Je nâai pas vĂ©cu une hallucination jâai Ă©tĂ© mis, certes avec un processus chimique complexe, dans un Ă©tat oĂč les sens fonctionnent diffĂ©remment. Jâai vu et vĂ©cu la rĂ©alitĂ© sous un autre prisme, câest en effet des voyages quantiques et la visite de plusieurs univers au mĂȘme endroit, oĂč plusieurs dimensions sâinterpĂ©nĂštrent. Il y a diffĂ©rentes couches de la rĂ©alitĂ©, et des multivers. Nous ne voyons pas le ou les mondes invisibles des esprits et des entitĂ©s avec nos sens communs, nous le pressentons, lâimaginons, nous nous en rapprochons parfois. Nous avons tous rĂȘvĂ©, fait des cauchemars, nous croyons et lâhumanitĂ© cumule des croyances et des images concernant lâinvisible via les religions, les traditions, les mythes, les contes, les lĂ©gendes, lâimaginaire dĂ©peint depuis toujours par lâiconographie religieuse, et aujourdâhui de plus en plus avec la science-fiction. La rĂ©ponse courte si on me demande ce que cela a pu mâapporter est que jâai vĂ©rifiĂ© quâil y a en effet autre chose que le rĂ©el comme on lâentend et le constatons tous. Quâil y a des univers derriĂšre chaque chose que lâon voit, des esprits, des entitĂ©s, dâautres mondes, le bien et le mal existent. Lorsque je regarde une gravure, une peinture ancienne, quâelle soit bouddhiste, Ă©gyptienne, hindouiste ou dâune quelconque provenance, et tout ce qui concerne des visions Ă©sotĂ©riques, si je lis des textes qui parlent dâun ailleurs et commencent Ă le dĂ©crire, je sais, pour avoir Ă©tĂ© mis en contact avec ces autres dimensions, que cela existe, alors que celui qui nâa pas fait le voyage que jâai fait reste, lui, dans la croyance. Je sais, jâai vu, j’ai vĂ©cu par l’intĂ©rieur, ce nâest pas juste une vision extĂ©rieure suis rĂ©ellement passĂ© voir de lâautre cĂŽtĂ©, point. Jâaimais dire rĂ©cemment quâen effet un moine tibĂ©tain ou dâailleurs qui va vivre vingt annĂ©es dans une grotte, en respirant, mĂ©ditant, ne se nourrissant que de graines et exerçant son esprit et son corps avec martialitĂ© Ă la frontiĂšre des sens, va commencer Ă pĂ©nĂ©trer dâautres rĂ©alitĂ©s et ĂȘtre mis en prĂ©sence de ce quâon ne voit pas sans faire ce type de prĂ©paration. Dâailleurs jâai vu lâun de ces moines dans le sĂ©minaire oĂč jâĂ©tais puis un autre Ă mon retour en France. Mais en gros, et ce malgrĂ© mes transgressions passĂ©es avec les drogues psychĂ©dĂ©liques, lĂ en vingt minutes la prĂ©paration qui est entrĂ©e en moi mâa envoyĂ© des informations que je mets vingt annĂ©es Ă comprendre, Ă intĂ©grer, et encore la restituer et en parler avec mes mots, je le sais, ne saurait vous convaincre. Ensuite, ce que je nâavais pas fait de ma vie, jâai lu la Bible et dâautres textes sacrĂ©s et je souris avec foi car lorsque ceux qui ont vu le disent non-initiĂ© doute, croit, rationalise, Ă©met du scepticisme, dĂ©clenche une foi aveugle, balaye lâensemble du revers de la main et cherche une autre explication avec ses propres donnĂ©es rĂ©fĂ©rentielles de comprĂ©hension. Le scientifique obtus matĂ©rialiste au service du consumĂ©risme, lui, se perd dans des explications qui vont nulle part et vous ratatine grave. Dâautres, ceux dâun niveau supĂ©rieur, mĂ©taphysique, astrophysique, comprennent ou commencent Ă comprendre et vous tombez dâaccord avec eux. Aujourdâhui je suis lĂ . En vous racontant en vrac tout ça je suis en contact avec les sens normaux de la vie, prĂ©sent, et je ne vois pas les autres mondes invisibles, mais je sais quâils existent et sont lĂ en permanence, derriĂšre