Vaincre le Dragon🐉

Mars 2016 https://www.facebook.com/photo/?fbid=10154417012469198&set=a.445793529197
Janvier 2017 https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10155044666634198&set=t.625699197&type=3&theater
et la suite ici https://sylvainleser.fr/2025/04/11/memoires-des-trefonds-2/

Fin 2015 je viens d’ĂȘtre rapatriĂ© Ă  la maison. Je sors d’une clinique de soins de suite oĂč l’on parque en partie des anciens toxicos, alcoolos, zombies en fin de parcours qui ne se sont jamais arrĂȘtĂ©s ou pas Ă  temps et qui souffrent de consĂ©quences lourdes, avec des cancers en phase terminale Ă  tous les Ă©tages. Ils font mĂȘme les soins palliatifs sur place. Dans d’autres secteurs de cette clinique Ă  la dĂ©co surprenante, dĂ©cor Ă  la David Lynch, c’est tout simplement un service de soins de suite oncologique. Je viens de passer plus d’un mois couchĂ© dans un lit qui conserve, dans son matelas profond, l’odeur des centaines de personnes passĂ©es par lĂ . Je confonds mon odeur de sueur acide, sans espoir, avec la leur. Transi de douleurs arthritiques qui me rĂ©veillent toutes les demi-heures, je ne bouffe quasiment plus, tout me dĂ©goĂ»te. Je dĂ©fĂšque parfois, des cailloux. Mon activitĂ© mentale consiste Ă  faire dĂ©filer la longue liste exhaustive de toutes les personnes avec qui j’ai Ă©tĂ© en contact depuis ma tendre enfance. Je les Ă©numĂšre une par une, me rappelle chacune d’elles et, sans jugement, passe au suivant. Je les fais revivre un instant en les retrouvant. Je pars chronologiquement: ma chambre d’enfant, les voisins, l’immeuble d’en face, l’école, le quartier, ma ville, tout le mode y passe je revois toute ma vie et ça m’occupe


Lorsque les infirmiĂšres ou le psy du service dĂ©barquent dans ma chambre pour m’aider Ă  me laver, me raser, me retaper le moral, je fais semblant de dormir. Je suis en train de crever, laissez-moi tranquille, je n’attends ni ne dĂ©sire plus rien. Les trop vivants, je n’ai plus rien Ă  faire avec eux. Je sais que je suis en train de mourir. C’est inconfortable dans tout mon ĂȘtre, la mort qui vient sera un soulagement. La cirrhose hĂ©patique a fait son ravage. Le foie, qui soi-disant ne fait jamais mal, est en train de dysfonctionner; il comprime tous les autres organes. Je ne digĂšre plus rien. MĂȘme un verre d’eau me donne la nausĂ©e.

Les jours passent et n’existent plus vraiment. Il n’y a plus rien Ă  dire. Parler ne sert Ă  rien. Une altĂ©ritĂ© puissante, Ă  trancher au couteau, s’est installĂ©e entre ceux qui vivent et ont des projets, et moi. Ma dĂ©pression est totale. Je n’arrive mĂȘme plus ni ne cherche Ă  prier.
L’angoisse anticipatrice est lĂ , dans toute chose: devant, derriĂšre, sur le cĂŽtĂ©, au-dessus et en dessous. Il n’y a pas d’émotion plus forte, plus stressante et plus angoissante que l’agonie qui s’annonce. Une nuit, je me traĂźne hors du lit pour aller pisser. Je n’allume pas la lumiĂšre et je suis Ă©bahi par le petit jet sans force mais complĂštement luminescent, phosphorescent, qui Ă©claire les chiottes comme les petits squelettes de fĂȘtes foraines. De la “science miction”: comme quoi on apprend des trucs jusqu’au bout. Faut le vivre pour le croire. Je m’enfonce dans ce lit de moribond en conscience et sans lutte. Je sais que rien n’arrĂȘtera cette plongĂ©e vers le plancher. Lorsque j’arrive Ă  me traĂźner en fauteuil jusqu’au fumoir du jardin, je rencontre le regard hagard de mes semblables. Eux non plus ne souhaitent plus vraiment la visite des autres. Il y en a qui toussent Ă  chaque respiration. Les paroles sont rares. Tous se savent malades et miroirs les uns des autres. Ils ne se connaissent pas et respectent le silence et les absences de leur prochain.
Le regard noirĂątre, shootĂ© aux neuroleptiques, Ă©carquillĂ© dans le vide, la bouche en suspens: ils savent qu’ils en sont. Ils font partie de ce groupe qui sera le dernier. Tous sont polis. Parfois, la nuit l’un rĂąle sa vie et l’autre pleure sa trouille. C’est le corps qui cause son cauchemar. L’extĂ©rieur n’est plus envisagĂ©. Les portes se referment par l’intĂ©rieur.

Le psychiatre de ce mouroir* insiste: il y a un traitement pour vous, votre gastro-entĂ©rologue vous attend Ă  St-Cloud pour le commencer. Mais j’en suis Ă  un point oĂč je m’en fous, et tout cela me semble dĂ©passĂ©. Plusieurs fois, depuis que je suis suivi pour cette hĂ©patite chronique active, rĂ©sistante aux interfĂ©rons, on m’a proposĂ© — et j’ai pris — des protocoles de chimio lourde. Ils m’ont Ă©tĂ© bien vendus, mais n’ont rien amĂ©liorĂ©. Je suis suivi Ă  Beaujon depuis 1998, suite Ă  l’échec du premier interfĂ©ron prescrit par mon hosto. Avant d’atterrir Ă  Zombieland, je venais de passer deux mois alitĂ© Ă  SĂšvres, dans le service d’addicto. Cette hĂ©patite est l’une des consĂ©quences de la toxicomanie Ă  l’hĂ©roĂŻne, que j’ai sevrĂ©e en sept jours, la semaine de mes 33 ans. (le premier qui s’en sert sur le rĂ©seau 😏 j’lui envoie mon avocat ou des gitans OuzbĂ©k avec une perceuse) À l’époque, hospitalisĂ© sous X, par l’équipe de l’hĂŽpital des Quatre-Villes de St-Cloud, qui me suit depuis et qui, dans ce coup dur de ma vie, m’hĂ©berge pour ainsi dire, faute de place en mĂ©decine gĂ©nĂ©rale. De lĂ , je partais en ambulance passer des examens jusqu’à Beaujon, et passais des journĂ©es entiĂšres sur des brancards. C’est eux qui contrĂŽlent l’attribution des nouvelles thĂ©rapies rĂ©volutionnaires contre le VHC. Il fallait attendre trois mois la prise de dĂ©cision en collĂ©giale pour pouvoir en bĂ©nĂ©ficier.

Le mĂ©dicament coĂ»tait Ă  l’époque 50 000 euros, et ils avaient genre 90 000 personnes Ă  traiter par ordre de prioritĂ©, Ă  trier. Ceux dont le pronostic vital Ă©tait engagĂ© Ă  moins de trois mois Ă©taient prioritaires — et c’était dĂ©sormais mon cas. Il fallait ĂȘtre au plus mal, proche du trou, pour ĂȘtre enfin sauvĂ©. Je suis en train de crever comme une oie gavĂ©e. Je n’ai plus de souffle. Je ne sais plus comment faire pour dormir. Je ressens des vertiges et des spasmes qui me forcent Ă  tenter de rattraper une respiration bloquĂ©e dans la gorge. C’est vertigineux. À SĂšvres, la gastro de Saint-Cloud Ă©tait passĂ©e me voir Ă  plusieurs reprises pour m’expliquer tout cela. Elle me le racontera plus tard: j’avais, selon elle, une plus sale tronche que mon voisin de chambre, qui, lui, avait le pancrĂ©as en faillite complĂšte — et qui n’est plus depuis. J’entrais en tĂȘte de liste de ses patients pour bĂ©nĂ©ficier de cette bithĂ©rapie miracle.

Toutefois, il lui fallait d’abord aller bricoler et vĂ©rifier quelques varices Ɠsophagiennes, en mode cƓlioscopie endoscopie, fromage et dessert qu’ils disent. Ce jour-lĂ  d’ailleurs, elle Ă©tait venue me voir au prĂ©-bloc, tout juste sorti de l’intervention, encore bien dĂ©foncĂ© par l’anesthĂ©sie, pour me dire qu’elle n’était pas certaine que je puisse bĂ©nĂ©ficier du traitement. Elle devait d’abord vĂ©rifier cela avec mes analyses de sang du matin. Elle me laissait, malgrĂ© le gaz du moment, dans un dĂ©sespoir avĂ©rĂ©. Puis elle est revenue trente minutes plus tard pour me dire que finalement, « oui », que c’était confirmĂ© par Beaujon, la maison mĂšre, et que j’allais rentrer chez moi avec une premiĂšre rĂ©trocession d’Harvoni et de Ribavirine — vu ma cirrhose — dĂ©livrĂ©e par la pharmacie de l’hĂŽpital. Le traitement devait ĂȘtre pris Ă  domicile, sinon il Ă©tait facturĂ© au service. Plusieurs mois plus tard, en la revoyant en consultation, je lui ai fait part du choc de sa premiĂšre annonce. Elle m’a avouĂ© qu’elle avait un mal fou, auprĂšs de ses nombreux patients en attente, avec des annonces du type: vous n’aurez pas accĂšs au traitement. Les critĂšres prĂ©cis exigĂ©s par les dĂ©cideurs pour l’attribution ne sont pas remplis. Ni au rouge. En gros, les chiffres des marqueurs ne vous placent pas en haut de la liste — mais vous allez sans doute mourir avant, d’une autre insuffisance. Alors, le dire Ă  un moment oĂč le patient est attendri sous morphine lui est plus simple. C’est d’ailleurs ce jour-lĂ  qu’elle me reparle de sa visite dans la chambre Ă  SĂšvres, et de mon visage Ă©maciĂ©, jaunĂątre, cireux, malade, qui lui avait fait peur pour mon devenir.

Ø / 27 juillet 2015
I / 27/07/2015 – *Puis un jour, en mai 2013….. ⇣
2 / 27/07/2015
5 / STAFFÉ ! 19 octobre 2015 – je viens de retrouver en mars 2026 ces quelques compte rendu Gastro de St Cloud qui a pris en charge mon traitement… je n’ai pas reçu ou plus, les rĂ©sultats des derniers examens qui ont motivĂ© la rĂ©trocession du dit traitement, je ne me rappel plus si c’Ă©tait le gĂ©notype:1-1a ou le 1-1b mais je penche pour du 1a vu le Rebif 1a qu’on me refilait, oĂč j’en Ă©tais question charge virale, ni les rĂ©sultats du Fibroscann ni l’Actitest ⇱ m’enfin lĂ : c’est explicite, je suis en cirrhose. j’ai son compte rendu opĂ©ratoire du 9 septembre 2015 de recherche d’hypertension portale, m’enfin eux les ont eu, et en ont discutĂ© Ă  Foch en collĂ©giale, puis Ă  Beaujon. Ce que j’apprends aujourd’hui en rouvrant ce dossier en mars 2026, c’est que je dois repasser des examens de contrĂŽle: CƓlioscopie (j’ai 5 ans de retard), Ă©chographie du foie (j’ai 7 ans de retard) et pour ma prochaine prise de sang une recherche: Alpha-foetoprotĂ©ine
3 / 26 novembre 2015
4 /

Je dĂ©bute donc, aprĂšs ces trois ou quatre mois d’hospitalisation dans plusieurs lieux, le fameux traitement, qui doit d’ailleurs ĂȘtre suivi de prĂšs: examens rĂ©guliers, ECG, cardiologie
 Il faut ĂȘtre prudent avec la Ribavirine.
*a) AprĂšs une dizaine de jours, d’ailleurs, je passe toute une nuit sans dormir, impossible de m’allonger, assis sur le bord du lit Ă  me tenir la poitrine tant la douleur est forte, brutale. Les poumons ? Le cƓur ? Je ne sais pas. Et je ne sais pas quoi faire de ça. Je poste sur des forums Facebook privĂ©s d’anciens toxicos comme moi, me demandant si je ne dois pas arrĂȘter une partie du traitement, la Riba’. Les types, des potes — eux aussi cabossĂ©s sĂ©vĂšre par une santĂ© fragile, sĂ©ro VIH, sĂ©ro VHC, ou les deux, parfois mĂȘme transplantĂ©s — me disent de continuer, de ne pas lĂącher, etc. Je n’en fais qu’à ma tĂȘte et j’arrĂȘte la Ribavirine pour les quinze jours qui suivent. et discrĂštement, je ne reprendrai pas la dose complĂšte.

C’est sans doute ce qui m’a sauvĂ© la vie. Ce mĂ©dicament est un cardiotoxique avĂ©rĂ©, et j’ai probablement vĂ©cu cette nuit-lĂ  mon premier prĂ©-infarctus, une prĂ©-crise cardiaque. Je ne le signalerai par peur qu’en partie Ă  ma gastro, qui aurait stoppĂ© tout le traitement — et je serais mort aujourd’hui. Cela dit, autour de vingt jours aprĂšs le dĂ©but de ces mĂ©docs Ă  prendre Ă  heure prĂ©cise: je sens que les muscles capables de tenir mes jambes reviennent. Je me remets debout et peux me rendre par moi-mĂȘme en consultation, puis chercher mes nouvelles doses au bout de trente jours. J’ai commencĂ© ce traitement fin 2015. En mars 2016, elle m’annonce que je suis dĂ©finitivement guĂ©ri. Ma charge virale, qui Ă©tait extrĂȘmement Ă©levĂ©e, est devenue indĂ©tectable. Je suis passĂ© de mille gamma GT fin octobre Ă  la normal, etc. La cirrhose est en train de s’arrĂȘter et va commencer Ă  rĂ©gresser. Elle m’explique que je devrai suivre cela toute ma vie par des prises de sang rĂ©guliĂšres, car ils ont observĂ© chez certains patients l’apparition de cancers du foie malgrĂ© tout. Si on s’y prend Ă  temps, on peut enlever des nodules, mais pas s’ils sont lĂ©gion.

*a) AprĂšs une dizaine de jours de traitement par Harvoni + ribavirine 1000 mg/jour pour HĂ©patite C avec cirrhose, j’ai prĂ©sentĂ© une douleur thoracique intense, brutale, avec impossibilitĂ© de m’allonger, associĂ©e Ă  essoufflement et malaise. Ces symptĂŽmes reflĂ©taient la toxicitĂ© cardiaque directe de la ribavirine, probablement aggravĂ©e par l’anĂ©mie induite par cette dose Ă©levĂ©e. Pour continuer le traitement sans mettre ma vie en danger, j’ai temporairement interrompu la ribav’, ce qui m’a permis de rĂ©cupĂ©rer progressivement. Aujourd’hui, ce protocole ne serait plus utilisĂ©, Harvoni ou un autre antiviral direct moderne Ă©tant beaucoup plus efficace et mieux tolĂ©rĂ© (cf. Vidal – Ribavirine Biogaran

Histoire
_ Selon le laboratoire amĂ©ricain, « la mise Ă  disposition d’Harvoni simplifie le traitement de l’hĂ©patite C », et « cette spĂ©cialitĂ© propose, pour la premiĂšre fois, une stratĂ©gie de traitement complĂšte reposant sur un seul comprimĂ© par jour, sans interfĂ©ron, et uniquement associĂ© Ă  la ribavirine pour les patients les plus avancĂ©s dans la maladie ».
_ https://www.bfmtv.com/sante/hepatite-c-un-nouveau-traitement-a-46-000-euros-agree_AN-201506180054.html
& _ https://www.gilead.com/news/news-details/2014/european-commission-grants-marketing-authorization-for-gileads-harvoni-ledipasvirsofosbuvir-the-first-single-tablet-regimen-to-treat-the-majority-of-chronic-hepatitis-c-patients-with-genotype-1-and-4
& _https://www.has-sante.fr/jcms/c_2022100/fr/harvoni-sofosbuvir/ledipasvir-association-fixe-d-antiviraux-a-action-directe
Le tri _ https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000031107781
_ https://www.fmcgastro.org/textes-postus/no-postu_year/vers-un-traitement-universel-de-lhepatite-c/

⚠ đŸŽ„VidĂ©o sur cette rĂ©volution mĂ©dicale et la priorisation dure _ https://www.fmcgastro.org/wp-content/uploads/file/flash-2017/225/index.html

⚠ Le syndrome de Lazare, ou la difficile gestion de la « rĂ©surrection Â» https://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/infectiologie/le-syndrome-de-lazare-ou-la-difficile-gestion-de-la-resurrection /le Dr Pascal MĂ©lin, prĂ©sident de SOS HĂ©patites. Ces gens qui sortent d’une maladie chronique oĂč ils s’Ă©taient inscrits ne parviennent parfois pas Ă  se reconstruire. C’est notamment le cas de 25 % des patients traitĂ©s ces derniĂšres annĂ©es par le Dr MĂ©lin. Pour ces ex-malades, on parle de « syndrome de Lazare Â», un concept issu de la victimologie, qui dĂ©signe une incapacitĂ© Ă  retrouver sa place aprĂšs une « rĂ©surrection Â» liĂ©e Ă  une guĂ©rison.
Une problĂ©matique Ă©mergente. Si les hĂ©patologues sont concentrĂ©s sur la guĂ©rison des malades, qui doit s’occuper de l’aprĂšs guĂ©rison: les spĂ©cialistes ? Le mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste ? Â« C’est une rĂ©flexion qu’il va falloir mener sur l’organisation de notre systĂšme de santĂ© et sur la cohĂ©rence de notre filiĂšre Â», estime le Dr MĂ©lin. Les malades de l’hĂ©patite C vivent actuellement une situation exceptionnelle: ils sont les premiers patients de l’histoire de la mĂ©decine guĂ©ris d’une pathologie chronique, {……………….. De mĂȘme il faut, selon lui, se mettre d’accord avec le patient qui doit comprendre qu’il ne sera dĂ©barrassĂ© que du virus. Â« S’il avait une cirrhose, le risque d’hĂ©patocarcinome est toujours prĂ©sent,…………}/.

_ DĂ©sordre post-traumatique dĂ» a la perception de sa mort comme certaine et imminente. Le syndrome de Lazare est un terme dĂ©crivant les difficultĂ©s spĂ©cifiques auxquelles doivent faire face les sujets qui ont pu ĂȘtre confrontĂ©s Ă  la certitude de leur propre mort, mais qui ont finalement survĂ©cu. https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_Lazare

En Ă©crivant cela dix ans plus tard, je vais d’ailleurs insister auprĂšs de ma gĂ©nĂ©raliste — pro comblement du trou de la SĂ©cu, qui rechignait rĂ©cemment Ă  me le prescrire — pour qu’elle ajoute le dosage de l’alpha-fƓtoprotĂ©ine Ă  ma prochaine prise de sang


Durant cette aventure, j’ai aussi cherchĂ© de l’aide sur les forums français. Bah
 y avait que dalle. Inactifs Ă  100 %, Ă  croire qu’ils Ă©taient tous morts. En revanche, en tapant par hasard le nom du mĂ©dicament sur Facebook, je suis tombĂ© sur un groupe amĂ©ricain fabuleux, tenu par des rescapé·es de la maladie, les premiers soigné·es: des cas lourds sortis d’affaire, qui encouragent, donnent toutes les pistes et le soutien nĂ©cessaire aux nouveaux, comme moi. Ils partagent mĂȘme les combines pour se rapprocher du labo Gilead et de ses assurances, car aux USA le traitement est Ă  la charge du malade et vaut 100 000 dollars. Aux States, la maladie est surnommĂ©e « le Dragon ». À chaque nouvelle guĂ©rison, on a droit Ă : Bravo, encore un qui a tuĂ© le dragon 🐉— l’inverse de encore un qui a mordu la poussiĂšre. https://www.facebook.com/groups/1548863812014151

Je me rappelle maintenant d’un essaie costaud dont j’avais bĂ©nĂ©ficiĂ© en 1998 chez les champions du foie, pavillon Émile-Sergent Ă  Beaujon. Du Rebif — pour les virus qui se rebiffent — Ă  haute dose, s’il vous plaĂźt. Les toubibs, deux ce jour-lĂ , m’avaient demandĂ© de tirer au sort l’une des quatre enveloppes pour cette Ă©tude randomisĂ©e, quantitative et qualitative. La mienne, selon mon hĂ©patologue, se situait juste en dessous de la plus lourde. C’est ainsi que je suis devenu, aprĂšs signature de multiples dĂ©charges de non-responsabilitĂ© — au vu de ma maladie incurable et mortelle — un cobaye humain. Je me suis donc injectĂ© chaque jour, pendant quarante-neuf semaines il me semble, de l’interfĂ©ron-bĂȘta-humain, 12 ÎŒg B1a, reconditionnĂ© en gĂ©nie gĂ©nĂ©tique, pour tenter de me dĂ©barrasser de mon VHC activement chronicisant gĂ©notype 1(1a). À l’époque, je n’en Ă©tais qu’au stade 2 de la fibrose. Je remplissais chaque jour mon cahier d’effets secondaires. J’étais gris. Je fixais le plafond en dĂ©pression totale. J’attendais que ma compagne rentre du travail le soir pour me faire mon cafĂ© du matin, la nuit. Tous les quinze jours, je prenais un taxi — remboursĂ© par le laboratoire — pour aller faire des prises de sang, ECG, Ă©chographies, etc. Un jour, l’infirmiĂšre — je me souviens trĂšs bien de son regard effrayĂ© — me dit: « C’est la premiĂšre fois que je vois ça. » Le sang qui sortait de mes veines Ă©tait noir.