toutes choses. Avant je les ressentais et les imaginais, car les rĂȘves existent et comme ce que je viens dâĂ©crire au-dessus, je, nous sommes imprĂ©gnĂ©s et porteurs de lâimaginaire et de la culture collective. Ă travers la respiration pathologique ou au contraire volontairement maĂźtrisĂ©e on peut changer la nature des songes, des rĂȘves. Ă travers la priĂšre et la mĂ©ditation, exercer lâesprit et les corps plus subtils Ă ĂȘtre en contact avec lâextĂ©rieur et lâintĂ©rieur, Ă lâĂ©tude du vivant. Et, je sais qu’en vous parlant de magie, ou d’une expĂ©rience non digĂ©rĂ©e que je passerai pour un fumeux qui a pris trop de drogue, mais je nâai rien Ă vendre, rien Ă prouver, j’y suis allĂ©, j’ai vu, c’est tout. En revanche, je ne recommande ce type de voyage Ă personne et je mets en garde contre toutes les façons dâaller sâinitier Ă ces mondes autres, sauf bien entendu ce centre de recherche par lequel je suis passĂ©: pour son sĂ©rieux. Mais je nây enverrai jamais qui que ce soit que je connaisse ou non, en lui racontant que cela pourrait lui faire du bien: câest beaucoup trop violent en soi. Le faire en Occident est Ă 100 % de la magie noire. Un voyage touristique psychĂ©dĂ©lique en AmĂ©rique du Sud, pareil et quant Ă lui, Ă notre Ă©poque est Ă 99,99 % de lâescroquerie. Faites trĂšs gaffe, plus que jamais, ça je vous le confirme. Regardons simplement ce que nos civilisations ont fait du tabac et de la coca en transformant les usages mĂ©dicinaux autochtones et sacrĂ©s depuis des millĂ©naires. Je me mĂ©fie mĂȘme grandement des thĂ©rapies modernes du XXe siĂšcle et de l’actuel sous tel ou tel type de molĂ©cule, et jâĂ©coute en revanche les mises en garde constantes du centre Takiwasi: https://takiwasi.com/docs/arti_fra/chamanisme_et_monde_occidental_encouragement_mise_en_garde.pdf
https://takiwasi.com/fr/reiki-spirituel.php
{( https://www.takiwasi.com/fr/plantes-maitresses-chiric-sanango.php
L’origine de l’infestation d’un esprit parasite sur un ĂȘtre humain peut ĂȘtre: transgĂ©nĂ©rationnelle (hĂ©ritage d’un esprit de suicide, inceste, scepticisme, etc.), occasionnelle (visites frĂ©quentes dans un lieu infectĂ©), un acte de sorcellerie (prĂ©judice intentionnel d’un tiers, sorcellerie, malĂ©dictions, etc.), des pratiques spirituelles transgressives (spiritisme, occultisme, canalisations incorrectes telles que le Reiki, divination, pratiques magiques, profanation de lieux ou objets sacrĂ©s, etc.) ou par contagion lors dâĂ©tats de permĂ©abilitĂ© Ă©nergĂ©tique ou de vulnĂ©rabilitĂ© (consommation de drogue, – actes sexuels non consacrĂ©s)}.
_Quant Ă moi je nây ai plus droit situation cardiaque ne me le permet plus. Je ne peux mĂȘme plus prendre de simples gouttes dâhuile essentielle pour guĂ©rir dâun rhume, il y a un temps pour tout. Je nâai toujours pas racontĂ© le debriefing de cette journĂ©e du 12 avril 2006:
âUne pause avant le cas lourdâ âŁ
3) Câest lâaprem nous sommes Ă nouveau en cercle sous la Maloca, Jacques a toujours sa pipe de guĂ©risseur, il est lĂ pour le feedback de ce qui sâest passĂ© cette nuit, câest le mĂ©decin, le psychanalyste, le pĂšre de lâĂ©glise Ă qui nous avons affaire Ă prĂ©sent. Je ressens un regard dans mon dos, ici les guĂ©risseurs vous regardent en coin sans confrontation directe avec les yeux et qui lorsque vous les croisez:se dĂ©tourne avec une humilitĂ© quasi christique de bienveillance. Ce que je ressens est puissant et vient de derriĂšre, je me retourne et un homme grand, trĂšs costaud, comme un arbre, dâun certain Ăąge, les 80 passĂ©s, chapeau de jardinier, un visage large. Il me regarde en coin, il est Ă une dizaine de mĂštres, je nâavais jamais senti un regard dâune telle force, qui plus est de me traverser par derriĂšre. Dans le cercle nous sommes douze et je suis assis en face du Dr Jacques, il sâadresse aux patients et leur fait un retour sur lâexpĂ©rience avec la liane, lâayahuasca, ça discute visions, psy, bible hĂ©braĂŻque, psychiatrie, psychanalyse, symbolisme, les personnes qui font ce sĂ©minaire avec moi sont des cherchants et en gĂ©nĂ©ral pour ĂȘtre Ă cet endroit, face Ă lui, câest quâils ont dĂ©jĂ explorĂ© quasiment tout ce qui se fait sur la planĂšte question recherche sur soi. Il y a un psychiatre, une psy, une religieuse, un moine bouddhiste, un jeune couple dont la femme est enceinte, un religieux exorciste, une qui veut devenir Rabbin, un thĂ©rapeute, un bouddhiste occidental qui veut devenir chamane et qui nous fera bien rire car les chamanes ne veulent pas de lui. Son regard, direct et fort, sâarrĂȘte Ă prĂ©sent sur moi et il dit: âBon, on va faire une pose avant le cas lourdâ. Petit gĂąteau, ThĂ©, CafĂ© et Mapacho. -âSylvain, je tâen ai dĂ©jĂ parlĂ© ce matin, il y a des entitĂ©s noires de sorcellerie africaine autour de toi, il y a des vampires, tu es infestĂ©, il y a une malĂ©diction, câest dĂ©moniaque, il y a une malĂ©diction, câest diaboliqueâŠâ. Un silence, je ressens que je nâai plus de copain autre que lui dans la piĂšce⊠je lui demande ce que je peux faire? -âTu nây arriveras pas seul, nous avons enlevĂ© quelques couches mais il faut que tu rentres en ascĂšse complĂšte et câest ça ta mission de vieâ. Je viens de prendre trĂšs cher, le verdict est sĂ©vĂšre et jâencaisse avec vulnĂ©rabilitĂ©, authenticitĂ©, on passe au suivant, pas grand chose avec la psychanalyste qui est Ă ma droite, puis au suivant, puis au suivant et le dernier arrive et dit Ă Jacques: âje ne suis pas dâaccord avec ce que tu as dit concernant Sylvain, ce matin alors que j’Ă©tais aprĂšs ma nuit sordide, un rĂ©veil dans un Ă©tat lamentable et qu’il est passĂ© Ă cĂŽtĂ© de moi, il a Ă©tĂ© le seul avec une attention et une douceur et deux trois mots simples Ă mâavoir sorti du puits sans fond dâangoisses et de dĂ©sespoir dans lequel j’Ă©tais, alors que personne autour nâen semblait capableâ. Merci, il prend ma dĂ©fense mais Jacques lâarrĂȘte et lui, leur dit que me concernant câest que sâil y a autant de matiĂšre et de forces si sombres en moi et autour câest que je suis dĂ©jĂ sur un chemin spirituel, ouvert, ce qui nâest pas leur cas, et que le mal sâattaque lĂ oĂč il y a le plus de lumiĂšre, que jâai les Ă©paules pour dĂ©passer cela et rĂ©ellement aider les autres Ă guĂ©rir si je fais cette ascĂšse mais que seul jâsuis foutu de chez foutu et que je nâai plus le choix, que je ne suis pas venu ici par hasard les rencontrer et que lui et moi on se comprend sur ce territoire. Je nâai dĂ©finitivement plus de copain parmi les sĂ©minaristes. Les sessions suivantes, jâaurai des grands verres dâayahuasca, coupĂ© Ă lâeau bĂ©nite, et je lutterai pour ne pas me faire balayer par les puissances du mal, je ne sais pas si ma posture Ă rĂ©sister Ă©tait la bonne, jâai fait ce que jâai pu, je sais que parfois jâai manquĂ© de courage mais la douleur dans mes organes servira Ă mâauto justifier en ne reprenant pas systĂ©matiquement Ă la seconde tournĂ©e, tentant de contrĂŽler le very bad trip obligatoire. Nous sommes Ă prĂ©sent dans la jungle