À aucun moment il n’y a eu la moindre amĂ©lioration, mais ils m’ont encouragĂ© jusqu’au bout de l’étude Ă  continuer, expliquant que cela jouerait positivement sur la fibrose. À chaque visite, je les suppliais de me refiler des Benzos* : je n’en pouvais plus. C’est d’ailleurs Ă  ce moment-lĂ  qu’ils m’ont envoyĂ© consulter le cĂ©lĂšbre addictologue de l’hosto, qui, lui non plus, n’a pas cĂ©dĂ©. J’étais incapable de bosser cette annĂ©e-lĂ . Biopsie finale de sortie: fin et Ă©chec du protocole rathumain. j’apprendrais plus tard que ce mĂ©dicament est utilisĂ© Ă  merveille dans les sclĂ©roses en plaques et a fait la fortune d’un certain labo Suisse. Petit Ă  petit, aprĂšs ça, je suis remontĂ© grimper dans les arbres — mon mĂ©tier — et je me suis mis Ă  me soigner quasi comme en chibiothĂ©rapie intensive (façon de parler) avec des mĂ©decines alternatives intĂ©gratives sĂ©rieuses: du Viscum album Ă  forte dose, en injections. Non pas pour guĂ©rir, Ă©radiquer le virus, mais pour que mon corps lutte lui-mĂȘme contre, tout en prĂ©venant contre le cancer du foie, en boostant le systĂšme immunitaire et pas que. Certes trĂšs controversĂ©s par les ‘GrosPharmas’ par chez nous, mais j’en suis persuadĂ©: ces traitements m’ont retapĂ© de l’expĂ©rience scientifique sus-dĂ©crite et maintenu en vie et en Ă©tat pendant les quinze annĂ©es suivantes. Je passais rĂ©guliĂšrement leur rendre compte; ils Ă©taient plus ou moins d’accord, mais absolument pas contre, ouverts d’esprit au vu de la stabilitĂ© des rĂ©sultats d’examens.

*Puis un jour, en mai 2013⇡, aprĂšs une annĂ©e de tournages nocturnes dans les rues de Paris, j’ai arrĂȘtĂ© ma chibio alternative pour plusieurs raisons et je suis parti vivre en caravane, en forĂȘt, pendant onze mois, sans eau ni Ă©lectricitĂ©, chez des dingues fous, suite Ă  un burn-out dont je ne trouvais pas l’issue en ville. Ni avec le service d’addicto de SĂšvres, qui m’avait expliquĂ© en grande pompe, avec la visite des mĂ©decins dans ma chambre — surtout le chef psychiatre Ă  l’époque — que tout ça Ă©tait dans ma tĂȘte, vu ma vie, et pas dans mon corps. Je le comprends aujourd’hui: l’erreur mĂ©dicale est humaine. Il demande Ă  un interne aux fraises si mon foie tient bon, car je m’en plains; le gars regarde son carnet et dit: « Oui, impeccable. » Le triste con ! Seule une des infirmiĂšres avec qui je discutais dit devant le staff qu’elle me croit, mais, face Ă  ses supĂ©rieurs, se fait rembarrer. Pourtant la cirrhose Ă©tait sans doute dĂ©jĂ  dĂ©clenchĂ©e. Ils n’avaient pas encore les rĂ©sultats des analyses sanguines Actitest-Fibrotest de Pasteur (minimum quinze jours d’attente), revenus quinze jours plus tard: je n’étais plus dans le service et personne ne m’a appelĂ© pour m’avertir que mon corps partait complĂštement en sucette et que la tĂȘte s’adaptait, racontant Ă  tous — et Ă  mon corps — que c’était physique. Ils m’ont totalement ratĂ©. Vu la tartine de mĂ©docs qu’ils voulaient me coller pour un Ă©tat jugĂ© uniquement comme une dĂ©pression anxieuse massive, je me suis barrĂ©. J’avais des vertiges soudains, du stress, une anxiĂ©tĂ© sĂ©vĂšre au contact de mon prochain. Je n’encaissais mĂȘme plus ma prĂ©sence dans les groupes de parole que j’affectionne depuis des annĂ©es. Les rĂ©sultats revenus de Pasteur montrent qu’en mai 2013 j’étais Ă  A3 F4. Je ne serais jamais parti un an vivre en caravane cet Ă©tĂ©-lĂ  si je l’avais su. Mais comme mĂȘme le toubib chef ne me croyait pas, et que je ne pouvais plus respirer en ville, seule la forĂȘt pouvait m’aider; mais je n’y serais pas allĂ© dans de telles conditions
 Et ces mĂ©docs sur un foie malade n’auraient rien arrangĂ©, mais empirĂ© l’affaire
 Donc, j’adore la mĂ©decine de mon pays, pas de problĂšme: juste que, parfois, il faut y regarder Ă  deux fois. Les mĂ©docs en cas de cirrhose, faut relire le manuel les gars! Cela dit, ils prendront bien soin de moi, sans m’avouer la boulette, l’annĂ©e suivante jusqu’Ă  l’obtention du traitement qui m’a sauvĂ© la vie. (je n’ai jamais Ă©tĂ© facile Ă  soigner.).

De retour de ce voyage chez les dingos, je suis retournĂ© consulter. Fibroscan Ă  Foch: rĂ©sultat catastrophique. L’examen, pourtant non invasif et indolore, m’a clouĂ© de douleur. Verdict: F4++. Ils m’ont hospitalisĂ©. Je n’étais plus sortable. La suite est dĂ©crite au-dessus. Le pic de mortalitĂ© liĂ© aux hĂ©patites C chroniques actives chez les non-rĂ©pondeurs aux traitements a eu lieu autour des annĂ©es 2000. Bien moins mĂ©diatisĂ©e que le VIH, ce qui a desservi la recherche. Cette Ă©pidĂ©mie a fait Ă©normĂ©ment de morts dans le monde. Elle Ă©tait incurable jusqu’à l’arrivĂ©e des nouveaux antiviraux « miracles » en 2014-2015, qui guĂ©rissent dans 95 % des cas. AllĂ©luia. Les hĂ©patites B et C tuent plus de personnes chaque annĂ©e que le VIH aujourd’hui, mĂȘme si le VIH reste une cause majeure de mortalitĂ© infectieuse Ă  l’échelle mondiale. Ma frangine est dĂ©cĂ©dĂ© prĂ©maturĂ©ment des longues suites de son Sida, l’un de mes frĂšre toxico et lui aussi ayant la B et la C chronique s’est suicidĂ© croyant en partie ĂȘtre responsable que sa sƓur l’aie contractĂ© avec un type qu’il lui avait prĂ©sentĂ©. L’autre grand frĂšre, quant Ă  lui, est mort d’overdose, sans virus, un lendemain de NoĂ«l*…

On me demande souvent: comment avez-vous attrapé cette merde ?
Je rĂ©ponds: lorsque j’avais seize ans, pour survivre Ă  mon enfance brisĂ©e, je me shootais Ă  l’hĂ©roĂŻne depuis deux ans avec des seringues souillĂ©es rĂ©cupĂ©rĂ©es dans les caves ou les caniveaux, que nous Ă©tions des dizaines Ă  rĂ©utiliser.
(le premier qui s’en sert sur le rĂ©seau 😏 j’lui envoie mon avocat ou des gitans OuzbĂ©k avec une perceuse)
Un jour — comme la plupart des junkies romantiques qui traĂźnaient dans mon quartier bourgeois — je suis devenu jaune, les yeux orange, je chiais blanc. J’ai mis presque une annĂ©e Ă  m’en remettre. J’avais perdu vingt kilos. Le laboratoire du coin m’avait annoncĂ© que j’étais le record de transaminases du 92 pour mon HĂ©patite B. Il devait le dire Ă  tout le monde, mais sur le moment ça m’avait rendu fier de quelque chose. Puis ils m’ont annoncĂ© que j’étais porteur d’une hĂ©patite non A non B — qu’ils ont baptisĂ©e « C » en 1989. Elle a Ă©tĂ© officiellement dĂ©couverte chez moi en 1996. Je me rappelle aussi Ă  quel point j’étais paumĂ© Ă  cette Ă©poque de mon adolescence, oĂč je m’injectais des merdes non identifiĂ©es dans le corps, en pleine quĂȘte identitaire. J’étais mĂȘme jaloux de ceux qui annonçaient qu’ils Ă©taient « sĂ©ropositifs », comme s’ils venaient de s’acheter une nouvelle bagnole qui frime, un blouson flambant neuf, des Nike fraĂźchement importĂ©es — un truc bien classe pour se mettre en avant.

Être reconnu. Montrer Ă  je ne sais qui Ă  quel point je souffrais de quelque chose d’indicible, d’un manque certain. C’était une pĂ©riode oĂč je prenais des risques inconscients quotidiens avec ma vie, Ă  jouer Ă  la mort, Ă  la roulette russe pour de vrai. Quand j’arrivais Ă  l’hĂŽpital, plus le pansement Ă©tait gros, la blessure visible et bĂ©ante, plus on prenait soin de moi. Avant l’ñge de vingt ans, j’avais dĂ©jĂ  atterri plus de vingt-cinq fois aux urgences. Les psys appellent ça de l’Ordalie: j’étais en quĂȘte de repĂšres et je jouais avec ma vie simplement pour me sentir aimĂ©. Mieux valait une identitĂ© de petit droguĂ© dĂ©linquant juvĂ©nile que pas d’identitĂ© du tout. Plein de copains sont morts de l’une ou l’autre de ces deux maladies stigmatisantes. Je ne sais toujours pas comment j’ai fait pour Ă©chapper au VIH. Ma copine de l’époque en est morte. Je me servais de la pompe de personnes infectĂ©es; en plus, Ă©tant le plus jeune, je passais toujours derriĂšre les grands, en fin de session de shoots. Disons que c’est le karma, le destin. Si nous ne sommes pas Ă©gaux devant un carrĂ© de sucre, pourquoi le serions-nous devant un bouillon de poisons en culture ? Sur la quarantaine de paumĂ©s* — plus ou moins jeunes — avec lesquels j’ai grandi, nous ne sommes plus que trois ou quatre survivants. Pour les autres, ce fut le sida, l’hĂ©patite, le suicide, la mort violente, l’accident sous substance, la septicĂ©mie, l’overdose, l’arrĂȘt cardiaque, et j’en passe. Je ne regrette rien, au final, de mon vĂ©cu. Et je sais que je peux — et que je suis — utile Ă  ceux qui sont encore coincĂ©s dans les addictions. Parfois simplement en leur montrant que certains s’en sortent. À ceux qui n’y croient plus, qui pensent que ce n’est pas possible, tant qu’ils n’ont pas rencontrĂ© quelqu’un qui s’en est sorti, en joie, un jour Ă  la fois.

Charge virale en 1999: 15 millions de virus dans le sang… ça avait explosĂ© sur la fin… AllĂ©luia, le virus est indĂ©tectable depuis 2016, nous n’avons pas crĂ©er d’anticorps comme aprĂšs la guĂ©rison de la B, nous pouvons donc la re-contracter…
X 1 an.

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Mai 2015, un besoin irrépressible de revoir ma Normandie, Saint Aubin.

A suivre âŹ‡ïžŽ
_ 1/ Benzos* et Biopsie
_ 2/ Pisser dans le gobelet test drogue pour un camarade de chambre lui sauve la vie.
_ 3/ Ce mouroir* Cette clinique fait aussi de l’addictologie psychiatrie rĂ©adaptation lambda, et plein d’autres services, c’est une grosse boite. Avec un rĂ©fectoire digne de « Vol au-dessus d’un nid de coucou », je l’ai vĂ©cu moi comme un mouroir, mais une grande partie des patients qui y sĂ©journent ne sont pas au stade oĂč j’en Ă©tais. Chacun ses merdes. Vu de ma fenĂȘtre, cette fois-lĂ , ce n’Ă©tait pas avec les en presque bonne Ă©tat que j’identifiais.
..
_ 4/ Un lendemain de Noël *1996, mieux dit ici: https://sylvainleser.fr/2025/04/11/cest-la-vie/
_ 5/ Sur la quarantaine de paumĂ©s
_6/ TAKIWASI
_7/ Médecine Anthroposophique: Le Gui. Les Bûcherons des cimes.
_8/ Le Kibboutz
_9/ Ma vie

1/ Je me suis fait faire ma premiĂšre biopsie Ă  Saint-Cloud en 1996, je ne le recommande pas pour ce geste. Pourtant, ils y avaient mis du cƓur. Je me souviens des deux types en blouse blanche: ils me mettent sur le cĂŽtĂ© — « attention, ça va piquer ! » — et hop, ils ressortent de lĂ  avec un bout de mon foie bien orange comme il se doit et qu’ils me montrent. L’un des deux s’exclame: « elle est grosse », on parle lĂ  de cette carotte de foie. Trop grosse sans doute. Directement, j’ai eu une douleur dans l’omoplate droite, signe de Boas. Deux heures aprĂšs, un pote passe me voir et, dĂšs que je vois sa tronche Ă  lui, je sais qu’on va se mettre Ă  rire. Et ça ne manque pas: on se prend une barre de rire et je finis, au bout de quinze minutes, pliĂ© en deux, Ă  ne plus pouvoir respirer. Ils m’envoient donc faire une Ă©cho en urgence pour vĂ©rifier s’il n’y a pas d’hĂ©morragie
 Je marcherai, me tenant le ventre Ă  la NapolĂ©on, pendant plusieurs mois
 J’étais venu briĂšvement me faire hospitaliser chez eux Ă  ce moment-lĂ , venant de dĂ©couvrir mon hĂ©patite C, suite Ă  un alcoolisme rĂ©cent, fort, intense, violent, mais bref, qui me gĂ©nĂ©rait des douleurs dans la partie droite du ventre

Rapidement, j’ai remplacĂ© l’alcool par un usage massif de benzos
 Échec du traitement de l’Hep C dans ce mĂȘme hosto: ils me dirigent Ă  Beaujon oĂč, deux ans plus tard, rebelote pour mon protocole Rebif, je dois passer une nouvelle biopsie pour l’histologie de l’organe en question. Eux, c’est des pros de la carotte sans douleur. Ils convoquent plein de leurs patients le mĂȘme jour, qui vont y passer une nuit. Ils vĂ©rifient — je ne sais plus comment — mais c’est fait dans la matinĂ©e: la vitesse de sĂ©dimentation. Pour certains, cette petite intervention sera faite par une des veines ou artĂšres du cou; pour ceux qui coagulent bien, et dont je fais partie, ils vont passer juste en dessous des cĂŽtes
 Nous sommes trois ou quatre par chambre, Valium 20 obligatoire. Je connais le benzo; Ă  prĂ©sent, je rechigne Ă  en prendre, mais c’est obligĂ©. C’est l’heure: ils dĂ©barquent tous deux en tenues de chirurgiens, on reste allongĂ© et ils t’expliquent comment respirer durant la ponction — une lettre Ă  la poste.
Du coup, suite au p’tit relaxant du matin, mes deux compĂšres se mettent Ă  ronfler et je m’emmerde. Les benzos me font l’effet de la cocaĂŻne: je dĂ©tourne la molĂ©cule et j’ai un besoin irrĂ©pressible de parler. La tchatche dĂ©barque. Bien qu’on n’ait absolument pas le droit de marcher les premiĂšres heures, dĂšs que le service se calme, je me fais des balades partout dans l’hosto, le tout doublĂ© d’une fringale: je suis Ă  prĂ©sent en quĂȘte de bouffe et je me mets Ă  fouiller
 Lors de cette jolie balade Ă  la recherche des p’tits frigos du staff, je m’égare et descends au sous-sol du pavillon, vers le bloc opĂ©ratoire. Il y a un gars qui hurle Ă  la mort. Je m’approche derriĂšre une fenĂȘtre: le mec a l’air complĂštement absent, inconscient. C’est juste son corps qui s’exprime en criant l’horreur Ă  chaque respiration. Il a des tuyaux qui sortent de partout, ça n’a pas l’air simple ce qu’ils lui ont fait
 Un gars masquĂ©, peut-ĂȘtre le chirurgien du matin, me tapote sur l’épaule et me demande: « mais comment avez-vous fait pour arriver ici ? »
« Ah oui ! », me dit-il aprĂšs une brĂšve explication de mon besoin de compote, de radis et de biscotte, « vous ne supportez pas bien le benzo !», et il me raccompagne gentiment jusqu’à ma chambre en Ă©coutant, en accĂ©lĂ©rĂ© vu mon dĂ©bit de parole, l’histoire de ma vie, avec et sans Benzo


2/ Le service addictopsy de la clinique est une fidĂšle reproduction de ce qu’on va trouver partout dans l’hexagone, la spĂ©cialitĂ© française en addicto: c’est la rĂ©duction des risques et tout ce que cela implique
 (vous avez 4h)… J’ai en mĂ©moire une vision photographique personnelle et dĂ©formĂ©e de mon sĂ©jour en ce lieu, qui sera vĂ©cu diffĂ©remment par tout Ă  chacun, aucun n’y est pour les mĂȘmes raisons. Ce dont je suis certain en revanche, c’est que la bouffe immonde du rĂ©fectoire n’a conquis personne. En revanche le jardin est ouvert jusqu’à minuit il me semble et je crois qu’on peut sortir cloper toute la nuit, il y a mĂȘme une sorte de cabane ouverte qui de loin ressemble Ă  un arrĂȘt de bus, avec son pauvre nĂ©on, pour les jours de pluie et d’hiver des fumeurs. Certes la cigarette tue, mais on va pas se mettre Ă  faire chier ce genre de patients, la plupart au bout du rouleau, ultra mĂ©dicamentĂ©, Ă  la croisĂ©e d’un long chemin. Le weekend certain ont des permissions, il y a des visites, donc il y a du Shit qui tourne, comme partout. Mais ce n’est pas dans le contrat et ceux qui fument des pets risquent l’exclusion dĂ©finitive, 
on peut plus rien pour vous. Au suivant. Mon collĂšgue de chambre, une gars d’une adorable et d’une gentillesse profonde rare, dĂ©barque paniquĂ© dans la piaule, un peu style couillon honteux et comme pris en faute et qui n’ose  dire tellement il est rempli de timiditĂ©: Sylvain, j’ai un truc important Ă  te demander, ils font un test drogue pipi Ă  tous les patients, pourrais-tu pisser dans le gobelet pour moi? Il vient de loin le personnage, il est ici suite Ă  un alcoolisme lourd qui l’a conduit Ă  la rue la vraie, celle oĂč il n’y a plus d’avenir. la cinquantaine et dans l’attente d’une famille d’accueil relais. Se faire virer pour un p’tit joint qui ne dĂ©vie pas le pĂšlerin serait un drame. Alors bien sĂ»r et tout naturellement sans me formaliser je lui fait son demi godet, avec une petite honte Ă  mon tour, car avec une couleur et une mousse orange pareil, je me raconte que le subterfuge ne passera pas
 Chaque annĂ©e depuis ce sĂ©jour, je reçois ses amitiĂ©s, avec un immense et sincĂšre: “encore merci de m’avoir sauvĂ© la vie”. Comme quoi, mĂȘme l’urine sĂ©vĂšrement dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, phosphorescente et mal odorante d’un cirrhotique mal barrĂ©: peut ĂȘtre utile Ă  son prochain
etc


3/ À chaque fois que j’essaie de me remĂ©morer l’évĂ©nement le plus traumatisant de ma vie, celui qui gĂ©nĂ©rerait le plus de stress post-traumatique, c’est un empilage de cumuls qui se prĂ©sente Ă  moi: j’en dĂ©cris un, et c’est un autre qui dĂ©barque. Cette descente aux enfers, vers la mort, avec la dĂ©gradation rapide de la qualitĂ© de vie de ces derniers mois de mon Hep C est dans mon top cinq traumas.
S’ils m’ont hospitalisĂ© Ă  droite Ă  gauche sur plusieurs mois, me qualifiant de non-sortable, c’est qu’à la maison ce n’était clairement plus possible.
Je me souviens de moments oĂč, allongĂ© chez moi, Ă©puisĂ©, dans un inconfort massif avec tout le systĂšme digestif, la gorge prise elle-mĂȘme dans l’indigestion massive, je ne trouvais aucune position soulageante, la respiration en spasme, elle aussi, Ă©courtĂ©e Ă  chaque dĂ©glutition. Je me demandais si j’arriverais Ă  me traĂźner vers la fenĂȘtre, puis le balcon pour me dĂ©fenestrer afin de calmer la souffrance par le choc, m’apportant un quelconque rĂ©pit. J’suis au 7e Ă©tage et, dans ma condition, gonflĂ© de l’intĂ©rieur tout en Ă©tant maigre, je me voyais exploser sur la chaussĂ©e


4/ Je voulais vous raconter une histoire bien plus personnelle, je voulais dire autre chose, une histoire meilleure qui se passerait ailleurs, plus en harmonie avec les fĂȘtes de fin d’annĂ©e. Je voulais sans doute vous montrer un ours. Mais voilĂ : chacun ses merdes et ses joies. La scĂšne originale se passe en banlieue parisienne, un banal fait divers, au lendemain de NoĂ«l. J’avais passĂ© la nuit Ă  veiller la dĂ©pouille de mon frĂšre, gisant la tĂȘte Ă©crasĂ©e et dĂ©formĂ©e sur le tĂ©lĂ©phone dont la ligne Ă©tait coupĂ©e. Il se dĂ©composait bruyamment, l’odeur Ă©tait si collante
 L’ayant dĂ©couvert, je dus rester deux nuits en cage Ă  dĂ©glutir ce mauvais goĂ»t, sans sommeil, jusqu’à ce que l’autopsie soit rĂ©glĂ©e. Il ne s’aimait plus depuis longtemps. L’isolement, le rejet et l’égoĂŻsme Ă©taient devenus un cercueil pĂ©tri d’orgueil. Oui, je l’avais pris en photo ! Un ami, voulant bien faire, accompagna ma main Ă  faire disparaĂźtre les nĂ©gatifs de ces images dans un feu de cheminĂ©e. Mon frangin avait passĂ© vingt ans Ă  Calcutta, il Ă©tait professeur de langues. C’est dans le puissant four du PĂšre-Lachaise que la crĂ©mation eut lieu. Elle fut suivie d’un lĂącher de cendres quasiment poĂ©tique, accompagnĂ© d’un splendide rayon de soleil. Je n’ai pas besoin d’une mĂ©moire d’élĂ©phant pour me remĂ©morer chaque dĂ©tail. J’ai plusieurs clichĂ©s de tranches de ma vie que je n’ai su conserver en images, avec les alĂ©as de mon temps. Seule la peinture d’un auteur pourra m’aider Ă  restituer ces visions passĂ©es. En attendant la toile complĂšte, je photographie les uns et les autres, chemins se faisant, avec le plus d’honnĂȘtetĂ© possible, avec comme prĂ©texte ma propre souffrance en prĂ©ambule. La pĂąte n’est donc pas le fruit du hasard, mais viendrait toujours du vĂ©cu propre. Qui y a-t-il au juste derriĂšre chaque photographe, et de quel type de photographie voudrais-je parler ? 
 Une amie, hier, me confirmait dans mon besoin d’écrire, ce que je fais parfois mais que je lĂąche vite, passant Ă  autre chose, ne finissant pas ce qui a Ă©tĂ© commencĂ© il y a parfois longtemps. J’ai des petits bouts de texte, plus ou moins finis, de ci de lĂ .: https://sylvainleser.fr/2024/02/13/memoires-des-trefonds/ & https://sylvainleser.fr/2024/02/16/manan-de-calcutta/ & https://sylvainleser.fr/2024/02/16/manikarnika-l-inde-a-tue-la-mort/
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5/ Sur la quarantaine de paumĂ©s* – Les anciens schnoufé·e·s reconnaĂźtront peut-ĂȘtre une forme de nostalgie romantique dans cette ambiance d’époque. J’ai dĂ©couvert ce Nick Cave trĂšs rĂ©cemment, petit dernier de la gĂ©nĂ©ration pop-rock 70–80. Je trouve qu’il dĂ©crit trĂšs bien cette noirceur jouissive et cynique des personnes paumĂ©es, qui Ă©taient un chouille plus ĂągĂ©es que moi.
Dans le lot de ceux qui dansent ici, tant bien que mal, mais qui sont Ă  fond dans un ressenti que je qualifie de suspect: ils trippent Ă  donf et le matos a l’air bon; J’ai l’impression de reconnaĂźtre ceux que j’appelais, Ă  mon Ă©poque, les grands: importateurs et importatrices de la dope et des virus, mais aussi de la bonne culture musicale et de nos idoles si nĂ©cessaire, pour ceux qui Ă©taient en manque de repĂšres

Moi, je voulais leur ressembler. Ils avaient un je-ne-sais-quoi que je n’avais pas encore. Mes annĂ©es — nĂ© en 67 — furent plus dures: on n’a pas eu le temps de s’acheter des vinyles, on en a hĂ©ritĂ© ou il fallait les leur voler, ce qu’on a fait. La culture, ça se mĂ©rite.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ein_Gedi & https://x.com/SylvainFreres/status/1458352664815841295?s=20 & https://www.eingedi.co.il/http_new/index.asp?sitename=eingedi

8/
Un thĂ©rapeute dans un centre Minnesota me prend Ă  part. Lui aussi est un ancien; avant, il Ă©tait infirmier en psychiatrie. Il me raconte qu’il est de nature colĂ©rique et que son hĂ©patite C est balaise: qu’il a fait le tour des protocoles et des traitements, mais que ça n’a pas marchĂ©. Il me parle d’un mĂ©decin qui vit Ă  la campagne et qui a pris en charge son mal avec des mĂ©dicaments issus de la mĂ©decine anthroposophique, et que depuis qu’il le voit, sa santĂ© s’amĂ©liore. L’anthroposophie, je ne connais pas, si ce n’est que ma compagne suĂ©doise a Ă©tĂ© scolarisĂ©e dans une Ă©cole Steiner-Waldorf chez elle, et qu’elle m’a toujours dit que c’était l’un des plus beaux cadeaux que ses parents lui ont fait. Cette information me plaĂźt beaucoup, car avoir de beaux souvenirs concernant l’école me semble irrĂ©el, magique; ça devait vraiment ĂȘtre merveilleux, un conte de fĂ©es. Je n’en ai pas de pareil.

Elle et moi, on s’est rencontrĂ©s dans un kibboutz en IsraĂ«l, entre Massada et QumrĂąn, en plein dĂ©sert de JudĂ©e, Ă  Ein Gedi, un oasis magnifique, hors du temps, sur les rivages de la mer Morte. Ce sera lĂ  oĂč je vivrai de mes 19 Ă  24 ans, les plus belles annĂ©es de ma vie. Je fusionne totalement avec les Ă©lĂ©ments d’une nature Ă©poustouflante, en complĂšte rĂ©paration de mon adolescence chelou. Lorsque j’étais plus jeune et que je bossais comme groom, et que je rĂȘvassais dans les salons et les couloirs du Ritz, j’imaginais rencontrer un homme sage, un grand-pĂšre, un savant, quelqu’un pour me guider dans la vie. Je visualisais un vieux plein de sagesse, ressemblant Ă  Hubert Reeves. Ici, en IsraĂ«l, je rencontre tout un tas d’hommes solides et passionnants qui me transmettront toutes les forces dont j’ai besoin pour guĂ©rir et Ă©merveiller mon existence. Je vais sans doute Ă©crire un peu plus sur ces rencontres et sur ces annĂ©es si formatrices de mon devenir. Merci Ă  eux pour l’amour, la force et la confiance qu’ils m’ont transmis. Un scientifique, chercheur Ă©mĂ©rite, avec qui nous bossions parfois dans les vergers d’arbres et les palmiers dattiers: le Dr Hillel Soffer (faisant partie de l’institut Volcani d’Ein Gedi, mondialement connu — jusqu’à la NASA — pour avoir apportĂ© la mĂ©thode aĂ©ro-hydroponique Ă  l’hydroponie et contribuĂ© d’ailleurs Ă  transformer le dĂ©sert en oasis fertile). Lorsque je lui avais demandĂ©: de quoi a besoin une plante qu’on veut cultiver ? Il m’avait rĂ©pondu texto:
« De chaleur, d’air et de lumiĂšre, d’eau, de terre et d’amour. »
Il m’a glissĂ© quelques sagesses de cet acabit. À l’époque, j’étais pĂ©nĂ©trĂ© comme jamais dans ma vie par tous ces Ă©lĂ©ments, ici exceptionnels. DĂšs que nous avions des vacances, nous partions dans le SinaĂŻ, oĂč il y avait peu de touristes Ă  l’époque, juste pour plonger avec des tubas dans les falaises de coraux de Dahab. Tous nos sĂ©jours se finissaient par l’ascension du mont MoĂŻse, aprĂšs avoir passĂ© quelques jours Ă  la belle Ă©toile dans les canyons avec des BĂ©douins. Je travaillais dans les champs. J’avais un grand besoin du contact le plus profond possible, en immersion totale, avec le vivant. Je passais parfois plusieurs jours dans les montagnes qui surplombent Ein Gedi et son jardin botanique, pour des randonnĂ©es de 30 Ă  40 km Ă  crapahuter lĂ  oĂč vivent les bouquetins locaux, une famille de lĂ©opards https://en.wikipedia.org/wiki/Humibaba_(leopard)https://www.ynet.co.il/environment-science/article/r1a11swwny#google_vignette une faune et une flore dont j’observe chaque dĂ©tail au sein de cette rĂ©serve qui ferait pĂąlir de jalousie le Grand Canyon devant tant de beautĂ©.
Une lumiĂšre sublime, des rencontres avec des aigles, des renards et plein, plein de damans (marmotte) https://fr.wikipedia.org/wiki/Procavia_capensis: ils sont craquants. De temps Ă  autre, nous partons quelques mois pour gagner de l’argent afin de voyager plus loin, dans un Moshav de la vallĂ©e de l’Arava , avec des conditions dĂ©sertiques encore plus extrĂȘmes. Autour des maisons, la nuit, des loups et des hyĂšnes viennent fouiller les poubelles. La journĂ©e, nous cultivons plusieurs champs: il fait plus de 40°, il n’y a pas d’ombre. Le voisin mesure presque deux mĂštres. Je n’ai jamais vu un gars aussi costaud. Il se prĂ©nomme « Travail ». Il marche pieds nus sur des scorpions; sa peau tannĂ©e, burinĂ©e, ne craint plus rien. À Ein Gedi les arbres cultivĂ©s auxquels je m’attache le plus sont les palmiers dattiers. En fait, ce ne sont pas vraiment des arbres: malgrĂ© leur hauteur, ce sont des plantes, des tiges. LĂ  oĂč je passe le plus de temps Ă  travailler, c’est dans les vergers d’arbres de pomelos, un fruit hybride naturel entre un pamplemousse et une orange. Plusieurs saisons auprĂšs de ces arbres me transforment: je suis devenu un habitant de ce dĂ©sert et je commence Ă  en connaĂźtre chaque recoin. Les personnes avec qui nous vivions sont elles aussi incroyables, Je vous les dĂ©crirai par le menu, une autre fois, demain matin. C’est un livre en soi. À cette Ă©poque de ma vie, je n’avais rien Ă  cirer de D.ieu, strictement rien Ă  carrer des religions; je ne le cherchais pas encore et n’y pensais jamais. En revanche, tous les jours, j’étais plongĂ© corps et Ăąme dans ces lieux vraiment hors du temps, oĂč la Bible et ses personnages ont vĂ©cu. Les champs oĂč je passe mes journĂ©es avec Igal et les arbres sont tout proche d’une des plus vieilles synagogues du monde, Ă  l’Ă©poque elle n’est pas encore complĂštement mise Ă  jour par les archĂ©ologues, mais tout autour de nous l’ambiance si paradisiaque est une Ă©vidence que tout Ă  commencĂ© dans cette rĂ©gion. J’ai assistĂ© Ă  ma premiĂšre messe catholique, que je ne suis pas, ayant Ă©tĂ© baptisĂ© protestant sans non plus avoir jamais mis les pieds au temple Ă  l’Ăąge de 35 ans passĂ© et ça me faisait tout drĂŽle d’entendre les curĂ©s parler de ces collines, de ces dĂ©serts, de cette terre sainte, des prophĂštes, des rois et compagnie. Perso, je vivais une histoire d’amour qui dure encore, sans doute celle du cantique des cantiques qui cite ce lieu. J’ai eu longtemps le regret de ne pas ĂȘtre restĂ© vivre la bas, j’y suis retournĂ© mais mon dernier voyage remonte Ă  2001. J’aime ce lieu, ses habitants, ils m’ont sauvĂ© la vie. Mes potes sur place avait bien compris que j’avais eu des problĂšmes sĂ©rieux dans mon enfance sans que j’ai besoin d’ailleurs de leur raconter, ils m’ont appris 10 ans aprĂšs que lorsqu’ils avaient envie de fumer un joint ou d’bouffer un cactus, ils s’arrangeait pour que je ne sois pas mis en prĂ©sence d’une quelconque drogue, sans jamais m’en avoir parlĂ©, c’est un des plus beau geste qui soit. Ils m’ont protĂ©gĂ© de mes dĂ©mons.

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8/ Je n’ai pas encore parlĂ© de mon ami Zalman, d’origine irakienne, de 15 ans mon aĂźnĂ©. AprĂšs le boulot j’allais chez lui, quand je n’étais pas Ă  la montagne, chez lui, mes soirĂ©es, chez lui. Il s’était construit avec une vue sur la mer une baraque en bois, Ă  la pointe du site, une sorte de ranch improbable sur pilotis, Zalman Land, ses animaux, ses plantes, et surtout ses cactus que le monde entier vient visiter, des oiseaux, les travaux d’hercule Ă  la romaine, des rochers hyper lourds Ă  dĂ©placer, et le lendemain il changeait d’avis et se remettait Ă  construire un truc gigantesque, le gars avait une capacitĂ© de travail de 17 h par jour et je sais qu’aujourd’hui encore: il est au boulot. Lorsque je revenais les annĂ©es suivantes en touriste, il me proposait toujours de rester lĂ , me reposer plusieurs mois, de prendre mon temps, de revenir. Il a Ă©tĂ© un grand frĂšre pour moi, un oncle ou un jeune pĂšre. Il ne me ratait pas Ă  la moindre connerie, corrigeait ma façon de parler ou de regarder telle ou telle situation. Il parlait peu l’anglais et moi peu l’hĂ©breu mais suffisamment pour me faire comprendre les choses de la vie. Le jour oĂč Tomer est dĂ©cĂ©dĂ©, en mars 1995, j’étais venu avec un pote d’enfance quelques semaines pour lui faire visiter le bled et nous partions en bus de 8 h vers le SinaĂŻ. Zalman est venu nous chercher en tracteur pour nous dĂ©poser Ă  l’arrĂȘt. Il faisait une drĂŽle de tronche, un peu fermĂ©e, j’avais mis cela sur le compte d’une mauvaise nuit, mais en fait il savait dĂ©jĂ  que l’accident avait eu lieu et que si je l’avais su Ă  ce moment-lĂ , il n’y aurait pas eu de vacances en mer Rouge ni la grimpe prĂ©vue au mont MoĂŻse pour moi et mon ami. Alors il a pris la dĂ©cision de ne rien dire et de nous foutre dans le bus. En revenant une semaine aprĂšs, il y avait juste la photo gĂ©ante de Tomer dans la salle Ă  manger commune https://deadsea.run/en/tamar/tomerandgiora/

Zalman, l’homme qui sait tout faire et de toutes les situations, est aussi celui qui creusait les trous au cimetiùre.

le 7 mars 2026 – je me suis levĂ© tĂŽt, Ă©crire le matin me fait du bien, si je recommence demain matin, autre chose viendra, il serait peut ĂȘtre temps que je m’y mette. âŹ‡ïžŽ Pomelos et Dattiers, moi Ă  20 sur les photos de droite et 23 ans Ă  la caisse 23, sur la photo en bas Ă  gauche avec les dattes, c’est Tomer.
https://x.com/SylvainFreres/status/1457912338900717569?s=20 & https://www.facebook.com/watch/?v=1097613607102554&ref=sharing & https://fr.wikipedia.org/wiki/Phoenix_dactylifera

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8/ Moi, un goy paumĂ©, ils m’ont retapĂ© en me partageant leur vies. Tout un tas de choses entraient en moi, en ce lieu puissant, avec amour, confiance, force, courage et une curiositĂ© pĂ©nĂ©trante. Je m’y suis nourri par tous les pores de la peau et de mon ĂȘtre: de soleil, de chaleur, de roches, d’eau, de mer, d’arbres, de fruits, de vĂ©gĂ©tation, d’animaux, d’oiseaux, de montagne. Je grimpe, je travaille, j’apprends, je dĂ©couvre, je marche, je nage, je plonge. Je suis dans un endroit exceptionnel. Je suis jeune, en forme, et mon trop-plein d’énergie est bienvenu ici. De temps en temps, j’ai besoin d’aller travailler dans les palmiers dattiers. On grimpe, on remplace quasiment les abeilles. Les hommes et quelques femmes qui travaillent lĂ  sont toutes et tous passionnĂ©s et fusionnent avec ces presque arbres que sont les palmiers. C’est encore plus sportif, Ă©prouvant, prĂ©cis, risquĂ©. Les futures feuilles, les palmes, sont avant tout des Ă©pines dures, chargĂ©es Ă  l’extrĂ©mitĂ© d’une substance inflammatoire: quand on se pique avec, la douleur est vive. Nos mains endolories deviennent des pinces, des outils vivants qui conservent des jours durant le contact avec la matiĂšre mĂȘme de l’arbre. LĂ -haut, dans les cimes, de cime en cime, c’est un autre monde. Le corps se muscle et reste fin. Les autres, pour qui ce travail est une fusion avec les Ă©lĂ©ments, un besoin, ont tous des personnalitĂ©s fortes et une envie d’immersion dans une tĂąche peu commune. Il y a Roy, un goy canadien arrivĂ© lĂ  en 1967. Parfois Gundi, une goy allemande qui a passĂ© quelques annĂ©es dans les dattes et qui revient de temps Ă  autre. Yoda, d’origine yĂ©mĂ©nite, le boss, l’un des pionniers du kibboutz. Eli R., fondateur des Ă©coles de nature, sauveteur en montagne, Ă©mĂ©rite Ă  l’international et pour l’armĂ©e de l’air https://headstart.co.il/project/86793. Alon, un gĂ©ant taiseux, kibboutznik et militaire, sauveteur. Tomer, un jeune, Ă©lite intellectuelle recrutĂ©e tĂŽt par le Mossad, direction le Shin Bet, oĂč il prĂ©tendait humblement ne pas y faire grand-chose lorsqu’on le taquinait sur le sujet. Une personne d’une lumiĂšre rare, d’une douceur extraterrestre. À l’ñge de cinq ou six ans, il avait jouĂ© au piano Ă  quatre mains avec l’un des plus grands pianistes japonais, devant la nation. Il Ă©tait le meilleur marathonien du pays, jouait du saxo, Ă©tudes de philosophie. Son corps super fin de grimpeur avait des muscles d’une harmonie naturelle que je n’avais jamais vue, ni revue depuis. Il a fait une chute mortelle d’un palmier lors d’un effondrement de terrain. Cinq mille personnes venant de tout le pays se sont rendues Ă  ses funĂ©railles. Perdre une personnalitĂ© pareille Ă©tait inconcevable pour IsraĂ«l. Il serait devenu un Gandhi.
De temps Ă  autre, il y avait deux frĂšres qui venaient donner un coup de main lorsqu’ils n’étaient pas en mission, on ne sait oĂč. Les plus costauds du lieu. Eux aussi commandants, mais pour une unitĂ© spĂ©ciale constituĂ©e uniquement d’autres commandants: des hommes multitĂąches, sachant tout faire. Je partais parfois grimper les falaises avec eux. Car lorsque je ne bossais pas dans les champs, j’étais toujours fourrĂ© Ă  la montagne et partais rĂ©guliĂšrement dormir Ă  la belle Ă©toile pour des marches de 30 Ă  40 kilomĂštres dans le dĂ©sert, les canyons, les wadis, les riviĂšres sĂšches. Ils avaient dĂ©cidĂ© de jauger mes capacitĂ©s de grimpeur encordĂ© en falaise.
Parfois je partais avec le reste du groupe des sauveteurs chercher un disparu dans le dĂ©sert. J’étais douĂ© pour marcher dans les endroits escarpĂ©s, Ă  flanc du vide, dans ces Ă©boulis de roche. Mais lorsque j’étais avec ces types, j’étais Ă©bahi de leur assurance, capable d’aller lĂ  oĂč seuls les Ibex (bouquetin) vont. Ce n’est pas rien. Mon premier rappel, 90 mĂštres, je l’avais fait avec un type qui est sauveteur aujourd’hui. Ils rĂ©cupĂ©raient des cordes qui servaient Ă  l’origine pour l’armĂ©e de l’air: elles servaient Ă  tracter des cibles aĂ©riennes d’entraĂźnement, il Ă©tait pilote de jet. Les harnais Ă©taient faits avec des ceintures de sĂ©curitĂ© de voiture.

Autour de mon verger de pomelos, il y avait celui des mangues. Le patron, Ezra, d’origine irakienne il me semble, Ă©tait toujours en bisbille avec mon patron. C’était toujours un plaisir d’aller lui faucher ses fruits prĂ©cieux.
Il parlait plusieurs langues, une dizaine peut-ĂȘtre, et en Ă©tait fier. De temps Ă  autre il me recrutait, mais je lui faisais bien sentir que je prĂ©fĂ©rais son frĂšre ennemi: Yigal, d’origine russe, qui avait vraiment le rĂŽle de pĂšre de substitution avec moi. MĂȘme si nous ne parlions pas la mĂȘme langue, je lui ressemblais physiquement. Il le savait. Et finalement, mĂȘme sans les mots, comme dans l’échange entre un vrai pĂšre et son fils, quelque chose de subtil passait lorsque nous Ă©tions ensemble. Son champ avait la rĂ©putation de briser le dos. Nous dĂ©gustions aussi de ce cĂŽtĂ©-lĂ . Et lorsque cela se voyait chez l’autre, poser simplement une main sur l’épaule, avec pudeur, juste distance et respect, rĂ©parait la fatigue et rĂ©compensait les efforts du jour. Il y a des moments dans les travaux auprĂšs des dattiers oĂč il fallait plus d’intervenants. Nous avions fini d’enlever les Ă©pines, futures feuilles, pour accĂ©der et dĂ©couper l’écorce contenant les fleurs. Nous allions ensuite saupoudrer, fleur par fleur, du pollen pour garantir plus de fruits sur ce qui allait devenir des grappes de plusieurs kilos. La pĂ©riode de fertilisation Ă©tant assez brĂšve, les anciens — ceux qui avaient parfois passĂ© quelques annĂ©es dans les dattes — revenaient avec nous, les rĂ©guliers du moment. Pendant les pĂ©riodes de rĂ©colte, tous les costauds et les costaudes venaient. Notre grand plaisir, nous qui arrivions tĂŽt le matin, Ă©tait la pause petit dĂ©jeuner dans un restaurant pour touristes qui campaient au bord de la mer. Retrouvailles avec les collĂšgues des champs voisins. DerriĂšre nos bleus de travail poussiĂ©reux, short, rangers: des looks impressionnants, bronzĂ©s foncĂ©, tous des personnalitĂ©s fortes. La vie en kibboutz permet de ne plus se prĂ©occuper de l’argent. Pas de loyer. Tout est partagĂ©. Tous ont le temps de s’adonner Ă  leur passion: les arts, les sciences, la nature, la famille, les Ă©toiles. Des chercheurs, des trouveurs qui se rĂ©alisent dans ce qu’ils veulent. J’ai l’impression qu’ici vit l’élite du pays. Et chaque matin, je dĂ©jeune avec elle.