pour une diĂšte totale de cinq jours, ma cabane sâappelle Ayahuasca et je diet de lâail sauvage pur trĂšs concentrĂ©, donc chaque jour je dois descendre jusquâĂ la riviĂšre pour me laver, je croise des papillons gĂ©ants, je suis pote avec des Ă©cureuils et le jus de tabac que mâapporte Winston le chaman: https://www.youtube.com/watch?v=mhSMt5_I_8I&list=RDmhSMt5_I_8I&start_radio=1 me surprendra autant que lâAya: je peux rentrer et sortir des rĂȘves en conscience, câest une expĂ©rience tĂ©nue mais trĂšs puissante en soi. Je suis invitĂ© Ă prolonger un peu mon sĂ©jour pour rencontrer âIgnacioâ le chaman guĂ©risseur des cas dĂ©sespĂ©rĂ©s: https://takiwasi.com/fr/tabaqueros-ceremonie-tabac.php â Câest lui, dont le regard mâavait transpercĂ© le dos, il mâimmergera tous les matins dans la riviĂšre pendant une semaineâŠ
Nous ne serons pas en contact avec les patients qui viennent passer une annĂ©e Ă Takiwasi, ils sont plus avancĂ©s dans le processus de purification que nous les touristes parasitĂ©s et eux, encore dans une pĂ©riode dâimmersion protectrice. Pourtant une nuit avant une session dans la jungle Ă©clairĂ©e par un pauvre nĂ©on grĂ©sillant prĂšs dâune cabane derriĂšre la cuisine, Jacques est en train de discuter avec un type rasĂ©, tatouĂ© de la tĂȘte aux pieds, une allure de bagnard et de cartel sud-amĂ©ricain, qui se tient assis lâair un peu abattu, dâune duretĂ© rare, il mâinvite Ă les rejoindre et nous prĂ©sente lâun Ă lâautre: âvous avez les mĂȘmes problĂšmes avec lâau-delĂ , vous deuxâ, puis un: âSylvain, ce serait bien que tu reviennes passer quelques annĂ©es avec nousâŠâ.
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9/ Je nâai en revanche ni regret ni remords sur ma propre histoire. Et comme dirait mon ami Luc, il est temps que je le raconte avant de mourir. Câest ce que je fais depuis le dĂ©but de lâannĂ©e 2026. Alors je ne sais pas vraiment Ă©crire, l’Ă©cole s’Ă©tait bref pour moi. Toutes ces pages de blog sont un gros brouillon. Mais chaque jour jâen rajoute une, pourvu que cela dure. Ăa me fait du bien de les Ă©crire. Les lire⊠je ne sais pas.
Jâavais tout juste une dizaine dâannĂ©es. Je marchais dans le parc pour rentrer chez moi, il faisait super beau. Je levais les yeux au ciel et je ressentais quâau-delĂ du monde visible, il y avait encore plus vaste. Ă lâĂ©cole, jâavais dĂ©jĂ dĂ» faire un exposĂ© sur Einstein et sur les pharaons. TĂŽt, je lisais beaucoup: Lovecraft, Allan Poe, Asimov; il y avait des bouquins partout, une famille de littĂ©raires. Ce jour-lĂ pourtant, câĂ©tait un ressenti plus personnel, ou une synthĂšse intuitive: il y avait â câĂ©tait une Ă©vidence â un monde supĂ©rieur au-delĂ mĂȘme de lâunivers dĂ©crit par qui que ce soit⊠Je nâavais pas vraiment de mot, ce jour-lĂ , sur cette brĂšve rĂ©flexion, mais en discutant des lustres plus tard avec un ami curĂ©, il me dira: « Câest ça, la foi dâenfant. » Depuis mon entrĂ©e dans lâunivers scolaire, de la maternelle Ă la 4e, jâai fait 9 Ă©coles en 9 ans, et nous nâavons jamais dĂ©mĂ©nagĂ©. Parfois premier de la classe, mais jamais le dernier Ă faire une connerie. Mon frangin, de six ans mon aĂźnĂ©, se dĂ©fonce avec tout ce qui passe, alors dans le dos des adultes, moi aussi⊠Un bac D (drogue) se profile Ă lâhorizon. Mon premier bad trip arrive tĂŽt. Les parents sont sortis jouer au bridge dans la rĂ©sidence voisine et rentrent vers 2 h, 3 h du matin. La bande de glandus que frĂ©quentait mon frangin â guitare, pantalons pattes dâĂ©lĂ©phant, ça Ă©coute du Zappa â vient se dĂ©foncer Ă la maison: biĂšre, chichon et LSD. Je fais le forcing et goĂ»te Ă des joints sĂ©rieux. Y a du NĂ©palais, du Double ZĂ©ro, du Libanais rouge, de lâhuile du Maroc, de la mauvaise beuh aux graines qui craquent sous la langue. Les yeux fermĂ©s, encore dans lâemballage, je les reconnais tous⊠Je finis par vomir. Les parents vont arriver. Lâappart est aĂ©rĂ©. Il ne sâest donc strictement rien passĂ© dâĂ©trange ici. Je suis seul dans ma chambre, mais dĂšs que je ferme les yeux pour tenter dĂ©sespĂ©rĂ©ment de dormir, les murs de la chambre se resserrent dans mon cerveau et il faut que je les rouvre pour que la chambre reprenne une place normale. Je les ferme: ils arrivent pour mâĂ©craser. En images colorĂ©es, je vois comme des briques mouvantes jusquâau plus profond de mon crĂąne. DĂšs que je les ouvre: soulagement, le processus infernal sâarrĂȘte. Mais cela dure des heures de lutte. Mon cerveau, fragmentĂ© dâhallucinations rĂ©elles, ressemble â pour vous le dĂ©crire â Ă deux ou trois pochettes de disques. Lâimage et le son qui me pĂ©nĂštrent malgrĂ© moi, malheureusement, ne font quâun:
https://www.youtube.com/watch?v=NJ36d28plgc & https://www.youtube.com/watch?v=ODKtxWtsGms
& https://www.youtube.com/watch?v=dDveBbJkVqo&list=RDdDveBbJkVqo&start_radio=1 Et ce cerveau, le mien, qui fait du bruit devenu visible en image et en forme, une architecture en mouvance, je le vois lui aussi. Il se confond avec les murs, au rythme de ma respiration. LâexpĂ©rience est moche, le seul pouvoir que j’ai dessus est celui de ne pas fermer les yeux. Jâimagine, avec du recul, les mouvements quâont subis, dans cette conscience modifiĂ©e, les agressions sĂ©vĂšres sur ma plastique cĂ©rĂ©brale, forçant les digues, les murs, les cloisons dâun cerveau violĂ© en pleine croissance. Le shit, mĂȘme si Ă lâĂ©poque il nâĂ©tait pas aussi chargĂ© en THC quâaujourdâhui, sur un gamin dâĂ peine 10 ans est une grosse, grosse baffe psychĂ©dĂ©lique. Et va savoir si, avec tout ce que jâavais avalĂ© ce soir-lĂ , il nây avait pas un peu de champignons psylo⊠Pour cette troupe dâidiots bien chargĂ©s en drogue en tout genre, un gamin qui dĂ©lire⊠pourquoi pas. Petit Ă petit, les parents se doutent quâil se passe quelque chose derriĂšre les murs. De nouveaux bouquins arrivent Ă la maison: Olievenstein, Curtet. Les tableaux qui expliquent les drogues sont passionnants. Je ne le sais pas encore, mais je suis en train de prĂ©parer, par lâexpĂ©rience, un master et un doctorat sur la DĂ©fonce: je les essaierai toutes. Ă douze ans, câest la premiĂšre fois que je mets une pointe dâhĂ©roĂŻne dans ma narine. Deux copains du frangin, dont je suis la mascotte. Mais lâun dâeux freine lâautre, avec un ridicule sursaut de sĂ©rieux. LâhĂ©roĂŻne est une affaire sĂ©rieuse Ă lâĂ©poque. Jâai de la chance: mon autre grand frĂšre, de treize ans mon aĂźnĂ©, ne vit plus Ă la maison. VirĂ© par la mĂšre, qui a pigĂ© que le principal importateur de cette connerie Ă la maison, câĂ©tait lui. Il vit Ă prĂ©sent chez la grand-mĂšre, ex-Ă©pouse de feu Marcel, haut magistrat, prĂ©sident de la cour dâassises de Seine, qui finira avec le surnom de « mĂ©mĂ© drogue ». Pour vous la faire courte et reprendre le cours de mon histoire: donc, le frangin, JĂ©rĂŽme, lorsquâil nâest pas chez mĂ©mĂ© D, ou en train de squatter chez une de ses copines junkies, est en voyage ou en train dâimporter de la blanche pure. Une fois par an, il passe la douane revenant d’Inde, avec 100 grammes