Lorsque je suis arrivĂ©, je vivais avec les autres volontaires: des Ă©trangers, des Ă©tudiants du monde entier qui, aprĂšs un sĂ©jour organisĂ© en amont, venaient faire l’expĂ©rience kibboutznik puis repartaient au bout de quelques mois. Ils crĂ©aient des liens forts avec les habitants et revenaient parfois d’annĂ©e en annĂ©e. Je suis sur un groupe d’anciens sur Facebook. Oui, cela a transformĂ© nos vies, nous offrant un souvenir incroyable. Un gars dont je n’étais pourtant pas proche me posait, tous les six mois Ă  peu prĂšs, quelques questions sur la maniĂšre dont je voyais ma vie ici. C’est lui qui avait repĂ©rĂ© que j’allais rester, me voyant sans doute passer plus de temps avec les locaux dans mes occupations que dans les fĂȘtes du week-end. Il nous avait proposĂ© de devenir membre temporaire ce que nous avions joyeusement et fiĂšrement acceptĂ©: processus naturel pour devenir membre Ă  part entiĂšre, ĂȘtre complĂštement chez soi, vivre ici jusqu’à la fin des temps. Il aurait fallu que je fasse une tentative avec les religieux de JĂ©rusalem pour devenir juif. MĂȘme si j’échouais, j’aurais pu rester. Plusieurs des goys citĂ©s plus haut n’ont pas rĂ©ussi. Lorsque le rabbin leur demandait: « Vous faites quoi le samedi ? » Le Canadien arrivĂ© en 1967 avait rĂ©pondu: « Je joue au foot et je bois des biĂšres aprĂšs. » Examen ratĂ©. Essaie encore. Le kibboutz n’était pas du tout religieux: sur 500 personnes vivant lĂ , le shabbat, seule une douzaine portait la kippa et faisait une priĂšre dans le bureau de direction. Et il aurait fallu aussi que je fasse l’armĂ©e, pour obtenir la nationalitĂ©. Je suis restĂ© trois ans sans sortir de mon dĂ©sert. Ensuite nous allions voyager dans les pays autour, puis nous revenions. Je suis restĂ© dans la rĂ©gion cinq ans en tout. Ils ne m’ont jamais mis de deadline. Si j’ai un regret dans la vie, c’est de ne pas ĂȘtre restĂ© lĂ -bas. La pĂ©riode oĂč j’y vivais Ă©tait propice Ă  la possibilitĂ© de la paix: entre 1986 et 1991. En 2001, je suis passĂ© voir de l’autre cĂŽtĂ© pour faire des photographies du conflit, aux barricades, Ă  Ramallah. Je me suis fait tirer dessus par mes copains. Il y a des lieux oĂč il y a la paix. D’autres la guerre. Dieu merci, je n’ai pas eu Ă  la faire ni Ă  prendre parti — ce qui m’est impossible.
https://sylvainleser.fr/2025/04/11/photograve/
https://sylvainleser.fr/2025/04/11/photograve/
https://sylvainleser.fr/2025/04/11/photograve/

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« hĂȘtre ou ne pas ĂȘtre, sur les griffes, dieu pour seul tĂ©moin. »

7/ Je rentre avec ma compagne en France, en banlieue, et je ne me vois pas retourner dans l’hĂŽtellerie de luxe en tant que larbin de prestige. Un jour, je vois des types encordĂ©s comme des alpinistes Ă  plus de trente mĂštres de hauteur dans des arbres. La semaine suivante, je tombe sur une affiche de la Ville de Paris qui recrute et forme des Ă©lagueurs-bĂ»cherons. J’envoie mon CV d’agriculture tropicale et une nouvelle aventure commence. J’y ferai une carriĂšre de 22 ans. Je suis bon en taille et soin des arbres d’ornement. On me confie les arbres de l’ÉlysĂ©e. Je passe mes journĂ©es perchĂ© avec mes collĂšgues, les Tarzans des villes.
Je dĂ©couvre aussi nos forĂȘts, par l’intĂ©rieur. Une journaliste du JDD sympa fait un joli papier en page de garde sur moi et mon taf: « L’homme qui parle aux arbres«  (de l’ÉlysĂ©e*). Puis un GĂ©o Hors-SĂ©rie qui publie un dossier de plusieurs pages dans « Arbres et forĂȘts du monde« https://www.amazon.fr/GEO-SERIE-ARBRES-FORETS-MONDE/dp/B008CQEBOK, oĂč je raconte notre mĂ©tier, mes photos et une de P. Chauvel Ă  l’appui. Il est vrai que je communique Ă  prĂ©sent intimement avec les arbres. À plus de trente-cinq mĂštres de hauteur, vous ĂȘtes dĂ©jĂ  dans le gaz de l’alpiniste. Chaque geste de coupe, pratiquĂ© sur des tonnes de bois en rĂ©tention, est dĂ©licat, risquĂ©, dangereux. Votre vie est en danger tous les jours. Une erreur et ça explose. On vous retrouvera projetĂ© et dĂ©capitĂ© Ă  cent mĂštres de lĂ , giflĂ© par une branche de quinze tonnes, et aucun ingĂ©nieur au monde n’est capable de calculer cela pour vous depuis le sol. Vous y ĂȘtes. Le seul juge, c’est vous-mĂȘme: votre expĂ©rience, votre intuition, votre instinct, votre technique. Votre pratique nĂ©cessite une priĂšre avec vos tripes. Tout votre corps, tout votre ĂȘtre Ă©pouse la bĂȘte. Se prĂ©cipiter, c’est la mort. Un geste trop lent, c’est la mort. La seule personne Ă  qui vous devez demander la permission et l’autorisation, c’est Ă  cet ĂȘtre, cet individu unique qui, lui, ne vous parle qu’en vent, en bruit, en odeur. Son Ă©corce est une peau et votre peau en est imprĂ©gnĂ©e dans toute votre chair. Vous sentez son Ă©nergie. Vous ĂȘtes chez lui, en lui. Il est souvent bien plus vieux que vous, parfois de plusieurs siĂšcles. Vous ne pesez pas grand-chose Ă  ses yeux. Il en a vu d’autres. Il vous tolĂšre.
Il vous a vu venir en plus, le long de l’ascension de son tronc, debout sur nos griffes, avec nos cordes, grimpant comme rampant le long de son fĂ»t droit — ou pas — de parfois plus de vingt mĂštres. Vous avez eu le temps de rĂ©aliser que vous quittiez le plancher des vaches. Seuls vos collĂšgues comprennent ce que vous vivez lĂ . MĂȘme les bĂ»cherons forestiers du fin fond des bois, les pieds dans la terre qui font tomber des arbres centenaires, vous diront que jamais de la vie ils ne feraient ça. Ils sont hallucinĂ©s, impressionnĂ©s de la connerie risquĂ©e que vous ĂȘtes en train de faire, et pensent que vous ĂȘtes fou. Ils vont vous regarder grimper et disparaĂźtre lĂ -haut dans le houppier. La peur indique les risques et les dangers. Le mĂ©tier est justement de trancher au juste moment. C’est le prĂ©sent, vous respirez dedans, dans un face-Ă -face avec l’éternitĂ©, un peu hors du temps. Tous les paramĂštres sont mesurĂ©s par vos sens. MalgrĂ© votre courage et votre foi, vous pĂ©nĂ©trez tout de mĂȘme au cƓur de l’inconnu. Votre tronçonneuse devient un bistouri gĂ©ant. Les coupes seront d’une prĂ©cision faites en hyper vigilance. Le moindre son des craquements internes vous fera rĂ©duire ou, au contraire, accĂ©lĂ©rer la coupe. Une fois commencĂ©, il n’y a point d’échappatoire possible. Il faut aller au bout de la tĂąche. Se reculer au moment oĂč l’arbre dont vous avez dĂ©cidĂ© l’angle de la chute, comme on peut le faire au sol, n’est pas de mise. Vous ĂȘtes Ă  25 mĂštres de hauteur. Vingt-cinq tonnes de bois au-dessus de vous vont comme s’envoler devant vous. Les rĂ©partitions de charges sur lesquelles vous agissez sont ressenties par des vibrations profondes, des sons sourds, des bruits plus aigus qui rĂ©sonnent autour et dans ce microcosme qu’est l’arbre lui-mĂȘme. Tous ceux qui se sont retrouvĂ©s lĂ -haut ont pensĂ© Ă  sauter dans le vide quelques instants pour s’Ă©chapper. Un confrĂšre me disait qu’une fois sur dix arbres, c’était la sensation d’un “c’était lui ou moi”. Je ne suis pas passĂ© loin. L’éhouppage forestier est un mĂ©tier rare. À mon Ă©poque, seules cinq ou six personnes faisaient ça dans nos majestueuses forĂȘts. Et parfois, pendant des gĂ©nĂ©rations, il n’y en avait pas. Les arbres qui nĂ©cessitent ce genre de travaux trĂšs spĂ©ciaux ne se rĂ©coltent que tous les 100 ou 150 ans. Et ce genre d’intervention est parfois nĂ©cessaire sur des arbres encore plus vieux: les sĂ©nescents (en fin de vie). Parents directs de la forĂȘt au-dessous d’eux, on anticipe leur chute alĂ©atoire en maĂźtrisant celle-ci: on enlĂšve, par cette mĂ©thode, leur chapeau, les principales charpentes qui tiennent leur tĂȘte, qui, en tombant, Ă©craserait tous les arbres en dessous — leurs propres enfants. Si nous envoyions l’arbre d’un seul coup depuis son pied, comme le font les bĂ»cherons, ces mĂȘmes charpentes, arrivant au sol, briseraient son fĂ»t — le tronc de l’arbre — rendant en partie inexploitable la bille, dont on tire les grandes longueurs de bois, le fruit principal de la forĂȘt que l’on exploite, Ă  cette fin: poutres, longues planches, etc. Ces forĂȘts, les plus remarquables, que l’on exploite depuis des siĂšcles pour construire les bateaux, les cathĂ©drales, les chĂąteaux, les maisons — et autrefois les ponts — ne sont pas dans les coins les plus reculĂ©s du territoire, mais autour des grandes villes. Les fĂ»ts d’antan Ă©taient acheminĂ©s par les fleuves. C’est dans la grande ou moyenne couronne qu’on les retrouve. Les historiens ou les architectes vous en parleront mieux que moi.
C’est en forĂȘt de Retz, sur la route de Soissons, que j’ai, quelques jours de suite, pĂ©nĂ©trĂ© cet univers de l’éhouppage avec un ami qui en vivait. J’ai photographiĂ© son mĂ©tier et j’ai moi-mĂȘme envoyĂ© du bois. Je lui avais demandĂ©, pour prĂ©parer mon sac de grimpe:— J’emmĂšne quoi ? — Un pantalon marron, car tu vas te chier dessus. Il me connaissait pourtant comme l’un des meilleurs grimpeurs-Ă©lagueurs de la ville, premier de concours, super pro en taille douce mĂ©thode Anglaise. Il avait raison.

*Bis Repetita – (en cours de correction, Ă  fusionner avec le texte en dessous ⇣)
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Ce que cela m’a apportĂ© aujourd’hui de me replonger dans ces souvenirs, en vous racontant cela: que la forĂȘt, en son sein, ne laisse pas entrer qui veut. Qu’elle enseigne un savoir et une connaissance sans mots. Qu’elle est un organisme vivant, autonome, intelligent, communiquant, un repĂšre d’énergie. Et que, pour comprendre uniquement sa partie visible, il faut regarder le temps Ă  un autre rythme que le nĂŽtre. Pour sa partie invisible, mystique et mythique, il faut goĂ»ter Ă  d’autres de ses fruits pour savoir. Les druides enseignaient cela.
Ce que je peux vous dire, c’est que le « cerveau » de la forĂȘt, c’est un arbre autour duquel tout s’articule. Et comme j’aime bien chercher, je vais retrouver ce que Goethe dit au sujet de sa feuille; je crois me souvenir que c’est elle son Ă©lĂ©ment fondamental. Nous pourrions pourtant dire que ce serait la graine, qui, elle, contient dĂ©jĂ  son futur semencier. Lui regarde sa mĂ©tamorphose avec aussi un regard archĂ©typal.
Mais nous n’en avons plus depuis Rome. Et ce ne sont pas les quelques couillons de Bretons qui se la racontent druides et paĂŻens du dimanche, faisant des ablutions en forĂȘt de Paimpol, ou ailleurs, pour touristes sauce new age, qui pourront vous enseigner quoi que ce soit. Les Romains ont pĂ©tĂ© cela. Abattu les arbres qui seraient millĂ©naires aujourd’hui. L’Église en a remis une couche. Les scientistes ont fini la tĂąche en Ă©teignant les lumiĂšres. Il faudrait des siĂšcles et des siĂšcles pour les rallumer. Et plus on va vite dans nos sociĂ©tĂ©s matĂ©rialistes et consumĂ©ristes, plus on s’en Ă©loigne. Les chamans importĂ©s, ou ceux Ă  la petite semaine, c’est forcĂ©ment de l’arnaque. Je suis moqueur: il y a parfois du bon Ă  prendre. Mais vous ne les reconnaĂźtrez pas. Ou du moins vous serez dans l’illusion. Pour ĂȘtre enseignĂ©, il faut vivre dedans. Avez-vous le temps ? Une vingtaine d’annĂ©es pour commencer ? Ou est-ce juste un sĂ©minaire en pĂ©riode estivale, une retraite Ă  thĂšme ? Qu’en pense votre ami de l’intelligence artificielle, d’ailleurs ? Je recommande la lecture de « Mythologie des arbres » Jacques Brosse, c’est long mais la prĂ©face et la conclusion devrait suffire, et « La PensĂ©e sauvage » de Claude LĂ©vi-Strauss. Ensuite vous lirez Goethe puis ce que les anthroposophes en disent et lĂ : c’est l’Ă©clate totale.
« L’homme qui parle aux arbres » (de l’ÉlysĂ©e*) Leiserman…
1) ici, de vieux petits textes pas corrigĂ©s oĂč je puise comme aujourd’hui des souvenirs.
(Le p’tit texte de dessous me semble un peu mieux que celui du dessus)
https://sylvainleser.fr/2024/02/13/domaine-des-d-ieux/
7/ Donc ce matin-lĂ , vers 5 h 30, les bĂ»cherons de la parcelle nous attendaient autour d’un feu. Il y avait ce grand type de deux mĂštres, large d’épaules, barbu depuis lurette et sans dents, une bande dessinĂ©e Ă  lui tout seul. Et en face, les frĂšres Tonneaux, pas trĂšs grands, ressemblant Ă  des Humpty Dumpty, des jumeaux, et ils riaient en se moquant du grand qui ne rĂ©pondait pas: « Il vit avec un sanglier, il vit avec un sanglier. »
En effet, le grand vivait avec un sanglier dans sa cabane: une adoption. Alors je demandais aux deux frangins: ils ont quel Ăąge, les arbres ici ? En chƓur, une rĂ©ponse Ă©clair: « 100 ans. » Tous les arbres ont 100 ans. Comme si c’était officiel, une raison d’ĂȘtre, validant la raison mĂȘme de leur existence et de leur prĂ©sence en ce lieu devenant de plus en plus Ă©trange, voire fĂ©erique. Les brumes dans les hĂȘtraies profondes Ă  la fin de l’automne, la saison hivernale, c’est quelque chose. La brame d’un cerf, les troncs argentĂ©s de ces cathĂ©drales gĂ©antes. Merveilleux. Les types Ă©taient ravis de nous voir dĂ©barquer, curieux, car ils me l’ont dit: jamais, au grand jamais, ils ne grimpaient lĂ -haut. Lorsqu’on abat un arbre, un grand arbre, il y a plein de dangers, et si vous les regardez faire, vous verrez que les bĂ»cherons ont toujours une voie et un positionnement un peu en diagonale pour se replier au moment oĂč la coupe est finie et que l’arbre va chuter. Ce chemin de repli est savamment calculĂ©, comme si tous les paramĂštres de chute ou d’explosion laissaient cette possibilitĂ© de fuite. Je parle d’explosion car, en effet, lorsque des dizaines de tonnes en compression se retrouvent bricolĂ©es, l’effet « pomme de Newton + compression » est bien prĂ©sent. Gare au bricolage: regardez donc sur YouTube ceux qui ont voulu faire des Ă©conomies en se la racontant: « Je vais le faire moi-mĂȘme. » On ne s’improvise pas bĂ»cheron.

*Bis Repetita – (en cours de correction, Ă  fusionner avec le texte au dessus⇡) //TEXTE EN COURS D’ÉCRITURE NE PAS REPRODUIRE EN L’ÉTAT SOYEZ PATIENT VRAC D’IDÉES EN MATURATION//.
En haut, Ă  plus de 25 mĂštres du plancher des ronces, il n’y a pas d’échappatoire. C’est le mĂȘme boulot qu’en bas, au niveau des coupes et des entailles directionnelles, mais vous allez devoir rester lĂ , collĂ© et soudĂ© amoureusement Ă  votre Ɠuvre. Votre tronçonneuse est un bistouri gĂ©ant. L’erreur, malgrĂ© toute votre expĂ©rience et 99,99 % de calculs empiriques: une petite branche de la taille d’un crayon Ă  papier dans un des arbres voisins, et le bouquet de plusieurs tonnes vrillera et vous retombera dessus. Un arbre sur dix, et vous ferez l’expĂ©rience de: « C’est lui ou moi. » Je ne suis pas passĂ© loin. L’accident est mortel quoi qu’il arrive. Vingt minutes inconscient dans un harnais et la moelle Ă©piniĂšre ne rĂ©pond plus. Mais en gĂ©nĂ©ral, si un truc se passe, c’est la bille qui se pĂšte: le truc explose et vous allez exploser avec, vous faites pas le poids, ou ĂȘtre projetĂ© comme un pantin Ă  cent mĂštres de lĂ . Sauter en cas de problĂšme ? Bah, je dois vous l’avouer, on y a tous pensĂ©. Alors il s’agit d’une priĂšre tripale et sauce paĂŻenne, non religieuse, qui nous unit Ă  l’arbre dĂšs les premiers mĂštres d’ascension. Qui a dĂ©jĂ  essayĂ© les griffes de grimpeur dans l’assistance et au sein de mon club de lecteurs ? 

C’est bien ce que je pensais. https://www.youtube.com/watch?v=H8ILqgJBcrQ&t=235s
2) ici, de vieux petits textes pas corrigĂ©s oĂč je puise comme aujourd’hui des souvenirs..
https://sylvainleser.fr/2024/02/13/meprise-science-et-raison/
Nous Ă©tions Ă  Cassis dans le sud, avec une Ă©quipe espagnole elle aussi en formation chez le roi de la grimpe et du matos de pointe pour un stage de formation d’abattage d’arbres par dĂ©montage sous forte contrainte. le type s’appelle Stephen King.
3) ici, de vieux petits textes pas corrigĂ©s oĂč je puise comme aujourd’hui des souvenirs…
https://sylvainleser.fr/2024/02/13/farouche-forash/

“MĂȘme quand la blessure guĂ©rit, la cicatrice demeure.”

« Tu trouveras dans les forĂȘts plus que dans les livres. Les arbres et les rochers t’enseigneront les choses qu’aucun maĂźtre ne te dira. »

7/ PrĂ©ambule — Je ne vais pas ici uniquement faire le procĂšs idiot, conspi-complotiste, de la mĂ©decine allopathique qui nous concerne tous et qui sauve tant de vies, celle Ă  qui je dois la mienne. Alors certes, elle fait des erreurs; soigner est un art. L’hĂŽpital et son hospitalitĂ© rĂ©publicaine, dans un monde idĂ©al, sont sans doute l’une de nos plus belles valeurs. Ils m’ont parfois ratĂ©, mais leur pourcentage de rĂ©ussite sur moi est Ă©norme. La bouteille pleine ou la bouteille vide. Avec mon virus VHC Ă  forte charge virale, j’ai dĂ©gustĂ©. Certains l’ont pĂ©cho, ont guĂ©ri spontanĂ©ment; d’autres ont vĂ©cu avec sans autre effet que de s’en savoir porteurs, d’autres en sont morts. Me concernant, ce ne fut pas qu’un mal pour un bien comme expĂ©rience, mais aussi la porte d’entrĂ©e vers d’autres façons de se prendre en charge soi-mĂȘme: chercher, tĂątonner, vĂ©rifier, trouver, apprendre, garder raison, grandir et faire des choix. Eux, parfois, durant cette pĂ©riode ont pratiquĂ© sur nous de la science pure, oubliant la mĂ©decine mĂȘme, la mixant, pour le bien de tous. Ils ont pataugĂ© pendant 25 ans. Je me suis vu proposer des protocoles Ă  l’AP-HP oĂč ils voulaient me rĂ©munĂ©rer pour ma prise de risques. Finalement, ils nous ont sauvĂ© la vie. Je me souviens, au pavillon Émile-Sergent, de rencontrer un des toubibs qui organisait une Ă©tude. Le bureau qu’il utilisait pour cela semblait dĂ©saffectĂ©, rempli de cartons de bouteilles de champagne, des cadeaux des labos. Ces mĂ©decins sĂ©rieux n’en avaient pas ouvert une seule: juste des cartons en plus. Le couloir de ce service, qui menait Ă  cette aile, Ă©tait une sorte de tunnel de cartons remplis d’études — faites, en cours, aux archives, aux encombrants — que des Ă©tudiants, peut-ĂȘtre, un jour, ouvriraient pour faire une thĂšse
 ou pas, la science avance. L’image de ces bouteilles, cadeau empoisonnĂ©, lĂ  oĂč l’on meurt de cirrhose — mĂȘme si elle est non alcoolique — m’avait choquĂ©. Certes, cela ne respirait pas non plus l’ambiance des marquis de salon des reprĂ©sentants des gros-pharmas, mais les recoins poussiĂ©reux des vieux hĂŽpitaux Ă  la peinture dĂ©labrĂ©e. En fait, ce qui m’avait interpelĂ©, c’est que ce toubib, affairĂ© Ă  chercher des patients avec des critĂšres bien prĂ©cis, lorsque je lui demandais: « Mais d’oĂč vient cette molĂ©cule que vous voulez me refiler (pour 5 000 la semaine) ? », n’avait pas su me rĂ©pondre. Juste surpris de la question, du contexte; nous Ă©tions lĂ  tous deux, mais en dĂ©calage. À cette pĂ©riode, j’avais dĂ©jĂ  vĂ©cu un protocole lourd de recherche qui fut un Ă©chec; il Ă©tait donc naturel que je pige ce par quoi j’allais passer. La mĂ©decine est lĂ  pour soigner, pas pour vous faire prendre un risque non Ă©clairĂ©.
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7/ À suivre, une douzaine d’annĂ©es sous Viscum Quercus Album
Ă  haute dose m’ont permis d’attendre le traitement miracle de la mĂ©decine dite allopathique.
🐍 https://www.mistletoe-therapy.org/ 🐍 https://www.ivaa.info/key-issues/oncology/ 🐍 https://www.damid.de/verstehen/forschung/onkologie.html 🐍 https://iris.who.int/server/api/core/bitstreams/de936ddd-84d9-4d24-9c96-379d8ada3551/content

La haine virtuelle en ligne existe, je l’ai vĂ©rifiĂ©, je vais me lĂącher, ça dĂ©foule ⇣
Histoire de vous dire que ce ne sont pas des charlatans, que les sciences avancent, et que tout ce que vous allez entendre Ă  leur sujet en France relĂšve d’un enculage avĂ©rĂ© de la part de la gros-pharma, qui s’est en plus acoquinĂ©e avec la police de la pensĂ©e du pseudo-anti-sectarisme Ă  la française: l’ignoble Miviludes (qui perd actuellement tous ses procĂšs, sur la forme et sur le fond). Les procĂšs douteux, organisĂ©s en loucedĂ© par l’Ordre des mĂ©decins et celui des pharmaciens, qui d’ailleurs prennent leurs racines sous le gouvernement de Vichy, et qui ont de surcroĂźt lancĂ© les monstres influenceurs des courants nĂ©o-zĂ©tĂ©tiques, pseudo-rationalistes, pseudo-sceptiques, Ă  son encontre, dans une immonde chasse aux sorciĂšres. La mĂ©decine anthroposophique est aujourd’hui reconnue par l’OMS, et il y a quinze mĂ©ta-analyses qui prouvent les bienfaits de ces traitements au gui en oncologie. Deux hĂŽpitaux communautaires en Allemagne la pratiquent et sont chaque annĂ©e les mieux classĂ©s du pays, etc. Les ordures qui tapinent pour les lobbies vont vous raconter, en mentant — et ils le savent — que ce serait faux, en vous sortant une Ă©tude dĂ©passĂ©e, 100 % bidouillĂ©e, toujours la mĂȘme. J’ai l’air fĂąchĂ©, mais je ne le suis pas. J’ai juste passĂ© cinq ans Ă  observer et Ă  confronter leurs minables manĂšges sur la toile. Ils sont mauvais, malsains, menaçants, dangereux, orduriers, et tellement en tort et en faillite que, vu de leur fenĂȘtre, tous les coups sont permis. La honte, la vraie. Dans un monde de justice, ces connards seraient au trou. C’est le pot de terre contre celui de fer.
Sachez aussi que ceux qui tiennent les rĂȘnes et envoient leurs larbins vous dĂ©foncer dans ce genre de guerre idĂ©ologique, politique, mĂ©diatique et financiĂšre, au moindre pet foireux, vont se faire soigner en Suisse, dans des cliniques anthroposophiques.
(Je n’avais pas prĂ©vu d’écrire lĂ -dessus aujourd’hui, mais bon, prenons ce qui vient
) ⇣
Je l’ai constatĂ©, je les ai vus Ă  l’Ɠuvre. On les surnomme “les gardiens de la raison”. C’est une grosse affaire, opaque. Ils sont dĂ©noncĂ©s ici: https://www.editionsladecouverte.fr/les_gardiens_de_la_raison-9782348046155 & https://basta.media/Convention-citoyenne-pour-le-climat-Reseaux-sociaux-manipulations-astroturfing-comment-les-lobbys-industriels-avancent-masques-Livre-Les-gardiens-de-la-raison Ils se revendiquent comme des garants de l’esprit critique; ce sont des cyniques abrutis et, dans le fond, c’est un esprit sinistrĂ© qui apparaĂźt.
Ils vont vous conter des fables, massivement appuyĂ©es par toute l’ingĂ©nierie sociale harcelante qu’est l’infĂąme zĂ©tĂ©tique: une vĂ©ritable saloperie haineuse, une meute sur les rĂ©seaux sociaux, qui vous agresse directement — communication impossible.
Ils vous tombent dessus Ă  bras raccourcis et font tout pour vous salir, vous dĂ©truire en ligne, pour commencer et plus si vous rĂ©sistez. Il n’y en a pas un d’honnĂȘte, pas un. Que ces traitements seraient dangereux. Brandissant des fausses preuves, fallacieuses et rĂ©futables, et alertant sur une soi-disant dangerositĂ©, comme quoi cela aurait tuĂ©, et que deux mĂ©decins auraient Ă©tĂ© interdits de pratiquer Ă  la suite de procĂšs injustes et tronquĂ©s. Transformant les verdicts et vous noyant sous de fausses affirmations: cette mĂ©decine tue. J’ai appris plein de choses sur ces organisations de geeks, grouillots de la Pravda. Alors oui, je ne mĂąche pas mes mots, mais tous ceux qui en ont Ă©tĂ© victimes et en ont fait les frais, simplement pour dĂ©fendre une quelconque idĂ©ologie, tombent d’accord sur le fait que ce sont les pires des pires. On dirait qu’ils sont recrutĂ©s pour haĂŻr et “buter” l’autre sur le web, comme dans les jeux vidĂ©o violents dont ils sont issus. Ils se la racontent, genre centre gauche bien-pensante, voulant dĂ©noncer le racisme et tout ce qui serait sale chez l’autre, alors que c’est d’eux qu’il s’agit avant tout, prĂŽnant une grande ouverture, mais se conduisent tous comme des fachos puants, des dĂ©lateurs, des corbeaux des rĂ©gimes totalitaires, des porcs qui s’ignorent. Autant le dire: je n’ai jamais vu pire scĂ©lĂ©rats vicelards et y a des personnes qui s’en servent, valent-elles mieux qu’eux? Incroyable ce qui peut se rĂ©vĂ©ler comme bassesses derriĂšre un Ă©cran. Dans les faits, ce qu’on a reprochĂ© Ă  ces deux mĂ©decins — qui ont d’ailleurs repris leurs activitĂ©s aprĂšs quelques annĂ©es d’interdiction d’exercer —, c’est de ne pas avoir su persuader leurs patients, dĂ©jĂ  mĂ©tastasĂ©s et Ă©puisĂ©s par les traitements conventionnels, de reprendre une chimiothĂ©rapie lambda, alors qu’ils cherchaient un soulagement alternatif Ă  ce qui leur Ă©tait proposĂ© et qui ne fonctionnait pas.
Factuellement, et mĂȘme en allant dans leur sens, si cette mĂ©decine avait tuĂ© deux patients — ce qui, d’ailleurs, n’a pas eu lieu —, il s’agirait de deux personnes mortes d’un cancer qui n’auraient pas obtenu de traitement adĂ©quat, dont elles ne voulaient plus. Deux personnes en cinquante ans de mĂ©decine anthroposophique en France. OK, c’est terrible; condolĂ©ances aux familles
 Combien de personnes sont mortes Ă  la suite de traitements chimiothĂ©rapeutiques mal faits, mal conduits, mal adaptĂ©s, inadĂ©quats, en France ces cinquante derniĂšres annĂ©es ? Combien de scandales ont eu lieu en raison d’erreurs avĂ©rĂ©es des Big Pharma ? Allez voir sur Google et tapez dans la barre de recherche: “scandales liĂ©s Ă  des chimios foireuses”. Des dizaines de milliers de victimes
 Certes, d’autres ont eu la vie sauve.

Ma colÚre étant déposée, je vais à présent vous raconter ma rencontre avec ce personnage

Je connaissais l’un de ces mĂ©decins et, justement, je le voyais Ă  titre amical durant son interdiction passagĂšre de pratiquer. C’est la famille de la patiente qui avait portĂ© plainte, famille sortie dont ne sait oĂč et aprĂšs coup, j’imagine. Était-elle lĂ  durant sa maladie Elle lui avait signĂ© une lettre pour ĂȘtre accompagnĂ©e, Ă  titre compassionnel, par cette thĂ©rapie moins agressive, en connaissance de cause. Elle se savait condamnĂ©e, en avait assez de l’absence de rĂ©ponse Ă  sa souffrance, avait dĂ©jĂ  tout essayĂ©. Donc, en gros, on aurait dĂ» filer une mĂ©daille Ă  ce type s’il avait Ă©tĂ© jugĂ© honnĂȘtement, ce qui ne fut pas le cas.
Il a continuĂ© de voir ses patients en tant que naturopathe; il ne leur a rien prescrit durant cette pĂ©riode. Il ne l’a pas ramenĂ© et a fait le dos rond, ne se dĂ©fendant pas publiquement, sachant que face Ă  ces forces obscurantistes ayant une capacitĂ© de nuire sans limite, petit mĂ©decin de famille ou de campagne, il ne ferait pas le poids. Je n’ai plus jamais trouvĂ© une photo de lui sur le web; il s’est effacĂ© discrĂštement, mais a continuĂ© d’enseigner, de faire des confĂ©rences en France et Ă  l’étranger, d’écrire des ouvrages de mĂ©decine.
Il Ă©tait professeur de mĂ©decine anthroposophique, un grand homme, un vĂ©ritable sage que des personnes venaient consulter de toute l’Europe et qui n’aurait jamais tolĂ©rĂ© faire prendre le moindre risque Ă  ses patients.
J’ai lu presque tous ses livres. Vous devriez

🐍 https://data.bnf.fr/fr/see_all_activities/12505350/page1 ⇣
7/ Je viens d’écrire plein de petits bouts du N° 7/ m’égarant dans d’autres souvenirs
 Ă  la base je devais simplement parler de J.H. Dubreuil, mĂ©decin. Je vais le faire ici
 car ce que je viens de pondre, n’est pas franchement super et mĂ©riterait une retouche complĂšte, un approfondissement

Au dĂ©but des annĂ©es 2000, je prends rendez-vous avec Dubreuil, c’est Ă  plus de 100 bornes. Son cabinet de mĂ©decine gĂ©nĂ©raliste est rural; il y a deux mĂ©decins. Dans la salle d’attente, ce sont des gens simples, loin de la grande ville: enfants, vieux, paysans, des locaux. Me voici assis sur une chaise en face de lui. Il m’ausculte sĂ©rieusement; cela fait des annĂ©es qu’aucun toubib n’avait pris presque 1 h pour faire un point profond sur l’ensemble: quelques palpations, quelques mouvements, quelques mesures. Puis il me pose plein de questions. Assis Ă  prĂ©sent en face de lui, Ă  2 ou 3 mĂštres, on se regarde fixement; une sorte de fond d’Ɠil mutuel s’établit. J’ai la ferme impression, lors de ce long Ă©change intense de plus de cinq minutes, que la lumiĂšre mĂȘme a changĂ©, que beaucoup de choses viennent de se passer. Il m’explique avec simplicitĂ© qu’il y a un mĂ©dicament pour m’aider Ă  guĂ©rir, Ă  lutter contre; que cela n’agit pas du tout sur le virus, mais sur l’état gĂ©nĂ©ral et, plus prĂ©cisĂ©ment, bla bla bla
 et dont l’administration en injectable est trĂšs prĂ©cise, avec des sĂ©ries de sept, un jour sur deux: 0,1, pause ; 0,1, pause ; 10,0, pause ; 10,0, pause ; 20, pause ; 20, pause ; 20, pause. Et on recommence la sĂ©rie de la mĂȘme maniĂšre, et on se revoit dans trois mois. Il me fait toutes les mises en garde possibles: l’effet recherchĂ©, attendu, les rĂ©actions. À 20 mg, juste aprĂšs l’injection dans la rĂ©gion du foie, une boule dure de chaleur se forme et se dilue peu Ă  peu dans tout le corps; la langue picote, la racine des cheveux picote; toute la peau est pĂ©nĂ©trĂ©e par une Ă©paisseur qui se diffuse avec chaleur; le poison est goĂ»teux et il agit. Ce n’est pas rien, surtout la ou les premiĂšres fois. Et c’est le moment oĂč vous vous posez la question de comment vous allez faire pour expliquer ça au mĂ©decin des urgences si vous paniquez: — Bonjour, je viens de m’injecter du gui et j’ai un coup de flippe ? J’ai une autre prĂ©paration Ă  m’injecter, Ă  base de feuille de tomate, quelques triturations et de l’homĂ©opathie
 Je serai trĂšs observant avec le gui, le Viscum quercus album, et moins avec les autres. Je le revois, et il est content car, en vrai, je ressens un peu plus de force les mois suivants, surtout lorsque je grimpe dans les arbres les jours oĂč je suis Ă  haute dose. Étrangement s’installe comme un besoin tĂ©nu de cette dose forte, naturelle, Ă©picĂ©e, et de la force gĂ©nĂ©rale que je reprends ces jours-lĂ . Ça joue sur mon moral. Je lui en parle; il me rĂ©pond qu’en effet c’est devenu mon mĂ©dicament: tout mon corps a pigĂ© que c’était bon pour lui. L’ambiance, la confiance, mon implication ne sont plus du tout les mĂȘmes que celles que j’avais avec mes mĂ©decins de l’hosto qui, avec ma maladie et n’ayant pas grand-chose Ă  me proposer — aux vues de cette pathologie Ă  l’époque incurable — que la possibilitĂ© de me proposer de la chimie lourde et toxique, dĂ©pression garantie, avec un nouveau protocole qui rend tout gris, une nouvelle combinaison avec ou sans perte de cheveux, en double aveugle comme ça personne ne sait, personne ne dit et on se renvoie des grimaces devant la dĂ©gradation gĂ©nĂ©rale: peut mieux faire. Les mĂ©decins ne vont pas vous laisser sans rĂ©ponse; ils veulent vraiment vous soigner. Et forcĂ©ment, sans mĂ©dicament il va bien falloir en inventer de nouveaux et les essayer sur vous, si vous ĂȘtes partant, au nom de la science, un grand pas pour l’humanitĂ©, etc. Heureusement ma toubib de l’hosto a de l’humour.
Une fois, sur un protocole qu’on me propose, elle me sort que rien que pour le fric, l’innocuitĂ© de la molĂ©cule et les quinze jours de l’essai — hospitalisĂ© sans quitter le lit, avec une prise de sang par jour et un « bonbon musclĂ© » le matin— qu’elle ne serait pas contre ce genre de vacances, le faire sur elle-mĂȘme aux frais de la princesse mais que faute d’ĂȘtre une infectĂ©e, etc.

Je m’étais fait accompagner par un ami qui a le mĂȘme genre de pathologie que moi. Dans la voiture au retour, il me demande: — Et alors ? Je lui rĂ©ponds que je viens de rencontrer la personne qui a sans aucun doute le plus de savoir et de connaissance au monde; surtout qu’il a fait au moins cinquante mille ans d’études et de pratique, de sagesse et de respect de l’autre; qu’il accueille l’humain en face de lui avec une bontĂ© telle que je croyais ne jamais un jour rencontrer. On se marre, et dorĂ©navant nous l’appellerons ensemble le Druide. 🐍 https://data.bnf.fr/fr/see_all_activities/12505350/page1
Les annĂ©es passent. Je suis Ă  nouveau un arbre — pardon, je suis Ă  nouveau huit heures par jour un arbre — non ; je regrimpe fusionner tous les jours avec les arbres. Et je passe Ă  des sĂ©ries de gui plus fortes: 10, 10 ; 20, 20 ; 40, 40, 40. La premiĂšre Ă  40 mg: je faisais une sieste aprĂšs avoir passĂ© la matinĂ©e dans un chĂȘne et, dans un demi-sommeil, j’ai la visite vĂ©cue comme trĂšs rĂ©elle, dans ce songe, d’un Ă©norme oiseau de la taille d’un aigle qui rentre dans la piĂšce et se pose sur moi en repliant ses ailes gĂ©antes, et qui me regarde avec le mĂȘme type de lumiĂšre qui se contracte, changeant les couleurs, comme lorsqu’on fixe un point Ă  l’horizon — que j’avais ressenti lors de ma premiĂšre rencontre avec
 le druide

Ces derniĂšres annĂ©es, j’ai passĂ© Ă©normĂ©ment de temps Ă  relire Jung et les archĂ©types. Je suis en psychothĂ©rapie analytique avec un Grec, psychiatre et addictologue de renom; lui aussi aura fait office de bon pĂšre pour moi.
Comme dirait Nietzsche: « Si l’on n’a pas un bon pĂšre, on doit s’en donner un. »
Lui, je le vois depuis fin 95. Je l’ai rencontrĂ© Ă  l’hosto car, en revenant d’IsraĂ«l et du Proche-Orient — oĂč je n’avais consommĂ© qu’un seul joint avec des BĂ©douins en cinq ans — j’ai rechutĂ© Ă  la poudre en revoyant mes amis d’enfance. Puis ma compagne, m’ayant fait une guerre totale Ă  la drogue, a laissĂ© l’alcool s’immiscer discrĂštement dans ma vie, avec un dĂ©clenchement d’alcoolisme massif et bref: la pĂ©riode oĂč l’on a dĂ©couvert mon hĂ©patite
 Aussi, j’ai vraiment besoin de comprendre ce mĂ©dicament qui me va bien et qui m’a relevĂ© de l’état dĂ©pressif dans lequel je suis sorti aprĂšs une annĂ©e sous Rebif. Alors je lis presque tous les bouquins de mĂ©decine du Druide et plonge Ă  prĂ©sent dans l’anthroposophie de Rudolf Steiner, avec ses livres majeurs: La Philosophie de la libertĂ©, La Science de l’occulte, L’Initiation, La ThĂ©osophie. Le seul que je ne lis pas Ă©tant Le Christianisme comme fait mystique. Mais je m’en coltine plein d’autres durant une douzaine d’annĂ©es: sur la psychologie, Ă©crits par des psychiatres ou des mĂ©decins anthroposophes, et beaucoup d’autres concernant la nature, les ĂȘtres Ă©lĂ©mentaires, avec du Goethe et ses descendants idĂ©ologiques. Il y a une librairie Ă  Paris sur ce sujet, une bibliothĂšque bien fournie. Dans La Science de l’occulte, j’ai l’impression d’une description et de voyages sympatoches d’un type qui a dĂ©collĂ© bien haut dans des rĂ©gions qui font Ă©cho aux grands voyages sous LSD de ma jeunesse curieuse. J’apprendrai plus tard qu’Einstein avait dit de lui Ă  un ami sortant d’une de ses confĂ©rences: « Dites-moi, quel genre de chou cet homme a-t-il fumĂ© l’autre jour ? » En gros, on peut dĂ©coller bien haut, mĂȘme sans champignon. Et c’est ce Ă  quoi je m’attelle: avec un peu de yoga de ci de lĂ , de l’acupuncture, de la mĂ©ditation, de la priĂšre surtout, des exercices — les fameux six exercices complĂ©mentaires d’Athys Floride — et hop, je continue la pratique de L’Initiation, tous les jours Ă  mon rythme
 Je n’ai jamais frĂ©quentĂ© “d’anthroposophes”. Le seul que je vois, trois fois par an, est ce mĂ©decin de famille Ă  la campagne qui adapte mon traitement. Comme je le dis plus haut, je n’ai jamais rencontrĂ© une personne aussi sage, prĂ©venante, intelligente, qui ne fait que me transmettre de la simplicitĂ© et du bon sens paysan de haut vol. J’ai enfin rencontrĂ© mon Hubert Reeves Ă  moa, dont je rĂȘvais: une personne capable de faire mouche dans ses explications avec n’importe quel type d’auditoire — que ce soit auprĂšs d’un scientifique aguerri ou d’un enfant de cinq ans — et lui apprendre, afin qu’il puisse comprendre par lui-mĂȘme quelque chose d’important sur lui-mĂȘme ou le monde, avec des mots simples et sensĂ©s, qui tiennent sous la semelle et qui aĂšrent le chou.
La terre et les Ă©toiles. Je suis un citadin de banlieue qui a aussi une vie avec un contact intime et privilĂ©giĂ© auprĂšs des arbres. Je n’y connais pas grand-chose dans la vie des champs ni des fleurs; en revanche, dĂšs qu’on cause des bois, ça me parle. Et nos Ă©changes seront empreints presque toujours d’images et du langage concernant la nature et la forĂȘt. En vrai, cet homme est encore plus captivant que Hubert — que je n’ai d’ailleurs pas lu; c’est juste une image
 Je ne fais que donner une idĂ©e, trĂšs simplifiĂ©e, de la dimension sans limite du personnage. Et puis, ces deux-lĂ  Ă©tant dĂ©sormais tous les deux dans les Ă©toiles, ils ont forcĂ©ment fini par se rencontrer. Les grands esprits se rencontrent, dit-on. Si vous voulez les consulter, allez donc faire un tour dans l’Akasha