dans le cul. CoupĂ©, prĂȘt Ă lâemploi, ça donne un kilo. Il a les cheveux courts, de petites lunettes, Ă©tudiant Ă la Sorbonne, qui ne vend quâaux Ă©nergumĂšnes de son espĂšce. Lorsque ses meilleurs potes nâont pas de thunes, ils lui ramĂšnent leur collection de vinyles. Tout cela est bonne enfant⊠Lorsquâil pique du nez â et câest frĂ©quent, au moins une fois par jour â je gratouille Ă la lame de rasoir son caillou perso non coupĂ©, qui fond Ă vue dâĆil. Et je suis le roi du pĂ©trole avec mes potes Ă moi, des gamins encore plus paumĂ©s, familialement parlant, que moi, et dont les Ă©tudes scolaires vont se finir Ă la prison la plus proche. Nous, nous ne frĂ©quentons pas les mĂȘmes universitĂ©s. La rue, la vraie, et sa violence, nous attendent. Un solide certificat dâĂ©tudes suffit amplement pour se faire un nom. Me voici Ă nouveau en train de digresser. Je raconterai tout cela en dĂ©tail. Je voulais parler de mon second bad trip. Car durant les annĂ©es poudre, bien que le discours qui avait pignon sur rue fĂ»t: « la drogue va vous faire du mal », nous qui en prenions, elle nous faisait du bien. Jâai 13 ans, jâen prends un jour sur deux. Ă 14 ans, mon frĂšre StĂ©phane croit fiĂšrement me faire mon premier shoot. Mais je ne lâavais pas attendu et jâavais dĂ©jĂ rĂ©cupĂ©rĂ© les « pompes » des grands dans les caves de la rĂ©sidence. Lui aussi nâa pas les idĂ©es claires sur les choses de la vie: il pique souvent du tarin. Ne donnons pas tout de suite une trop mauvaise image de lâhĂ©roĂŻne, lol.
Nous sommes plusieurs jeunes en rupture avec quelque chose: la famille, la sociĂ©tĂ©, lâĂ©cole, la vie. Un soir, dans un petit parc propret de la banlieue bourgeoise de Saint-Cloud. Jâai 14 ans. Polo, un toxico dĂ©jĂ bien paumĂ©, sans famille active, revient dâAmsterdam avec une feuille de buvards. Il nous en distribue plusieurs Ă chacun. Lui-mĂȘme en a avalĂ© une poignĂ©e. Ce sont des tigres jaunes. Je ne crois pas quâaujourdâhui les jeunes, ou autres qui prennent du LSD, aient eu affaire â et heureusement â Ă des doses aussi fortes de cette drogue. Enfin, il y en a dâautres aujourdâhui qui font aussi des dĂ©gĂąts massifs. Toutefois, je me renseigne souvent lorsque des addicts me racontent leur histoire avec les substances, histoire de comprendre lâair du temps et ce par quoi ils sont passĂ©s avant de chercher Ă sâen sortir. Câest lĂ oĂč je suis depuis des annĂ©es: toujours prĂȘt Ă tendre la main et mon expĂ©rience auprĂšs de ceux qui sont coincĂ©s dans une addiction. Je me sens plus utile, humainement parlant, dans ce rĂŽle que dans celui de tourner des films ou prendre des photographies. Les drogues des derniĂšres gĂ©nĂ©rations ne sont pas les mĂȘmes que celles de la mienne, ni les usagers dâailleurs. Les troncs communs changent aussi. Je ne vais pas vous faire lĂ une thĂšse, mais revenir Ă cette soirĂ©e sous acide. Polo, on ne lâa jamais revu. Il Ă©tait assis plus haut dans le petit parc boisĂ©, dans une lumiĂšre devenant jaunĂątre verdĂątre et qui ressemble un peu, lĂ en souvenir, Ă une des images du film LâExorciste. Nous avions repĂ©rĂ© ce soir-lĂ , en pleine montĂ©e surprenante, quâil ressemblait Ă prĂ©sent au diable, et que nos chemins se sĂ©paraient de toute maniĂšre. MĂȘme en temps normal, il puait du bec et des pieds, et sa place Ă©tait forcĂ©ment Ă lâHP. Il avait perdu lâodorat et le peu de raison qui lui restait en se prenant, en mobylette, un pare-chocs de voiture venant en sens inverse, dans un des fameux virages du secteur.