Un jour il m’avait citĂ© cette pensĂ©e, de l’Ă©crire pendant qu’il me me la rĂ©pĂ©tait, que c’Ă©tait pour moi:
« Ma vie est lĂ , entre mes mains.
Qu’en ferais-je ?
Je ne regarde pas le passé ; il est passé,
il est ce qu’il est.
Mais me voici maintenant.
Je veux prendre ma vie en main,
cesser d’ĂȘtre ballottĂ© sans savoir,
sans pouvoir, sans tenir tĂȘte,
sans diriger, sans tenir la barre.
Je regarde mon étoile au ciel
et je veux la suivre.
Et cette fois, c’est moi qui dirige.
J’ai confiance. »

//TEXTE EN COURS D’ÉCRITURE NE PAS REPRODUIRE EN L’ÉTAT SOYEZ PATIENT VRAC D’IDÉES EN MATURATION//

« Il t’incombe de surmonter ta culpabilitĂ© en te dĂ©passant, en te transformant pour le mieux. »

6/ À suivre, rencontre avec ce personnage, dans ce mĂȘme bureau, le jour de mes 39 ans.
https://takiwasi.com/fr/tabaqueros-ceremonie-tabac.php 🐍 Lui, il guĂ©rit les toxicomanes au PĂ©rou. Je ne l’ai pas rencontrĂ© dans ce cadre prĂ©cis: cela faisait dĂ©jĂ  des annĂ©es que j’étais en rĂ©tablissement. Je suis allĂ© le voir pour faire un sĂ©minaire, une diĂšte. Il m’a toutefois demandĂ© de lui raconter ma vie et, aprĂšs un bref sĂ©jour d’un mois, m’a proposĂ© de venir passer quelques annĂ©es chez eux.
Je regrette de ne pas avoir acceptĂ©. Ma situation de cardiaque, Ă  prĂ©sent, ne me permet plus ce genre d’expĂ©rience dans les autres mondes avec les plantes. Ces substances — et c’est vraiment tant mieux — sont interdites dans la plupart des pays occidentaux. Je crois mĂȘme que le tourisme psychĂ©dĂ©lique au PĂ©rou ou ailleurs est une funeste connerie, trĂšs dangereuse. Lui le pense aussi:
https://takiwasi.com/docs/arti_fra/chamanisme_et_monde_occidental_encouragement_mise_en_garde.pdf.
Je ne le recommande donc jamais à personne, ni par sujétion ni par suggestion.

Trouve en toi l’endroit oĂč est la joie. Et la joie vaincra la douleur.

1) Je passe au moins une heure et demie dans son bureau. Il me demande de lui raconter plus en dĂ©tail ce par quoi je suis passĂ© avec les psychĂ©dĂ©liques, sans les psychĂ©dĂ©liques, quelles sont mes expĂ©riences avec le monde spirituel, mon parcours de soins — la totale. J’avais dĂ©jĂ  bien chargĂ© ma lettre de motivation, mais Ă  prĂ©sent on y est. Il m’explique qu’on va continuer de faire un break avec mon traitement bio, mĂȘme au retour Ă  la maison, durant quelque temps, car ils doivent maĂźtriser tout ce qui va ĂȘtre ingĂ©rĂ©, etc. Il me prĂ©vient, lors de cet entretien intense, que je vais sans doute revivre mes pires bad trips, mais que cette fois-ci je ne serai pas tout seul: ils seront lĂ .
Hier soir, ça a Ă©tĂ© la purge, la grosse purge, celle Ă  laquelle personne ne rĂ©siste: https://takiwasi.com/fr/yawar-panga.php. Je l’ai vĂ©cue comme un exorcisme. C’en est un.
J’ai morflĂ© comme jamais. Je pense que cette purge n’est simple pour personne, mais pour les cas lourds, des personnes qui, comme moi, ont pris leur corps pour une poubelle, le nettoyage est une sacrĂ©e douleur. Le terme karcher serait inappropriĂ©. J’avais juste l’impression que cela m’arrachait les organes ou les dents Ă  la tenaille, sans aucune anesthĂ©sie. Cela dure plusieurs heures. J’ai les mains par terre et mes jambes se lĂšvent par derriĂšre comme celles d’un cabri fou. Je fais des jets de gerbe exactement comme dans le film L’Exorciste. Je vois mĂȘme des images: une sorte de compas gĂ©ant coincĂ© Ă  la racine de mes vertĂšbres sort de moi le long de l’Ɠsophage. Je me demandais si ce n’était pas un chakra, vu la forme, puis j’ai pigĂ©. La douleur est si intense que j’ai l’impression que ma moelle Ă©piniĂšre va ĂȘtre sectionnĂ©e. Je me demande comment le corps arrive Ă  rĂ©sister Ă  une telle souffrance sans en mourir. Nous avions commencĂ© le rituel en fin d’aprĂšs-midi. À 1 h du matin, nous sommes tous allongĂ©s sur le flanc. Un vomi continu sort de ma bouche, une sorte de milk-shake mousseux. Ce n’est pas du tout une drogue rĂ©crĂ©ative, mais la puissance tonitruante de cette session de nettoyage obligatoire avant la suite du programme m’annonce clairement que ce rendez-vous avec moi-mĂȘme, avec la nature et toutes ses forces — la vraie — va ĂȘtre la chose la plus forte et impressionnante de ma vie. Comme si, avant ça, je n’avais rien vĂ©cu d’aussi important. Non, ce n’est pas ici un sĂ©minaire de dĂ©veloppement personnel normal, lambda. Ce n’est pas une farce. Personne n’est rĂ©ellement prĂȘt Ă  affronter cela. N’y allez surtout pas si vous ne voulez pas ĂȘtre dĂ©coupĂ© en deux, puis hachĂ© menu. Ça ne plaisante pas du tout. C’est tellement puissant, qu’humainement parlant, vous n’avez pas le droit de le recommander Ă  qui que ce soit. DĂšs le lendemain, vous allez mieux. Certes, il y a l’effet de celui qui avait la tĂȘte sur le billot, condamnĂ© Ă  mort, avec le bourreau prĂȘt Ă  vous dĂ©capiter, qui s’arrĂȘte et range sa scie juste aprĂšs avoir entamĂ© votre nerf principal: grĂące, soulagement. Mais ce n’est pas seulement ça. Votre peau a changĂ©, votre regard, vos idĂ©es. D’ailleurs, vous avez pelĂ© comme un serpent qui change de peau. LĂ , ce ne sont pas des images mais une rĂ©alitĂ© physique. MĂȘme vos rides commencent Ă  disparaĂźtre la cure de jouvence de l’extrĂȘme. Mais Ă  quel prix ? Qui peut encaisser cela ? Je ne connais personne, parmi les gens que je frĂ©quente ou que je rencontre, Ă  qui je proposerais ce genre d’expĂ©rience, Ă  la fois salutaire et d’une violence inouĂŻe, inimaginable en amont.
Le « moi aussi j’ai fait des trucs chamaniques Ă  droite Ă  gauche et je sais Ă  quoi m’attendre, je comprends ce par quoi on passe, etc. » est simplement faux. Vous n’en savez rien, point.
Rendez-vous Ă  17 h sous la maloca. Vous avez passĂ© la nuit prĂ©cĂ©dente dans l’antichambre des enfers, vĂ©cue comme un vĂ©ritable sĂ©jour aux enfers. Lorsque la plante est rentrĂ©e en moi, je l’ai sentie me souder Ă  la terre, comme si le sol et elle sortaient des racines pour m’emprisonner les pieds, les chevilles, puis tout le corps. Comme un choc Ă©lectrique. Les bras dans le transformateur, sur un sol mouillĂ© qui vous colle les pieds, vous retient, vous emprisonne, et va vous secouer comme un pantin jusqu’à ce que quelqu’un vienne vous sauver de là
 Vers la fin, lorsque l’effet sera moins totalitaire et moins violent, et que vos pensĂ©es vous le permettront Ă  nouveau, vous supplierez tous les saints de la crĂ©ation. Tous. Que vous soyez croyant ou non. Vous savez Ă  prĂ©sent que tout ce qui se passe dans ce lieu unique est complĂštement hors norme, d’une puissance que vous ne vous attendiez pas Ă  rencontrer de votre vivant, ne sachant mĂȘme pas que cela puisse exister sur Terre, et que seuls les dieux, s’ils vous ont Ă  la bonne et que vous allez dans leur sens, vous sauveront la vie. Ce n’est pas une plaisanterie. Jacques nous accueille et nous sort: « Bon, les affaires sĂ©rieuses vont pouvoir commencer. » Il nous fait les mises en garde de circonstance et nous explique que cette initiation que nous allons vivre, ne nous quittera jamais


*[[ https://www.youtube.com/watch?v=Kaui6Z8d6BU
Non, ce n’est pas une Ă©motion ni une simple sensation, ni un voyage pour touriste chez les extra terrestres.. ce film prĂ©sente en images au plus proche de ce avec quoi on est mis en prĂ©sence rĂ©elle lors d’une cession d’Ayahuasca. Le voir, et le vivre est trĂšs diffĂ©rent. ĂȘtre propulsĂ© dans ces mondes autres en gardant la pleine conscience est une Ă©preuve parfois extrĂȘmement douloureuse, une douleur que vous n’avez jamais vĂ©cu, ni mĂȘme approchĂ©. Cette initiation bien faite, ne vous quittera jamais, mal faite, non plus. La chaman de ce petit bout de film est un mage noir, un attrape couillon pour touriste en mal de sensations, danger. Ă  99,99% les personnes qui vous trouverons un plan pour aller en prendre vous enverront vers les enfers, et les enfers existent. Une sĂ©ance en rituel sacrĂ© peut durer presque 12H, si ensuite vous ne respectez les vĂ©ritables consignes, vous en mourrez, et votre esprit sera perdu Ă  tout jamais. Je vous ai rĂ©citĂ© un petit exorciste pour l’accompagner (sur un vidĂ©o qui n’est pas en ligne), car c’est de cela qu’il s’agit).]]

2) “Si lors de la session, quelque chose se passe mal, je ferai un appel vers 1h du matin (Ă  titre informatif car l’heure sous ayahuasca n’est pas celle du chronomĂštre) et vous inviterai Ă  venir en reprendre”
 BientĂŽt 20 annĂ©es aprĂšs, je ne sais plus si le rituel commence Ă  18h30 ou 19h, mais la nuit est lĂ , nous sommes habillĂ©s en blanc, non pas pour afficher un quelconque cĂŽtĂ© religieux mais comme certaines personnes, lors de ces sessions de purges, ont parfois un besoin pressant d’aller chier des serpents ou autre et qu’elles sont en pleine ivresse, que la liane et sa prĂ©paration ancestrale provoquent, en plein trip vont se perdre en forĂȘt et seront donc plus facile Ă  retrouver. Je dis cela car avoir trouvĂ© cette combinaison de plantes i y a des milliers d’annĂ©es est dĂ©jĂ  la preuve d’une communication entre la forĂȘt et l’humain
 Ici, vous aurez le droit Ă  la dose maximale, en toute sĂ©curitĂ©. Il nous appelle chacun notre tour, le goĂ»t du breuvage serait pour vous le dĂ©crire: la texture d’un p’tit verre de pĂ©trole et la saveur d’un pain d’épice floral, amer et unique
 Les chants des guĂ©risseurs, qui eux aussi en ont pris, commencent, ils seront les fils conducteurs de l’ancrage vers le rĂ©el et de la conscience lors du voyage dans des endroits oĂč nous pĂ©nĂ©trons Ă  prĂ©sent, un peu comme le chemin du retour et du prĂ©sent, d’ici. Tous, je l’apprendrai le lendemain, n’ont pas de visions et vivent une expĂ©rience diffĂ©rente de celles que beaucoup font, mais enfin c’est toujours une expĂ©rience unique, bien qu’ayant pour ceux qui sont passĂ©s par lĂ  des visions communes, similaires. Des degrĂ©s de ce qu’on voit et de ce Ă  quoi on est mis en contact existent et sont donc reproductibles. Pour la faire courte, l’expression est traduite par: “as-tu Ă©tĂ© avalĂ© par le serpent?” – “Qu’as-tu vu, oĂč es-tu allĂ©?”. Les guĂ©risseurs locaux, eux, se fichent un peu de ce que vous avez vu ou pas, l’important Ă©tant: “as-tu vomi?”. Ils pratiquent cela depuis des milliers d’annĂ©es, en ont l’habitude, sont dans des codes tribaux profonds, diffĂ©rents des nĂŽtres, les occidentaux
 En revanche, l’équipe soignante des guĂ©risseurs vous permettra d’analyser, de comprendre et d’intĂ©grer tout ce qui s’est passĂ©. Il faut avoir les yeux fermĂ©s, la position n’est pas celle du trip vautrĂ© dans un hamac, sauce baba cool Ă  Woodstock. Les curanderos, parfois, sont assis en tailleur Ă  une dizaine de mĂštres de vous et vous communiquez avec eux, dans une rĂ©alitĂ© modifiĂ©e, tous les sens le sont, en esprit en tĂ©lĂ©pathie. Parfois ils viennent Ă  vous et pratiquent des soins apaisants sur vous avec des parfums, de la fumĂ©e de tabac, etc. Rien n’est fait au hasard. Winston, le chaman, s’occupera de moi toute la nuit, mon trip est si violent que seuls ses chants me permettent de retrouver le chemin de ma respiration alors que je suis balayĂ© par des visions qui me transpercent tout le corps. Il y a comme des milliers de petits serpents Ă  tĂȘtes fĂ©lines qui circulent dans chacun de mes os, organes, cellules, etc. Ce n’est pas dans l’imaginaire avec une vision extĂ©rieure ou un Ă©cran de cinĂ©ma, c’est en vous, vous ĂȘtes dedans, et je m’aperçois en l’écrivant que c’est presque indescriptible pour celui qui n’a pas vĂ©cu cela et qui ramĂšnera votre tĂ©moignage Ă  ce qu’il peut imaginer lui avec son rĂ©fĂ©rentiel d’images. Rien de ce que vous voyez, que vous ĂȘtes Ă  prĂ©sent, ce qui se passe en vous, les formes, les goĂ»ts, les odeurs, les sons, les endroits n’existent au sens normal, rien. Vous avez tout simplement changĂ© de monde et rien de ce que vous connaissez n’existe ici, et rien de ce qui existe ici n’existe de lĂ  oĂč on vient. Le solide est en continuel mouvement, vous ĂȘtes au sein de l’architecture dite sacrĂ©e, en perpĂ©tuel mouvement. C’est tellement impressionnant que parfois j’ouvre un Ɠil histoire de me reconnecter Ă  la rĂ©alitĂ© et ce que je vois autour de la grande hutte, dans la forĂȘt oĂč des milliers d’ĂȘtres m’indiquent que je suis bien mieux avec ces chamans dans ce cercle, mĂȘme si je suis en train d’ĂȘtre Ă©cartelĂ©, dĂ©montĂ©, balayĂ©, dĂ©coupĂ©, physiquement et psychiquement par toutes les entitĂ©s du mal, des enfers. Toutes les crĂ©atures de Lovecraft existent, ce n’est pas un livre que je suis en train de lire, je suis aux enfers avalĂ© et recrachĂ©, visitĂ© et pĂ©nĂ©trĂ©, c’est d’une violence interne inouĂŻe et je prie comme jamais pour ĂȘtre sauvĂ© de ce qui est en train de se passer. Les guĂ©risseurs sont Ă  mon chevet et viennent dans mon voyage couper des liens qui m’emprisonnent, des monstres qui m’avalent comme un pantin vers d’autres univers encore plus famĂ©liques que le mot famĂ©lique. Je suis dans, afin que vous puissiez peut-ĂȘtre comprendre ce que je raconte lĂ , un condensĂ© de toute la science-fiction en livres, en images, en films, un acteur en train de vivre rĂ©ellement tout ça, dans d’autres univers, d’autres mondes, d’autres dimensions et je garde tout de mĂȘme ma conscience avec laquelle je tente de respirer normalement. Mes apnĂ©es sont longues, mon rythme a changĂ© et ce sont vraiment eux, les soignants, qui viennent me chercher lĂ  oĂč je suis, qui avec leurs chants, leurs priĂšres, les parfums et leurs formes dans les autres dimensions, le tabac, les appositions sur certaines parties de mon corps donnent une vision plus belle, plus paradisiaque, plus onirique, et dans ce mot onirique j’entends l’or et la douceur.; je traverse alors et suis traversĂ© par des formes gĂ©omĂ©triques, animales en mouvement, celles du bien, hors du temps commun. Le bien et le mal existent et sont en mouvement, mais pour l’instant je suis en prise avec le visage infernal des monstres et des ĂȘtres de toute la crĂ©ation, dans tous les univers, visibles et invisibles, je lutte pour ne pas ĂȘtre dissous, aspirĂ© dans cet univers distorsionnĂ©. Les mains de Jacques sont sur mon Ă©paule et pourtant il est assis de l’autre cĂŽtĂ© de la piĂšce, j’entends ses priĂšres. Un instant aprĂšs il est rĂ©ellement lĂ , il me dit que je suis protĂ©gĂ©. L’ivresse devient moins violente et j’entends Jacques faire son appel pour nous servir une seconde tournĂ©e. Je me souviens de son: “si ça ne se passe pas bien, il faut en reprendre”, et naĂŻvement j’y suis retourné  Rebelote, j’suis aux enfers, oh merde! Je suis mis en prĂ©sence de mon pĂšre mort, de l’un de mes frĂšres morts, ils sont emprisonnĂ©s, je ne suis plus dans le mĂȘme plan, la mĂȘme dimension. La couleur mĂȘme de la mort, je la vois, elle est vivante mais je le comprends: elle n’est et ne sera en rien une sinĂ©cure. C’est une autre histoire et Ă  prĂ©sent, comme devant des centaines de portails ou de guichets multidimensionnels, je suis aspirĂ© ailleurs, mis en prĂ©sence d’autres ĂȘtres qui vivent dans d’autres dimensions. À chaque fois ce sont les chants et les soins du chaman Winston et du docteur Jacques qui m’extirpent de lĂ . Cette nuit-lĂ  sous la maloca, il n’y en a eu que pour moi j’ai l’impression. J’avais tendance Ă  me vautrer pour pallier aux douleurs et Ă  leurs formes insoutenables de la potion qui circulait dans mon corps et j’entendais Jacques me dire: redresse-toi
 La descente s’amorce, rien n’a encore repris une forme habituelle mais les vapeurs de l’ivresse sont plus clĂ©mentes, j’en reviens Ă  l’effet LSD ou champignon musclĂ©. Le mĂ©dicament de l’espace et de l’éternitĂ© que j’ai pris ce soir est 1000 fois plus fort qu’un simple acide, il peut vous envoyer 1000 fois plus loin, dans un millier de mondes diffĂ©rents. Je viens d’en faire l’expĂ©rience, j’ai morflĂ© comme jamais dans un endroit oĂč mĂȘme la mort ne serait pas un soulagement
 La lumiĂšre du jour commence Ă  poindre, mes voisins de session ont encore des ailes, mais plus rien ne me surprend. Jacques Ă  nouveau m’appelle, je m’assois devant lui complĂštement abattu mais souriant et il me regarde et me dit avec humour, car il a bien vu l’énorme volĂ©e que je me suis prise: “Sylvain, il en reste dans la bouteille”. Puis plus sĂ©rieusement il me demande ce que j’ai vu. Je lui rĂ©torque par rĂ©flexe: tout ce que j’imagine que vous voyez vous habituellement dans ces autres dimensions
 Il me demande ce que je suis allĂ© faire en Afrique car il y avait plein d’entitĂ©s diaboliques autour de moi qu’en gĂ©nĂ©ral on ne chope que lĂ -bas, puis me dit qu’il n’y avait pas que ça, que je suis complĂštement infestĂ©, parasitĂ©, qu’il y a beaucoup de sorts, de la sorcellerie possession et des malĂ©dictions, que c’est dĂ©moniaque, infernal, des vampires, et j’en passe, la liste est longue
 Qu’ils en ont enlevĂ©, que c’est gravissime et que ce n’est pas gagnĂ©, d’avance, puis un: “à ce soir pour le dĂ©briefing”

//TEXTE EN COURS D’ÉCRITURE NE PAS REPRODUIRE EN L’ÉTAT SOYEZ PATIENT VRAC D’IDÉES EN MATURATION//

*Bis Repetita⇣ â€“ (en cours de correction, Ă  fusionner avec le texte au dessus⇡) 
3) Une pause avant le cas lourd
Je viens de vivre le combat de ma vie en cette nuit dantesque, une lutte constante pour rester en vie face Ă  des forces multiples qui me tiraillaient vers les enfers et une forme de dissolution du moi dans d’autres univers bien rĂ©els, des douleurs innommables dans mes organes maltraitĂ©s dont je vois et traverse les cellules et l’ADN, l’envie de me mutiler pour trouver un soulagement, une difficultĂ© inouĂŻe Ă  ĂȘtre dans le bon, le bien, le beau, entourĂ© d’ĂȘtres famĂ©liques. Un voyage intemporel dans le passĂ©, visions de mes pĂšres maudits et emprisonnĂ©s, des descentes dans des ascenseurs modernes vers d’autres Ă©poques. Je suis clouĂ© de partout et comme coupĂ© en deux par une violence contre moi-mĂȘme difficile Ă  contenir, une respiration difficile Ă  maintenir, des apnĂ©es longues qui veulent me faire perdre mon corps et ne plus pouvoir rentrer dedans. J’y reviens mĂȘme Ă  l’envers, rester dans mon corps est presque impossible, transpercĂ© de toutes parts, un imaginaire spatio-temporel immaĂźtrisable qui me propulse ailleurs et j’en passe. Les soins, les soignants faisant leur maximum pour adoucir le contenu des visions, Ă©tant prĂ©sents comme des ambulances de l’espace, dans d’autres mondes. La prĂ©sence de mages noirs et de magie noire dans un univers multidimensionnel hors du temps qui me balaye, m’aspire, me dĂ©monte. Architecture sacrĂ©e et dĂ©moniaque, féérique et sorcellerie dĂšs que j’ouvre un Ɠil je vois des trolls et plein de trucs moches dans la forĂȘt qui nous entoure et qui veulent m’attirer Ă  eux. Les couloirs et les entrailles de ce en quoi je suis sont merveilleux et pourtant lĂ , la dĂ©coration faite de millions d’élĂ©ments est en constante crĂ©ation, mouvement d’une beautĂ© extraterrestre inimaginable. Il y a des milliers de possibilitĂ©s de mondes diffĂ©rents. J’ai l’impression de rencontrer le futur et l’éternitĂ© dans certains espaces qui se construisent devant moi et dans lesquels je suis. Je ne suis pas devant un Ă©cran avec ces choses que je dĂ©cris et qui se passeraient devant moi Ă  l’extĂ©rieur, je suis immergĂ© dedans tout en gardant un fil tĂ©nu vers la conscience rĂ©elle habituelle. Le temps n’existe plus comme on l’entend. Vingt ans aprĂšs, je viens de bien fouiller les vidĂ©os concernant le sujet et il n’y a toujours pas grand-chose qui ressemble rĂ©ellement Ă  ce voyage si ce n’est un passage de 10 minutes du film de Kounen: «Blueberry, l’expĂ©rience secrĂšte»*. Je n’ai pas vĂ©cu une hallucination j’ai Ă©tĂ© mis, certes avec un processus chimique complexe, dans un Ă©tat oĂč les sens fonctionnent diffĂ©remment. J’ai vu et vĂ©cu la rĂ©alitĂ© sous un autre prisme, c’est en effet des voyages quantiques et la visite de plusieurs univers au mĂȘme endroit, oĂč plusieurs dimensions s’interpĂ©nĂštrent. Il y a diffĂ©rentes couches de la rĂ©alitĂ©, et des multivers. Nous ne voyons pas le ou les mondes invisibles des esprits et des entitĂ©s avec nos sens communs, nous le pressentons, l’imaginons, nous nous en rapprochons parfois. Nous avons tous rĂȘvĂ©, fait des cauchemars, nous croyons et l’humanitĂ© cumule des croyances et des images concernant l’invisible via les religions, les traditions, les mythes, les contes, les lĂ©gendes, l’imaginaire dĂ©peint depuis toujours par l’iconographie religieuse, et aujourd’hui de plus en plus avec la science-fiction. La rĂ©ponse courte si on me demande ce que cela a pu m’apporter est que j’ai vĂ©rifiĂ© qu’il y a en effet autre chose que le rĂ©el comme on l’entend et le constatons tous. Qu’il y a des univers derriĂšre chaque chose que l’on voit, des esprits, des entitĂ©s, d’autres mondes, le bien et le mal existent. Lorsque je regarde une gravure, une peinture ancienne, qu’elle soit bouddhiste, Ă©gyptienne, hindouiste ou d’une quelconque provenance, et tout ce qui concerne des visions Ă©sotĂ©riques, si je lis des textes qui parlent d’un ailleurs et commencent Ă  le dĂ©crire, je sais, pour avoir Ă©tĂ© mis en contact avec ces autres dimensions, que cela existe, alors que celui qui n’a pas fait le voyage que j’ai fait reste, lui, dans la croyance. Je sais, j’ai vu, j’ai vĂ©cu par l’intĂ©rieur, ce n’est pas juste une vision extĂ©rieure suis rĂ©ellement passĂ© voir de l’autre cĂŽtĂ©, point. J’aimais dire rĂ©cemment qu’en effet un moine tibĂ©tain ou d’ailleurs qui va vivre vingt annĂ©es dans une grotte, en respirant, mĂ©ditant, ne se nourrissant que de graines et exerçant son esprit et son corps avec martialitĂ© Ă  la frontiĂšre des sens, va commencer Ă  pĂ©nĂ©trer d’autres rĂ©alitĂ©s et ĂȘtre mis en prĂ©sence de ce qu’on ne voit pas sans faire ce type de prĂ©paration. D’ailleurs j’ai vu l’un de ces moines dans le sĂ©minaire oĂč j’étais puis un autre Ă  mon retour en France. Mais en gros, et ce malgrĂ© mes transgressions passĂ©es avec les drogues psychĂ©dĂ©liques, lĂ  en vingt minutes la prĂ©paration qui est entrĂ©e en moi m’a envoyĂ© des informations que je mets vingt annĂ©es Ă  comprendre, Ă  intĂ©grer, et encore la restituer et en parler avec mes mots, je le sais, ne saurait vous convaincre. Ensuite, ce que je n’avais pas fait de ma vie, j’ai lu la Bible et d’autres textes sacrĂ©s et je souris avec foi car lorsque ceux qui ont vu le disent non-initiĂ© doute, croit, rationalise, Ă©met du scepticisme, dĂ©clenche une foi aveugle, balaye l’ensemble du revers de la main et cherche une autre explication avec ses propres donnĂ©es rĂ©fĂ©rentielles de comprĂ©hension. Le scientifique obtus matĂ©rialiste au service du consumĂ©risme, lui, se perd dans des explications qui vont nulle part et vous ratatine grave. D’autres, ceux d’un niveau supĂ©rieur, mĂ©taphysique, astrophysique, comprennent ou commencent Ă  comprendre et vous tombez d’accord avec eux. Aujourd’hui je suis lĂ . En vous racontant en vrac tout ça je suis en contact avec les sens normaux de la vie, prĂ©sent, et je ne vois pas les autres mondes invisibles, mais je sais qu’ils existent et sont lĂ  en permanence, derriĂšre toutes choses. Avant je les ressentais et les imaginais, car les rĂȘves existent et comme ce que je viens d’écrire au-dessus, je, nous sommes imprĂ©gnĂ©s et porteurs de l’imaginaire et de la culture collective. À travers la respiration pathologique ou au contraire volontairement maĂźtrisĂ©e on peut changer la nature des songes, des rĂȘves. À travers la priĂšre et la mĂ©ditation, exercer l’esprit et les corps plus subtils Ă  ĂȘtre en contact avec l’extĂ©rieur et l’intĂ©rieur, Ă  l’étude du vivant. Et, je sais qu’en vous parlant de magie, ou d’une expĂ©rience non digĂ©rĂ©e que je passerai pour un fumeux qui a pris trop de drogue, mais je n’ai rien Ă  vendre, rien Ă  prouver, j’y suis allĂ©, j’ai vu, c’est tout. En revanche, je ne recommande ce type de voyage Ă  personne et je mets en garde contre toutes les façons d’aller s’initier Ă  ces mondes autres, sauf bien entendu ce centre de recherche par lequel je suis passĂ©: pour son sĂ©rieux. Mais je n’y enverrai jamais qui que ce soit que je connaisse ou non, en lui racontant que cela pourrait lui faire du bien: c’est beaucoup trop violent en soi. Le faire en Occident est Ă  100 % de la magie noire. Un voyage touristique psychĂ©dĂ©lique en AmĂ©rique du Sud, pareil et quant Ă  lui, Ă  notre Ă©poque est Ă  99,99 % de l’escroquerie. Faites trĂšs gaffe, plus que jamais, ça je vous le confirme. Regardons simplement ce que nos civilisations ont fait du tabac et de la coca en transformant les usages mĂ©dicinaux autochtones et sacrĂ©s depuis des millĂ©naires. Je me mĂ©fie mĂȘme grandement des thĂ©rapies modernes du XXe siĂšcle et de l’actuel sous tel ou tel type de molĂ©cule, et j’écoute en revanche les mises en garde constantes du centre Takiwasi: https://takiwasi.com/docs/arti_fra/chamanisme_et_monde_occidental_encouragement_mise_en_garde.pdf
https://takiwasi.com/fr/reiki-spirituel.php
{( https://www.takiwasi.com/fr/plantes-maitresses-chiric-sanango.php
L’origine de l’infestation d’un esprit parasite sur un ĂȘtre humain peut ĂȘtre: transgĂ©nĂ©rationnelle (hĂ©ritage d’un esprit de suicide, inceste, scepticisme, etc.), occasionnelle (visites frĂ©quentes dans un lieu infectĂ©), un acte de sorcellerie (prĂ©judice intentionnel d’un tiers, sorcellerie, malĂ©dictions, etc.), des pratiques spirituelles transgressives (spiritisme, occultisme, canalisations incorrectes telles que le Reiki, divination, pratiques magiques, profanation de lieux ou objets sacrĂ©s, etc.) ou par contagion lors d’états de permĂ©abilitĂ© Ă©nergĂ©tique ou de vulnĂ©rabilitĂ© (consommation de drogue, – actes sexuels non consacrĂ©s)}.

_Quant Ă  moi je n’y ai plus droit situation cardiaque ne me le permet plus. Je ne peux mĂȘme plus prendre de simples gouttes d’huile essentielle pour guĂ©rir d’un rhume, il y a un temps pour tout. Je n’ai toujours pas racontĂ© le debriefing de cette journĂ©e du 12 avril 2006:

“Une pause avant le cas lourd” ⇣

3) C’est l’aprem nous sommes Ă  nouveau en cercle sous la Maloca, Jacques a toujours sa pipe de guĂ©risseur, il est lĂ  pour le feedback de ce qui s’est passĂ© cette nuit, c’est le mĂ©decin, le psychanalyste, le pĂšre de l’église Ă  qui nous avons affaire Ă  prĂ©sent. Je ressens un regard dans mon dos, ici les guĂ©risseurs vous regardent en coin sans confrontation directe avec les yeux et qui lorsque vous les croisez:se dĂ©tourne avec une humilitĂ© quasi christique de bienveillance. Ce que je ressens est puissant et vient de derriĂšre, je me retourne et un homme grand, trĂšs costaud, comme un arbre, d’un certain Ăąge, les 80 passĂ©s, chapeau de jardinier, un visage large. Il me regarde en coin, il est Ă  une dizaine de mĂštres, je n’avais jamais senti un regard d’une telle force, qui plus est de me traverser par derriĂšre. Dans le cercle nous sommes douze et je suis assis en face du Dr Jacques, il s’adresse aux patients et leur fait un retour sur l’expĂ©rience avec la liane, l’ayahuasca, ça discute visions, psy, bible hĂ©braĂŻque, psychiatrie, psychanalyse, symbolisme, les personnes qui font ce sĂ©minaire avec moi sont des cherchants et en gĂ©nĂ©ral pour ĂȘtre Ă  cet endroit, face Ă  lui, c’est qu’ils ont dĂ©jĂ  explorĂ© quasiment tout ce qui se fait sur la planĂšte question recherche sur soi. Il y a un psychiatre, une psy, une religieuse, un moine bouddhiste, un jeune couple dont la femme est enceinte, un religieux exorciste, une qui veut devenir Rabbin, un thĂ©rapeute, un bouddhiste occidental qui veut devenir chamane et qui nous fera bien rire car les chamanes ne veulent pas de lui. Son regard, direct et fort, s’arrĂȘte Ă  prĂ©sent sur moi et il dit: “Bon, on va faire une pose avant le cas lourd”. Petit gĂąteau, ThĂ©, CafĂ© et Mapacho. -“Sylvain, je t’en ai dĂ©jĂ  parlĂ© ce matin, il y a des entitĂ©s noires de sorcellerie africaine autour de toi, il y a des vampires, tu es infestĂ©, il y a une malĂ©diction, c’est dĂ©moniaque, il y a une malĂ©diction, c’est diabolique
”. Un silence, je ressens que je n’ai plus de copain autre que lui dans la piĂšce
 je lui demande ce que je peux faire? -“Tu n’y arriveras pas seul, nous avons enlevĂ© quelques couches mais il faut que tu rentres en ascĂšse complĂšte et c’est ça ta mission de vie”. Je viens de prendre trĂšs cher, le verdict est sĂ©vĂšre et j’encaisse avec vulnĂ©rabilitĂ©, authenticitĂ©, on passe au suivant, pas grand chose avec la psychanalyste qui est Ă  ma droite, puis au suivant, puis au suivant et le dernier arrive et dit Ă  Jacques: “je ne suis pas d’accord avec ce que tu as dit concernant Sylvain, ce matin alors que j’Ă©tais aprĂšs ma nuit sordide, un rĂ©veil dans un Ă©tat lamentable et qu’il est passĂ© Ă  cĂŽtĂ© de moi, il a Ă©tĂ© le seul avec une attention et une douceur et deux trois mots simples Ă  m’avoir sorti du puits sans fond d’angoisses et de dĂ©sespoir dans lequel j’Ă©tais, alors que personne autour n’en semblait capable”. Merci, il prend ma dĂ©fense mais Jacques l’arrĂȘte et lui, leur dit que me concernant c’est que s’il y a autant de matiĂšre et de forces si sombres en moi et autour c’est que je suis dĂ©jĂ  sur un chemin spirituel, ouvert, ce qui n’est pas leur cas, et que le mal s’attaque lĂ  oĂč il y a le plus de lumiĂšre, que j’ai les Ă©paules pour dĂ©passer cela et rĂ©ellement aider les autres Ă  guĂ©rir si je fais cette ascĂšse mais que seul j’suis foutu de chez foutu et que je n’ai plus le choix, que je ne suis pas venu ici par hasard les rencontrer et que lui et moi on se comprend sur ce territoire. Je n’ai dĂ©finitivement plus de copain parmi les sĂ©minaristes. Les sessions suivantes, j’aurai des grands verres d’ayahuasca, coupĂ© Ă  l’eau bĂ©nite, et je lutterai pour ne pas me faire balayer par les puissances du mal, je ne sais pas si ma posture Ă  rĂ©sister Ă©tait la bonne, j’ai fait ce que j’ai pu, je sais que parfois j’ai manquĂ© de courage mais la douleur dans mes organes servira Ă  m’auto justifier en ne reprenant pas systĂ©matiquement Ă  la seconde tournĂ©e, tentant de contrĂŽler le very bad trip obligatoire. Nous sommes Ă  prĂ©sent dans la jungle pour une diĂšte totale de cinq jours, ma cabane s’appelle Ayahuasca et je diet de l’ail sauvage pur trĂšs concentrĂ©, donc chaque jour je dois descendre jusqu’à la riviĂšre pour me laver, je croise des papillons gĂ©ants, je suis pote avec des Ă©cureuils et le jus de tabac que m’apporte Winston le chaman: https://www.youtube.com/watch?v=mhSMt5_I_8I&list=RDmhSMt5_I_8I&start_radio=1 me surprendra autant que l’Aya: je peux rentrer et sortir des rĂȘves en conscience, c’est une expĂ©rience tĂ©nue mais trĂšs puissante en soi. Je suis invitĂ© Ă  prolonger un peu mon sĂ©jour pour rencontrer “Ignacio” le chaman guĂ©risseur des cas dĂ©sespĂ©rĂ©s: https://takiwasi.com/fr/tabaqueros-ceremonie-tabac.php ⇠ C’est lui, dont le regard m’avait transpercĂ© le dos, il m’immergera tous les matins dans la riviĂšre pendant une semaine

Nous ne serons pas en contact avec les patients qui viennent passer une annĂ©e Ă  Takiwasi, ils sont plus avancĂ©s dans le processus de purification que nous les touristes parasitĂ©s et eux, encore dans une pĂ©riode d’immersion protectrice. Pourtant une nuit avant une session dans la jungle Ă©clairĂ©e par un pauvre nĂ©on grĂ©sillant prĂšs d’une cabane derriĂšre la cuisine, Jacques est en train de discuter avec un type rasĂ©, tatouĂ© de la tĂȘte aux pieds, une allure de bagnard et de cartel sud-amĂ©ricain, qui se tient assis l’air un peu abattu, d’une duretĂ© rare, il m’invite Ă  les rejoindre et nous prĂ©sente l’un Ă  l’autre: “vous avez les mĂȘmes problĂšmes avec l’au-delĂ , vous deux”, puis un: “Sylvain, ce serait bien que tu reviennes passer quelques annĂ©es avec nous
”.

//TEXTE EN COURS D’ÉCRITURE NE PAS REPRODUIRE EN L’ÉTAT SOYEZ PATIENT VRAC D’IDÉES EN MATURATION//
« Aucun homme ne choisit le mal parce qu’il est le mal; il le prend seulement pour le bonheur, le bien qu’il recherche. »

9/ Je n’ai en revanche ni regret ni remords sur ma propre histoire. Et comme dirait mon ami Luc, il est temps que je le raconte avant de mourir. C’est ce que je fais depuis le dĂ©but de l’annĂ©e 2026. Alors je ne sais pas vraiment Ă©crire, l’Ă©cole s’Ă©tait bref pour moi. Toutes ces pages de blog sont un gros brouillon. Mais chaque jour j’en rajoute une, pourvu que cela dure. Ça me fait du bien de les Ă©crire. Les lire
 je ne sais pas.