Le petit parc nâest plus un simple parc. Nous⊠moi, je suis dans le cosmos. Lorsque je crache, car ma salive est abondante, ce sont des petites planĂštes qui sortent de ma bouche. Au pied des arbres â qui nâen sont plus dâailleurs â ce sont des gouffres qui sâouvrent, des portes vers des mondes souterrains. Jâimagine quâAlice au pays des merveilles dĂ©crit en partie ce genre de situations. Nous faisons Ă prĂ©sent une bataille de planĂštes avec lâĂ©nergie qui sort de nos mains. Des annĂ©es plus tard, les films de science-fiction â Matrix, les diffĂ©rents Star Wars et compagnie â toutes ces fictions modernes et bien faites sont de pĂąles copies de ce monde, de ces mondes dans lesquels nous sommes lĂ ce soir-lĂ , nous-mĂȘmes des acteurs. Le terme hallucination ne me semble pas juste, ou trop rĂ©ducteur. Nous voyons autre chose. Je ne sais pas si elles existent rĂ©ellement dans le monde invisible. Je sais que nous ne pouvons pas les voir avec nos sens habituels, rarement en rĂȘve, ni mĂȘme aprĂšs vingt annĂ©es de mĂ©ditation dans une grotte au Tibet. Mais lorsque lâon prend ce genre de truc, on y retourne directement. Tous nâont pas ce genre de visions trĂšs riches dans des univers magiques comme celles quâon voit au cinĂ©ma. Mais certains, oui. Des lumiĂšres bleues arrivent. Ăa doit faire des heures quâon dĂ©lire. Des ĂȘtres â la police â Veulent nous choper. Dans un geste prudent, nous mangeons nos papiers dâidentitĂ© afin de ne pas ĂȘtre attrapĂ©s, rĂ©flexe logique sur le moment. Nous nous sĂ©parons. Et malgrĂ© notre cavalcade, nous voici rĂ©unis au commissariat. On mâexpliquera tout ça les jours suivants, car moi jâĂ©tais en train de faire dĂ©coller les trains cosmiques pour prĂ©venir le reste des copains, afin quâils puissent revenir mâaider depuis les Ă©toiles oĂč ils Ă©taient rentrĂ©s. Car une bande dâinsectes gĂ©ants â araignĂ©es, serpents famĂ©liques â grimpait la colline depuis les entrailles de la terre et voulait mâemmener avec eux. Je suis dans une ambulance, attachĂ©. Les autres aussi. Direction lâHP le plus proche. Un jeune mĂ©decin me parle sĂ©rieusement, mais sa tĂȘte nâest pas crĂ©dible et certainement pas normale: câest un chapeau de champignon rouge et blanc, de plusieurs mĂštres, collerette comprise , impressionnant. Et voilĂ quâun champignon gĂ©ant en blouse blanche veut mâexpliquer la vie. Il me raconte mĂȘme que la drogue: câest dangereux, parfois un allĂ© simple pour l’asile et que jâai le profil pour en reprendre. Il devrait se regarder dans une glace, le con⊠Les semaines qui suivent, je serai retirĂ© de la garde parentale par le juge pour enfants de Nanterre, qui en a marre de me voir arriver menottĂ© dans son bureau aprĂšs une nuit au dĂ©pĂŽt ou d’une garde Ă vue. Ce type est un vĂ©ritable prophĂšte. Il bĂ©gaye et ne supporte pas que je finisse ses phrases: â « Câest une affaire ju-ju-ju-ju⊠» â « judiciaire, monsieur⊠» â « ta-ta-ta-ta-ta⊠» â « ta gueule, pâtit con⊠» Comme je me refuse en plus Ă aller Ă lâĂ©cole, il me dit: « Je vais tâenvoyer dans un trou, et quand tu en auras marre tu retourneras Ă lâĂ©cole. » Et me voici parti vivre dans un foyer de semi-libertĂ© avec d’autres dĂ©linquants juvĂ©niles, oĂč un pâtit bourgeois, de bonne famille a priori, va dĂ©guster grave sa race, sans jamais retourner Ă lâĂ©cole. Ce juge s’appelait MoĂŻse.