J’avais tout juste une dizaine d’annĂ©es. Je marchais dans le parc pour rentrer chez moi, il faisait super beau. Je levais les yeux au ciel et je ressentais qu’au-delĂ  du monde visible, il y avait encore plus vaste. À l’école, j’avais dĂ©jĂ  dĂ» faire un exposĂ© sur Einstein et sur les pharaons. TĂŽt, je lisais beaucoup: Lovecraft, Allan Poe, Asimov; il y avait des bouquins partout, une famille de littĂ©raires. Ce jour-lĂ  pourtant, c’était un ressenti plus personnel, ou une synthĂšse intuitive: il y avait — c’était une Ă©vidence — un monde supĂ©rieur au-delĂ  mĂȘme de l’univers dĂ©crit par qui que ce soit
 Je n’avais pas vraiment de mot, ce jour-lĂ , sur cette brĂšve rĂ©flexion, mais en discutant des lustres plus tard avec un ami curĂ©, il me dira: « C’est ça, la foi d’enfant. » Depuis mon entrĂ©e dans l’univers scolaire, de la maternelle Ă  la 4e, j’ai fait 9 Ă©coles en 9 ans, et nous n’avons jamais dĂ©mĂ©nagĂ©. Parfois premier de la classe, mais jamais le dernier Ă  faire une connerie. Mon frangin, de six ans mon aĂźnĂ©, se dĂ©fonce avec tout ce qui passe, alors dans le dos des adultes, moi aussi
 Un bac D (drogue) se profile Ă  l’horizon. Mon premier bad trip arrive tĂŽt. Les parents sont sortis jouer au bridge dans la rĂ©sidence voisine et rentrent vers 2 h, 3 h du matin. La bande de glandus que frĂ©quentait mon frangin — guitare, pantalons pattes d’élĂ©phant, ça Ă©coute du Zappa — vient se dĂ©foncer Ă  la maison: biĂšre, chichon et LSD. Je fais le forcing et goĂ»te Ă  des joints sĂ©rieux. Y a du NĂ©palais, du Double ZĂ©ro, du Libanais rouge, de l’huile du Maroc, de la mauvaise beuh aux graines qui craquent sous la langue. Les yeux fermĂ©s, encore dans l’emballage, je les reconnais tous
 Je finis par vomir. Les parents vont arriver. L’appart est aĂ©rĂ©. Il ne s’est donc strictement rien passĂ© d’étrange ici. Je suis seul dans ma chambre, mais dĂšs que je ferme les yeux pour tenter dĂ©sespĂ©rĂ©ment de dormir, les murs de la chambre se resserrent dans mon cerveau et il faut que je les rouvre pour que la chambre reprenne une place normale. Je les ferme: ils arrivent pour m’écraser. En images colorĂ©es, je vois comme des briques mouvantes jusqu’au plus profond de mon crĂąne. DĂšs que je les ouvre: soulagement, le processus infernal s’arrĂȘte. Mais cela dure des heures de lutte. Mon cerveau, fragmentĂ© d’hallucinations rĂ©elles, ressemble — pour vous le dĂ©crire — Ă  deux ou trois pochettes de disques. L’image et le son qui me pĂ©nĂštrent malgrĂ© moi, malheureusement, ne font qu’un:
https://www.youtube.com/watch?v=NJ36d28plgc & https://www.youtube.com/watch?v=ODKtxWtsGms
& https://www.youtube.com/watch?v=dDveBbJkVqo&list=RDdDveBbJkVqo&start_radio=1 Et ce cerveau, le mien, qui fait du bruit devenu visible en image et en forme, une architecture en mouvance, je le vois lui aussi. Il se confond avec les murs, au rythme de ma respiration. L’expĂ©rience est moche, le seul pouvoir que j’ai dessus est celui de ne pas fermer les yeux. J’imagine, avec du recul, les mouvements qu’ont subis, dans cette conscience modifiĂ©e, les agressions sĂ©vĂšres sur ma plastique cĂ©rĂ©brale, forçant les digues, les murs, les cloisons d’un cerveau violĂ© en pleine croissance. Le shit, mĂȘme si Ă  l’époque il n’était pas aussi chargĂ© en THC qu’aujourd’hui, sur un gamin d’à peine 10 ans est une grosse, grosse baffe psychĂ©dĂ©lique. Et va savoir si, avec tout ce que j’avais avalĂ© ce soir-lĂ , il n’y avait pas un peu de champignons psylo
 Pour cette troupe d’idiots bien chargĂ©s en drogue en tout genre, un gamin qui dĂ©lire
 pourquoi pas. Petit Ă  petit, les parents se doutent qu’il se passe quelque chose derriĂšre les murs. De nouveaux bouquins arrivent Ă  la maison: Olievenstein, Curtet. Les tableaux qui expliquent les drogues sont passionnants. Je ne le sais pas encore, mais je suis en train de prĂ©parer, par l’expĂ©rience, un master et un doctorat sur la DĂ©fonce: je les essaierai toutes. À douze ans, c’est la premiĂšre fois que je mets une pointe d’hĂ©roĂŻne dans ma narine. Deux copains du frangin, dont je suis la mascotte. Mais l’un d’eux freine l’autre, avec un ridicule sursaut de sĂ©rieux. L’hĂ©roĂŻne est une affaire sĂ©rieuse Ă  l’époque. J’ai de la chance: mon autre grand frĂšre, de treize ans mon aĂźnĂ©, ne vit plus Ă  la maison. VirĂ© par la mĂšre, qui a pigĂ© que le principal importateur de cette connerie Ă  la maison, c’était lui. Il vit Ă  prĂ©sent chez la grand-mĂšre, ex-Ă©pouse de feu Marcel, haut magistrat, prĂ©sident de la cour d’assises de Seine, qui finira avec le surnom de « mĂ©mĂ© drogue ». Pour vous la faire courte et reprendre le cours de mon histoire: donc, le frangin, JĂ©rĂŽme, lorsqu’il n’est pas chez mĂ©mĂ© D, ou en train de squatter chez une de ses copines junkies, est en voyage ou en train d’importer de la blanche pure. Une fois par an, il passe la douane revenant d’Inde, avec 100 grammes dans le cul. CoupĂ©, prĂȘt Ă  l’emploi, ça donne un kilo. Il a les cheveux courts, de petites lunettes, Ă©tudiant Ă  la Sorbonne, qui ne vend qu’aux Ă©nergumĂšnes de son espĂšce. Lorsque ses meilleurs potes n’ont pas de thunes, ils lui ramĂšnent leur collection de vinyles. Tout cela est bonne enfant
 Lorsqu’il pique du nez — et c’est frĂ©quent, au moins une fois par jour — je gratouille Ă  la lame de rasoir son caillou perso non coupĂ©, qui fond Ă  vue d’Ɠil. Et je suis le roi du pĂ©trole avec mes potes Ă  moi, des gamins encore plus paumĂ©s, familialement parlant, que moi, et dont les Ă©tudes scolaires vont se finir Ă  la prison la plus proche. Nous, nous ne frĂ©quentons pas les mĂȘmes universitĂ©s. La rue, la vraie, et sa violence, nous attendent. Un solide certificat d’études suffit amplement pour se faire un nom. Me voici Ă  nouveau en train de digresser. Je raconterai tout cela en dĂ©tail. Je voulais parler de mon second bad trip. Car durant les annĂ©es poudre, bien que le discours qui avait pignon sur rue fĂ»t: « la drogue va vous faire du mal », nous qui en prenions, elle nous faisait du bien. J’ai 13 ans, j’en prends un jour sur deux. À 14 ans, mon frĂšre StĂ©phane croit fiĂšrement me faire mon premier shoot. Mais je ne l’avais pas attendu et j’avais dĂ©jĂ  rĂ©cupĂ©rĂ© les « pompes » des grands dans les caves de la rĂ©sidence. Lui aussi n’a pas les idĂ©es claires sur les choses de la vie: il pique souvent du tarin. Ne donnons pas tout de suite une trop mauvaise image de l’hĂ©roĂŻne, lol.
Nous sommes plusieurs jeunes en rupture avec quelque chose: la famille, la sociĂ©tĂ©, l’école, la vie. Un soir, dans un petit parc propret de la banlieue bourgeoise de Saint-Cloud. J’ai 14 ans. Polo, un toxico dĂ©jĂ  bien paumĂ©, sans famille active, revient d’Amsterdam avec une feuille de buvards. Il nous en distribue plusieurs Ă  chacun. Lui-mĂȘme en a avalĂ© une poignĂ©e. Ce sont des tigres jaunes. Je ne crois pas qu’aujourd’hui les jeunes, ou autres qui prennent du LSD, aient eu affaire — et heureusement — Ă  des doses aussi fortes de cette drogue. Enfin, il y en a d’autres aujourd’hui qui font aussi des dĂ©gĂąts massifs. Toutefois, je me renseigne souvent lorsque des addicts me racontent leur histoire avec les substances, histoire de comprendre l’air du temps et ce par quoi ils sont passĂ©s avant de chercher Ă  s’en sortir. C’est lĂ  oĂč je suis depuis des annĂ©es: toujours prĂȘt Ă  tendre la main et mon expĂ©rience auprĂšs de ceux qui sont coincĂ©s dans une addiction. Je me sens plus utile, humainement parlant, dans ce rĂŽle que dans celui de tourner des films ou prendre des photographies. Les drogues des derniĂšres gĂ©nĂ©rations ne sont pas les mĂȘmes que celles de la mienne, ni les usagers d’ailleurs. Les troncs communs changent aussi. Je ne vais pas vous faire lĂ  une thĂšse, mais revenir Ă  cette soirĂ©e sous acide. Polo, on ne l’a jamais revu. Il Ă©tait assis plus haut dans le petit parc boisĂ©, dans une lumiĂšre devenant jaunĂątre verdĂątre et qui ressemble un peu, lĂ  en souvenir, Ă  une des images du film L’Exorciste. Nous avions repĂ©rĂ© ce soir-lĂ , en pleine montĂ©e surprenante, qu’il ressemblait Ă  prĂ©sent au diable, et que nos chemins se sĂ©paraient de toute maniĂšre. MĂȘme en temps normal, il puait du bec et des pieds, et sa place Ă©tait forcĂ©ment Ă  l’HP. Il avait perdu l’odorat et le peu de raison qui lui restait en se prenant, en mobylette, un pare-chocs de voiture venant en sens inverse, dans un des fameux virages du secteur.
Le petit parc n’est plus un simple parc. Nous
 moi, je suis dans le cosmos. Lorsque je crache, car ma salive est abondante, ce sont des petites planĂštes qui sortent de ma bouche. Au pied des arbres — qui n’en sont plus d’ailleurs — ce sont des gouffres qui s’ouvrent, des portes vers des mondes souterrains. J’imagine qu’Alice au pays des merveilles dĂ©crit en partie ce genre de situations. Nous faisons Ă  prĂ©sent une bataille de planĂštes avec l’énergie qui sort de nos mains. Des annĂ©es plus tard, les films de science-fiction — Matrix, les diffĂ©rents Star Wars et compagnie — toutes ces fictions modernes et bien faites sont de pĂąles copies de ce monde, de ces mondes dans lesquels nous sommes lĂ  ce soir-lĂ , nous-mĂȘmes des acteurs. Le terme hallucination ne me semble pas juste, ou trop rĂ©ducteur. Nous voyons autre chose. Je ne sais pas si elles existent rĂ©ellement dans le monde invisible. Je sais que nous ne pouvons pas les voir avec nos sens habituels, rarement en rĂȘve, ni mĂȘme aprĂšs vingt annĂ©es de mĂ©ditation dans une grotte au Tibet. Mais lorsque l’on prend ce genre de truc, on y retourne directement. Tous n’ont pas ce genre de visions trĂšs riches dans des univers magiques comme celles qu’on voit au cinĂ©ma. Mais certains, oui. Des lumiĂšres bleues arrivent. Ça doit faire des heures qu’on dĂ©lire. Des ĂȘtres — la police — Veulent nous choper. Dans un geste prudent, nous mangeons nos papiers d’identitĂ© afin de ne pas ĂȘtre attrapĂ©s, rĂ©flexe logique sur le moment. Nous nous sĂ©parons. Et malgrĂ© notre cavalcade, nous voici rĂ©unis au commissariat. On m’expliquera tout ça les jours suivants, car moi j’étais en train de faire dĂ©coller les trains cosmiques pour prĂ©venir le reste des copains, afin qu’ils puissent revenir m’aider depuis les Ă©toiles oĂč ils Ă©taient rentrĂ©s. Car une bande d’insectes gĂ©ants — araignĂ©es, serpents famĂ©liques — grimpait la colline depuis les entrailles de la terre et voulait m’emmener avec eux. Je suis dans une ambulance, attachĂ©. Les autres aussi. Direction l’HP le plus proche. Un jeune mĂ©decin me parle sĂ©rieusement, mais sa tĂȘte n’est pas crĂ©dible et certainement pas normale: c’est un chapeau de champignon rouge et blanc, de plusieurs mĂštres, collerette comprise , impressionnant. Et voilĂ  qu’un champignon gĂ©ant en blouse blanche veut m’expliquer la vie. Il me raconte mĂȘme que la drogue: c’est dangereux, parfois un allĂ© simple pour l’asile et que j’ai le profil pour en reprendre. Il devrait se regarder dans une glace, le con
 Les semaines qui suivent, je serai retirĂ© de la garde parentale par le juge pour enfants de Nanterre, qui en a marre de me voir arriver menottĂ© dans son bureau aprĂšs une nuit au dĂ©pĂŽt ou d’une garde Ă  vue. Ce type est un vĂ©ritable prophĂšte. Il bĂ©gaye et ne supporte pas que je finisse ses phrases: — « C’est une affaire ju-ju-ju-ju
 » — « judiciaire, monsieur
 » — « ta-ta-ta-ta-ta
 » — « ta gueule, p’tit con
 » Comme je me refuse en plus Ă  aller Ă  l’école, il me dit: « Je vais t’envoyer dans un trou, et quand tu en auras marre tu retourneras Ă  l’école. » Et me voici parti vivre dans un foyer de semi-libertĂ© avec d’autres dĂ©linquants juvĂ©niles, oĂč un p’tit bourgeois, de bonne famille a priori, va dĂ©guster grave sa race, sans jamais retourner Ă  l’école. Ce juge s’appelait MoĂŻse.

//TEXTE EN COURS D’ÉCRITURE NE PAS REPRODUIRE EN L’ÉTAT SOYEZ PATIENT VRAC D’IDÉES EN MATURATION//

9/ La base, du pourquoi prier…

9/ Je me suis en fin de compte, au long cours, bien plus ratatinĂ© la tronche avec des sĂ©datifs qu’avec des stimulants ou des psychĂ©dĂ©liques, mais j’ai consommĂ© longtemps et de tout. Chaque personne traverse sa singuliĂšre existence Ă  sa maniĂšre et l’on fait souvent ce que l’on peut avec les moyens du bord, pour plein de raisons qui nous sont propres. Il est difficile pour celui qui n’a pas vĂ©cu telle ou telle chose de la comprendre du point de vue de celui qui l’a expĂ©rimentĂ©e. L’observateur, lui, remarque qu’il se passe quelque chose, objectivitĂ© et subjectivitĂ© dĂ©barquent
 Je ne dis pas non plus qu’il faut absolument avoir fait l’expĂ©rience de quelque chose avant d’émettre un jugement, mais donner un avis sur ce que l’on ne connaĂźt pas rime souvent avec ĂȘtre Ă  cĂŽtĂ© de la plaque. J’aime l’image de l’astronaute qui reviendrait de la face cachĂ©e de la Lune, ou d’ailleurs, avec tous les changements que cela implique pour lui. Ceux qui, depuis Houston, l’y ont envoyĂ© et fait revenir ont certes participĂ© Ă  l’expĂ©rience et ont bien des trucs Ă  raconter pour dĂ©crire tout ça, mais pour saisir au plus juste le vĂ©cu de la chose, rien de tel que l’expĂ©rience complĂšte. Et chacun s’intĂ©resse Ă  ce qu’il veut ou peut: chacun ses merdes, ses joies. J’ai quant Ă  moi besoin de comprendre, savoir oĂč j’en suis, me rendre compte et restituer. J’ai un esprit critique et rationnel qui, dĂšs le matin, dĂ©barque, jugeant et taillant un costard Ă  tout ce qui bouge. Je navigue actuellement, psychologiquement parlant, avec cette maxime: mieux vaut ĂȘtre seul que «mal» accompagnĂ©, tout en faisant trĂšs gaffe Ă  ce que mon propre «mal» ne m’isole pas de mes congĂ©nĂšres. Narcisse, on le sait, ne finit pas trĂšs bien. M’enfin, il y a un temps pour tout et j’essaie tous les jours de retrouver ma voie, celle du milieu. Mon potentiel est double et je suis responsable de celui que je vais actualiser. Je me sais orgueilleux, Ă©gocentrique, Ă©goĂŻste et Ă  la fois son opposĂ©: humble, altruiste et gĂ©nĂ©reux. Entre les deux, mon cƓur balance: c’est comme la marche, j’avance sur ce fil du rasoir qu’est la vie. De temps Ă  autre, en rĂ©action, l’un des paramĂštres sus-dĂ©crits est en inflation, et chaque jour suffit Ă  sa peine; dans ma situation globale de vie, l’essentiel est de passer une bonne journĂ©e. Au rĂ©veil, un inventaire assez rapide, parfois quelques minutes suffisent: une fois l’humeur, les Ă©motions et les sens reconnus, le sujet du jour rĂ©flĂ©chi, l’effort Ă  faire ou la solution Ă  mettre en place pour m’amĂ©liorer, en acceptant, m’adaptant ou me dĂ©passant, la part des choses analysĂ©e au plus juste. J’en arrive Ă  du: lorsque je ne me pense plus, je vais bien. En gros, lorsque je n’ai plus besoin de pallier, de panser une souffrance non rĂ©glĂ©e, je vais bien. Je suis hĂ©las d’un naturel trippeur; je saisis une Ă©motion ou une contrariĂ©tĂ© avec les tripes, je me dĂ©chausse de l’instant prĂ©sent et ma tĂȘte se paye un voyage. Je me mets Ă  revisiter mon passĂ©, projette mon futur, un rongeur se met Ă  poursuivre sans fin un petit singe qui ouvre tous les placards et les portes dans mon crĂąne. C’est un processus de fuite, d’évasion; je m’aperçois que lorsque j’en suis lĂ , ma respiration est elle-mĂȘme changĂ©e, un peu en apnĂ©e et non naturelle. Des personnes comme moi, il y en a plein; quelque chose dans la/ma rĂ©alitĂ© n’est pas acceptĂ©, acceptable, digĂ©rable, et un processus de compensation se met en place. «Depuis combien de temps cela vous arrive-t-il ?» Bah, je suis nĂ© comme ça, et dans mes tout dĂ©buts de vie, ça s’est rejouĂ© et encore rejouĂ© d’une maniĂšre ou d’une autre. On risque lĂ  d’entrer dans un territoire analytique sans fin; d’ailleurs il n’y a mĂȘme pas encore les mots du langage Ă  ces Ăąges-lĂ . Le noyau profond chez moi sera celui du psy-addictif, la recherche de compensation face Ă  cette incomplĂ©tude et ces manques originels. D’autres, car personne n’est rĂ©ellement cĂąblĂ© pareil, sont plus loin, dans un sans-retour possible, dans des psychoses plus profondes, des dissociations avĂ©rĂ©es ; je crois qu’on parle de clivage. En tous les cas, lĂ  c’est «psy» et ça ne bougera plus, ou peu.

[Y a un dossier sympa ici, à partir de la page 14: https://carnetpsy.fr/wp-content/uploads/revue/61.pdf & plus récent, celui-ci: https://acrobat.adobe.com/id/urn:aaid:sc:EU:c1d72253-c4c9-4bd6-991e-fd57d5a4058c et un gros dossier: https://www.federationaddiction.fr/publications/guide-addictions-troubles-psychiatriques/ ]

L’humain, Ă  la diffĂ©rence de l’animal, est l’ĂȘtre sur Terre dont le sevrage sera le plus long. Comme disait Abraham Lincoln: «Tous les hommes naissent Ă©gaux mais c’est la derniĂšre fois qu’ils le sont.» J’ai eu un gros boulot salutaire Ă  faire sur moi en thĂ©rapie, il n’est d’ailleurs jamais vraiment fini, pour me libĂ©rer des recoins oĂč j’étais embarquĂ©, parfois malgrĂ© moi, ou en empirant la situation par automatisme, dĂ» Ă  une volontĂ© dĂ©sĂ©quilibrĂ©e elle aussi en souffrance. Le tout Ă©tant une histoire de limites: quelles sont les miennes ? Il y a un juste milieu Ă  trouver entre ce dont je suis responsable ou pas. La priĂšre universelle de Reinhold Niebuhr, que des millions d’alcooliques anonymes et d’autres fraternitĂ©s utilisent pour tenter de retrouver la raison, s’adapte trĂšs bien dans mon cas: « Mon Dieu, donne-moi la sĂ©rĂ©nitĂ© d’accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer celles que je peux, et la sagesse d’en connaĂźtre la diffĂ©rence. » Perso, j’en utilise d’autres. Ce qui me plaĂźt, c’est lĂ  le Mon D.ieu; en effet, chacun le sien, personne, aucun cerveau humain ne peut avoir la mĂȘme explication, la mĂȘme comprĂ©hension d’un concept de cette taille, sur lequel l’humanitĂ© entiĂšre se penche depuis la nuit ou l’aube des temps
 Un ami me racontait avec sa philosophie pragmatique du jour: on n’a toujours pas pu prouver Ă  ce jour l’existence ou la non-existence de D.ieu. Lui en est restĂ© lĂ , et se complĂšte narcissiquement en jouant au golf. Ce qui n’est pas du tout mon cas
 La balle dans le trou ne m’excite pas plus que ça. Je prends mon pied dans ma tentative de comprĂ©hension du sens de ma vie et de la vie
 Je me trouve dans la recherche de l’instant prĂ©sent, celui d’une respiration normale. J’insiste sur le normal, sachant qu’une respiration anormale peut ĂȘtre pathologique. Quand elle est modifiĂ©e ou quand on la modifie, il y a des consĂ©quences, des effets. C’est mĂȘme un moyen certain de modifier sa conscience, ce n’est en aucun cas anodin. Les bouddhistes savent ce qu’ils font, les New Age rarement. J’ai beaucoup utilisĂ© la priĂšre en boucle, simplement pour couper mon charabia mental, mes pensĂ©es obsĂ©dantes, mes ressentiments, et reprendre un semblant ou plus de maĂźtrise dans l’univers de mes pensĂ©es: accueillir une Ă©motion dĂ©sagrĂ©able, calmer une euphorie, traverser une Ă©preuve, couper mon propre dĂ©bit de parole, gagner en sĂ©rĂ©nitĂ©, changer mon activitĂ© cĂ©rĂ©brale, etc. Ce que je veux dire, c’est que la pratique de la priĂšre, vue comme cela, n’est pas Ă©sotĂ©rique; pas besoin ici de croire ou de ne pas croire en quoi que ce soit, c’est juste crĂ©er en soi un espace de respiration, d’observation, de concentration, etc. Prier Ă  tue-tĂȘte lorsqu’elle disjoncte
 Je pourrais rĂ©pĂ©ter vers ce but tout un tas de mantras; Ă  moi de trouver ceux qui me conviennent. Respirer, s’ancrer dans le rĂ©el, l’instant prĂ©sent, et prier pour ne pas penser en boucle. Il paraĂźt en plus que la priĂšre est plus efficace que la mĂ©ditation, car elle active les circuits neuronaux du langage, la mĂ©ditation, elle, Ă©tant plus une intention d’unicitĂ© de connexion et d’ouverture avec ce qui m’entoure. Je crois que dans la priĂšre l’effet de stabilisation mentale est plus important. Ce que je viens d’écrire me semble ĂȘtre de la vulgarisation toute molle de base. J’avais du mal Ă  prendre le crayon pour Ă©crire ce matin, c’est tout ce qui est venu
 Je vais peaufiner et aller vers quelque chose d’un peu plus spirituel; lĂ  c’était juste pour adoucir le rationaliste.

La suite, bientĂŽt

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