//TEXTE EN COURS DâĂCRITURE NE PAS REPRODUIRE EN LâĂTAT SOYEZ PATIENT VRAC DâIDĂES EN MATURATION//
9/ La base, du pourquoi prier…

[Y a un dossier sympa ici, à partir de la page 14: https://carnetpsy.fr/wp-content/uploads/revue/61.pdf & plus récent, celui-ci: https://acrobat.adobe.com/id/urn:aaid:sc:EU:c1d72253-c4c9-4bd6-991e-fd57d5a4058c et un gros dossier: https://www.federationaddiction.fr/publications/guide-addictions-troubles-psychiatriques/ ]
Lâhumain, Ă la diffĂ©rence de lâanimal, est lâĂȘtre sur Terre dont le sevrage sera le plus long. Comme disait Abraham Lincoln: «Tous les hommes naissent Ă©gaux mais câest la derniĂšre fois quâils le sont.» Jâai eu un gros boulot salutaire Ă faire sur moi en thĂ©rapie, il nâest dâailleurs jamais vraiment fini, pour me libĂ©rer des recoins oĂč jâĂ©tais embarquĂ©, parfois malgrĂ© moi, ou en empirant la situation par automatisme, dĂ» Ă une volontĂ© dĂ©sĂ©quilibrĂ©e elle aussi en souffrance. Le tout Ă©tant une histoire de limites: quelles sont les miennes ? Il y a un juste milieu Ă trouver entre ce dont je suis responsable ou pas. La priĂšre universelle de Reinhold Niebuhr, que des millions dâalcooliques anonymes et dâautres fraternitĂ©s utilisent pour tenter de retrouver la raison, sâadapte trĂšs bien dans mon cas: « Mon Dieu, donne-moi la sĂ©rĂ©nitĂ© dâaccepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer celles que je peux, et la sagesse dâen connaĂźtre la diffĂ©rence. » Perso, j’en utilise d’autres. Ce qui me plaĂźt, câest lĂ le Mon D.ieu; en effet, chacun le sien, personne, aucun cerveau humain ne peut avoir la mĂȘme explication, la mĂȘme comprĂ©hension dâun concept de cette taille, sur lequel lâhumanitĂ© entiĂšre se penche depuis la nuit ou lâaube des temps⊠Un ami me racontait avec sa philosophie pragmatique du jour: on nâa toujours pas pu prouver Ă ce jour lâexistence ou la non-existence de D.ieu. Lui en est restĂ© lĂ , et se complĂšte narcissiquement en jouant au golf. Ce qui nâest pas du tout mon cas⊠La balle dans le trou ne mâexcite pas plus que ça. Je prends mon pied dans ma tentative de comprĂ©hension du sens de ma vie et de la vie⊠Je me trouve dans la recherche de lâinstant prĂ©sent, celui dâune respiration normale. Jâinsiste sur le normal, sachant quâune respiration anormale peut ĂȘtre pathologique. Quand elle est modifiĂ©e ou quand on la modifie, il y a des consĂ©quences, des effets. Câest mĂȘme un moyen certain de modifier sa conscience, ce nâest en aucun cas anodin. Les bouddhistes savent ce quâils font, les New Age rarement. Jâai beaucoup utilisĂ© la priĂšre en boucle, simplement pour couper mon charabia mental, mes pensĂ©es obsĂ©dantes, mes ressentiments, et reprendre un semblant ou plus de maĂźtrise dans lâunivers de mes pensĂ©es: accueillir une Ă©motion dĂ©sagrĂ©able, calmer une euphorie, traverser une Ă©preuve, couper mon propre dĂ©bit de parole, gagner en sĂ©rĂ©nitĂ©, changer mon activitĂ© cĂ©rĂ©brale, etc. Ce que je veux dire, câest que la pratique de la priĂšre, vue comme cela, nâest pas Ă©sotĂ©rique; pas besoin ici de croire ou de ne pas croire en quoi que ce soit, câest juste crĂ©er en soi un espace de respiration, dâobservation, de concentration, etc. Prier Ă tue-tĂȘte lorsquâelle disjoncte⊠Je pourrais rĂ©pĂ©ter vers ce but tout un tas de mantras; Ă moi de trouver ceux qui me conviennent. Respirer, sâancrer dans le rĂ©el, lâinstant prĂ©sent, et prier pour ne pas penser en boucle. Il paraĂźt en plus que la priĂšre est plus efficace que la mĂ©ditation, car elle active les circuits neuronaux du langage, la mĂ©ditation, elle, Ă©tant plus une intention dâunicitĂ© de connexion et dâouverture avec ce qui mâentoure. Je crois que dans la priĂšre lâeffet de stabilisation mentale est plus important. Ce que je viens dâĂ©crire me semble ĂȘtre de la vulgarisation toute molle de base. Jâavais du mal Ă prendre le crayon pour Ă©crire ce matin, câest tout ce qui est venu⊠Je vais peaufiner et aller vers quelque chose dâun peu plus spirituel; lĂ câĂ©tait juste pour adoucir le rationaliste.
La suite, bientĂŽt
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